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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
	<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/</link>
	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
	<language>fr</language>
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<item xml:lang="fr">
		<title>Val&#233;riane val&#233;riane</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Valeriane-valeriane</link>
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		<dc:date>2024-09-30T13:20:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;lie Lucas-Gary</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte extrait de l'&#233;dition monographique sur l'&#339;uvre de Thomas Lanfranchi &#201;ditions Dilecta, Paris, 2020 Un jeudi de juin, Thomas est venu &#224; la maison. On a discut&#233; tout l'apr&#232;s- midi en mangeant des biscuits rapport&#233;s de Saint-Jean par un ami commun. Sur l'&#233;cran devant nous, d&#233;filaient des crop circles, des photos d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OVNI&lt;/span&gt;, tout un tas d'archives &#224; lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne parlions pas d'art &#8211; c'&#233;tait plus vaste. Thomas m'avait propos&#233; quelques semaines plus t&#244;t d'&#233;crire un texte pour accompagner&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-26483" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Texte extrait de l'&#233;dition monographique sur l'&#339;uvre de Thomas Lanfranchi&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;ditions Dilecta, Paris, 2020&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeudi de juin, Thomas est venu &#224; la maison. On a discut&#233; tout l'apr&#232;s-
midi en mangeant des biscuits rapport&#233;s de Saint-Jean par un ami
commun. Sur l'&#233;cran devant nous, d&#233;filaient des &lt;i&gt;crop circles&lt;/i&gt;, des photos
d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OVNI&lt;/span&gt;, tout un tas d'archives &#224; lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne parlions pas d'art &#8211; c'&#233;tait
plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas m'avait propos&#233; quelques semaines plus t&#244;t d'&#233;crire un texte
pour accompagner son travail dans ce livre, encore &#224; para&#238;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais
pens&#233; d'abord &#224; une fiction ou une chanson, au g&#233;n&#233;rique d'un film
enfin. Dans mon souvenir, un plan s&#233;quence tr&#232;s long cl&#244;t &lt;i&gt;Maine Oc&#233;an&lt;/i&gt;&#160;:
on suit Bernard M&#233;nez sur son bateau, puis &#224; pied dans l'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on le
suit quoi qu'il en co&#251;te et le m&#234;me bleu passe du ciel sur la mer. Je r&#234;ve
depuis d'un texte sans fin qui prolongerait le livre&#160;: un homme oc&#233;an
marche et d&#233;borde peu &#224; peu l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi-l&#224;, Thomas a quitt&#233; la maison &#224; pied en fin d'apr&#232;s-midi.
J'ignore quel chemin il a choisi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a s&#251;rement suivi la Seine mais d'abord,
en sortant de chez moi, le pas lent d'&#234;tre rest&#233; assis des heures, il a
tourn&#233; &#224; droite deux fois. Puis il a pris &#224; gauche, la rue Ernest-Renan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a march&#233; tout droit longtemps, en pensant comme moi &#224; la Vie de
&lt;i&gt;J&#233;sus&lt;/i&gt;, ou &#224; une autre rue longue de Bordeaux qui porte aussi le nom de
l'historien philosophe. Thomas a senti l'odeur des ailantes qui bordent le
trottoir du c&#244;t&#233; de la voie ferr&#233;e&#160;: un relent printanier, moite comme une
main sur sa nuque. L'air &#233;tait chaud &#224; cet endroit, mais c'&#233;tait &#224; l'ombre
et il a continu&#233; d'avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'angle de la rue Moli&#232;re, Thomas s'est engouffr&#233; dans la boulangerie.
H&#233;sitant devant les p&#226;tisseries, la cr&#232;me des religieuses et des saint-
honor&#233;s, il a choisi finalement une part de tarte aux pommes. Il s'est
demand&#233; quelle diff&#233;rence &#231;a ferait si &#224; la place de cette grande tarte
d&#233;coup&#233;e en huit parts &#233;gales, le boulanger avait pr&#233;par&#233; des tartelettes.
Dans la vitrine sous ses yeux, les pommes tranch&#233;es ont sing&#233; des
vitraux d'&#233;glise, des aur&#233;oles de vierges, des agroglyphes inconnus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles se sont color&#233;es de jaune et de vert et Thomas est reparti avec cette
image dans la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue L&#233;nine jusqu'&#224; la Seine, il a mang&#233; sa part, &#233;tonn&#233; de combien
les pommes &#233;taient bonnes, la cassonade caram&#233;lis&#233;e &#8211; je relis
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;camarade caram&#233;lis&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans les notes prises &#224; la main le soir de sa
visite. Il a march&#233; en mangeant et des milliers d'&#233;clats de p&#226;te feuillet&#233;e
ont jonch&#233; le sol sur son passage. Au pied du pont, il a souri, et je me dis
que si ce pont n'existait pas, mon ami franchirait le fleuve quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le laisse s'&#233;loigner mais le vent presse et Thomas double les passants,
le regard tourn&#233; &#224; l'Est, vers le Port-&#224;-l'Anglais, la passerelle en b&#233;ton
tagu&#233;e, l'usine Saint-Rapha&#235;l. Le nom de la liqueur ap&#233;ritive court sur
le toit en &#233;normes lettres rouges, comme une enseigne de f&#234;te foraine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;
derri&#232;re monte la chemin&#233;e de la chaufferie o&#249;, Thomas l'ignore, niche
depuis plus de dix ans un couple de faucons. Enfin, la grande pagode
flotte, en &#233;quilibre sur la Seine et la Marne qui confluent &#224; ses pieds.
Le vent qui souffle ce d&#233;cor froisse le cours du fleuve et, &#224; cet instant,
le monde pourrait danser sur le pont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, deux joggeurs d&#233;passent Thomas, qui peut lire, imprim&#233; au dos
de leurs tee-shirts jaunes&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L&#233;gion &#233;trang&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il continue d'avancer
dans le sillage de ces deux mots. L&#233;gion &#233;trang&#232;re. Le sol s'ouvre sous
ses pieds, sous le pont, au fond du fleuve, sur d'autres continents, puis
c'est son enfance et les baignades de Malmousque qui remontent,
les l&#233;gionnaires en slips, les oursins p&#234;ch&#233;s avant la disparition du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas atteint l'autre rive, et en sens inverse, arrivent encore d'autres
coureurs. Ils sont tous jeunes, contraints de courir des heures. Ils ont
tous peu ou prou la m&#234;me taille, la m&#234;me allure, et il pourrait en venir
plus de soixante-dix mille des coureurs de la L&#233;gion. Avant de descendre
du pont, Thomas se tourne vers Ivry&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les belles grues, leurs fl&#232;ches et
leurs f&#251;ts remplacent les chemin&#233;es en brique du Douanier Rousseau.
Un grand dirigeable traverse le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas se glisse sur la piste cyclable qui court entre la Seine et
l'autoroute. Des tiges de val&#233;riane tremblent &#224; la hauteur de ses &#233;paules,
elles se balancent, se d&#233;doublent au soleil pour lui caresser le cou, les
oreilles. Elles le bercent et son pas s'all&#232;ge. Plus il s'&#233;tonne, plus la nature
foisonne&#160;: d'un c&#244;t&#233;, se dressent une dizaine de marronniers en fleurs et
&#224; leurs pieds, des herbes hautes en pagaille, qui obliquent, jaunies avant
m&#234;me le d&#233;but de l'&#233;t&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre, une vraie haie d'h&#234;tres, d'&#233;rables, puis
&#231;a se complique&#160;: charmes, lauriers, tro&#232;nes, nerpruns, rhododendrons,
magnolias, cerisiers et ailantes &#8211; et j'en oublie &#8211; alternent et m&#234;lent les
jaunes et les verts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas qui continue &#224; marcher tourne la t&#234;te pour examiner un objet
en pierre pos&#233; dans l'herbe sur sa gauche&#160;: un genre de frontispice tagu&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;
on devine seulement dans le rouge le mot &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TOILE&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en lettres capitales,
barr&#233; apr&#232;s coup. Comme tout le monde, Thomas se demande d'o&#249;
provient ce vestige dont m&#234;me la mairie ignore l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avance et la Seine tourne, tr&#232;s l&#233;g&#232;rement, et plus lui avance dans cette
courbe, plus la vue se d&#233;gage&#160;: &#224; gauche, les marronniers et les platanes
ont laiss&#233; place &#224; un d&#233;sordre de plantes sauvages&#160;: luzerne, mauve,
tr&#232;fle, plantain, carotte, iris, rose de no&#235;l, belle de jour. Et derri&#232;re, sans
amorce, on voit l'eau qui prend la pente et rejoint l'oc&#233;an, pouss&#233;e par le
temps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Thomas entre dans Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Alphajets de la patrouille de France l'accompagnent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la f&#234;te
nationale approche et ils s'entra&#238;nent. Entre la Seine et leurs pirouettes,
prend forme une gigantesque corne de nuage. Elle tourne sur elle-
m&#234;me et cette rotation la grandit, elle gonfle, allonge, elle se strie. Puis
elle s'immobilise tandis que Thomas la regarde, et continue d'avancer,
laissant en contrebas les centrales &#224; b&#233;ton, les camions-toupie, les jets
d'eau qui arrosent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il choisit un banc pour se reposer un moment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est au pied du
minist&#232;re. Une femme passe, puis revient s'assoir &#224; c&#244;t&#233; de lui. Ils ne
se regardent pas et resteront l'un pour l'autre une silhouette, aper&#231;ue
du coin de l'&#339;il. Elle regarde l'heure, souffle et sort de son sac un livre&#160;:
c'est le tome &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; du &lt;i&gt;Comte de Monte Cristo&lt;/i&gt;. Elle l'ouvre &#224; la page 177, et lit
quelques lignes&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;On en &#233;tait arriv&#233; aux plus chaudes journ&#233;es de juillet,
lorsque vint se pr&#233;senter &#224; son tour, dans l'ordre des temps, ce samedi
o&#249; devait avoir lieu le bal de Monsieur de Morcef.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Thomas s'en va, mais
trois jours apr&#232;s, cette femme lui adressera un courrier de la Banque
Postale o&#249; elle est employ&#233;e. Deux ans plus tard, Thomas dessinera au
stylo un bel oiseau, un geai, sur l'enveloppe cachet&#233;e par l'inconnue de
Bercy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas dispara&#238;t plus loin dans un des tunnels du Ch&#226;telet.
Il a certainement rejoint au couchant la rue des Petits-Carreaux.
On ne l'a pas vu &#224; la sortie, mais ce soir-l&#224;, j'ai re&#231;u un texto. Peut-&#234;tre
qu'il me racontait cette balade&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne sais plus. Je me souviens seulement
qu'&#233;tait r&#233;p&#233;t&#233; deux fois le m&#234;me mot.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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