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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>La for&#234;t objet de fascination</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/La-foret-objet-de-fascination</link>
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		<dc:date>2026-02-19T13:38:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Lassignardie</dc:creator>



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&lt;p&gt;La for&#234;t et l&#8216;arbre ont toujours &#233;t&#233; l&#8216;objet de fascination, de symboles, de craintes, souvent associ&#233;s &#224; une dimension sacr&#233;e et divine, ceci par la puissance qu&#8216;ils incarnent. M&#233;tamorphoses. L'id&#233;e serait ici de proposer un regard sur quelques une des &#339;uvres de Christophe Doucet, en adoptant pour fil rouge l'arbre et la for&#234;t. Ce r&#244;le jou&#233; par la nature, plus particuli&#232;rement par la for&#234;t et l'arbre, dans l&#8216;imaginaire collectif de l'homme, est tr&#232;s brillamment constat&#233; et &#233;tudi&#233; par Robert&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-critiques-25130" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La for&#234;t et l&#8216;arbre ont toujours &#233;t&#233; l&#8216;objet de fascination, de symboles, de craintes, souvent associ&#233;s &#224; une dimension sacr&#233;e et divine, ceci par la puissance qu&#8216;ils incarnent. M&#233;tamorphoses. L'id&#233;e serait ici de proposer un regard sur quelques une des &#339;uvres de Christophe Doucet, en adoptant pour fil rouge l'arbre et la for&#234;t. Ce r&#244;le jou&#233; par la nature, plus particuli&#232;rement par la for&#234;t et l'arbre, dans l&#8216;imaginaire collectif de l'homme, est tr&#232;s brillamment constat&#233; et &#233;tudi&#233; par Robert Dumas, dans son trait&#233; de l'arbre,&lt;/i&gt; Essai d'une philosophie occidentale &lt;i&gt;(Actes Sud, 2001), et par Robert Harison, dans&lt;/i&gt; For&#234;ts, essai sur l'imaginaire occidental &lt;i&gt;(Flammarion, 1992).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une dichotomie permanente.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les marquages forestiers. Entre archa&#239;sme et calculs savants.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les premi&#232;res &#339;uvres de Christophe Doucet en rapport avec l'univers forestiers furent &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Repertoire-1-52590' class=&#034;spip_in&#034;&gt;des clich&#233;s photographiques des marquages sur les arbres&lt;/a&gt; r&#233;alis&#233;s par les forestiers. Ces marques sont des traces de peinture, des bandes plastiques qui ceinturent les troncs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont pour fonction de d&#233;limiter des parcelles de for&#234;t, c'est-&#224;-dire de r&#233;aliser une g&#233;om&#233;trisation pr&#233;cise de l'espace forestier naturel. Cette d&#233;limitation de l'espace &#233;voque imm&#233;diatement celle d'un espace sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de marquage pr&#233;sente &#233;galement une dualit&#233;, une dichotomie inh&#233;rente. En effet, ces marques sont de l'ordre du signe, du code&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles r&#233;pondent &#224; une logique, &#224; une lecture ordonn&#233;e des espaces naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ambigu&#239;t&#233; est lisible au sein m&#234;me du processus de marquage&#160;: ces signes rel&#232;vent de m&#233;thodes simples et brutes, voire m&#233;caniques&#160;: ce sont des traces simples et grossi&#232;res de peinture, donnant une id&#233;e de spontan&#233;it&#233;, leur r&#244;le &#233;tant d'&#234;tre fonctionnelles, pratiques et lisibles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, malgr&#233; leur aspect grossier et tr&#232;s simpliste, leur disposition dans l'espace rel&#232;ve de calculs, d'une organisation pr&#233;cise de parcelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;v&#232;le ainsi une dualit&#233; entre la nature plastique de ces signes et la nature pratique, utilitaire, qui r&#233;pond &#224; un travail coh&#233;rent et pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en rencontrant les travaux des landartistes, que Christophe Doucet r&#233;alisa le fait que les forestiers agissaient sur la nature mais ceci sans conscience artistique. Ainsi, il transforma ces signes automatiques en &#339;uvres d'art, par l'interm&#233;diaire de la photographie. Il est alors envisageable de lire au sein m&#234;me de son &#339;uvre une ambigu&#239;t&#233; semblable &#224; celle not&#233;e pour les marquages forestiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une dualit&#233; formelle, entre brutalit&#233; et sophistication...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette dichotomie est notable dans divers travaux de Christophe, en particulier dans son traitement des mati&#232;res. En effet, de nombreuses &#339;uvres sont dot&#233;es d'un aspect brut de la mati&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut penser &#224; certaines de ses pi&#232;ces de bois marqu&#233;es de traces d'&#233;clats larges et grossiers&#160;: la surface du mat&#233;riau n'est pas liss&#233;, elle &#233;corche, les m&#233;taux sont attaqu&#233;s par la rouille. Cependant, les pi&#232;ces m&#233;talliques sont travaill&#233;es de mani&#232;re fine, adoptant des formes sophistiqu&#233;es, telles des arabesques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son travail fourni sur la mati&#232;re, Christophe Doucet insiste sur l'action de l'homme sur cette derni&#232;re, sur l'appropriation du mat&#233;riau&#160;: ce pouvoir de l'homme de transformer la mati&#232;re, de lui offrir un contour qui ne lui est pas toujours naturel, tout en pr&#233;servant son essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette m&#234;me perspective, on peut lire cette opposition &#224; travers l'exemple des baignoires en papier recouvertes de feuilles d'or&#160;: c'est la cohabitation de l'aspect brut du papier et de la finesse et pr&#233;ciosit&#233; de l'or. Ne serait-ce pas une image du couple r&#233;v&#233;l&#233; par Nietzsche&#160;: le masque de l'apparence apollinienne confront&#233; &#224; une brutalit&#233; dionysiaque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nature cr&#233;ation et violence&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette confrontation inh&#233;rente &#224; de nombreuses &#339;uvres de l'artiste semble coh&#233;rente avec l'id&#233;e m&#234;me de la nature. En effet, la nature incarne l'id&#233;e de force cr&#233;atrice, assimilable &#224; une force divine, ainsi on parle de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;M&#232;re Nature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, symbole de f&#233;condit&#233;. Cependant, &#224; la lecture des grands mythes cr&#233;ateurs, la violence semble rigoureusement associ&#233;e &#224; l'acte de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence aux &#233;crits de Jean-Pierre Vernant &#224; propos de la cr&#233;ation du monde dans la mythologie grecque et, plus particuli&#232;rement, la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;chirure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; entre Ouranos et Ga&#239;a, il est &#233;vident que l'acte d'une extr&#234;me violence donne lieu, ici, au principe m&#234;me de la cr&#233;ation. Ainsi, Ren&#233; Girard, dans &lt;i&gt;La violence et le sacr&#233;&lt;/i&gt;, parle de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;violence fondatrice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;montre dans son ouvrage l'omnipr&#233;sence de cette violence qui pr&#233;c&#232;de de mani&#232;re syst&#233;matique le ph&#233;nom&#232;ne de cr&#233;ation. De plus, toujours selon Girard, le sacrifice est un acte n&#233;cessaire &#224; l'expression d'une violence refoul&#233;e par l'&#234;tre humain et mortel. L'auteur &#233;voque &#233;galement la notion de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;victime &#233;missaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celle choisie au hasard qui subira le sacrifice, comme &#224; Sparte dans l'Antiquit&#233;. Ou bien les dieux grecs qui, tout en incarnant les forces cr&#233;atrices, disposaient du droit de vie ou de mort sur les mortel&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble alors que la nature, puissance de cr&#233;ation, par les catastrophes qu'elle sait engendrer, puisse d&#233;cider au hasard du choix de ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;victimes &#233;missaires&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Christophe Doucet, au travers de son &#339;uvre, semble aborder l'id&#233;e de nature par son aspect violent et puissant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nature violente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre une id&#233;e romantique de la nature...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si Christophe cherche en la nature son mat&#233;riau principal, ce n'est pas pour autant que son appr&#233;hension de la nature correspond &#224; cette vision traditionnelle v&#233;hicul&#233;e, entre autre, par la pens&#233;e romantique. Il n'est pas &#224; la recherche d'une osmose physique et spirituelle avec la nature, comme il tient &#224; le pr&#233;ciser&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je ne fais pas corps avec elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ses yeux, la nature n'est pas une puissance protectrice, comme elle le fut pour certains &#234;tres en fuite, en exil qui venaient trouver refuge au c&#339;ur des bois et for&#234;ts. La for&#234;t adoptait un sens sacr&#233;, voire de protection divine, incarnant ainsi &#224; elle seule la puissance des forces naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sacralisation des espaces naturels r&#233;sulte, de m&#234;me, de la fascination de l'homme pour cette force supr&#234;me f&#233;conde, se m&#233;tamorphosant sans cesse selon des cycles r&#233;guliers. Enfin, il est certain que la nature joue un r&#244;le nourricier incontestable, autant envers la faune et la flore qu'envers l'&#234;tre humain qui y a toujours puis&#233; nourriture et bois pour se chauffer. Le r&#244;le de la nature est complet&#160;: refuge, protection, m&#232;re nourrici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e pourrait &#234;tre incarn&#233;e par le mouvement de la &lt;i&gt;Deep-ecology&lt;/i&gt;, pour qui la nature est un &#234;tre bienveillant &#224; prot&#233;ger et &#224; pr&#233;server sans limites. D'un point de vue artistique, cette d&#233;marche pourrait &#234;tre illustr&#233;e par les travaux de Nils-Udo, dont on reparlera par ailleurs, mais qui &#233;voquent parfaitement cet id&#233;al de faire corps avec les &#233;l&#233;ments naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Christophe, par sa r&#233;flexion et son actions artistiques, s'oppose aux &#339;uvres de Nils-Udo&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il aborde les domaines forestiers sous l'&#339;il de sa profession&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Les for&#234;ts en France, et dans les Landes en particulier, sont cultiv&#233;es, c'est-&#224;-dire que les arbres sont plant&#233;s ou sem&#233;s en vu d'&#234;tre exploit&#233;s cinquante ou quatre-vingt ans plus tard. Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, une for&#234;t non entretenue, o&#249; l'on ne pratique pas de coupe de bois, est une for&#234;t qui meurt. L'exploitation foresti&#232;re contribue &#224; la vitalit&#233; de la for&#234;t. D'une certaine mani&#232;re, avec ma sculpture, je contribue &#224; la vie de la for&#234;t.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Doucet s'oppose donc aux actions des pr&#234;cheurs de la &lt;i&gt;Deep-ecology&lt;/i&gt; qui condamnent tous travaux des forestiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de nature cit&#233;e pr&#233;c&#233;demment peut &#234;tre illustr&#233;e par une s&#233;rie d'&#339;uvres de Nils-Udo&#160;: &lt;i&gt;Nid de lavande&lt;/i&gt;, en 1988 construit au Crestet dans le sud de la France, ou encore &lt;i&gt;Le nid&lt;/i&gt;, en 1978, pr&#233;sentant l'artiste nu, comme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un animal anthropomorphe n&#233; de la ponte improbable d'un volatile g&#233;ant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; selon Tiberghien, dans &lt;i&gt;Nature, art, paysage&lt;/i&gt;. L'homme se livre nu, dans toute sa vuln&#233;rabilit&#233;, en position f&#339;tale, tel un nourrisson prot&#233;g&#233; dans le ventre maternel qu'incarne le nid. Le message est, ici, lisible, le nid &#233;tant une forme proche de celle du ventre &#233;voquant les cycles qui r&#233;gissent les &#234;tres (le jour, la nuit, les cycles biologiques...)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Bachelard, dans &lt;i&gt;Po&#233;tique de l&#8216;espace&lt;/i&gt;, parle ainsi de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rondeur de l'&#234;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'&#234;tre en rondeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nid v&#233;g&#233;tal, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nid&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; f&#233;minin... &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette image du nid est pr&#233;sente dans l'&#339;uvre de Doucet. Une &#233;tude comparative des visions respectives propos&#233;es par Udo et Doucet pourrait alors s'av&#233;rer int&#233;ressante. Si le nid aux dimensions humaines de Udo semble rassurant, ceux de Christophe Doucet ne v&#233;hiculent gu&#232;re le m&#234;me sentiment. Ses nids se composent certes de v&#233;g&#233;taux, mais ils sont &#233;pineux et s'agr&#233;mentent de fils barbel&#233;s. Une autre lecture du nid nous est propos&#233;e. Il est mena&#231;ant. Il &#233;corche et repr&#233;sente un danger. Danger d'autant plus subtil, qu'&#224; premi&#232;re vue, si le&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;la spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rice se tient &#224; distance, le nid semble ordinaire, or s'est en se rapprochant qu'il ou elle per&#231;oit le risque, cette menace qui guette quiconque qui voudrait y trouver r&#233;confort. La nature devient synonyme de souffrance et de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nature violente trouve &#233;galement son sens dans les sculptures anthropomorphiques. Si l'on se r&#233;f&#232;re aux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Les-pieges' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#339;uvres nasses&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, leur plastique &#233;voque d'embl&#233;e celle de l'organe g&#233;nital f&#233;minin. L'analogie femme mature est imm&#233;diate dans le sens o&#249; toutes deux sont des forces cr&#233;atrices, les deux sont m&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nasses se composent de grillages, de fils barbel&#233;s, de fils de fer attaqu&#233;s par la rouille, elles semblent &#234;tre des pi&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parall&#232;le, entre une nature violente et l'organe f&#233;minin, se justifierait en ce sens o&#249; la nature est le protagoniste du processus m&#234;me de la cr&#233;ation incessante, r&#233;pondant &#224; des cycles pr&#233;cis et r&#233;guliers, du principe de m&#232;re du monde et de ses &#233;l&#233;ments animal, v&#233;g&#233;tal et min&#233;ral. De plus, certaines &#339;uvres r&#233;centes de l'artiste &#233;voquent indirectement la s&#233;rie des &lt;i&gt;Multiplications des seins&lt;/i&gt; de Louise Bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#8216;arbre et la mort...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cet anthropomorphisme de l'arbre et de la nature se lit dans la s&#233;rie &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Les-cabanes-et-abris#boite-dimensions-corps' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Bo&#238;tes aux dimensions du corps humain&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#339;uvres r&#233;alis&#233;es en bois. Elles questionnent la notion d'espace, interrogation valable &#233;galement &#224; propos des nasses&#160;: le plein, le vide, l'int&#233;rieur, l'ext&#233;rieur. Or les bo&#238;tes et les nasses de Doucet ne sont pas closes et ne peuvent l'&#234;tre, dimension transparente, rien n'est dissimul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ces &#339;uvres, selon la volont&#233; de l'artiste, &#233;voquent clairement ce qui sera pour l'homme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sa bo&#238;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire son sarcophage, sa mort. Bachelard, dans &lt;i&gt;Droit de r&#234;ver&lt;/i&gt;, &#224; propos d'une gravure d'Albert Flocon, pose une question essentielle&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'arbre est-il le sarcophage dress&#233; qui va d&#233;vorer une chair humaine [&#8230;]&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces bo&#238;tes illustreraient cet aspect destructeur et dangereux de la nature, nature incontr&#244;lable faisant preuve de violence, elle-m&#234;me &#224; l'origine de notre existence, mais qui sera peut-&#234;tre aussi actrice de notre disparition. Seule certitude, la terre nous abritera, nous et notre sarcophage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la r&#233;union de ces donn&#233;es offre des associations insolites entre la nature et la mort, l'arbre et le sarcophage, il est donc certain que Christophe Doucet par ses travaux place la nature bien au-del&#224; de l'iconographie traditionnelle d'une nature bienveillante et maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la n&#233;cessit&#233; de se prot&#233;ger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cabanes, un refuge certain...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans &lt;i&gt;Nature, art, paysage&lt;/i&gt;, Gilles Tiberghien traite de l'abri dans son &#233;tat de cabane primitive. Il mentionne Vitruve, notamment le second de ses &lt;i&gt;Dix livres d'architecture&lt;/i&gt;, qui fait mention du feu, le premier s&#233;diment social qui incita les hommes &#224; communiquer et leur donna l'occasion &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de s'assembler en soci&#233;t&#233; et d'habiter en un m&#234;me lieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ils commenc&#232;rent donc, &#233;crit Vitruve, les uns &#224; se faire des huttes avec des feuilles [&#8230;], des lieux o&#249; ils pouvaient se mettre &#224; couvert.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'architecture primitive telle qu'elle est imagin&#233;e prend aussi mod&#232;le sur les formations naturelles, les cavit&#233;s dans les montagnes pour se prot&#233;ger comme dans un terrier ou dans un nid d'oiseau par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#339;uvre de Christophe Doucet, il a &#233;t&#233; vu que le nid perdait sa fonction d'abri et de refuge. Cependant, il r&#233;alisa &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Les-cabanes-et-abris' class=&#034;spip_in&#034;&gt;une s&#233;rie de travaux gravitant autour de l'id&#233;e de cabane&lt;/a&gt;, mais celles-ci ne s'inspirent pas directement du mod&#232;le animal, ce ne sont ni des nids, ni des terriers, mais de v&#233;ritables architectures, ouvrages de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles r&#233;sultent d'une association des mat&#233;riaux fournis par la nature et de l'esprit de l'homme. Doucet fait ici directement r&#233;f&#233;rence aux cabanes des forestiers. En effet, si Brancusi, souvent cit&#233; par l'artiste, s'est inspir&#233; tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment des colonnes des habitats roumains pour ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;colonnes sans fin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe recr&#233;e les abris omnipr&#233;sents en for&#234;t landaise. Ces cabanes en plein c&#339;ur des espaces naturels servent &#224; entreposer le mat&#233;riel mais aussi de refuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste revendique pr&#233;cis&#233;ment la vocation de ses cabanes, moyen de se prot&#233;ger d'une nature hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cabanes, il me semble, rendent hommage au travail de l'homme sur la nature et comme par le biais de la photographie &#224; propos des marquages, il transpose des ouvrages fonctionnels dans le domaine de l'art, offrant ainsi aux cabanes foresti&#232;res une conscience artistique. Ce d&#233;tournement para&#238;t faire honneur aux &#339;uvres humaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#339;uvres-outils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette d&#233;marche s'exprime &#224; travers la &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Les-outils' class=&#034;spip_in&#034;&gt;s&#233;rie des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#339;uvres-outils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'outil, en soi, symbolise l'id&#233;e de technique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'homme puise ses mat&#233;riaux au sein des milieux naturels afin d'associer une mati&#232;re &#224; une id&#233;e de l'esprit qui lui offrira un contour et une fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Heidegger distingue la chose, l'outil et l'&#339;uvre d'art la chose, en tant que mati&#232;re dont la forme est conditionn&#233;e par son environnement naturel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'outil se distingue de la chose par son utilit&#233;, sa forme &#233;tant le produit d'une action humaine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#339;uvre d'art, cr&#233;ation de l'esprit, en cela partageant un point commun avec l'outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les outils de Christophe Doucet deviendraient &#339;uvres d'art par le fait qu'ils soient inutilisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, Anna d'Andriesens rapproche ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#339;uvres-outils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, d'outils d&#233;couverts lors de fouilles arch&#233;ologiques&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Certains objets arch&#233;ologiques, souvent parmi les plus fascinants, posent des probl&#232;me d'identification aux sp&#233;cialistes. Ils semblent utilitaires mais certains de leurs &#233;l&#233;ments sont atrophi&#233;s au point qu'ils ne peuvent plus remplir ce qui avait &#233;t&#233; apparemment leur fonction premi&#232;re.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les outils de Doucet sont surdimensionn&#233;s, d'autres semblent tr&#232;s r&#233;alistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit- il d'une comm&#233;moration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Rendent-ils hommage aux premiers outils (pourtant encore actuels, dans le sens o&#249;, pour beaucoup, leur forme initiale ne fut que tr&#232;s peu modifi&#233;e), aux premi&#232;res expressions de la technique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e de pr&#233;misses techniques est confirm&#233;e par le titre d'ensemble donn&#233; &#224; ces installations, &lt;i&gt;Installations au labo&lt;/i&gt;, au go&#251;t d'exp&#233;rimentation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les outils incarnent cette &#233;bauche d'apprivoisement des espaces naturels par l'homme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils repr&#233;sentent un des moyens par lequel l'animal est devenu homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des objets votifs.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Christophe dispose ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#339;uvres-outils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec minutie &#224; l'int&#233;rieur de chacune des cabanes, &#224; l'image d'outils votifs d&#233;pos&#233;s contre un autel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anna d'Andriesens, &#224; propos de ces installations a remarqu&#233;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cette place m&#234;me pr&#233;cis&#233;ment assign&#233;e &#224; chacun de ces outils singuliers, qui participe de leur fonctionnement &#224; la fois utilitaire et rituel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ces cabanes &#233;voqueraient-elles un temple ou encore un autel de fortune&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces installations cabanes/outils &#233;mane donc une atmosph&#232;re bienveillante et r&#233;confortante. Elles offrent aux spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rices un refuge mat&#233;riel et une protection m&#233;taphysique contre une nature fascinante par son impr&#233;visibilit&#233; et sa violence, mais de m&#234;me par le rapport qu'elle a, depuis toujours, entretenu avec la nature humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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