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Franck Eon ̸

vu par Amélie Pironneau
Dossier mis à jour le 1er nov. 2017

Franck Eon : les deux réalités de la peinture

Ici, des cercles rouges et bleus traversent des fonds monochromes noirs en se déployant le long d’une diagonale. Là, ils constituent le plan horizontal d’un espace de fuite qui emporte des éléments semblant appartenir à une architecture renversée. Là encore, le jeu de vide et de plein que produit leur découpe dans des assemblages de panneaux de contreplaqué peints, structure la surface en strates d’éléments géométriques.

Le cercle, motif récurrent dans les oeuvres de Franck Eon, peut être considéré comme la métaphore de sa démarche. La présence de cette circularité répond à sa conception de la peinture comme une pratique toujours à recommencer, toujours à reprendre.

Le cercle, à la fois comme boucle et comme ouverture.

C’est donc sur le mode de la répétition et de la variation, en opérant en permanence un retour sur ses travaux anciens, qu’il ouvre et explore des voies nouvelles pour la peinture.

Cette constante remise en jeu est une manière de rompre avec l’idée d’évolution linéaire défendue par le modernisme et par là même de libérer la pratique picturale de toute visée formaliste. Pour Franck Eon, comme pour beaucoup d’artistes de sa génération, la peinture abstraite n’a pas atteint de point ultime. Son histoire continue mais sa réactivation passe par l’adoption de moyens critiques. L’abstraction constitue davantage un champ d’expérimentation qui vise à dépasser le clivage abstraction/figuration.

Afin de reconsidérer tous les possibles de la peinture, Franck Eon détermine son propre système, ses propres procédés, en dehors de règles pré-établies.

Il s’agit, pour lui, de multiplier les actes créatifs afin de ne rien figer : tableaux, peintures murales, jet d’encre sur papier, collage, vidéo, ...autant de pratiques révélatrices de ce parti pris d’hétérogénéité des moyens et des procédés qui, tout en prolongeant le questionnement sur le médium peinture, en reformule les enjeux. Ces opérations plurielles, ces procédures parfois extra-artistiques -telle la modélisation virtuelle des peintures sur ordinateur- visent à dépasser la dichotomie peinture/image établie par le modernisme, en créant les conditions d’apparition de celle-ci.

La démarche de Franck Eon est traversée en effet par la question de l’image, par celle du poids du visuel dans la société contemporaine. La pratique picturale doit être pensée, selon lui, en relation avec des images de nature différentes, aussi bien Derrick que Chris Burden ou l’abstraction géométrique. Il lui paraît nécessaire de s’inscrire à la fois dans l’histoire de l’abstraction et dans celle des images.

Ce choix de l’éclectisme qui subvertit nécessairement les hiérarchies entre art majeur et art mineur, est à même de perturber la relation du spectateur à l’image. Celle-ci ne se laisse pas déchiffrer facilement d’autant plus que Franck Eon opère sans cesse l’oscillation entre figuration et abstraction : ce qui est de l’ordre de l’abstrait se rapproche du figuratif et inversement. Le caractère ambivalent des éléments picturaux a pour effet de supprimer toute dimension fictionnelle ou narrative de l’image. L’œuvre en se développant sur le mode de la sérialité confère par ailleurs aux tableaux un degré de complexité et un caractère ambigu qui s’opposent à la lisibilité de l’imagerie ordinaire.

Cet aspect, relatif au langage formel de Franck Eon, n’est pas le seul à solliciter le regard du spectateur. L’insistance sur la matérialité de la peinture, sur l’objet tableau, constitue un autre élément important de son travail, à l’instar des superpositions de panneaux de bois dont le chromatisme accentue la présence de la matière picturale.

Ces assemblages lui permettent de s’affranchir du châssis et de créer ainsi un dispositif d’extension de la peinture à la surface tout en gardant le format tableau.

Qu’est-ce que l’on voit quand on regarde une peinture ? A cette question Franck Eon répond à la fois par l’image et par la peinture, en faisant en sorte que se manifestent et que coexistent deux réalités ; celle, potentielle, contenue dans l’image et celle strictement picturale. Deux réalités que le spectateur ne peut appréhender que dans le temps lent de la perception.

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