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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Kimonos et sentiments</title>
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		<dc:creator>Anne Beyaert</dc:creator>



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&lt;p&gt;Faisant l'exp&#233;rience d'un nouveau blue-jean. Umberto Eco notait que celui-ci donnait une contenance&#160;: il le contenait litt&#233;ralement par compression de l'aine . Cette sensation nouvelle lui r&#233;v&#233;lait I &#8216;influence du v&#234;tement sur la moralit&#233; ext&#233;rieure. Lorsque nous portons des talons hauts ou des maillots serr&#233;s, notre attention est port&#233;e sur cette contenance, dit-il, ce qui oblige &#224; vivre vers l'ext&#233;rieur en r&#233;duisant l'exercice de l'int&#233;riorit&#233;. Ainsi, tandis que les guerriers en armures et&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faisant l'exp&#233;rience d'un nouveau blue-jean. Umberto Eco notait que celui-ci donnait une contenance&#160;: il le contenait litt&#233;ralement par compression de l'aine &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Umberto Eco, &#171;&#160;La pens&#233;e lombaire &#171;&#160;, La guerre du faux, traduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. Cette sensation nouvelle lui r&#233;v&#233;lait I &#8216;influence du v&#234;tement sur la moralit&#233; ext&#233;rieure. Lorsque nous portons des talons hauts ou des maillots serr&#233;s, notre attention est port&#233;e sur cette contenance, dit-il, ce qui oblige &#224; vivre vers l'ext&#233;rieur en r&#233;duisant l'exercice de l'int&#233;riorit&#233;. Ainsi, tandis que les guerriers en armures et cottes de maille vivaient pour le dehors, les moines inventaient un habit flottant et les intellectuels se retiraient pour penser dans de vastes chemises&#160;:&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La pens&#233;e abhorre le justaucorps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conscience du monde ext&#233;rieur ou d'une vie int&#233;rieure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les kimonos de Radmila Dapic proposent une autre transaction. Ce sont des v&#234;tements de papier-kraft orn&#233;s de somptueux dessins composant tant&#244;t une forme unique ou, lorsqu'ils se d&#233;clinent en lignes r&#233;guli&#232;res, un motif d&#233;coratif. Chacun d'eux raconte une histoire, celle d'un kimono-tableau ou d'un kimono-sculpture lorsque l'arrondi d'un corps peint r&#233;clame une mise en volume sur le sol o&#249; il se tient alors tout droit. Si les kimonos rappellent Ia forme de la croix, l'histoire n'est pas celle du Golgotha mais un tissu de r&#233;cits graves ou dr&#244;les aux r&#233;f&#233;rences d&#233;licates. Les dessins prennent leur part des histoires mais le mat&#233;riau fait le reste. Radmila Dapic confie ses v&#234;tements &#224; la presse qui, composant des plis sages ou froissant les manches, raconte l'attente du corps ou son souvenir. C'est une histoire sans dessus-dessous... La presse reproduit les empreintes peintes, les modifie, en inverse le sens et raconte finalement tout autre chose. Radmila exp&#233;rimente, suscite les accidents et s'y ajuste, ajoutant pour finir une &#233;tiquette aux coutures comme on signe ou bas du tableau.
Sombres, somptueux ou merveilleux, les kimonos de Radmila Dapic ne sont pas faits pour aller dons la vie mais semblent cependant en revenir. Si un v&#234;tement est &#224; la fois protection et parure, ceux-ci ne sont ni I &#8216;un ni I &#8216;autre. Ils ne prot&#232;gent de rien mais, bien au contraire, s'impr&#232;gnent du dedans comme du dehors. Ce ne sont pas non plus des parures car, comme l'indique Radmila, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ils ne-sont pas faits pour &#234;tre beaux mais pour &#234;tre soi dedans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tout impr&#233;gn&#233;s de l'ext&#233;rieur et de I&#8216;int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Salle Atane, St. Yrieix la Perche, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Umberto Eco, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La pens&#233;e lombaire &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;, La guerre du faux, traduction fran&#231;aise, Grasset, 2008 (1985)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Radmila Dapic, peintre &#224; la craie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Beyaert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Radmila Dapic, peintre &#224; la craie Que faut-il peindre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment tenir ses peurs &#224; distance et continuer la vie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Face &#224; la feuille blanche, seul dans son atelier, l'artiste se pose-t-il jamais d'autres questions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Radmila Dapic Jovandic poursuit en tout cas cette qu&#234;te intemporelle, et comme on avance a t&#226;tons dans le noir, cherche des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;prises&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; parmi les objets et une alt&#233;rit&#233; au milieu des autres. Radmila peint sans rel&#226;che. Sa f&#233;brilit&#233; est telle qu'elle semble tenir lieu de m&#233;thode et&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Radmila Dapic, peintre &#224; la craie&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Que faut-il peindre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment tenir ses peurs &#224; distance et continuer la vie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br /&gt;&#10142; Face &#224; la feuille blanche, seul dans son atelier, l'artiste se pose-t-il jamais d'autres questions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Radmila Dapic Jovandic poursuit en tout cas cette qu&#234;te intemporelle, et comme on avance a t&#226;tons dans le noir, cherche des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;prises&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; parmi les objets et une alt&#233;rit&#233; au milieu des autres.
Radmila peint sans rel&#226;che. Sa f&#233;brilit&#233; est telle qu'elle semble tenir lieu de m&#233;thode et conduire seule le travail, s'emparer des rouleaux de papier, y placer la forme ronde puis la fine silhouette de craie, perforer le carton blanc, le placer devant les peintures ou plus loin... &lt;br class='manualbr' /&gt;Ce z&#232;le est partout perceptible et l'on imagine Radmila au travail. Du mur &#224; la table, de la table au mur. Des gestes amples pour peindre ces femmes &#224; la dimension de son corps, des petits coups r&#233;guliers pour inciser... S'il conf&#232;re aux oeuvres une gestualit&#233; particuli&#232;re et reconnaissable, ce z&#232;le porte l'artiste au meilleur et donne &#224; sa main une &#233;loquence confondante. L'ardeur de Radmila l'emm&#232;ne au plus juste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Sa production actuelle se partage en deux projets&#160;: des sortes de tours de carton incis&#233;es de formes g&#233;om&#233;triques r&#233;guli&#232;res d'une part, et d'autre part, de larges peintures, allant par cinq ou six, o&#249; elle d&#233;cline une forme de femme enroul&#233;e. Si les constructions de carton semblent le r&#233;sultat d'une asc&#232;se &#224; laquelle l'artiste s'astreint pour inventorier, de perforations minutieuses en plis d&#233;licats, toutes les g&#233;om&#233;tries du monde, les peintures semblent au contraire laisser libre cours &#224; la main. Une main parfaitement ma&#238;tris&#233;e pourtant, souvent remarquable de pr&#233;cision et de plus en plus tendue vers l'essentiel.&lt;br class='manualbr' /&gt;Peu &#224; peu, la ligne s'est &#233;pur&#233;e, devenant plus libre et allusive. Dans le m&#234;me temps, la gamme chromatique s'est r&#233;duite au simple dialogue d'une couleur sur le blanc, du noir et du blanc, et construisant ainsi une profondeur &#233;l&#233;mentaire, permet d'installer la figure f&#233;minine dans une sorte de nid rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effacer le corps&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans son effort vers l'&#233;pure, la main de Radmila a su arr&#234;ter une gamme de moyens sp&#233;cifiques&#160;: des rouleaux de papier kraft, une gouache parfaitement mate, de la craie mate, elle aussi. Le dessin &#224; la craie est fugace. Il s'efface par endroit &#224; moins que la distance ne l'oblit&#232;re. _ Alors, il n'y a plus trace humaine, plus de corps, seulement la couleur, abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me et qui tourne en rond dans sa profondeur inhabit&#233;e. Dans le monde de Radmila, tout est mat, poreux, fragile, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;ph&#233;m&#232;re comme la vie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dit-elle. C'est cette &#233;conomie silencieuse, coh&#233;rente et bien comprise, qui donne &#224; sa peinture tant d'&#233;loquence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans leur ronde de gouache, ces femmes peintes parlent de la fragilit&#233; de la vie. Elles &#233;voquent l'exil volontaire, la guerre, les douleurs de la m&#233;moire mais aussi le bonheur que donnent les enfants. On imagine m&#205;me l'artiste leur confiant ses peurs, &#224; voix basse. A ce moment de son histoire personnelle, l'&#233;criture semble en effet prendre une place importante, et comme pour mesurer le temps et le forcer &#224; laisser sa marque, Radmila note ici un nom familier, l&#224; une date. Au centre de ses nids f&#233;minins -l&#224; o&#249; elle installe parfois un b&#233;b&#233;- elle a &#233;num&#232;re les noms de ses amis yougoslaves disparus (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;untel dont le nom signifie 'bonheur' a &#233;t&#233; tu&#233; d'un obus dans la cour du lyc&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un autre est mort de tristesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un troisi&#232;me est d&#233;c&#233;d&#233; subitement &#224; son arriv&#233;e en Am&#233;rique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;). Ces inscriptions qui m&#233;langent les ellipses du graffiti et la rondeur d&#233;corative des motifs folkloriques accentuent une ressemblance avec l'affiche du m&#233;tro. Comme elle, la peinture de Radmila est &#233;ph&#233;m&#232;re, fragile. En passant, on fr&#244;le son papier nu, plaqu&#233; au mur et si l'envie nous vient, on peut m&#234;me la d&#233;coller du mur, la rouler, la plier et l'emporter avec soi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur silence de gouache, les femmes de Radmila Dapic murmurent tout bas, tendrement, que nous sommes vuln&#233;rables. Pour cette raison, elles nous bouleversent. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pourtant, qu'on ne s'y trompe pas. S'il faut s'arr&#234;ter au drame qu'elles portent, au t&#233;moignage personnel qu'elles restituent, c'est &#224; leur &#233;loquence que doit aller notre plus grand respect. &lt;br class='manualbr' /&gt;A mesure qu'elle avance, Radmila progresse et am&#233;liore encore l'artiste qu'elle est, et sa peinture se fait de plus en plus belle. En ce sens, elle m&#233;rite moins notre sympathie que notre admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Beyaert&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Centre Culturel Jean Gagnant, Limoges 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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