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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Camille Beauplan, photographe &#224; l'entr&#233;e du trou noir</title>
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		<dc:date>2024-04-25T13:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Forgeard</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dans Mon Oncle, apr&#232;s quatorze minutes et trente-neuf secondes, Monsieur Hulot enjambe les d&#233;bris d'une fa&#231;ade &#233;croul&#233;e, fronti&#232;re entre village et ville moderne. Comme il a fait tomber une brique, descell&#233;e du muret en ruine, il revient sur ses pas et la remet en place. Soigneusement. &#199;a n'est pas grand chose, &#224; peine une briquette, un &#233;l&#233;ment insignifiant, d&#233;solidaris&#233; d'un tas appel&#233; &#224; dispara&#238;tre sous peu. Le niveau z&#233;ro de l'existence. Une brique, qui ne peut m&#234;me plus se justifier de&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Mon Oncle&lt;/i&gt;, apr&#232;s quatorze minutes et trente-neuf secondes, Monsieur Hulot enjambe les d&#233;bris d'une fa&#231;ade &#233;croul&#233;e, fronti&#232;re entre village et ville moderne.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme il a fait tomber une brique, descell&#233;e du muret en ruine, il revient sur ses pas et la remet en place. Soigneusement. &#199;a n'est pas grand chose, &#224; peine une briquette, un &#233;l&#233;ment insignifiant, d&#233;solidaris&#233; d'un tas appel&#233; &#224; dispara&#238;tre sous peu. Le niveau z&#233;ro de l'existence. Une brique, qui ne peut m&#234;me plus se justifier de faire partie d'un mur. Un truc pourri, indigne de mobiliser une &#233;quipe de tournage. Et pourtant, Tati ne veut pas contribuer davantage &#224; la destruction de ce qui subsiste encore, non pas motiv&#233; par la m&#233;lancolie (il se serait pench&#233; de la m&#234;me fa&#231;on sur un panneau de signalisation neuf, tomb&#233; de son m&#226;t), mais par l'intime conviction qu'il faut traiter &#224; &#233;galit&#233; les &#234;tres anim&#233;s et les choses pos&#233;es l&#224;, artefacts de l'activit&#233; humaine, qui, bien qu'inertes, n'en participent pas moins &#224; l'ordonnancement du monde.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un plot de chantier, un man&#232;ge moche, des pancartes immobili&#232;res, tout ce qui g&#226;che le paysage de la plupart des gens, font la trame o&#249; Camille Beauplan d&#233;coupe ses tableaux. Et pour l'avoir &#233;cout&#233; parler du monde avec un m&#233;lange d'inqui&#233;tude et d'espoir en ce qu'il rec&#232;le de tr&#233;sors cach&#233;s, je sais que, pareille &#224; Monsieur Hulot, elle travaille secr&#232;tement &#224; r&#233;enchanter l'univers, en partant de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple.&lt;br class='manualbr' /&gt;Camille Beauplan repr&#233;sente trois sushis dans leur barquette, pos&#233;s sur la borne d'un parking.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de prime abord, un spectacle consternant. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quelque soit votre religion, et m&#234;me si vous &#234;tes ath&#233;e, vous n'imaginez pas un instant que, si le paradis existe, ces trois sushis puissent un jour y &#234;tre admis. M&#234;me s'ils se sont offerts gratuitement &#224; l'app&#233;tit d'un malheureux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Comme la brique de Monsieur Hulot, ces limaces &#233;carlates, vautr&#233;es de fa&#231;on navrante sur leur &#233;dredon de riz, croupissent dans l'infra-monde des rebuts, quasi nulles, hors de port&#233;e de toute approche po&#233;tique. &lt;br class='manualbr' /&gt;Mais voil&#224;, par la m&#233;diation d'un regard, qu'une rencontre se produit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CD&lt;/span&gt; gisant sur un passage pi&#233;ton, une coque de t&#233;l&#233;phone abandonn&#233;e sur un banc anti-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SDF&lt;/span&gt;, le flyer d'une soir&#233;e mousse accroch&#233; aux branches d'un arbre nu, pourraient aussi bien susciter l'int&#233;r&#234;t de Camille Beauplan. Ces r&#233;unions fortuites entre objets aux missions &#233;loign&#233;es ne sont pas rares dans notre monde. Force est de constater que le sushi du Leclerc a sans doute plus de points communs avec la balise de parking qu'avec le saumon. &#199;a n'a rien de la rencontre surr&#233;aliste entre la machine &#224; coudre et le parapluie que d&#233;crivait Lautr&#233;amont, c'est au contraire un rapprochement logique, comme il s'en passe des millions chaque jour entre les choses, attir&#233;es les unes vers les autres, englouties dans ce trou noir que constitue l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces situations, trop d&#233;pourvues de sens pour faire &#233;v&#232;nement, m&#233;ritent n&#233;anmoins d'&#234;tre consign&#233;es, dessin&#233;es, peintes, enregistr&#233;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais peu sont ceux qui s'en soucient et y pr&#234;tent attention.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pourquoi Camille Beauplan se tient &#224; l'aff&#251;t, sa cam&#233;ra cach&#233;e &#224; l'entr&#233;e du gouffre, l&#224; o&#249; les bidules de l'univers convergent et d&#233;rivent, avant de sombrer dans un oubli qu'aucune plaque comm&#233;morative ne viendra jamais soulager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dale Cooper, l'agent du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FBI&lt;/span&gt; envoy&#233; en mission &#224; Twin Peaks, n'op&#232;re pas non plus de hi&#233;rarchie parmi la foule bigarr&#233;e de ce qui est. Tout fait indice. Il vient &#224; bout de l'&#233;nigme comme Georges Braque entendait faire de la peinture. Par soustraction. Sans rien ajouter, en d&#233;couvrant pas &#224; pas l'image dissimul&#233;e derri&#232;re un voile de poussi&#232;re blanche, &#224; l'aide de tel pinceau pour d&#233;gager le jaune, tel autre pour le rouge.&lt;br class='manualbr' /&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, &#224; partir d'une photo, Camille Beauplan d&#233;blaie tout ce &#224; quoi nous sommes trop habitu&#233;s, ce r&#233;el que notre cerveau s'empresse de construire d&#232;s qu'on porte le regard, et qui s'interpose entre la v&#233;rit&#233; et nous. Eliminant les ombres, le fond du d&#233;cor, les d&#233;tails parasites, elle isole et met en lumi&#232;re. C'est seulement lorsque tout est nettoy&#233;, qu'elle se met &#224; peindre.
Quand ils traitent l'image d'un pan du cosmos recueilli par un t&#233;lescope, les astronomes travaillent de fa&#231;on similaire. Ils effacent les rayonnements, les d&#233;formations de l'espace-temps. Parce qu'ils vous diront que rien n'existe jamais en soi, selon des contours clairement d&#233;finis. Tout irradie, diffuse, d&#233;borde, interagit. Et dans ce fourmillement, ce combat incessant pour se manifester &#224; la lumi&#232;re, les choses infimes et vagues sont hyper vuln&#233;rables, si bien qu'&#224; moins de forcer leur apparition, on risquerait de ne jamais les voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour attraper la fragilit&#233; des choses vaines, il ne suffit pas d'agir sur l'espace, il faut agir sur le temps.&lt;br class='manualbr' /&gt;Arriver au bon moment.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cin&#233;aste du presque pas, Camille Beauplan met en sc&#232;ne de microsuspenses.&lt;br class='manualbr' /&gt;De la soucoupe pos&#233;e sous un pot, voici l'eau du robinet pr&#234;te &#224; d&#233;border. La tension est totale. L'accident, sur le point d'advenir. Il fait partie de ces &#233;v&#232;nements qui passent sous le radar des cha&#238;nes d'informations et constituent de ce fait un excellent sujet pour un artiste. Car si Camille Beauplan n'en parle pas, qui en parlera&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui dira la beaut&#233; de la nappe d'eau miroitante pr&#234;te &#224; faire un pas de c&#244;t&#233; dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, alors m&#234;me que ce moment ne se reproduira jamais plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Merci-de-bien-vouloir-50378&#034;&gt;&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse au texte de Beno&#238;t Forgeard par Selim Bentounes, dans le cadre de &lt;i&gt;Autour de l'exposition &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;un autre regard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;...&lt;/i&gt;, &#233;v&#233;nement organis&#233; dans le cadre de &lt;i&gt;Merci de bien vouloir&lt;/i&gt;, les arts au mur artoth&#232;que, Pessac, 2022&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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