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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
	<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/</link>
	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Avec inqui&#233;tude mais aussi avec espoir</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Avec-inquietude-mais-aussi-avec-espoir</link>
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		<dc:date>2023-03-15T14:48:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ang&#233;lique Aubrit</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;J'ai eu froid cette nuit. Une d&#233;charge &#233;lectrique m'a travers&#233;e des pieds &#224; la t&#234;te, comme avant. Il y a beaucoup de souvenirs avant maintenant. Beaucoup de personnages et de f&#234;tes violentes pour un seul film. J'ai pens&#233; tout et son contraire pour arriver jusqu'ici, tout essay&#233; si c'est possible. On a mis les id&#233;es au milieu, puis on les a travaill&#233;es pour arriver &#224; quelque chose o&#249; chacun trouve un peu de son d&#233;sir. Mais en v&#233;rit&#233; il y a des jours o&#249; tout r&#233;tr&#233;cit, des jours o&#249; tu ne veux&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-28600" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai eu froid cette nuit. Une d&#233;charge &#233;lectrique m'a travers&#233;e des pieds &#224; la t&#234;te, comme avant. Il y a beaucoup de souvenirs avant maintenant. Beaucoup de personnages et de f&#234;tes violentes pour un seul film. J'ai pens&#233; tout et son contraire pour arriver jusqu'ici, tout essay&#233; si c'est possible. On a mis les id&#233;es au milieu, puis on les a travaill&#233;es pour arriver &#224; quelque chose o&#249; chacun trouve un peu de son d&#233;sir. Mais en v&#233;rit&#233; il y a des jours o&#249; tout r&#233;tr&#233;cit, des jours o&#249; tu ne veux plus de ces id&#233;es. Alors tu quittes. Tu marches en esp&#233;rant qu'&#224; d&#233;faut de tomber dans le vide, tu r&#233;ussiras au moins &#224; rire et pleurer &#224; nouveau, ou &#224; te rappeler quelque chose. Cette histoire c'est celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reconnais personne ici, si ce n'est les murs. Tout est &#224; sa place, comme les autres ont laiss&#233; les choses. Quelqu'un a m&#234;me fait mon lit. Je sais que &#231;a ne devrait pas &#234;tre id&#233;al, mais c'est exactement ce que je cherchais. J'ai chaud quand j'en ai besoin et froid quand j'&#233;touffe. Le soleil se l&#232;ve le matin et se couche le soir, et apr&#232;s c'est la lune. Je ne sais pas qui sont ces autres, mais chacun fait ce qu'iel a &#224; faire comme s'iel &#233;tait seul.e. Je n'arrive plus &#224; me rappeler s'iels &#233;taient l&#224; quand on est arriv&#233;.e.s. Si c'est elles les autres ou s'ils sont morts. Je ne suis plus s&#251;re des souvenirs que j'ai construits ni de mes mains. Quand j'y pense j'ai &#233;t&#233; les plus doux et les plus violentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus bas il y a une rivi&#232;re et du soleil, c'est le seul endroit o&#249; je m'aper&#231;ois, ma respiration change et j'oublie de penser comme si je somnolais. L'image est trouble mais bien r&#233;elle. Je m'imagine sourire et caresser les fleurs du bout des doigts. J'ai chaud, juste comme il faut. J'avance seule, et c'est ce que j'ai toujours voulu, chaque chose est &#224; sa place ce qui m'&#233;vite de devoir y penser. Et puis tout s'&#233;teint. La nuit se fait et le paysage part ailleurs. Je sens tous ces yeux qui me regardent pr&#234;ts &#224; m'arracher tout ce qui d&#233;passe, mais &#231;a n'arrive pas car j'ai encore des choses &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si les autres le font aussi pour faire taire leur ventre, faire taire la mort par la mort. Je suis plut&#244;t optimiste comme personne mais maintenant j'h&#233;site. Mes souvenirs se rappellent. J'ai cru longtemps que c'&#233;tait possible de s'&#233;couter les uns les autres et de s'oublier soi un instant, pour enfin voir. Mais on ne &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt; pas avec l'histoire de chacun. Je le sais parce que j'ai &#233;t&#233; si gentille que je ne suis plus s&#251;re de ce que je pense aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu ce que j'&#233;tais capable de faire, enfin je crois. Tout &#231;a n'est peut-&#234;tre qu'une histoire que j'ai invent&#233;e pour avoir quelque chose &#224; m&#233;diter sur la route, ou bien me punir d'&#234;tre arriv&#233;e. Il va falloir continuer ici encore des nuits et des jours pour le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; vont ces carnets que je remplis chaque jour un peu plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Chaque matin semble si diff&#233;rent de la veille et en m&#234;me temps si r&#233;p&#233;titif, comme si je ne faisais que me balader dans mes souvenirs en essayant de les revivre le plus fid&#232;lement possible. (Je ne sens &#224; nouveau plus mes mains.) Je dois me concentrer pour faire taire ces souvenirs, et ne plus repenser &#224; ces images qui tissent des toiles sous mon cr&#226;ne et accaparent de plus en plus mes pens&#233;es. Elles les ass&#232;chent. Je les sens tirer leurs fils et m'emp&#234;cher de penser ailleurs. Je dois oublier. Quelque chose m'y rattache encore, quelque chose de familier. C'est comme si la honte me tenait chaud, comme si je trouvais un certain r&#233;confort dans le d&#233;go&#251;t que je m'inspire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y en a une qui vient de passer devant la fen&#234;tre. Pour l'instant elles ne sont ni agressives ni amicales, elles agissent comme si elles ne nous voyaient pas. Je crois que &#231;a ira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si elles se prom&#232;nent ou si elles montent la garde. Je ne sais pas si je dois mourir ou si je dois vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on est parti.e.s j'&#233;tais s&#251;re de nous, s&#251;re des ailleurs, des inconnus, et de la direction du vent. Et puis tu as chang&#233; et j'ai vu chacune de mes joies tomber les unes apr&#232;s les autres. J'ai compris instantan&#233;ment que tout &#233;tait faux. J'&#233;tais s&#251;re de m'&#234;tre tromp&#233;e, comme j'&#233;tais s&#251;re de faire le bon choix auparavant, quand je suis partie. J'ai vu nos d&#233;sirs se dess&#233;ch&#233;s, comme un cycle qui d&#233;bute et se termine dans la m&#234;me seconde. C'est dans ces moments-l&#224; que j'aimerais que la terre s'arr&#234;te quelque part, qu'il n y ait qu'un immense pr&#233;cipice. Quand on se voit comme &#231;a on retient sa respiration pour s'&#233;viter de continuer. Je veux rester ici et voir. Peut-&#234;tre que tout peut s'arr&#234;ter comme &#231;a, en un instant, sans pens&#233;es, sans d&#233;sirs, sans contraindre la ligne un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;dateurs ne se cachent pas, ils sont l&#224;, sereins, c'est cette assurance qui nous les cache. Ils n'entendent ni ne voient, ils ne ressentent que leur ventre. Leurs yeux ne leurs servent pas &#224; voir mais &#224; prendre. J'imaginais &#231;a autrement, plus d&#233;finitif comme violence. Mais je d&#233;couvre une douleur diffuse, une honte qui n'accompagne que la proie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils reviennent parfois la nuit. J'entends des gouttelettes qui tombent et des frottements de langue de chat. &#199;a me rassure presque de savoir qu'ils guettent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens d'en voir une. Elle ne m'a pas regard&#233;e. J'ai vu derri&#232;re mes yeux, la sc&#232;ne se d&#233;rouler encore et encore. Chaque fois elle bouge un peu&#160;: je l&#232;ve la main pour la saluer et un son sort de ma bouche pour qu'elle me remarque. Elle se fige dans son mouvement puis rel&#232;ve la t&#234;te lentement vers moi. En un instant, je vois le pire et le meilleur de cette rencontre. Mais elle finit toujours par me manger la gorge sans prononcer un mot. Alors, le temps de mourir, le temps d'&#234;tre d&#233;vor&#233;e, je me repasse cette d&#233;cision et cette question&#160;: continuer de s'&#233;viter ou se rencontrer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part o&#249; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me r&#233;p&#233;ter encore et encore que j'ai raison d'y croire, que je peux le faire, que je dois le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;sirs meurent et se r&#233;inventent &#224; chaque instant. Nous ne ferons pas mieux que les autres, mais nous le ferons en sachant cela, et peut-&#234;tre que &#231;a fera une diff&#233;rence dans nos vies. Ou peut-&#234;tre que nous reprendrons la route demain finalement. Je ne sais pas si &#231;a peut r&#233;ellement fonctionner d'&#234;tre ici, mais des fois on a r&#233;ussi. Des fois on l'a senti ce courant qui nous dit que &#231;a prend sens, que les p&#244;les vont se rejoindre, qu'il y a bien quelque chose &#224; faire ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier j'ai pass&#233; l'une des pires journ&#233;es depuis que je suis ici. Plus rien n'avait de sens, tout &#233;tait flou et angoisse. Je sais pourtant ce que je suis capable d'encaisser depuis le d&#233;but, mais hier tout &#233;tait diff&#233;rent. Aujourd'hui j'ai trouv&#233; les fruits que je cherchais. J'ai rang&#233;, gratt&#233; et arrach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait beau. La semaine derni&#232;re nous avons ramass&#233; de quoi envisager de faire quelques petites r&#233;serves pour les semaines &#224; venir. On aurait presque dit que les choses n'avaient jamais chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me regarde mais n'avance pas. Elle agit comme si je ne la voyais pas, pourtant elle ne se cache pas. Je ne sais plus qui croire. Il semble que chacune de nous doive faire un choix. Choisir si l'autre repr&#233;sente une menace ou une alli&#233;e, d&#233;cider maintenant avec le peu que je sais, et l'immensit&#233; de ce que je ne sais pas, quelle est la bonne d&#233;cision. Je suis attrist&#233;e par le peu de valeur qu'aura le choix que je vais faire malgr&#233; ses cons&#233;quences. Chacune attend de voir la r&#233;action de l'autre. J'ai tout &#224; coup peur de glisser ou de cligner des yeux et qu'elle y voit le signe qu'elle attendait pour m'attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels sont tous.tes parti.e.s, et pourtant rien n'a chang&#233;. Je me suis r&#233;veill&#233;e seule sous un ciel blanc. Il fait jour mais un peu sombre. J'ai fouill&#233; tous les recoins que je connaissais et les autres aussi, et n'ai trouv&#233; personne. Tout est pourtant
exactement &#224; sa place, comme s'iels venaient de quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle quand nous sommes parti.e.s, il y avait beaucoup de monde. Pourtant je n'arrive plus &#224; voir leurs visages, je ne vois que des silhouettes qui se d&#233;placent. La vie &#233;tait entrecoup&#233;e de f&#234;tes. On n'en revenait pas que &#231;a soit si beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iels sont venu.e.s des d&#233;serts de pens&#233;es, avec l'id&#233;e que &#231;a pouvait fonctionner, contaminer, rigoler. Une rigole si discr&#232;te qu'on ne l'entend que quand les doutes se taisent. On est chez nous maintenant. Il n'existe pas de place nette ni de d&#233;but, on
n'est que la suite, mais elle s'invente &#224; chaque instant. Ce lieu et ses fant&#244;mes que nous rencontrons en empruntant ces chemins, nous les avons r&#234;v&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai chaud et froid &#224; la fois. Pourquoi est-ce qu'elle n'est pas avec moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; sont-elles toutes pass&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quel jour sommes-nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'ai r&#234;v&#233; que je voyais mon reflet dans un bout de miroir et que je n'avais pas chang&#233; depuis la derni&#232;re fois. Je viens
de r&#233;aliser que ce n'&#233;tait pas vrai. Rien ici ne nous renvoie notre reflet, pas m&#234;me cette eau boueuse. Je ne suis pas s&#251;re que ce soit moi qui ai fait ce r&#234;ve. Je ne me rappelle pas d'hier, mais d'avant-hier oui, et puis le reste c'est trop loin. Je nous ai
vu.e.s. Je sais que mes mains changent, je sais que des fois je ne les reconnais pas et que mes yeux sont pi&#233;g&#233;s dans un v&#233;hicule inconnu. Je crois que je change de corps. Non. Je crois qu'elle sait mais qu'elle ne me dit pas tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis fatigu&#233;e de nous perdre. Mes yeux agissent comme des boites &#224; images qui me trompent. J'ai mal aux mains. Ici tout a &#233;t&#233; ravag&#233; comme si une tornade &#233;tait pass&#233;e. J'ai ramass&#233; une t&#234;te, puis une deuxi&#232;me. Je sais qu'iels m'attendent, qu'iels me regardent h&#233;siter quand j'avance. Je ne les connais pas. Avant je connaissais tout le monde. Je revois des visages familiers derri&#232;re mes yeux, mais mes souvenirs ne veulent pas aller plus loin. Mes mains changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande si on se ressemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais rester l&#224; encore un moment pour regarder les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Avec-inquie%CC%81tude-mais-aussi-avec-espoir&#034;&gt;Consulter la documentation de l'exposition.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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