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Alex Chevalier ̸

Dossier mis à jour le 30 nov. 2021

Alex Chevalier

François Aubart, 2014

Des affiches apparaissent, collées sur les murs. Le passant curieux devra faire preuve d’attention pour déchiffrer dans ce texte aux lettres emmêlées des phrases comme « nous ne ferons plus d’objets/l’art est la vie/notre médium la révolution et dans un monde basé sur la répression notre seul message est libération » ou « nous cherchons une forme d’action qui transcende la séparation entre l’art et la politique : c’est l’acte de révolution ». Le « nous » dont il est ici question semble bien dépasser la seule personne de Alex Chevalier qui en est l’auteur. Une voix qui apparait portée par une masse indistincte mais unie. C’est la puissance de cette communauté qui semble intéresser Alex Chevalier dont le travail se porte bien plus sur la forme de cette position de revendication que sur un message précis et particulier.

Ainsi il réalise Silence ! Il s’agit d’un ensemble de dessins faits sur planches trouvées dans la rue et assemblées pour former des panneaux et autres banderoles. Mais ces objets ne comportent aucun message. Au contraire, ils sont ornés de motifs géométriques typiques d’une abstraction plus proche des caractéristiques du tableau que d’un intérêt pour les affres du monde. Néanmoins il en garde leur fonction d’expression d’une révolte. Celle-ci est d’ailleurs d’autant plus sourde qu’elle ne se lit, là encore que comme masse prête à la confrontation.

Cet intérêt pour le désaccord le plus brutal on le retrouve dans une série de cartes postales. Sur l’une d’elles l’image arrive comme un pavé envoyé à son destinataire : un homme de dos, cagoulé, les majeurs en l’air. Expression manifeste d’un refus radical, d’un désir de s’extraire et d’un penchant pour l’autonomie qui s’expriment également dans des projets d’Alex Chevalier où celui-ci entend créer un réseau de circulation alternatif. Black Market est ainsi un jeu de 5 linogravures représentant des scènes de manifestations et de révolte. Réunies dans un sachet en plastique, elles sont distribuées gratuitement aux passants. Comme pour sa série de posters, le message est envoyé mais le travail de réception reste à faire. Il en va de même lorsqu’il propose de diffuser gratuitement certains textes militants.

Sur le même principe, il crée les journaux DI SPUREN et Kontakt. Le premier est dédié à l’esthétique et la contestation. Le second se présente comme un espace vierge investi pour chaque numéro par un invité différent. Car c’est bien à la mise en place d’une participation active et d’une auto-organisation qu’œuvre Alex Chevalier. Si ces positions s’enracinent dans un refus brutal c’est aussi parce que son combat prend les formes d’un échange social.

Cartel

DAZIBAO - Monde et Contre-monde(s) est un triptyque composé de trois impressions sur format A2. Il est composé d’un texte qui porte sur l’utopie, son histoire et sa possible application aujourd’hui et sur la cartographie, d’une photographie d’île sur laquelle s’étale en capitales le mot utopie ainsi que d’une page blanche, ou plutôt d’une carte vide présentant comme seule légende ces mots : la réappropriation des espaces.

L’ensemble se lit par montage, par ce que chacun de ces éléments appelle et évoque. Car si le texte rappelle que l’Utopie telle que décrite par Thomas More est un idéal qui sert en creux à faire la critique des travers de la société qui entoure l’auteur, l’image que nous propose Alex Chevalier nous rappelle que toute île peut être lieu d’implantation d’une Utopie. C’est bien la volonté non pas de fabuler un idéal mais de le penser et de l’acter maintenant que met en avant l’artiste tout en indiquant que tout lieu ferait l’affaire. D’ailleurs pour créer un nouveau monde dans l’ombre de celui que l’on connaît, il suffit de s’insérer dans tout non encore cartographié, dont l’écriture et le paramétrage n’ont pas encore été réalisés. C’est ainsi que l’on peut lire cette carte vide comme la promesse d’un espace de liberté offert parce qu’aucune définition ne lui a encore été imposée.

François Aubart, 2014

Texte publié à l’occasion de l’exposition Les enfants du sabbat XV, le Creux de l’Enfer, Thiers

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