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Aurélien Mauplot ̸

vu par Paul Ardenne

Du réel à l’imaginaire et vice-versa

En 2011, Aurélien Mauplot (France, 1983) propose avec Caverne une œuvre à la fois sibylline et déclarative. Soit un livre canonique, la République de Platon, dans son édition Flammarion, que l’artiste dépiaute et expose page à page sur un panneau. De ce livre, l’artiste a isolé les pages qui correspondent au chapitre VII de la République, qu’il recouvre toutes de peinture acrylique noire à l’exception du terme « Caverne ». Que dit Platon du mythe de la Caverne, devenu comme l’on sait un incontournable de la réflexion esthétique ? Il y a ce que nous voyons et il y a ce que nous croyons voir, les apparences sont trompeuses. Le monde est moins le monde que sa représentation.

Aurélien Mauplot, maître des faux-semblants, fait du concept de leurre sa matière première artistique. Le monde existe mais nous le percevons qu’imparfaitement ? Tous les coups, alors, sont permis. Avec son Cycle d’explorations du Monde à distances, l’artiste invente ainsi un univers dense à la croisée de multiples domaines : l’aventure, l’exploration, le récit de voyage, la mythologie, l’imaginaire pur. Dans ce grand cycle comptant plusieurs développements (quatre à présent, « Géographie instable », « Le renversement du monde », « Subisland », « Moana Fa’a’aro »), l’univers tout entier semble destiné à être repensé dans sa globalité, ainsi que le suggère le cycle « Le renversement du monde », au titre explicitement inspiré de Marco Polo. Quant à « Moana Fa’a’aro », cet autre cycle de l’œuvre, celui-ci commence par une expédition dans l’océan Pacifique, au 19e siècle, et par un récit de voyage : la découverte d’une île inconnue bientôt disparue, Moana Fa’a’aro (du polynésien, « l’endroit au large où aucune terre n’est en vue »), et dont la position affole l’aiguille des boussoles. Entremêlant références crédibles et inventions, l’artiste développe autour de ce récit inaugural une suite riche en personnages (Giulia Camassade, qui dirige une mystérieuse expédition sur le navire l’Antichtone), en découvertes archéologiques (le fémur d’une espèce inconnue), en mystère aussi (l’ennuyeux, selon la formule consacrée, c’est de tout dire). Décliné en divers épisodes sous l’espèce protéiforme de carnets de voyage, d’expositions de type Palais de la Découverte ou de photographies scientifiques, « Moana Fa’a’aro » met le spectateur aux prises avec les pouvoirs intenses de la fiction, ici plus vraie que la réalité, dans une perspective où le fantastique ne déborde jamais le réel mais l’enrichit.

Reconfiguration, réappréciation, l’art a cette finalité d’abord, pour Aurélien Mauplot, inventer des métamondes. Citons, entre ceux-ci, le cycle « Subisland » cité plus avant, une exploration encore, sur le modèle du « Renversement du monde » mais consacrée cette fois aux abysses, ou encore « Géographie instable », qui s’inspire de la vision du monde colonial du 19e siècle, utilitariste et occidentalocentrée. L’offre de ces mondes à côté du monde, imaginaires peut-être mais sources toujours de réflexion, est l’occasion de repositionner notre regard, notre sens de la condition humaine, notre pulsion aussi aux mythologies. Protéiforme (peinture, dessins, montages, vidéo), l’œuvre se déploie ici sous forme élargie comme l’équivalent d’une documentation. L’artiste y tire les leçons de l’art conceptuel – qui, en son temps, goûtait d’exposer des idées plus que des formes – en y adjoignant une part d’interprétation libre et ouverte, jouant de ce principe d’équivalence, l’irréel vaut le réel.

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