<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
	<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/</link>
	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/spip.php?id_auteur=1667&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Confession d'une Th&#233;riane*</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Confession-d-une-Theriane</link>
		<guid isPermaLink="true">https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Confession-d-une-Theriane</guid>
		<dc:date>2022-03-29T11:24:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruce B&#233;gout</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;* Les th&#233;rians forment une communaut&#233; assez active sur la toile &#8211; et je suppose dans la vie r&#233;elle aussi &#8211; qui rassemble les gens qui pensent/croient/jugent/sentent que leur corps humain abrite une pr&#233;sence animale. Ils cherchent ainsi &#224; d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment l'&#234;tre sauvage qu'ils sont et ensuite &#224; mieux comprendre leur comportement dans le monde humain en fonction de cette double nature qui se r&#233;v&#232;le &#224; eux, soit de mani&#232;re diffuse, soit dans des exp&#233;riences soudaines de vision et de mutation&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-28400" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;* Les th&#233;rians forment une communaut&#233; assez active sur la toile &#8211; et je suppose dans la vie r&#233;elle aussi &#8211; qui rassemble les gens qui pensent/croient/jugent/sentent que leur corps humain abrite une pr&#233;sence animale. Ils cherchent ainsi &#224; d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment l'&#234;tre sauvage qu'ils sont et ensuite &#224; mieux comprendre leur comportement dans le monde humain en fonction de cette double nature qui se r&#233;v&#232;le &#224; eux, soit de mani&#232;re diffuse, soit dans des exp&#233;riences soudaines de vision et de mutation qu'ils nomment shift. Je me suis inscrit pendant une ann&#233;e &#224; diff&#233;rents forums th&#233;rians sous un pseudo et ai convers&#233; des heures avec les membres de cette communaut&#233;. De
ces longs &#233;changes, est n&#233; ce portrait enti&#232;rement imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IL&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EST&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VRAI&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MON&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CORPS&lt;/span&gt; est humain, mais mes &#233;motions ne le sont pas. Depuis que j'ai connu l'Eveil, j'ai pris conscience de ma vraie nature. Celle qui m'&#233;tait cach&#233;e jusque-l&#224; et que je soup&#231;onnais de temps en temps. Je n'ai jamais, de toute mani&#232;re, appartenu &#224; ce qui m'entoure. Fait corps avec le monde qu'on me donnait. Tout cela me semblait indiff&#233;rent, sans connexion avec moi. J'ai toujours ressenti un sentiment d'&#233;tranget&#233;, l'impression de ne pas &#234;tre &#224; ma place. Mais j'avais aussi, par fulgurations, la pr&#233;science d'une autre nature qui sommeillait en moi. Cette diff&#233;rence m'&#233;tait inconnue et pourtant sensible. Le matin, lorsque je me levais, je ne comprenais pas pourquoi je devais me laver et m'habiller, prendre mon petit d&#233;jeuner avec mes parents, fermer mon cartable et partir &#224; l'&#233;cole. Tout cela me paraissait irr&#233;el, un peu absurde. J'avais plut&#244;t envie de m'&#233;brouer, de me frotter par terre, de mordiller des brindilles. J'entrevoyais, si confus&#233;ment que ce f&#251;t, que
respirait en moi une autre cr&#233;ature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et que cette pr&#233;sence obscure imprimait dans ma chair le signe que je figurais &#224; part des autres mortels. Je savais au fond de moi que je n'&#233;tais pas folle, mais je dissimulais ces &#233;tats ambigus pour ne pas passer pour la timbr&#233;e de service. En groupe, je me tenais toujours sur la d&#233;fensive, jouant avec le masque de la timidit&#233; maladive. M&#234;me lorsque je me sentais bien, par exemple lors d'une balade au parc ou en jouant avec des amis, je ne pouvais me permettre de couiner ou de grogner. Une forme de nostalgie m'enveloppait, le souvenir regrettable de tani&#232;res, de buissons chauds, de tourbes automnales. Je n'arrivais pas &#224; nommer l'Ombre. Je savais que quelque chose d'&#233;trange m'accompagnait partout, mais il m'&#233;tait difficile de le d&#233;finir avec des mots ordinaires. Tout ceci &#233;tait trop confus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque je ne connaissais pas encore les techniques de reconnaissance. Ainsi, me suis-je pr&#233;cipit&#233; b&#234;tement sur le loup. Sans faire aucune v&#233;ritable recherche. Sur le coup, je n'ai pas fait attention &#224; tous ces petits d&#233;tails que m'envoyait mon corps, tous ces d&#233;tails qui prouvaient que mon identification &#233;tait incompl&#232;te. Je me rappelle tr&#232;s bien une de ces premi&#232;res m&#233;ditations. C'&#233;tait une m&#233;ditation animale, qui devait m'aider &#224; y voir clair sur mon th&#233;riantype. Lors de cet exercice, j'ai eu la nette impression de sentir des pattes &#224; la place de mes mains. Pas des petites pattes, pas des pattes de loup, non, des pattes grosses et velues. &#199;a m'a &#233;tonn&#233;, amus&#233; m&#234;me, mais je n'y ai pas pr&#234;t&#233; sur le moment une grande attention. Au fil des semaines, mon identification se modifiait, s'effa&#231;ait, je ne me sentais plus si louve. Je me questionnais sans cesse et l'Ombre aussi changeait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mois ont pass&#233; sans que j'ai vraiment eu le temps de r&#233;fl&#233;chir au sujet.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le travail me servait de diversion, et je m'abrutissais dans la vie ext&#233;rieure. Le fait est que je ne me sentais plus vraiment louve. &#199;a me faisait un peu mal comme la sensation d'&#234;tre abandonn&#233;e dans un monde normal et indiff&#233;rent. C'&#233;tait au cours de l'&#233;t&#233;, l'&#233;poque o&#249; l'on mange souvent dehors parmi les odeurs de viande grill&#233;e et de pelouse tondue, o&#249; la lotion anti-moustique se m&#234;le aux v&#234;tements de mani&#232;re d&#233;sagr&#233;able. Il faisait tr&#232;s chaud, caniculaire m&#234;me, et mes impressions internes devenaient confuses. Quelques temps apr&#232;s, n'y tenant plus, je d&#233;cidai de d&#233;buter enfin de vraies recherches. Je ne pouvais pas rester dans cet &#233;tat incertain. Je devais savoir si ma sensibilit&#233; dissimulait une appartenance cach&#233;e. Tout d'abord je commen&#231;ai par d&#233;crire de mani&#232;re pr&#233;cise mes propri&#233;t&#233;s intimes. En somme, ce qui est animal chez moi. Tous les jours, je ressentais une multitude de petits d&#233;tails bizarres que je ne parvenais pas &#224; saisir. Je d&#233;cidai alors de les noter&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GROGNE&lt;/span&gt;, quand je suis en col&#232;re, ou stress&#233;e. Ou alors, simplement lorsque je suis contrari&#233;e par quelque chose ou quelqu'un. Quand j'ai peur, il m'arrive aussi de grommeler, mais surtout de m'enfuir. Je ne d&#233;fie jamais un
danger. D&#232;s qu'il se profile, je ressens l'envie imp&#233;rative de me trouver un abri s&#251;r et lointain. Chaque fois que je p&#233;n&#232;tre dans un endroit inconnu et que j'y trouve envelopp&#233; par une atmosph&#232;re hostile, j'ai l'impression d'entrer dans un territoire ennemi. Un tel espace, me dis-je, doit abriter quelque menace dissimul&#233;e &#224; mes yeux, des &#234;tres agressifs et malfaisants qui aspirent &#224; me nuire. Je me mets alors &#224; grogner en signe de peur ou de d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je suis toujours &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SUR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUI&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VIVE&lt;/span&gt;, sursautant au moindre bruit. Je dirais
qu'une de mes caract&#233;ristiques principales est la timidit&#233;. Je suis presque farouche. Enfant, je me cachais d&#232;s qu'une voiture ou une personne entrait dans notre all&#233;e. Je ne le faisais pas pour m'amuser, mais par r&#233;flexe. C'&#233;tait surtout le bruit de moteur qui me plongeait dans la terreur. M&#234;me encore maintenant, il m'arrive d'&#234;tre assaillie par cette peur panique du soudain. Je suis si rompue &#224; l'alerte que je peux pressentir et anticiper les choses sans qu'un froncement de sourcils vienne me trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COUINE&lt;/span&gt; quand je me sens &#224; l'aise et d&#233;tendue. G&#233;n&#233;ralement, lorsque
cela se produit, j'ai une envie folle et irr&#233;pressible de l&#233;cher mes mains sur toute leur longueur, mains que j'imagine pareilles &#224; de grosses pattes. Mais je peux aussi couiner par simple curiosit&#233;. Quand je d&#233;couvre par exemple un nouvel endroit ou un nouvel objet, quelque chose d'in&#233;dit et d'intrigant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MONTRE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DENTS&lt;/span&gt;. &#199;a m'arrive habituellement quand je suis
agac&#233;e ou que je veux intimider et me faire respecter. Cette mimique est toujours accompagn&#233;e chez moi d'un grondement plus ou moins fort qui importune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MORDS&lt;/span&gt;. Je dirais plut&#244;t que je mordille et que je m&#226;chouille. Aussi loin
que je me souvienne, j'ai toujours ressenti le besoin de mordiller les objets qui
m'entouraient jusqu'&#224; les rendre inaptes &#224; leur fonction. C'est comme si mordre me permettait d'analyser les choses (c'est une image). J'en tire des informations vitales. Mes quenottes me servent d'inspecteurs. Mais mordiller m'apaise aussi. Parfois j'ai envie de m&#226;chonner les gens que j'appr&#233;cie (surtout leurs oreilles). Pour moi c'est une preuve d'amiti&#233; et &#231;a me para&#238;t bien plus explicite que des mots. Je me souviens qu'&#224; huit ans, j'avais compl&#232;tement ruin&#233; ma couette. Je la mordillais nuit et jour pour m'amuser, me d&#233;fouler, &#231;a me paraissait normal, naturel, mais ce n'&#233;tait pas du go&#251;t de mon p&#232;re. Il y a aussi des aliments sp&#233;ciaux que je mordille avant de les m&#226;cher, la t&#234;te l&#233;g&#232;rement pench&#233;e sur le c&#244;t&#233;, comme pour faciliter la t&#226;che &#224; mes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;crocs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fant&#244;mes. Par exemple les pommes, les poireaux, et parfois la viande. En
g&#233;n&#233;ral, je grogne d&#232;s que je mords un aliment un peu dur et difficile &#224; d&#233;chiqueter. Je faisais &#231;a d&#233;j&#224; enfant, mais avec les sardines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'appr&#233;ciais le fait de croquer &#224; pleines dents dans les arr&#234;tes craquantes et de sentir l'huile d&#233;gouliner sur mon menton. J'imaginais que j'&#233;tais un animal sauvage revenu de la chasse qui se r&#233;galait de son butin. A chaque fois que je faisais cela, je me faisais gronder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RENIFLE&lt;/span&gt;. Pour moi, renifler c'est comme mordiller, je le fais tout le
temps sans m'en rendre compte. C'est une seconde nature. Je sens mes v&#234;tements, mon lit ou les objets familiers qui m'appartiennent. Mais aussi ceux des autres. Cela m'apporte plusieurs informations capitales qui m'aident &#224; me faire un jugement de la situation. Je flaire &#233;galement l'odeur des autres personnes (odeurs corporelles, mais aussi les miennes). J'ai tendance &#224; vouloir le faire souvent, mais ce n'est pas tr&#232;s bien per&#231;u. Sinon, je suis tr&#232;s sensible aux odeurs en g&#233;n&#233;ral. Certaines me d&#233;go&#251;tent au point de me donner envie de vomir. Je pense notamment aux odeurs de voiture ou de moteur qui me r&#233;pugnent. Par contre, les odeurs de colle, d'essence et de feutre me rendent folle d'excitation. J'appr&#233;cie de tout sentir, cela me rassure.
Les odeurs cartographient mon territoire, je m'en sers comme rep&#232;res et guides. Dans ces moments-l&#224;, je me dis que tout est bien &#224; sa place puisque tout poss&#232;de une odeur bien &#224; soi. C'est pourquoi avoir un rhume me perturbe beaucoup, j'ai l'impression d'&#234;tre vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; J'&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COUTE&lt;/span&gt;. Pour ma part, bien souvent, je me rep&#232;re en flairant, mais aussi
en tendant l'oreille. Je suis toujours extr&#234;mement attentive aux bruits, m&#234;me les plus infimes et discrets. Ce qui me vaut de souvent sursauter. Car je suis toujours aux aguets. La plupart du temps j'entends des bruits que les autres n'ont pas l'air d'avoir remarqu&#233;s. Je suis la seule &#224; tourner brusquement la t&#234;te, &#224; cesser de discuter ou de marcher. Pour simplifier, je dirais que sentir et &#233;couter sont les deux sens qui me paraissent les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je suis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SOLITAIRE&lt;/span&gt;. J'aime &#234;tre seule, et j'ai remarqu&#233; que, par exemple,
quand je passe plusieurs semaines avec des amis, je cherche par tous les moyens &#224; me retrouver seule au moins une ou deux fois par jour. Je ne suis pas asociale. C'est juste que j'ai comme un quota personnel de solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Je suis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TERRITORIALE&lt;/span&gt;. Je n'aime pas que des inconnus viennent chez
moi et regardent ou touchent mes affaires. M&#234;me leur simple passage furtif dans mon all&#233;e me d&#233;range. Si un inconnu vient chez moi, je vais avoir tendance &#224; me r&#233;fugier dans mon lit. En fait, ma maison est, pour moi, fractionn&#233;e en plusieurs parties, comme le territoire d'un animal. La chambre fait fonction de terrier. La cuisine constitue le terrain de chasse et le reste s'&#233;tend autour comme une for&#234;t. Chaque partie du territoire a plus ou moins d'importance en fonction de son emplacement plus ou moins lointain. La chambre repr&#233;sente l'espace central, sacr&#233; et inviolable. Ensuite l'importance d&#233;cro&#238;t avec la distance. Je sais que cela doit para&#238;tre bizarre, mais c'est ainsi que je vois les choses. Chaque partie compte aussi, mais je ne tol&#233;rerais jamais la pr&#233;sence d'un inconnu dans ma chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois toutes mes caract&#233;ristiques mises &#224; plat, j'ai pu passer &#224; la recherche
de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'&#233;tat brut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai list&#233; plusieurs animaux susceptibles de me convenir. J'ai
commenc&#233; par des canid&#233;s, puis, j'ai &#233;largi ma qu&#234;te identificatoire. Le dh&#244;le, le dingo, le renard des arbres, la hy&#232;ne, le carcajou, le bassaris. Tous ces animaux sont des canid&#233;s ou leur ressemblent fortement. Du reste, ils sont d'allure trapue. Je ne me sentais pas &#224; l'aise en visualisant le loup. Je trouvais ses pattes trop fines et trop longues. Il me paraissait trop &#233;lanc&#233;. Je m'&#233;tais rendu compte que l'Ombre telle que je la percevais &#233;tait plut&#244;t courte sur pattes et de taille moyenne. Elle devait pouvoir se mouvoir comme un grand canin (courir, sauter, nager, grimper&#8230;etc.) sans &#234;tre elle-m&#234;me tr&#232;s grande. De plus, ses pattes devaient &#234;tre grosses et capables de creuser et grimper. L'animal devait aussi &#234;tre digitigrade ou semi-plantigrade. Un autre d&#233;tail qui a aussi &#233;norm&#233;ment conditionn&#233; mes recherches &#233;tait le fait que l'Ombre devait savoir parfaitement nager. Depuis l'enfance, j'ai un rapport tout
particulier avec l'eau, je ne saurais l'expliquer, mais, il m'est paru normal et logique que l'animal qui me correspondrait soit capable de nager et d'appr&#233;cier cet &#233;l&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; par la hy&#232;ne. Mais &#224; la seconde vid&#233;o, je me suis rendu
compte qu'elle ne me conviendrait jamais. Sa fa&#231;on de se d&#233;placer (marcher et
courir) me mettait vraiment mal &#224; l'aise. C'&#233;tait trop saccad&#233;. Et puis, son
environnement ne me plaisait pas du tout. Trop chaud et aride, sans possibilit&#233; de se cacher. Je ne m'y sentais vraiment pas bien. Pour moi, le lieu de vie id&#233;al de l'Ombre devait se situer dans une for&#234;t de conif&#232;res ou de feuillus, o&#249; la neige pouvait s'y trouver en abondance. J'ai donc poursuivi avec le renard des arbres. J'ai observ&#233; sa fa&#231;on de se d&#233;placer, de tourner la t&#234;te, de gratter le sol, mais les vid&#233;os &#233;taient de mauvaise qualit&#233;. J'ai alors regard&#233; des photos. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Trop petit et fragile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce sont les mots qui me sont venus &#224; l'esprit quand j'ai lu sa description et que j'ai d&#233;taill&#233; des images. Ce n'&#233;tait pas l'Ombre, mon Ombre. Ses pattes &#233;taient encore trop fines. Vous devez vous dire que je fais une fixation sur les pattes. Mais c'est vraiment quelque chose qui compte pour moi lorsque je visualise tel ou tel animal. J'ai continu&#233; avec le dhole. Mais je me suis rendu compte assez vite que ce n'&#233;tait pas possible&#160;: c'est un animal qui vit parfois en groupe de 40 individus et plus. Puisque je suis d'un naturel assez solitaire, ce canin ne pouvait me convenir. Et puis, l&#224; encore, son lieu de vie &#233;tait trop chaud et humide pour que je m'y sente bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me suis pas laiss&#233; abattre, je savais que je devais continuer et que je
trouverai bient&#244;t mon th&#233;riantype. J'ai donc entrepris des recherches sur le carcajou. J'ai pass&#233; au peigne fin plusieurs sites et pages web. Je ne savais rien de pr&#233;cis sur cet animal, je le connaissais seulement de nom et d'apparence. Le carcajou, un grand solitaire qui ne tol&#232;re sur son territoire que la pr&#233;sence de membres de sa famille. Un animal actif de jour comme de nuit. Qui se nourrit de viande mais aussi de fruits et d'&#339;ufs. Un animal tr&#232;s curieux et aussi tr&#232;s joueur. Et, qui appr&#233;cie de pouvoir grimper, sauter, creuser, mordiller et nager. Oui, le carcajou aime l'eau, il nage tr&#232;s bien et il lui arrive parfois m&#234;me de p&#234;cher. C'est un animal dont la vue n'est pas tr&#232;s bonne, de sorte qu'il se rep&#232;re essentiellement gr&#226;ce &#224; son ou&#239;e et &#224; son odorat tr&#232;s d&#233;velopp&#233;s. C'est un animal assez bavard et fantasque. Il vit dans une grotte ou un terrier parfois enfouie sous la neige. Il peut parcourir des kilom&#232;tres sans se fatiguer, il se d&#233;place en semi-plantigrade. Et c'est l&#224; que je me
suis dit&#160;: ma fille le carcajou m&#233;rite que tu lui portes une plus grande attention.
Beaucoup de choses qui le caract&#233;risaient me convenaient et, en soi, l'Ombre &#233;tait partiellement d&#233;couverte. Je devais, &#224; pr&#233;sent, en apprendre plus sur le carcajou luim&#234;me. Pour &#231;a, j'ai observ&#233; plusieurs vid&#233;os et reportages. J'aimais la mani&#232;re dont il se d&#233;place. Il n'est pas tr&#232;s grand, mais tous ses mouvements sont fluides et &#233;l&#233;gants. J'appr&#233;ciais aussi la mani&#232;re dont il rel&#232;ve la t&#234;te museau au vent. La mani&#232;re qu'il a de nager, on dirait une loutre g&#233;ante. Et puis, ses pattes, ses grosses pattes douces et laineuses. Son corps trapu, mais dont chaque mouvement se r&#233;v&#232;le souple et l&#233;ger. Sa fourrure si fournie qu'elle ne retient pas l'eau. Ses petites oreilles arrondies et son museau canin. La mani&#232;re dont il court et s'arr&#234;te, brusquement, aux aguets. La mani&#232;re dont il pose ses petites pattes sur un bout de bois et penche la t&#234;te sur le c&#244;t&#233; pour le mordiller. La mani&#232;re qu'il a de sauter, de grogner ou de couiner. Ce que je fais parfois, il le fait sans cesse. En fait, l'animalit&#233;, c'est un peu comme un miroir. Une expression ext&#233;rioris&#233;e de soi. Et je pense avoir enfin trouv&#233; le bon reflet qui me correspond. L'Ombre s'est &#233;claircie. Les actes qui me paraissaient naturels depuis l'enfance, je les retrouvais dans le carcajou d'Europe (Gulo gulo gulo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Texte narratif accompagnant le projet et l'exposition &lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/La-loge-I&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Loge I&lt;/strong&gt;, Silicone, Bordeaux, 2019.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
