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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>L'espace urbain &#224; l'&#233;chelle du corps </title>
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		<dc:date>2022-03-14T10:06:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Melin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Corinne Melin&#160;: Le corps tient une place singuli&#232;re dans ta d&#233;marche. En regardant des traces vid&#233;os de tes actions par exemple, je me suis demand&#233;e s'il n'&#233;tait qu'un simple support. Et si, c'est bien le cas que supporte t-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des organes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des st&#233;r&#233;otypes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ou que sais-je encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? V&#233;ronique Lamare&#160;: Il s'agit d'un corps qui n'a pas de caract&#232;res particuliers, de sp&#233;cificit&#233;, qui n'est pas un corps de sp&#233;cialiste, ni de technicienne. Il est plut&#244;t un corps discret, anonyme, je dirais&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Corinne Melin&#160;: Le corps tient une place singuli&#232;re dans ta d&#233;marche. En regardant des traces vid&#233;os de tes actions par exemple, je me suis demand&#233;e s'il n'&#233;tait qu'un simple support. Et si, c'est bien le cas que supporte t-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des organes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des st&#233;r&#233;otypes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ou que sais-je encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ronique Lamare&#160;: Il s'agit d'un corps qui n'a pas de caract&#232;res particuliers, de sp&#233;cificit&#233;, qui n'est pas un corps de sp&#233;cialiste, ni de technicienne. Il est plut&#244;t un corps discret, anonyme, je dirais presque familier.
C'est un corps qui agit &#224; partir de ce qu'il est. Il accumule des exp&#233;riences et s'en nourrit, comme le fait tout un chacun. En ce sens, il pourrait &#234;tre n'importe quel corps, et j'ai presque envie de dire, n'importe quelle femme ou quel homme. Surtout, ce qui est pour moi fondamental c'est qu'il s'agit d'un corps qui n'est pas en repr&#233;sentation, qui ne fait pas semblant, n'endosse pas un r&#244;le mais qui, simplement, fait ce qu'il a &#224; faire, et est tout entier occup&#233; par cette affaire. Je ne dirais pas qu'il est un support, mais la mati&#232;re m&#234;me du travail. Il est le mat&#233;riau, &#224; la fois biologique, fait de sensations, d'&#233;motions, de perceptions, de r&#233;flexions, et un corps poreux qui re&#231;oit des informations de l'environnement dans lequel il est immerg&#233;, et qui les int&#232;gre, les assimile, les ing&#232;re, les dig&#232;re, les transforme. Il est comme en situation d'&#233;change et d'apprentissage permanent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une mati&#232;re sensible en travail, indissoci&#233;e de ce que l'on nomme l'esprit ou la pens&#233;e&#8230;totalement fondus l'un dans l'autre. Une mati&#232;re pensante&#8230; C'est un corps qui ne parle pas, qui n'&#233;nonce aucun discours. Il ne s'agit pas de parler mais d'agir. Parce que la parole l&#224; ne serait pas suffisante, serait impuissante &#224; dire ce qui s'agit, ce qu'agit le corps, ce qui l'active. De mon point de vue les mots ne peuvent retranscrire de fa&#231;on suffisamment juste cette exp&#233;rience du corps et je pense que c'est sans doute pour cela que persiste cette n&#233;cessit&#233; d'en refaire &#224; chaque fois l'exp&#233;rience. Avec ce besoin de le ressentir, de l'&#233;prouver et tenter de le d&#233;finir. Refaire cette exp&#233;rience d'&#234;tre un corps, pour soi-m&#234;me. Comme s'il &#233;tait impossible de transmettre cette exp&#233;rience l&#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CM&lt;/span&gt;&#160;: Comment s'est articul&#233; ta &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conception&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du corps &#224; l'espace urbain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VL&lt;/span&gt;&#160;: La n&#233;cessit&#233; d'engager le corps dans une action en lien avec l'environnement urbain se d&#233;veloppe depuis une dizaine d'ann&#233;es. C'est une d&#233;marche qui convoque des formes multiples, qui sont &#224; la fois - les rep&#233;rages photographiques &#8211; les d&#233;placements au cours desquels je pr&#233;l&#232;ve des &#233;l&#233;ments qui sont susceptibles d'&#234;tre r&#233;- activ&#233;s ensuite &#8211; les actions qui en d&#233;coulent appel&#233;es &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les d&#233;penses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et qui sont soit film&#233;es soit photographi&#233;es. La convergence de diff&#233;rents &#233;l&#233;ments, m'a amen&#233; &#224; inscrire ces premi&#232;res actions que j'ai nomm&#233; d&#233;penses sur le terrain de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu tout d'abord la sp&#233;cificit&#233; du contexte urbain bordelais &#224; cette p&#233;riode avec les premiers r&#233;am&#233;nagements urbains, de nombreux travaux et chantiers qui se mettaient en place. J'avais d'ailleurs eu l'occasion de suivre quelques chantiers, recueillir la parole d'architectes impliqu&#233;s dans l'&#233;mergence et la construction de ces nouveaux quartiers, une fa&#231;on pour moi de porter un certain regard sur la ville &#224; travers l'architecture aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment important est qu'&#224; cette p&#233;riode je n'avais pas de lieu pour travailler, pas d'atelier. Et je voyais dans la ville des espaces qui apparaissaient, s'ouvraient &#224; la suite d'une d&#233;molition, des terrains se trouvaient en attente d'une construction, &#224; moiti&#233; en friche&#8230; et qui proposaient des points de vues qui &#233;taient rest&#233;s invisibles jusque l&#224;, occult&#233;s car masqu&#233;s par les anciens b&#226;timents, avec par endroits de v&#233;ritables cadrages qui se d&#233;voilaient, se r&#233;v&#233;laient. Pourquoi alors ne pas investir ces lieux inoccup&#233;s pour un temps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passais r&#233;guli&#232;rement pr&#232;s d'un terrain dont j'avais remarqu&#233; une structure m&#233;tallique rest&#233;e debout sur une dalle de b&#233;ton suite &#224; la d&#233;molition d'un magasin, et qui &#233;voquait pour moi un ring de boxe. J'ai d&#233;cid&#233; de l'investir. Un jour j'y suis all&#233;e, j'ai pos&#233; ma cam&#233;ra &#8211; le cadrage s'est impos&#233; de lui-m&#234;me car les limites du terrain n'offraient pas la possibilit&#233; de davantage de recul &#8211; puis j'ai activ&#233; cette d&#233;pense&#160;: &lt;i&gt;Fly&lt;/i&gt;. Contrairement aux vid&#233;os pr&#233;c&#233;dentes (les manipulations) pour lesquelles le cadrage &#233;tait focalis&#233; essentiellement sur certaines parties du corps, le champ l&#224; s'&#233;largit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; j'ai commenc&#233; &#224; travailler dans la ville, le cadrage m'a &#233;t&#233; donn&#233; par l'architecture. Il questionne bien entendu le regard. Comment je regarde, ce que je regarde, et ce que je donne &#224; voir par exemple. Investir le terrain de la ville permettait d'ouvrir le champ, de moins contr&#244;ler, ma&#238;triser et ainsi de laisser la place &#224; ce qui pourrait advenir, survenir, qui n'&#233;tait pas calcul&#233; ou pr&#233;m&#233;dit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu comme dans la vie de tous les jours finalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CM&lt;/span&gt;&#160;: Est-ce que les espaces urbains que tu choisis informent ton corps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le contraignent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'obligent &#224; se comporter de telle fa&#231;on plut&#244;t qu'une autre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VL&lt;/span&gt;&#160;: Ces espaces, ces sites, choisis sont des espaces eux-m&#234;mes en mouvement, en transformation, entre deux, avec cette ouverture du champ visuel, &#233;ph&#233;m&#232;re, dans laquelle on a l'impression qu'une multitude de choix est encore possible. Dans un espace d&#233;j&#224; construit, fini, trop maitris&#233;, cette possibilit&#233; n'existe plus vraiment, cela devient une sc&#232;ne, un d&#233;cor, et l&#224; pour moi il y aurait une sorte de repr&#233;sentation, de mise en sc&#232;ne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville impose aux corps une fa&#231;on de s'inscrire, de se positionner, de se comporter, de se tenir. Elle impose des modes de circulation aux corps mais aussi aux regards. Le regard est contraint, guid&#233;, dirig&#233;, par l'agencement de l'architecture urbaine. Par son rythme, les obturations, les ouvertures, l&#224; o&#249; le regard, l'&#339;il, la vision va &#234;tre bloqu&#233;, l&#224; o&#249; au contraire il va pouvoir rebondir, s'&#233;chapper.
Choisir des sites o&#249; il y a encore de la place pour que le regard et le corps circulent un peu librement contrairement &#224; des espaces construits et d&#233;j&#224; clos pour l'imaginaire d'une certaine fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville impose aussi son rythme. Parfois elle va trop vite pour moi. Certains rep&#233;rages que j'ai pu faire n'ont pas aboutis, n'ont pas eu de suite, parce qu'une fois de retour sur les lieux le site a chang&#233;, le chantier a &#233;norm&#233;ment progress&#233;, ce que j'avais rep&#233;r&#233; n'existe plus. Parce qu'il ne s'agit pas pour moi d'activer une d&#233;pense co&#251;te que co&#251;te. Je rep&#232;re un site et puis un travail de r&#233;flexion s'engage pour trouver la d&#233;pense la plus appropri&#233;e&#160;: quels mouvements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quels d&#233;placements pour souligner le cadre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? etc., et je retourne sur place et l&#224; je m'aper&#231;ois qu'un b&#226;timent est en construction&#8230; et c'est trop tard. Mais ce n'est pas dramatique, je l'int&#232;gre. &#199;a fait aussi partie du travail. J'ai finalement r&#233;alis&#233; assez peu de d&#233;penses par rapport &#224; toutes celles que j'avais projet&#233;es. C'est peut-&#234;tre une des raisons pour lesquelles petit &#224; petit d'autres formes ont surgi&#8230;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CM&lt;/span&gt;&#160;: Peux-tu nous en dire davantage sur le rapport du corps &#224; la d&#233;pense, &#224; l'&#233;nergie engag&#233;e dans tes mouvements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VL&lt;/span&gt;&#160;: Ce rapport au milieu urbain rejoint pour moi cette sensation de confrontation &#224; la mati&#232;re qui est en jeu dans cette notion d'effort et de r&#233;sistance que je d&#233;ploie &#224; travers les d&#233;penses.
L'espace imm&#233;diat qui m'entoure, m'enveloppe, l'air, a une v&#233;ritable densit&#233;, bien qu'elle soit invisible. J'aime beaucoup cette phrase de Maurice Merleau-Ponty&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si le corps marque son environnement de son empreinte, il est en retour model&#233; par le monde dans lequel il s'enfonce.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Elle correspond assez bien &#224; ce que je ressens. Le choix du terme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;s'enfonce&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est pour moi l&#224; tr&#232;s juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'ouverture du cadre permet de moins ma&#238;triser, la d&#233;pense am&#232;ne petit &#224; petit le corps &#224; l&#226;cher un peu de sa vigilance, de ses barri&#232;res, de ses protections, &#224; travers l'&#233;tat de fatigue qui s'installe et l'am&#232;ne &#224; &#234;tre de plus en plus poreux. Parce que mon corps seul sans rien autour, au c&#339;ur du vide, n'existerait pas. Il est toujours en relation, au plus proche de ce qui l'entoure, l'espace, l'air, la mati&#232;re&#8230; Dans un &#233;change permanent avec son milieu.
Quoique&#8230; il faudrait peut-&#234;tre que je fasse un vol en apesanteur pour v&#233;rifier &#231;a&#8230; qu'est-ce que cela fait de ne plus sentir la gravit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce qu'on sent alors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Mais je ne sais pas si j'ai vraiment r&#233;pondu &#224; ta question&#8230;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt; Entretien men&#233; &#224; Pau en f&#233;vrier 2017 dans le cadre de la seconde journ&#233;e d'&#233;tude du cycle &lt;i&gt;Artistes-femmes, les formes de l'engagement&lt;/i&gt;, qui comportait un th&#232;me sur la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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