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Alex Chevalier ̸

Dossier mis à jour le 30 nov. 2021

Déborder le silence

Septembre Tiberghien, 2014

La pratique d’Alex Chevalier oscille entre esthétisme et activisme, préconisant l’action directe sur le support au moyen d’une implication physique, ainsi que des interventions dans l’espace public qui comportent une dimension performative. Depuis 2011, le jeune artiste a développé deux axes de travail qui se complètent et se nourrissent mutuellement, l’un basé sur la pratique du dessin et l’autre sur l’édition. Ces dernières pièces marquent le dépassement d’une esthétique punk contestataire pour en arriver à des objets plus maîtrisés d’un point de vue formel et esthétique. Ainsi, le choix du dessin témoigne d’un retour aux sources de la peinture : avant même que les formes se déploient dans l’espace, le dessin préexiste en tant qu’idée. C’est le pendant intellectuel de la couleur, sensuelle par essence. Toutefois chez Alex Chevalier, tout se passe en noir et ocre, teinte naturelle du bois sur lequel il exécute ses dessins à l’encre ou au graphite. L’artiste se fixe une contrainte, celle de ne pas sortir du cadre, en exerçant sur l’outil un contrôle tel qu’il n’y a plus aucun débordement possible. Le résultat peut paraître sage au vue des idéaux politiques prônés par ailleurs. C’est que toute la violence est ici contenue dans un seul et même mouvement du corps qui s’astreint à recouvrir intégralement la surface prédéterminée. Au-delà de la virtuosité du geste, cette mise à l’épreuve physique est d’autant plus importante qu’elle conditionne un rapport au monde, une façon d’appréhender le réel. En effet, la question du hiatus entre espace privé et espace public semble cruciale dans le travail d’Alex Chevalier. Bien qu’en théorie il soit opposé, en pratique il subsiste tout de même une certaine porosité entre ces deux espaces. Les œuvres Silence ! et (Titre à déterminer), semblent symptomatique de ce glissement. Les matériaux employés, planches de bois et parpaings, ainsi que les briques qui leur servent de support, pourraient très bien être des débris provenant d’un chantier de construction. Le fait de les appuyer contre le mur ou de les faire se tenir verticalement comme des palissades rappelle la façon dont ils sont disposés dans la rue, passant généralement inaperçu vis-à-vis des passants affairés. De cette façon, l’artiste fait pénétrer l’extérieur à l’intérieur du white cube, créant ainsi de l’étonnement. Dans Silence ! le retrait du langage, qu’il soit de nature publicitaire ou contestataire, s’oppose à une forme d’occupation physique de l’espace de la galerie, ainsi qu’au geste précis et méticuleux de recouvrement du support. Encore là, il semble y avoir une forme de dialectique entre la parole (ou l’absence de parole) et l’action à mener. L’espace privé serait ainsi privé de langage, tandis que l’espace public serait celui de la saturation du langage. Enfin, l’édition offre quant à elle cette possibilité de déploiement en dehors d’un lieu uniquement dédié à l’art. Distribution de tracts, de revues et collage d’affiche permettent à l’artiste d’interagir avec le monde extérieur, de briser le silence.

Septembre Tiberghien, 2014

Texte publié à l’occasion de l’exposition Première, le BBB, Toulouse

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