2024
Recherches menées dans le cadre d’une commande artistique de la Ville de Toulouse
Œuvres pour deux médaillons du plafond de la salle du Conseil municipal (non réalisées)
Projet accompagné par Kimono (Bordeaux) et le collectif Cartel (Toulouse)
Lou-Andréa Lassalle tire son inspiration de l’histoire de l’art, avec un travail de motifs et de détails très référencé, mais également de son environnement proche et d’éléments culturels contemporains. En effet, les éléments naturels visibles dans ses compositions sont principalement issus de la nature avec laquelle elle a grandi à Caylus, dans le Tarn-et-Garonne, qu’elle a enrichi par ses découvertes de la nature girondine, de ses résidences de recherches autour de la rocaille et de la « fausse » nature. Inspirée par la « pop culture », on retrouve des éléments issus des contes, des films d’animation japonais ou encore de tout le catalogue esthétique et visuel des jeux vidéo.
Pour les personnages, Lou-Andréa Lassalle-Villaroya fait régulièrement intervenir ses proches et ilselles prêtent leur traits aux différents personnages du Caylus Culture Club, ou de ses autres travaux. Pour ce projet, Lou-Andréa Lassalle souhaite continuer cette pratique, mais envisage aussi de solliciter des Toulousaines, pour des séances de poses participatives. Cela servirait également son propos par son processus même de création. À cette inspiration vivante, elle agrège de nombreux détails issus de la mythologie grecque et / ou romaine, ou tribale, dans les vêtements, les postures, ou les attributs. Ce processus ici serait donc adapté à l’incorporation de symboles du territoire.
Dans son travail graphique, Lou-Andréa Lassalle se concentre habituellement sur le motif ornemental, architectural et végétal, travaillé dans un souci du détail et de précision, à la manière (technique) de Piranèse, ou plus récemment de François Houtin. On peut le constater sur ses œuvres pour l’Opéra de Bordeaux, par exemple. Ce travail pour le capitole sera donc aussi un défi pour l’artiste souhaite être accompagnée d’une peintre, qui apportera notamment son expertise sur la colorisation et la mise à échelle. La conception des œuvres se fera en atelier, sur toile, afin de prendre le temps de rechercher, expérimenter,
Laura Bongio, Cécile Oléac et Lou-Andréa Lassalle-Villaroya
Texte extrait du dossier de candidature du projet
Montages photographiques
Hélios, le pouvoir partagé et éclairé
Dans cette première œuvre, la composition représente un groupe de personnages, hommes et femmes, adultes et enfants, attelés à construire ensemble une cabane en bois. Alors que certaines assemblent et disposent les branchages, d’autres empoignent des drapeaux, des écussons et des fanions. Ilselles évoluent sous les branches d’arbres majestueux, dans une nature généreuse, vibrant au son cristallin d’une cascade. Les corps s’inscrivent dans une action et dans une intention, dans un effort physique qui tend vers un objectif commun : la construction d’un abri. Ilselles œuvrent dans une parfaite harmonie, chaque geste est délicat et complémentaire, les jeux de regards font preuve d’une grande complicité. Cet abri représente le rêve commun à l’imaginaire des enfants. L’artiste évoque ici métaphoriquement la construction d’un socle commun, politique, alimenté par tout un chacun, quel que soit l’âge, le genre, l’expérience.
Certains personnages tiennent en leurs mains des outils : équerre, Espadon des Capitouls, balance, maquette. Ce sont des allégories qui font référence à la peinture d’Arnaut Arnaut, intitulée Les Quatre Fonctions du Capitoulat Toulousain (entre 1576 et 1600). Lou-Andréa Lassalle-Villaroya met en lumière la genèse du Capitoulat et ses fonctions de justice, de travaux publics, d’administration des hôpitaux et de police des métiers. Par ailleurs, les drapeaux et fanions brandis par certains personnages représentent les blasons des Capitouls. Prenant le contrepied de l’image classique de l’architecte ou de l’ingénieur qui se tiendrait au-dessus du plan et de la maquette, au-dessus du projet à venir dans une posture de planificateur, elle nous montre des personnages dans le faire, dans le vif. Au-delà de la conception, ils travaillent ensemble à la réalisation de l’ouvrage, se confrontant à la nature, à eux-mêmes.
Les personnages sont placés dans une nature onirique au premier regard. Toutefois, en portant notre attention sur les détails, on s’aperçoit que cette nature force les corps à s’adapter à elle. Si les branches qui viennent les surplomber et les troncs qui les entourent semblent les protéger, le jeu de rochers et de cascade pousse les personnages à prendre en considération ce terrain imprédictible dans leur objectif commun. Chacun des éléments de nature rend hommage aux œuvres du Capitole, notamment dans la mise en valeur des paysages et des scènes pastorales : les branches font référence à la fresque de la Première séance des Jeux Floraux à Toulouse le 3 mai 1324 par Jean-Paul Laurens, et les ramifications à la vigne qui s’étend au-dessus des personnages de Pierre Goudouli et de Molière dans l’œuvre d’Edouard Debat-Ponsan. La cascade renvoie à l’allégorie des deux fleuves Ariège et Garonne, le minéral fait écho aux richesses géologiques d’un territoire occitan orné de grottes et de concrétions.
Par les éléments naturels, Lou-Andréa Lassalle-Villaroya projette un décor teinté de fantastique et de féérie, aux allures de contes, qui répond aux éléments végétaux des autres médaillons du plafond. Les corps sont cependant montrés dans leur force de travail, ancrés au sol et concentrés à leur tâche.
Laura Bongio, Cécile Oléac et Lou-Andréa Lassalle-Villaroya
Texte extrait du dossier de candidature du projet

Recherches. La végétation, 2024
Rotring et aquarelle sur papier, 21 x 29,7 cm
Séléné, la tradition du concours poétique de Toulouse
Pour la seconde proposition, Lou-Andréa Lassalle-Villaroya utilise les mêmes principes graphiques et de couleurs, en proposant une composition centrée sur un personnage emblématique de l’histoire de Toulouse : au centre du groupe de personnages de tous âges et genres, une figure magnétique interprète Clémence Isaure, initiatrice des Jeux Floraux. Ils tiennent des fleurs et des bouquets dans leurs mains pendant que Clémence Isaure construit une arche fleurie.
Clémence Isaure plonge son regard dans celui des spectateurices. Elle porte une coiffe d’inspiration médiévale à laquelle Lou-Andréa Lassalle-Villaroya mêle des références tribales. Clémence Isaure, par son costume et sa posture ancrée, incarne une « super-héroïne » des temps modernes. Elle est présentée comme une allégorie de l’esprit de la nature, une Déméter figure de l’harmonie entre la nature et l’humain. Autour de ce personnage central, hommes et femmes, adultes et enfants récoltent ce que Clémence Isaure a semé : des fleurs foisonnantes et épanouies, métaphores de la poésie, de la beauté et de la force de l’imaginaire, de la création. Ils prélèvent dans la beauté de leur environnement, s’emparent des germinations de leur curiosité et de leur éveil à la création et aux choix esthétiques, mais aussi à l’offrande et à la générosité. Le second rôle de la composition est attribué à un sanglier qui évoque la dernière représentation de la peur, du sauvage. Il faut vivre avec cette bête, inventer une fiction qui apaise et réconcilie, créer des imaginaires par la poésie.
Tout comme dans la composition précédente, les personnages et animaux sont placés dans une nature idyllique au premier regard. Cependant, le sol accidenté les force à escalader, à expérimenter. Ce n’est pas un environnement apaisant, mais stimulant. L’eau y possède un rôle important. À travers la cascade, il faut percevoir le symbole d’un passage : le passage dans un monde onirique, le passage du temps. La source évolue au fil des saisons, elle se tarit, déborde. Là encore, la nature pousse l’humain à construire son chemin en symbiose avec elle, sans chercher à la dominer.
Laura Bongio, Cécile Oléac et Lou-Andréa Lassalle-Villaroya
Texte extrait du dossier de candidature du projet
Recherches. Les écussons, 2024
Rotring sur papier, 21 x 29,7 cm
© Adagp, Paris



















