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Julie Chaffort ̸

Dossier mis à jour le 1er mars 2019

Entre chiens et loups - texte court

Camille de Singly, 2016

Trois moniteurs alternent, en boucle, de courtes vidéos en apparence un peu absurdes, dans lesquelles se croisent de vrais et de faux animaux. Plus loin, sans bouger, un mouton noir vogue sur un radeau, au gré de sons naturels sortis de la platine vinyle voisine. De l’eau qui ruisselle, du vent en rafale, des cris d’oiseaux, des hurlements de loups,… accompagnent cette itinérance ; ils recréent l’atmosphère d’une nature sauvage, non domestiquée par l’homme.

Invitée par la Progress Gallery à penser un projet pour son espace d’exposition, Julie Chaffort y crée un environnement singulier, constitué de vidéos, d’objets, et d’éléments sonores. Le découpage de l’espace et la luminosité sont transformés pour appeler un ailleurs ici, maintenant. Et dans la galerie obscurcie se déploie un monde venu de l’oeuvre cinématographique de l’artiste-réalisatrice, situé à la lisière du cinéma et de l’art contemporain, et habité par la question du bestiaire. Entre chiens et loups interroge ainsi la normalisation des espaces de (re)présentation, salle de projection ou espace déployé du « white cube » et de sa « dark room ». L’exposition questionne aussi la pertinence du classement animalier, celle qui distingue l’homme des autres animaux, les domestiqués des sauvages, les chiens des loups, les vrais chiens des faux, synthétiques doubles destinés à leurrer. « Entre chien et loup », c’est enfin cet entre-deux du temps, qui échappe à un autre découpage normé, celui qui égrène les heures, les minutes et les secondes. « Une heure trente ou deux heures pour oublier le jour, une heure trente ou deux heures pour reculer la nuit », écrit Alain Fleischer dans ses Ecrits sur le cinéma et la photographie (2009). Dans ce crépuscule artificiel, on est saisi par le décalage entre l’hyperréalité de ce que l’on entend et voit, et l’impossible connexion, dans le réel, entre les objets sonores et visuels exposés. Le monde des songes n’est peut-être pas si loin.

Camille de Singly, 2016

Écrit dans le cadre de l’exposition Entre chiens et loups, Progress Gallery

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