Clara Chichin réalise des photographies noir et blanc – et parfois en couleur –, denses et contrastées, dont le grain peut rappeler les productions de Daido Moriyama ou Michael Ackerman, auxquelles elle associe des fragments de textes renvoyant à des instants vécus. La photographie l’accompagne au quotidien comme un marqueur temporel, captant des moments privilégiés, des rencontres, ses relations avec sa famille et ses amis, la solitude aussi. Foncièrement lié à l’intime, son travail cherche à aborder avec pudeur des thèmes aussi difficiles que la perte et le deuil d’un proche, à transcender une histoire personnelle pour en faire surgir une émotion poétique. Elle dessine ainsi les contours d’une autofiction habitée par la question de la disparition, trouvant ici justement à s’exprimer à travers la photographie, médium, s’il en est, de la trace, de « l’image en fuite » pour reprendre la formule employée par l’artiste. Parfois réalisés à partir de dispositifs ou de techniques classiques comme le sténopé, les clichés de Clara Chichin se déclinent et se déploient cependant sous des formes aussi diverses que l’édition, la vidéo ou la projection de diapositives, relevant dès lors du montage et de l’assemblage d’un matériau iconographique constitué au fil du temps, d’une mise en séquence d’où semble pouvoir surgir la possibilité d’une fiction.
Texte extrait du catalogue des diplômés de l’ENSBA