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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Dialogue</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Dialogue</link>
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		<dc:date>2025-05-06T12:27:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Rocton</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Isabelle Rocton&#160;: Tu as commenc&#233; tes travaux par la maquette. Tes premi&#232;res sculptures pr&#233;sentaient d&#233;j&#224; un int&#233;r&#234;t pour l'espace. Elles se pr&#233;sentaient sous la forme de bo&#238;tes renfermant un lieu miniaturis&#233;. Des perforations permettaient &#224; la lumi&#232;re de circuler, au&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;&#224; la spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rice d'y introduire le regard et de cr&#233;er des ambiances au gr&#233; des diff&#233;rents &#233;clairages propos&#233;s.&#8232;Comment es-tu pass&#233;e de ces maquettes aux sculptures &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;habiter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Kristina Depaulis&#160;: J'ai toujours &#233;t&#233;&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-29269" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isabelle Rocton&#160;: Tu as commenc&#233; tes travaux par la maquette. Tes premi&#232;res sculptures pr&#233;sentaient d&#233;j&#224; un int&#233;r&#234;t pour l'espace. Elles se pr&#233;sentaient sous la forme de bo&#238;tes renfermant un lieu miniaturis&#233;. Des perforations permettaient &#224; la lumi&#232;re de circuler, au&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;&#224; la spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rice d'y introduire le regard et de cr&#233;er des ambiances au gr&#233; des diff&#233;rents &#233;clairages propos&#233;s.&#8232;Comment es-tu pass&#233;e de ces maquettes aux sculptures &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;habiter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kristina Depaulis&#160;: J'ai toujours &#233;t&#233; fascin&#233;e par les espaces miniatures et plus particuli&#232;rement les maquettes d'architecture o&#249; se croisent et se m&#234;lent perp&#233;tuellement les notions d'objet et d'espace. La projection mentale qu'elles supposent implique une intense frustration li&#233;e &#224; l'impossibilit&#233; fonctionnelle d'avoir acc&#232;s &#224; une circulation libre &#224; l'int&#233;rieur.&#8232;Construire des espaces dans des bo&#238;tes, c'&#233;tait pour moi jouer avec le contraste de la bo&#238;te en carton comme objet familier sans valeur d'exp&#233;rience, et d'un espace qui par la capture du regard englobait le corps tout entier, le projetait dans un lieu et l'isolait. Ces objets lorsqu'ils &#233;taient port&#233;s au niveau des yeux cr&#233;aient des d&#233;placements &#224; l'aveugle dans le lieu contenant l'exp&#233;rience puisque l'&#233;clairage int&#233;rieur &#233;tait compl&#232;tement d&#233;pendant des mouvements. Avec ces outils, je pouvais travailler du monumental dans une bo&#238;te de 21 x 29,7 cm.&#8232;Dans cette exploration de l'espace o&#249; les mati&#232;res, les lumi&#232;res se transformaient &#224; travers le trou de la serrure je me suis retrouv&#233;e d&#233;tach&#233;e des lieux, errante, les espaces flottaient. J'ai commenc&#233; &#224; int&#233;grer la notion de temps et &#224; poser le probl&#232;me de l' in-situ&#160;: travailler sur des lieux existants, partir de l'exp&#233;rience du corps dans ces espaces et la restituer &#224; distance. Les objets prenaient ainsi forme tout en interrogeant d'un c&#244;t&#233; la mobilit&#233; et de l'autre l'ancrage. Mais ces propositions o&#249; la t&#234;te &#233;tait de plus en plus sollicit&#233;e devaient, pour moi, se d&#233;placer avec le corps, le rapport au mur me devenait insupportable et, pour des raisons ergonomiques, le casque s'est av&#233;r&#233; la solution. Non seulement l'espace &#233;tait transport&#233; en laissant les bras libres mais la question du port imposait une implication plus grande du corps du&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt; de la spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rice et une r&#233;elle exploration &#224; l'aveugle dans l'espace de l'exp&#233;rience. Petit &#224; petit, le v&#234;tement s'est install&#233; comme une suite logique du processus. J'aimais cette id&#233;e d'enveloppe, de peau comme un intervalle, un passage entre deux exp&#233;riences diff&#233;rentes du m&#234;me espace et il me permettait de prendre compl&#232;tement en compte le corps manipulant dans la forme de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le casque est tr&#232;s pr&#233;sent dans tes sculptures. Il semble remplir une fonction essentielle, voire indispensable au bon d&#233;roulement de l'appr&#233;hension de ton travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il est indispensable dans la mesure o&#249; il participe &#224; la m&#233;tamorphose et au passage du spectateur au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;spectacteur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; le mettant en condition pour la mise en route de l'exp&#233;rience. Lorsque la t&#234;te est compl&#232;tement int&#233;gr&#233;e dans l'objet, le reste du corps prend alors en charge l'&#233;change avec l'autre qui l'observe, le visage n'&#233;tant plus visible&#160;: c'est un corps inconnu qui agit et qui devient une sorte de mutant. Je recherche cette bascule dans l'&#233;trange.&#8232;Le casque, lorsqu'il isole, affirme aussi une exp&#233;rience qui ne peut &#234;tre qu'une et individuelle donnant une autre consistance &#224; l'exp&#233;rience. M&#234;me lorsque la vue est maintenue le casque demeure un &#233;l&#233;ment du passage, du voyage dans l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que tu proposes, c'est en fait une exp&#233;rience ou plus exactement des exp&#233;riences possibles.&#8232;Si nous abordons la premi&#232;re exp&#233;rience, celle qui consiste &#224; d&#233;couvrir l'objet lui-m&#234;me, l'objet existe en tant que tel. Il est compos&#233; d'un mat&#233;riau sp&#233;cifique, il est dot&#233; d'un volume ou plus exactement d'une taille et dispose d'une couleur particuli&#232;re qui est le blanc (&#224; quelques rares exceptions pr&#232;s sur lesquelles nous reviendrons). Peux-tu d&#233;tailler ces 3 sp&#233;cificit&#233;s qui caract&#233;risent tes sculptures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;riaux que j'utilise sont issus du registre de l'objet, allant de la sellerie &#224; la b&#226;che de camion en passant par les textiles d'int&#233;rieur... Je recherche cette &#233;vocation famili&#232;re d'un fauteuil, d'un meuble de camping, d'un dessous de nappe, et j'aime qu'elle soit imm&#233;diatement d&#233;rout&#233;e par la forme et la fonction de l'objet. Dans le m&#234;me esprit, je cultive le contraste d'une mati&#232;re textile non destin&#233;e au v&#234;tement.&#8232;Lors de la r&#233;alisation, la question de la fabrication manuelle m'attire et participe d'une recherche &#224; l'&#233;chelle du corps (du corps fabriquant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, l'&#233;chelle est celle de mon propre corps (point &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;0&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'orientation&#160;: je suis mon premier cobaye) puis, par extension, pour que le plus grand nombre de personnes puisse exp&#233;rimenter les sculptures, je r&#233;alise g&#233;n&#233;ralement plusieurs tailles ou des formes adaptables en fonction de la taille et de la corpulence de ceux&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;celles qui vont pratiquer les objets. Cette donn&#233;e est une contrainte assez ludique de mon travail, qui se pr&#233;sente d&#233;s le d&#233;but. Une &#339;uvre qui ne pourrait &#234;tre pratiqu&#233;e que par un petit nombre n'aurait que peu d'int&#233;r&#234;t. D'ailleurs, j'ai pouss&#233; l'exp&#233;rience jusqu'&#224; r&#233;aliser 50 v&#234;tements sur mesure pour la pi&#232;ce intitul&#233;e &lt;i&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Ne-pas-pouvoir-mettre-un-pied-devant-l-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ne pas pouvoir mettre un pied devant l'autre&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, non pas pour limiter &#224; un groupe donn&#233; (puisque le principe est de r&#233;aliser autant de v&#234;tements que d'individus souhaitant faire l'exp&#233;rience) mais, au contraire, pour arriver &#224; une ad&#233;quation, forc&#233;ment utopique, entre le corps pratiquant et l'objet pratiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanc s'est install&#233; progressivement dans mon travail. La couleur m'a toujours sembl&#233; complexe dans ses &#233;vocations, ses symboliques... et la question de la page blanche sur laquelle on s'inscrit est apparue dans son &#233;vidence. &#192; la fois en &#233;cho &#224; la m&#233;moire, &#224; sa perte et &#224; l'id&#233;e que chaque imaginaire doit pouvoir &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;s'&#233;crire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans mes objets. Le blanc n'est pas neutre, il est comme un r&#233;v&#233;lateur de forme, il irradie ou dispara&#238;t en fonction des espaces dans lesquels il se trouve. Sa disparition dans les bo&#238;tes blanches que sont les espaces d'exposition, est pour moi une v&#233;ritable force. L'id&#233;al &#233;tant que ce soit l'exp&#233;rience des objets et donc leur d&#233;ploiement qui s'inscrive dans l'espace. Le blanc est aussi &#233;vocateur de l'hygi&#232;ne, du m&#233;dical, il est rassurant et rebutant. Il y a aussi une grande contradiction dans la question de la salissure. Le blanc a priori ne se pr&#234;te pas &#224; la manipulation, il se salit vite et c'est ce qui fait tout son int&#233;r&#234;t, il garde les traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La seconde exp&#233;rience consiste &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;habiter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la sculpture, il s'agit de l'activer. Orientes-tu, d&#232;s l'origine du projet, l'utilisateur dans une direction que tu anticipes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ma&#238;trises-tu cette exp&#233;rience&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;alisation je suis mon premier cobaye, et tout d&#233;coule de cette exploration&#160;: la forme, le d&#233;ploiement, la mise en espace. Le point de d&#233;part est une exp&#233;rience sp&#233;cifique que je cherche &#224; mettre en &#339;uvre comme, par exemple, se retrouver en situation de flottement entre le plafond et le sol ou encore rechercher une tentative de vol que seul un humain peut faire en battant les bras verticalement au lieu de se projeter en position horizontale. Et donc dans cette orientation se construit, s'anticipe ce que va contenir la manipulation de l'objet mais le temps de l'exp&#233;rience m'&#233;chappe. On touche ici &#224; des donn&#233;es intersubjectives. C'est tout l'int&#233;r&#234;t, je construis des contenants o&#249; chacun am&#232;ne ce qu'il est, son propre corps et la repr&#233;sentation qu'il en a, sa m&#233;moire perceptive...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant &#224; la troisi&#232;me exp&#233;rience, elle r&#233;side dans l'imaginaire du&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;de la regardeur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;se, le&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;la spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rice moins hardi&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;e &#224; s'essayer ou en attente de son tour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'objet est manipul&#233;, il se d&#233;ploie, change de forme, s'articule avec le corps manipulant et l'espace. Ce point de vue modifie le rapport &#224; l'objet et introduit l'id&#233;e que ce corps manipulant fait partie de l'&#339;uvre et prend part &#224; la sculpture. C'est aussi un espace de projection imaginaire pour celui&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;celle qui n'a pas manipul&#233; ou ne manipulera pas. Il&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;elle est invit&#233;&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;e &#224; essayer d'explorer mentalement l'exp&#233;rience propos&#233;e. Pour appr&#233;hender mon travail je pense que l'id&#233;al est de r&#233;unir ces trois exp&#233;riences&#160;: la perception des objets en attente, celle ext&#233;rieure lorsque l'objet est manipul&#233; par d'autres et enfin la pratique des objets. Dans cette reconstitution en puzzle, j'aime retrouver la porosit&#233; permanente mais toujours incompl&#232;te du dedans et du dehors et plus particuli&#232;rement de la peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me si tes sculptures existent en tant qu'objet, elles sont dans l'attente d'&#234;tre activ&#233;es. Tu invites les visiteurs de l'espace d'exposition &#224; investir les structures &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;p&#233;n&#233;trables-manipulables-portables-contraignantes-ludiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; gr&#226;ce &#224; des Modes d'emploi. Ces images sur fond blanc, repr&#233;sentent des silhouettes blanches d&#233;tour&#233;es de noir qui s'enveloppent du v&#234;tement qui lui, garde son aspect color&#233;, photographique. Ces personnages, r&#233;alis&#233;s avec la complicit&#233; de ton entourage et vid&#233;s de leur contenu provoque finalement une nouvelle exp&#233;rience visuelle, celle de se projeter &#224; l'int&#233;rieur de l'objet tout comme ces silhouettes aux corps non st&#233;r&#233;otyp&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la manipulation des objets m'a amen&#233;e &#224; concevoir des modes d'emploi. Tout d'abord en utilisant des photographies d'individus en train de manipuler puis des dessins. Effectivement les photographies apparaissaient comme le t&#233;moignage d'une performance et donc n'incitaient pas &#224; faire l'exp&#233;rience de l'objet. La photographie &#233;tait aussi une m&#233;moire morte, porteuse d'une action pass&#233;e, inscrite dans un autre temps. Le dessin, au contraire pouvait incarner un &#233;v&#233;nement mental projet&#233;. Son autre attrait &#233;tait de rappeler le mode d'emploi familier &#8211; de tout objet quotidien - et d'impliquer une lecture de sa propre action. S'ils utilisent des corps en action, comme tu le dis non st&#233;r&#233;otyp&#233;s favorisant ainsi la projection de soi, ils ne sont pas pour autant issus de vues de performance mais bien de celle d'une mise en sc&#232;ne sp&#233;cifique reprenant toutes les &#233;tapes de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'habillage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; la pratique.&#8232;La pr&#233;sence physique d'une personne r&#233;elle pour accompagner les gens dans la manipulation est une chose &#224; laquelle je tiens beaucoup et qui est int&#233;gr&#233;e aux modes d'emploi. D'abord ce tiers introduit l'&#233;change, incite et permet souvent d'enclencher la bascule dans une pratique compl&#232;te.&#8232;Ensuite, il a un r&#244;le singulier o&#249; pour accompagner les gens il peut &#234;tre amen&#233; &#224; les habiller, &#224; les couvrir et &#224; franchir la distance conventionnelle &#224; l'autre, &#224; &#234;tre un peu plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La notion de m&#233;moire est forte dans la pratique de tes sculptures. Elle est particuli&#232;rement marqu&#233;e dans la vid&#233;o &lt;i&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Strada-del-muro' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Strada del muro, Romagnano Sesia&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; que tu as r&#233;alis&#233; en 2008. Tu y apparais, v&#234;tue d'une combinaison blanche, te frottant contre un mur puis sur le sol d'une ruelle. Les pierres et la terre laissent leur empreinte sur le v&#234;tement tandis que celui-ci d&#233;pose ses fibres sur le mur. Il y a une sorte d'&#233;change, amplifi&#233;e par la bande son.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre dont tu parles m'est tr&#232;s personnelle et finalement assez atypique. Je r&#233;alise peu de vid&#233;o et entre autre de vid&#233;o de performance. Les images, photos ou vid&#233;os, si elles sont pr&#233;sentes dans mon travail, sont pour moi des traces documentaires, des palliatifs lorsque l'exp&#233;rience ne peut &#234;tre faite. Si parfois la vid&#233;o est utilis&#233;e c'est toujours dans le pr&#233;sent de l'exp&#233;rience et parce qu'elle l'accompagne (exemple des moniteurs de vid&#233;o-surveillance dont les traces enregistr&#233;es n'auraient aucun int&#233;r&#234;t si ce n'est documentaire). Or, dans cette pi&#232;ce, c'est tout autre chose&#160;: il est question de la trace d'une performance r&#233;alis&#233;e dans le village de mon grand-p&#232;re que je n'ai pas connu et dans un lieu d&#233;couvert ce jour-l&#224;, il s'agissait de reconstruire vainement un lien absent dans mon histoire familiale, de le mat&#233;rialiser, de lui donner corps, mon corps.&#8232;Dans ces frottements, je cherche &#224; faire corps avec la rue et tente de me l'approprier consciencieusement. Les diff&#233;rentes surfaces auxquelles je me confronte varient dans leur caract&#232;re, leur texture, leur forme et donnent &#224; ce p&#233;riple la trame d'une collecte acharn&#233;e de traces, d'&#233;gratignures, de d&#233;chirures ayant pour vocation la reconstruction artificielle d'une m&#233;moire. Je n'avais pas pr&#233;vu que l'&#233;change se produirait et que, de mon c&#244;t&#233;, je laisserais aussi des morceaux du v&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu t'int&#233;resses &#224; la m&#233;moire sous diff&#233;rents aspects et naturellement vers sa perte qui engendre la perte d'identit&#233;. Cette notion d'amn&#233;sie n'est d'ailleurs pas exclue de l'aspect esth&#233;tique de tes sculptures&#160;: certaines combinaisons ressemblent &#224; des camisoles du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, lorsque j'ai commenc&#233; &#224; introduire le temps dans mon travail, je me suis int&#233;ress&#233;e &#224; la m&#233;moire et surtout &#224; la m&#233;moire de l'espace, aux diff&#233;rents m&#233;canismes de perception et &#224; la mani&#232;re dont ils construisent une identit&#233;.&#8232;La m&#233;moire est une mati&#232;re mouvante qui se mod&#232;le au contact d'un pr&#233;sent contenant pass&#233; et futur, autrement dit, qui prend appui sur nos perceptions ant&#233;rieures, sur celles de l'instant o&#249; nous la rappelons et sur celles que nous projetons. Elle est aussi multiple&#160;: m&#233;moire m&#233;canique du corps, m&#233;moire du v&#233;cu, m&#233;moire de la m&#233;moire et n'existe et ne persiste qu'articul&#233;e aux m&#233;moires de l'autre pour interroger une m&#233;moire collective inter subjective. Lorsque j'ai r&#233;alis&#233; les &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Sechoirs-de-corps' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;S&#233;choirs de corps&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; pour le mus&#233;e de l'&#233;v&#234;ch&#233;, ils r&#233;pondaient &#224; une r&#233;flexion sur les m&#233;moires en jeu dans la transformation qui &#233;tait en cours. &#192; cette occasion avait &#233;t&#233; ouvert un espace d'exposition temporaire &#224; des artistes contemporain&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;es pour interroger ce temps de m&#233;tamorphose. La couleur des s&#233;choirs de corps, un vert tirant vers le turquoise, correspondait exactement &#224; la couleur utilis&#233;e pour souligner les moulures de l'ensemble du mus&#233;e. Cette peinture, r&#233;alis&#233;e dans les ann&#233;es 80, n'&#233;tait plus qu'un t&#233;moignage de mauvais go&#251;t amen&#233; &#224; dispara&#238;tre. Durant le temps d'exposition, les s&#233;choirs agissaient comme un amplificateur de la couleur et maintenant qu'elle a disparu ils en restent la seule m&#233;moire. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mes premi&#232;res approches de la m&#233;moire spatiale m'ont naturellement port&#233;e vers sa perte et la d&#233;sorientation qu'elle occasionne. Je joue excessivement avec l'id&#233;e de couper celui qui pratique les objets d'une appr&#233;hension naturelle de l'espace qui l'entoure. Priver par exemple de l'utilisation d'une jambe pour marcher pousse le corps &#224; s'interroger sur ce qui lui semble acquis, contraint au pr&#233;sent de l'exp&#233;rience et &#224; la pleine mesure de sa r&#233;alit&#233;. Dans ces dichotomies la question de la d&#233;sorientation revient &#224; d&#233;tacher le corps de son environnement, &#224; troubler ses perceptions pour lui faire perdre pied tout en le ramenant syst&#233;matiquement au lieu dans lequel il se trouve. &lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai un certain go&#251;t pour les camisoles, les scaphandres, les v&#234;tements de protection techniques mais aussi les objets associ&#233;s tels que les tables de kin&#233;sith&#233;rapeute, les casques d'escrime, les fauteuils d'aviateur... Il est vrai que la camisole r&#233;sonne de mani&#232;re importante puisque elle entrave le corps et que finalement mes objets impliquent des contraintes mais ces entraves sont destin&#233;es au jeu, &#224; l'exploration, &#224; la prise de conscience de sa pr&#233;sence au monde, &#224; une plong&#233;e dans l'imaginaire et dans une po&#233;tique de l'espace. Je cr&#233;e des tentatives d'impossible.&#8232;Lorsque je propose des exp&#233;riences il s'agit de l'espace et de l'autre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cet autre qui est la premi&#232;re des contraintes et des n&#233;cessit&#233;s. Nous naviguons dans des espaces et sans l'autre nous ne pourrions avancer. On se construit avec et contre. Concernant la m&#233;moire, il est le garde fou mais aussi l'emp&#234;cheur de se rappeler en rond. Le souvenir est une n&#233;gociation et mes objets font de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu t'es orient&#233; vers &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;3 zones de recherche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les Autruches sont des pi&#232;ces o&#249; seule la t&#234;te est coup&#233;e de l'environnement et qui disposent de maquettes &#224; l'int&#233;rieur. Les Scaphandres impliquent un habillage pour une immersion du corps tout entier. Enfin, les Espaces publics, sculptures sans attache singuli&#232;re &#224; un lieu et pens&#233;es pour la rue, proposent une confrontation directe &#224; l'espace public. Quels sont les liens, les passerelles, que tu tisses entre elles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois dimensions sont &#224; la fois imbriqu&#233;es et distinctes. Elles me permettent de multiplier les points de r&#233;flexion et de construire une toile en d&#233;veloppement constant dont l'exp&#233;rience de l'espace et de l'autre sont au centre. Dans la cat&#233;gorie des autruches se niche une r&#233;flexion particuli&#232;re &#224; l'in situ, ces pi&#232;ces s'inscrivent dans des liens &#233;troits au lieu qui les contient et explorent des espaces monumentaux &#224; l'&#233;chelle de l'objet. Je poursuis le mythe d'Alice sur ces terres. Pour ce qui est des scaphandres, il est plus particuli&#232;rement question de l'enveloppe, de l'habit, de l'habit-machine d'exploration ou de sauvegarde, de carcans qui entravent aussi et ram&#232;nent une forme de pesanteur. &#192; travers ces objets j'implique plus fortement le corps de l'autre dans la manipulation, je le renvoie &#224; l'image qu'il a de lui m&#234;me&#160;: ses mesures, son poids, sa souplesse, sa mise en sc&#232;ne... Je le renvoie &#224; sa mat&#233;rialit&#233;. Enfin les pi&#232;ces destin&#233;es &#224; l'espace public s'ouvrent plus largement sur des zones non balis&#233;es/&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;surbalis&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elles sont le moyen d'entrer en contact avec le collectif et d'interroger les habitudes, les contraintes, les r&#232;gles... C'est un espace violent pour les objets qui s'y trouvent, les rapports y sont litt&#233;raux. J'aime la perte de rep&#232;re que mes objets peuvent engager ainsi que la perte d'identit&#233; de mes objets eux-m&#234;me. Je recherche un interstice o&#249; mes objets trouveraient leur place jusque dans leur disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le langage trouve &#233;galement sa place&#160;: les titres de certaines de tes &#339;uvres sont des associations ou des jeux de mots. Sont-ils destin&#233;s &#224; une compr&#233;hension directe de tes &#339;uvres ou une invitation au jeu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les titres sont v&#233;ritablement une invitation au jeu comme un premier contact. Ce sont souvent des d&#233;compositions sonores ou des mots qui semblent d&#233;cal&#233;s et qui finalement agissent comme un volet qui n'aurait pas &#233;t&#233; explor&#233; sans le langage. Ils se veulent une incitation &#224; d&#233;nicher dans un mot toutes les facettes de sens et toutes les manipulations que l'on peut en faire. C'est une v&#233;ritable pirouette qui ne cherche pas &#224; &#233;chapper au sens mais plut&#244;t &#224; lui donner de l'espace, du volume. Ils ont un r&#244;le assez proche du tissu, ils sont une peau de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines de tes &#339;uvres, par leur aspect comme &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Scaphandres' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Scaphandriers&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de 2007, peuvent rappeler celles de Lygia Clark. Cependant, ton travail n'a pas d'objectif th&#233;rapeutique&#160;: l'exp&#233;rience reste celle de l'espace.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vocation de Lygia Clark dans mon travail est &#233;vidente et les scaphandriers peuvent s'apparenter &#224; un clin d'&#339;il. Je retrouve cette artiste &#224; travers la question de la pratique du&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;de la spectateur&lt;span aria-hidden='true'&gt;&#183;&lt;/span&gt;rice, la r&#233;flexion sur la perception, la prise de conscience du corps r&#233;el et sur la question plastique de ce qu'elle appelle le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vide plein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, cette rencontre entre int&#233;rieur-ext&#233;rieur, envers-endroit qui va pour elle jusqu'&#224; une recherche de fusion et de totalit&#233; et qui est pour moi un jeu de rupture et de d&#233;sorientation. Maintenant, je reste tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard de son rapport &#224; la th&#233;rapeutique et &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Comme tu le dis, l'exp&#233;rience que je propose est celle de l'espace, d'une po&#233;tique de l'espace et du temps. Mes objets n'existent pas seulement dans l'exp&#233;rience qu'ils induisent, ils ne font pas que contenir, ils sont contenus. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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