Estelle Deschamp

Julien Zerbone, 2014

Ce qui frappe d’abord dans le travail d’Estelle Deschamp, c’est la multiplicité des matériaux qu’elle fait siens : bois, plâtre, béton, goudron, mousse, plastique, pvc, chutes et rebuts en tous genres sont associés et combinés dans ses différents dispositifs sculpturaux. Les assemblages qu’elle met en œuvre peuvent faire preuve d’une remarquable simplicité : accumulation, empilement, stratification, répétitions de motifs à différentes échelles, mais aussi être associés à des formes plus travaillées relevant de l’ornement (marqueterie, moulures...).
Son travail fait preuve d’un esprit de bricolage, au sens où le définit Claude Lévis-Strauss dans La pensée sauvage : l’artiste prend ce qui lui tombe sous la main et elle construit son œuvre au gré des opportunités, avec les instruments, les outils qu’elle trouve et qu’elle s’approprie, les contextes dont elle se nourrit. Jamais cependant cette apparente limitation n’entrave la poétique de ses pièces, leur capacité à nous entraîner dans un univers nouveau fait d’associations libres et de références renouvelées (architecture, classicisme, minimaliste, constuctivisme, science-fiction, design, pâtisserie...). Estelle Deschamp est ainsi une artiste éclectique, s’inspirant des styles anciens comme de l’imaginaire futuriste, les alliant, les arrangeant à sa manière, librement, pour créer des paysages et constructions fantastiques. D’étranges architectures, dont la nature attire et interroge à la fois, comme dans sa série de maquettes nommées XS Monuments. Évoquant l’usage des miniatures chez les inuits, Frédéric Laugrand explique : « Dans leur diversité, les miniatures évoquent le jeu de l’illusion. Elles transforment le réel en images et, inversement, il faut peu de chose pour que ces images agissent sur le réel. […] Les miniatures relient différents niveaux d’expérience en permettant de chevaucher les frontières et les échelles... ». C’est à ce même jeu d’illusion que se prête l’artiste dans ses changements d’échelles, dans l’hésitation qu’elle provoque chez lela spectateurrice entre surface et structure, entre décoration et construction, entre matérialité et imaginaire.
On se prend à s’émerveiller des matériaux, on prend garde à leur texture, à leur beauté soudain révélée, comme si la somme des textures, des couleurs, leur rythmique, dépassait leur énumération comme s’il émanait un mystère de cette accumulation. C’est que « la poésie du bricolage lui vient aussi, et surtout, de ce qu’il ne se borne pas à accomplir ou exécuter ; il raconte (...) le caractère et la vie de son auteur. Sans jamais remplir son projet, le bricoleur y met toujours quelque chose de soi. » Ce qui transparaît dans la démarche d’Estelle Deschamp, c’est avant tout une forme de générosité, de plaisir à choisir les matériaux et à les découper, à les assembler, à leur donner vie.

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