« Here Comes the Sun, It Is All Right »

Elise Girardot, 2026

Texte publié dans le cadre de l’exposition Here Comes the Sun, It Is All Right, Bel Ordinaire, Pau, 2026

 

En peignant des formes coulantes voire dégoulinantes, Camille Beauplan nous parle des choses qui glissent entre les mains, qu’on tente en vain de maintenir mais qui fondent irrémédiablement jusqu’à disparaître. À l’image de son usage inédit du pastel sec, une matière friable, un défi de peinture qui résiste à la fixation.

Les glaciers qu’elle souhaitait observer de près ne sont plus. En guise de consolation, elle découvre des musaraignes prises par le froid et des souris congelées dans des animaleries. Cette faculté d’adaptation oriente agilement ses recherches et nourrit ses contextes de travail. À partir d’un paysage déceptif, qu’elle ne trouvera jamais, elle forge de nouveaux paysages picturaux. Ses installations enjoignent la peinture à exister autrement, avec le son, le tissu, l’odeur.

En découlent des œuvres en colère, d’autres apaisées, d’autres résignées, d’autres floues et en marge. Autant de formes picturales qui semblent pharmaceutiques, tel un ensemble de médicaments dont les molécules seraient composées d’éléments contraires, entre brutalité et guérison. Camille Beauplan côtoie enfin le surréalisme et opère un remix des séries précédentes en flirtant cette fois avec Max Ernst et Yves Tanguy. Ses peintures d’humeur perplexe cherchent leurs chemins dans les rayons surgelés d’un hypermarché péri-urbain. Une forme d’émerveillement dubitatif sur l’état de nos pulsions et de nos affects, à l’heure où nous sommes sans cesse ensorcelées, la rétine collée aux réseaux et les neurones vampirisés par leurs irrésistibles addictions. En parlant de l’époque qu’il a traversée (entrecoupée par deux guerres mondiales et une crise économique), Max Ernst déclarait que sa peinture ne pouvait qu’être folle dans ce monde-là. Une sévère désillusion est à l’œuvre ces temps-ci : entre la perspective d’une autre crise économique, de pollutions sans fin, d’impérialismes décomplexés. Ou, vers le plus lointain encore, les horizons d’un essor spatial qui laissent songeurs et d’intelligences artificielles aux effets inconnus.

Alors, la peinture de Camille Beauplan devient un médicament salvateur, une radiothérapie nécessaire à nos angoisses, un miroir calmant pour nos hallucinations collectives ; entretenues par une overdose d’informations. Cette peinture qui déborde vers l’espace de l’exposition et poursuit sa trajectoire jusqu’aux confins de nos inconscients, nous conduit vers une rémission complète et salvatrice. Camille Beauplan nous propose de bien respecter la posologie, afin de nettoyer le regard sur soi.

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