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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>PRINTEMPS</title>
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		<dc:date>2022-01-24T14:05:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orianne Hidalgo-Laurier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Symbole de libert&#233;, annonciateur de l'Apocalypse ou noble monture, le cheval fascine. Qu'aurait-il &#224; nous dire aujourd'hui des hommes et de leur folie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'artiste-vid&#233;aste Julie Chaffort en fait le protagoniste de son exposition Printemps dans l'ancien tribunal de B&#233;ziers. Un t&#233;moin &#233;clair&#233;&#160;qui observe ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ma&#238;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sans autre jugement que sa pr&#233;sence silencieuse. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tribunal de Grande Instance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: le panonceau sur le fronton du futur haut-lieu des Mus&#233;es de la Ville de B&#233;ziers&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-critiques-27240" rel="directory"&gt;Textes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Symbole de libert&#233;, annonciateur de l'Apocalypse ou noble monture, le cheval fascine. Qu'aurait-il &#224; nous dire aujourd'hui des hommes et de leur folie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'artiste-vid&#233;aste Julie Chaffort en fait le protagoniste de son exposition Printemps dans l'ancien tribunal de B&#233;ziers. Un t&#233;moin &#233;clair&#233;&#160;qui observe ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ma&#238;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sans autre jugement que sa pr&#233;sence silencieuse.&#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tribunal de Grande Instance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: le panonceau sur le fronton du futur haut-lieu des Mus&#233;es de la Ville de B&#233;ziers n'inspire pas confiance. Qu'il soit d&#233;saffect&#233; et rebaptis&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Palais &#201;piscopal&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en r&#233;f&#233;rence &#224; la fonction premi&#232;re de ce b&#226;timent historique qui jouxte la cath&#233;drale&#160;n'y change rien&#160;: un palais de justice, on n'y entre jamais de ga&#238;t&#233; de c&#339;ur. Mais un chant d'oiseaux nous tire de ces pens&#233;es de mauvais augures, &#224; peine franchi le seuil. Une odeur d'humus prend les narines, nous guidant &#224; travers la semi-obscurit&#233; des lieux. L'herbe a envahi le sol de la salle des pas-perdus, des troncs gisent devant une grande chemin&#233;e en marbre. Comme tomb&#233; du ciel, un immense &#233;cran barre l'espace, ouvrant sur une for&#234;t verdoyante un jour de pluie. Une langue de brume s'insinue lentement dans l'image et s'enroule autour des arbres. Des silhouettes humaines la traversent, paisibles malgr&#233; les flammes qui l&#232;chent leurs v&#234;tements. Ces &#226;mes errantes fuient-elles quelque catastrophe urbaine&#160;ou font-elles partie du bestiaire de cr&#233;atures merveilleuses peuplant les for&#234;ts&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sont-elles des messagers de l'Apocalypse ou des martyrs, apr&#232;s un geste ultime de protestation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le cheval qui les observe sans broncher, tapis dans les foug&#232;res, se contente de renforcer l'inqui&#233;tante tranquillit&#233; de la sc&#232;ne sans donner de r&#233;ponse. Julie Chaffort conna&#238;t bien ce sentiment, pour avoir tourn&#233; dans les for&#234;ts nombre de ses vid&#233;os, la figure animale y &#233;tant quasi omnipr&#233;sente. Pour l'artiste, le cheval est le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;t&#233;moin privil&#233;gi&#233; de quelque chose que l'on arrive plus &#224; percevoir en tant qu'humain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Un t&#233;moin qui s'av&#232;re le protagoniste de son exposition, un leitmotiv dans une partition tragi-comique nous menant d'un univers &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;intemporel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et obscur propre aux contes &#224; celui, d&#233;senchant&#233;, d'un man&#232;ge de jouets en plastique expos&#233;s en pleine lumi&#232;re. Dans un mouvement &#224; contre-courant, plus on avance vers la clart&#233;, plus on glisse dans une folie latente.&#160;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La b&#234;te humaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On quitte le cocon troublant et f&#233;&#233;rique de Printemps pour revenir dans l'univers froid et rationnel de la justice des hommes&#160;: la salle d'audience. Les rang&#233;es de bancs en bois, la barre des accus&#233;s, le podium de la Cour avec, &#224; sa droite, le box r&#233;serv&#233; &#224; la partie civile et &#224; sa gauche, celui r&#233;serv&#233; aux accus&#233;s&#160;: tout est rest&#233; en l'&#233;tat. Quatre vid&#233;os sur grands &#233;crans ont remplac&#233; les acteurs traditionnels du proc&#232;s&#160;: du statut de t&#233;moin, le cheval occupe d&#233;sormais simultan&#233;ment la place du pr&#233;venu et celle de la victime. Depuis la place des juges, laiss&#233;e &#224; disposition des spectateurs, on observe des chevaux enferm&#233;s dans le haras &#224; l'abandon de Vucijak, perdu dans les plaines de Bosnie-Herz&#233;govine. Dans la p&#233;nombre des &#233;curies d&#233;lav&#233;es, Julie Chaffort filme cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule ces &#233;talons, de la noble race des lizzipans, destin&#233;s pendant des ann&#233;es &#224; &#234;tre vendus au prix de boucherie, faute de ressources. Mise aux fers, brid&#233;e, leur sauvagerie, favoris&#233;e par des ann&#233;es de mauvais traitements, vire &#224; l'ali&#233;nation mena&#231;ante. Pourtant, c'est bien de la tristesse et de la crainte que l'on croit d&#233;celer, &#224; la faveur de plans rapproch&#233;s, au fond de leurs yeux et dans les palpitations de leurs pelages. Des sentiments sans doute similaires &#224; ceux qui assombrissent les visages de leurs ge&#244;liers humains. La b&#234;te tourne en rond, le balayeur aussi. Les mouvements de cam&#233;ra, d'avant en arri&#232;re, parfois f&#233;briles, traduisent les oscillations du rapport de confiance entre l'homme et la b&#234;te, rompu par la p&#233;nurie, la guerre qui opposa les Serbes, les Croates et les Bosniaques &#8211; encore taboue &#8211;, et la modernisation &#224; marche forc&#233;e de ce jeune &#201;tat. Pendant deux ans, Julie Chaffort a suivi jusque l&#224;-bas Helen Green, une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chuchoteuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; charg&#233;e &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'adoucir le c&#339;ur des hommes pour adoucir celui des chevaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au fur &#224; mesure que tu avances puis recules, une connivence s'installe. La mani&#232;re de dialoguer entre les hommes et les chevaux se construit &#224; travers le comportement, un contact se noue dans la douceur et la fragilit&#233;. Quand tu es face &#224; l'animal, tu ne peux pas tricher, &#234;tre dans des strat&#233;gies de s&#233;duction&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, explique l'artiste encore marqu&#233;e par l'humilit&#233; du chef bosniaque face &#224; l'un de ses &#233;talons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tristes jouets&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle d'audience, &#233;lectris&#233;s par une tension mena&#231;ante qui touche au sublime, il n'est plus question de verdict, de condamnation ni m&#234;me de r&#233;paration, mais de gu&#233;rison &#8211; notion peu pris&#233;e dans le syst&#232;me punitif fran&#231;ais. C'est alors que l'on tombe nez &#224; nez avec une dizaine de petits chevaux en plastique orange, chacun attach&#233; &#224; un petit pilier, tous occup&#233;s &#224; en faire m&#233;caniquement le tour, comme autant de for&#231;ats. Leur balai bourdonnant dessine d'&#233;ternels cercles sur le parquet poussi&#233;reux de la biblioth&#232;que du tribunal. De temps en temps, l'un d'eux s'&#233;choue sur le flanc, continuant de brasser vainement l'air. La bride d'un autre c&#232;de, laissant le jouet s'&#233;chapper en ligne droite avant de percuter un mur ou l'un de ses dociles cong&#233;n&#232;res. &#192; la charge du spectateur de le remettre ou non aux fers. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Une tristesse s'est empar&#233;e de moi, raconte l'artiste qui a trouv&#233; le premier exemplaire sur un march&#233; non loin du haras de Vucijak. M&#234;me les jouets manquent de libert&#233;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; On l&#232;ve les yeux, histoire de trouver une raison, m&#234;me infime, &#224; ce cycle infernal qui veut qu'&#224; chaque signe de d&#233;livrance dans une &#339;uvre, une forme de ch&#226;timent resurgit dans celle qui suit. Apr&#232;s tout, n'est-ce pas la le&#231;on fondamentale des mythes grecs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sisyphe et son rocher qui d&#233;gringole &#233;ternellement de la montagne, Prom&#233;th&#233;e et son foie qui repousse &#224; chaque fois que l'aigle le d&#233;vore, tous deux condamn&#233;s &#224; l'absurde, l'un pour avoir refus&#233; de retourner parmi les morts, l'autre pour avoir vol&#233; le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;feu sacr&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; aux ma&#238;tres olympiens. Au mur, la photographie d'un corps les pieds dans l'eau, la t&#234;te compl&#232;tement prise dans les flammes ach&#232;ve de nous d&#233;concerter&#160;: de quelle punition ou r&#233;volution le feu est-il cette fois le signe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement une exposition d'art contemporain n'aura su s'int&#233;grer avec tant de finesse dans un d&#233;cor patrimonial aussi charg&#233; que celui-ci, qui plus est dans une ville connue pour son maire d'extr&#234;me-droite. C'est la premi&#232;re d'envergure qu'accueille officiellement la municipalit&#233; gr&#226;ce &#224; un partenariat entre le r&#233;seau M&#233;c&#232;nes du Sud-S&#232;te, dont Julie Chaffort a obtenu une bourse en 2018, et les Mus&#233;es de la Ville de B&#233;ziers. Dans quelques mois, l'&#233;difice sera enti&#232;rement r&#233;nov&#233; pour accueillir les collections des Beaux-Arts, d'ethnographie et d'Histoire naturelle. Dans la parenth&#232;se qu'ouvre Printemps, il n'est plus vraiment question de faire de l'art contemporain un bouc &#233;missaire ou un cheval de bataille id&#233;ologique, mais de laisser une &#339;uvre complexe faire son chemin dans des imaginaires ne lui sont pas forc&#233;ment acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;texte publi&#233; par Mouvement, magazine culturel, 24&#160;septembre 2020, &#224; l'occasion de l'exposition &lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Vucijak-47889&#034;&gt;&lt;strong&gt;Printemps&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; au Palais &#233;piscopal de B&#233;ziers&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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