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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
	<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/</link>
	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Les pierres oubli&#233;es de Francfort</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Les-pierres-oubliees-de-Francfort</link>
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		<dc:date>2023-03-28T10:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alice Chardenet</dc:creator>



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&lt;p&gt;La d&#233;marche de Pauline Castra na&#238;t d'un d&#233;sir de collection. Fascin&#233;e par les mus&#233;es et leur mission presque sacrale de pr&#233;servation, elle s'applique &#224; reproduire et mettre &#224; l'&#233;preuve leurs m&#233;thodes de conservation et de pr&#233;sentation. Dans sa lecture inaugurale au Coll&#232;ge de France , B&#233;n&#233;dicte Savoy met en perspective les diff&#233;rentes temporalit&#233;s du mus&#233;e qui contient des &#339;uvres qui sont &#224; la fois mises &#224; l'arr&#234;t, emprisonn&#233;es pour toujours dans des vitrines et sur des murs, et qui en&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;marche de Pauline Castra na&#238;t d'un d&#233;sir de collection. Fascin&#233;e par les mus&#233;es et leur mission presque sacrale de pr&#233;servation, elle s'applique &#224; reproduire et mettre &#224; l'&#233;preuve leurs m&#233;thodes de conservation et de pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lecture inaugurale au Coll&#232;ge de France &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Savoy B&#233;n&#233;dicte, Objets du d&#233;sir, d&#233;sir d'objets, Paris, 2017&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, B&#233;n&#233;dicte Savoy met en perspective les diff&#233;rentes temporalit&#233;s du mus&#233;e qui contient des &#339;uvres qui sont &#224; la fois mises &#224; l'arr&#234;t, emprisonn&#233;es pour toujours dans des vitrines et sur des murs, et qui en m&#234;me temps exercent une emprise poignante sur les g&#233;n&#233;rations d&#233;filant devant elles. La face diurne de l'accumulation de capital culturel du monde entier dans les mus&#233;es europ&#233;ens du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est bien cette force cr&#233;atrice g&#233;n&#233;r&#233;e par la contemplation de ces objets. Bien que immobilis&#233;s, leur influence dans la production de nouvelles formes et id&#233;es reste ind&#233;niable. Mais leur pr&#233;sence dans ces mus&#233;es est lourde d'histoire. Le lien entre accumulation d'objets, pouvoir et domination ne peut &#234;tre pass&#233; sous silence. B&#233;n&#233;dicte Savoy nous rappelle que c'est lors de la R&#233;volution fran&#231;aise qu'&#233;merge l'id&#233;e nouvelle selon laquelle l'appropriation intellectuelle des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;objets d'art et de science&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Savoy, ibid, p. 39&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, &#224; des fins de connaissance ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de leur appropriation mat&#233;rielle, et que les mus&#233;es que nous visitons aujourd'hui encore, sont les h&#233;ritiers directs de cette &#233;poque. Cependant ce que Pauline Castra s'attache &#224; faire va &#224; l'encontre de cette logique conqu&#233;rante et questionne notre rapport &#224; l'acte de collection. En effet dans son installation &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Panser-classer' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Panser-Classer&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2020), elle ne questionne pas directement les objets de son d&#233;sir mais leurs empreintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les &#233;l&#233;ments qu'elle inclut dans ses installations sont souvent glan&#233;s, il en va ici autrement. Au commencement de sa r&#233;sidence de trois mois &#224; Francfort, ses d&#233;ambulations la confrontent &#224; un espace urbain tr&#232;s ordonn&#233; et cloisonn&#233;. Son regard ne trouve pas les asp&#233;rit&#233;s ni les d&#233;bris auxquels elle s'attendait. Entre les b&#226;timents contemporains aux fa&#231;ades de verre et la version poliss&#233;e du quartier de la vieille ville r&#233;cemment reconstruit, rien dans les rues ne peut lui servir de mati&#232;re premi&#232;re. La ville ne semble pas lui offrir ces objets-rebuts sans place ou d&#233;nomination fixe, facilement extractibles de l'espace urbain. Ses pas l'am&#232;nent alors au mus&#233;e du Liebieghaus, plus pr&#233;cis&#233;ment dans son jardin, o&#249; elle fait la d&#233;couverte de ruines d&#233;pos&#233;es &#224; l'arri&#232;re du b&#226;timent, comme laiss&#233;es &#224; l'abandon. C'est l&#224; que commence la longue histoire de Pauline Castra avec les pierres oubli&#233;es de la ville de Francfort qui seront partie prenante de son travail. Restaurer un regard, panser des blessures, c'est dans une d&#233;marche de soin et de r&#233;paration que l'artiste nous confronte &#224; l'existence de ces objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impressionn&#233;e par ces fragments architecturaux partiellement sculpt&#233;s, souvenirs d'une construction maintenant disparue, couverts de mousse et laiss&#233;s l&#224;,&#160;au gr&#233; des al&#233;as m&#233;t&#233;orologiques, l'artiste souhaite diriger notre attention vers ces ruines sur lesquelles personne ne s'attarde vraiment. L'utilisation mat&#233;rielle de ces objets s'av&#232;re cependant impossible, entre l'exercice de responsabilit&#233; des vestiges de la villa du Liebieghaus par la ville de Francfort, et les m&#233;andres de la bureaucratie. &#192; nouveau, surgit face &#224; l'artiste, la probl&#233;matique de l'impossible appropriation physique de certains objets. C'est ainsi que la d&#233;marche artistique de Pauline Castra se nourrit des barri&#232;res qu'elle rencontra au cours de sa r&#233;sidence. Et c'est de cet obstacle qu'est n&#233;e la veill&#233;e-performance &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Captures#renvoi_vigil' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Vigil&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2019). Il n'est ici pas question de possession mais litt&#233;ralement et figurativement de mise en lumi&#232;re progressive. &#192; la nuit tomb&#233;e, les participants sont accompagn&#233;s. &#192; l'arri&#232;re du mus&#233;e du Liebieghaus. &#192; l'aide d'une lampe torche, ils sont incit&#233;s &#224; d&#233;couvrir le tas de pierres plong&#233; dans le noir. Le cercle lumineux produit par la lampe n'&#233;claire les fragments que partiellement et les yeux se concentrent sur ces d&#233;tails qui surgissent de la p&#233;nombre. Alors des formes se r&#233;v&#232;lent peu &#224; peu. Les participants et l'artiste explorent le tas de pierres sans les d&#233;placer ni les manipuler. C'est une confrontation visuelle, sans contact physique avec les fragments. En dirigeant notre attention vers ces objets entrepos&#233;s non pas dans le mus&#233;e mais &#224; c&#244;t&#233;, l'artiste les honore et les c&#233;l&#232;bre sans prendre en compte la valeur, ou plut&#244;t non-valeur, qui leur a &#233;t&#233; attribu&#233;e. Est soulev&#233;e ici tr&#232;s directement la question de la conservation ainsi que celle de la construction qu'est le patrimoine culturel. En s'attachant &#224; ces objets, elle interroge et critique les m&#233;canismes d&#233;cisionnels, qui s&#233;lectionnent ceux d'entre-eux qui sont dignes d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s, conserv&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de l'enceinte du mus&#233;e et ainsi capables d'influencer les g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divers &#233;changes avec des institutions francfortoises l'am&#232;nent finalement au Steindepot (d&#233;p&#244;t de pierre). Ce lieu, qui d&#233;pend du mus&#233;e d'histoire de Francfort, conserve et classifie les pierres de la ville. Les objets conserv&#233;s proviennent en grande partie de fouilles arch&#233;ologiques, les premi&#232;res traces d'occupation humaines relev&#233;es dans la r&#233;gion de Francfort remontant aux hommes de Neandertal. Dans cet espace, elle y d&#233;couvre un groupement de pierres, ici aussi entrepros&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur du b&#226;timent, dans un endroit o&#249; sont d&#233;pos&#233;s les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s de moindre int&#233;r&#234;t. Ces morceaux proviennent de la fa&#231;ade du Darmst&#228;dter Hof, propri&#233;t&#233; datant du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle maintenant d&#233;truite et dont l'emplacement se trouvait &#224; l'actuel centre de Francfort. Un temps entrepos&#233;es dans la for&#234;t de la ville, une s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments sculpt&#233;s a r&#233;cemment &#233;t&#233; transport&#233;e au Steindepot (2011). Les notions de s&#233;lection et de conservation se retrouvent aussi dans l'histoire de ces objets. Il a, en effet, &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de laisser dans la for&#234;t les morceaux les plus ab&#238;m&#233;s. Dans une d&#233;marche qui questionne les structures de pr&#233;servation tout en &#233;tant li&#233;e &#224; son d&#233;sir de collection, Pauline Castra capture alors la surface des pierres du Darmst&#228;dter Hof, &#224; partir desquelles elle cr&#233;e de nouveaux objets. Elle proc&#232;de ainsi par moulage&#160;: une couche &#233;paisse d'argile est appliqu&#233;e sur les fragments, puis de la paraffine est vers&#233;e dans ces empreintes, formant ainsi une r&#233;plique en positif de leur surface. La paraffine est un mat&#233;riau traditionnellement utilis&#233; &#224; des fins de conservation. Mais ici l'artiste s'en sert comme mat&#233;riau de transit pour transporter une image, ne rapportant dans sa collection que ces empreintes qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'installation &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Panser-classer' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Panser-Classer&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; int&#232;gre les fragments du Darmst&#228;dter Hof sans qu'ils soient pour autant pr&#233;sents physiquement. Pour les spectateurs, ne sont visibles que ces nouveaux objets r&#233;alis&#233;s par l'artiste. Chaque empreinte est gliss&#233;e dans une pochette de plastique transparente, elle-m&#234;me suspendue au plafond par une fine cha&#238;ne de m&#233;tal. Les 35 objets en paraffine se balancent l&#233;g&#232;rement dans la salle d'exposition. Leur fragilit&#233; n'est pas masqu&#233;e et le dispositif de pr&#233;sentation ne tente pas d'y rem&#233;dier. Positionn&#233;es &#224; hauteur d'yeux, les empreintes sont offertes au regard du public sans plus grande protection. Pauline Castra souligne ici la tension entre conservation et pr&#233;sentation, qui souvent entrent en contradiction. Cette installation soul&#232;ve aussi la question de la classification, proc&#233;d&#233; inh&#233;rent &#224; la conservation. L'organisation d'une collection dans un syst&#232;me de classification est un moyen d'appr&#233;hender le monde mais aussi de cr&#233;er des logiques de s&#233;lection. Dans &lt;i&gt;Panser-Classer&lt;/i&gt;, chaque empreinte dispose bien d'une &#233;tiquette destin&#233;e &#224; accueillir une d&#233;nomination, un code. Mais le syst&#232;me utilis&#233;, un point quasiment invisible dessin&#233; sur l'&#233;tiquette, se r&#233;f&#232;re simplement au positionnement des objets dans l'espace et change &#224; chaque nouvelle pr&#233;sentation de l'installation, rendant impossible leur classement par ordre de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#233;d&#233;s mis en place par Pauline Castra posent la question suivante&#160;: comment garder, prot&#233;ger et pr&#233;senter des objets qui ne nous appartiennent pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Aussi bien &lt;i&gt;Panser-Classer &lt;/i&gt; que dans &lt;i&gt;Vigil&lt;/i&gt;, l'artiste int&#232;gre &#224; son travail des objets pr&#233;existants. Son d&#233;sir de collection se manifeste cependant par la production de nouvelles images et de nouveaux objets. Ce qu'elle s'applique &#224; conserver et leur souvenir, leur empreinte. Et c'est sans les d&#233;naturer, tout en respectant leur int&#233;grit&#233; que Pauline Castra attire notre regard vers ces pierres oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Texte publi&#233; dans le catalogue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IEPA&lt;/span&gt;#4, co&#233;dition Nekatoenea et Basis, 2020&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Savoy B&#233;n&#233;dicte, &lt;i&gt;Objets du d&#233;sir, d&#233;sir d'objets&lt;/i&gt;, Paris, 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Savoy, ibid, p. 39&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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