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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Une m&#233;lancolie de l'imm&#233;diat</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Une-melancolie-de-l-immediat</link>
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		<dc:date>2021-07-12T10:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Deparis-Yafil</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'espace et le temps, nous le savons, sont les deux dimensions qui conditionnent a priori toute appre&#769;hension du monde. Aucun monde, aucune expe&#769;rience ni aucun savoir sur ce monde ne peut apparai&#770;tre a&#768; nos esprits sans elles. C'est alors a&#768; une singulie&#768;re expe&#769;rience que nous convie le travail d'Emmanuelle Leblanc par leur prisme, y ajoutant celui de la lumie&#768;re, qui les traverse de part en part pour faire advenir l'image. Saisir le monde n'est pas se soumettre passivement a&#768; des&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'espace et le temps, nous le savons, sont les deux dimensions qui conditionnent a priori toute appre&#769;hension du monde. Aucun monde, aucune expe&#769;rience ni aucun savoir sur ce monde ne peut apparai&#770;tre a&#768; nos esprits sans elles. C'est alors a&#768; une singulie&#768;re expe&#769;rience que nous convie le travail d'Emmanuelle Leblanc par leur prisme, y ajoutant celui de la lumie&#768;re, qui les traverse de part en part pour faire advenir l'image.&lt;br class='manualbr' /&gt;Saisir le monde n'est pas se soumettre passivement a&#768; des re&#769;alite&#769;s exte&#769;rieures, mais le soumettre au contraire aux re&#768;gles de nos perceptions et de nos jugements. Emmanuelle Leblanc propose ainsi des modes de regard, dans une tentative de capter quelque chose aux racines de ce monde que nous nous donnons a&#768; voir, le de&#769;voilement d'une &lt;i&gt;aletheia&lt;/i&gt; peut-e&#770;tre, sorte de ve&#769;rite&#769; cache&#769;e sous le flux des images me&#769;diatiques, flux de plus en plus rapide et fugitif.&lt;br class='manualbr' /&gt;La simplicite&#769; nous pousserait a&#768; dire qu'Emmanuelle Leblanc ope&#768;re des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arre&#770;ts sur image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, saisissant ainsi une ve&#769;rite&#769; qui se serait trouve&#769; en elle mais aurait e&#769;te&#769; soustraite a&#768; notre attention. Mais sans doute la re&#769;alite&#769; des peintures d'Emmanuelle Leblanc est-elle plus complexe que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour de nombreux peintres de sa ge&#769;ne&#769;ration, dont la sensibilite&#769; s'est nourrie a&#768; travers l'omnipre&#769;sence de l'image - te&#769;le&#769;vision, cine&#769;ma, publicite&#769;- mais aussi de l'e&#769;vidence de la technologie, cela commence par une photographie. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;J'ai toujours aime&#769; les photos mais j'ai toujours eu plus d'estime pour la peinture&lt;/i&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dit l'artiste. Estime accorde&#769;e a&#768; ce me&#769;dium plus qu'ancestral, peut-e&#770;tre tant par inte&#769;re&#770;t pour l'histoire de l'art que pour la part de ve&#769;rite&#769; &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; que la peinture rece&#768;le. C'est donc d'un processus de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pictorialisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'image photographique qu'il s'agit ici, dans lequel, d'une manie&#768;re ou d'une autre, en conservant les scories ou en les soustrayant, l'artiste entend re&#769;ve&#769;ler quelque chose de l'ordre de l'e&#769;pure et de l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord les &#339;uvres composant la se&#769;rie de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ligne de peinture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ici, donc, des photographies prises sur le vif, avec un te&#769;le&#769;phone portable. Sujets a priori ordinaires et sans qualite&#769;, sans hie&#769;rarchie ni logique dans ce qui est donne&#769; par le re&#769;el.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais cette sorte de neutralite&#769; dans l'apparent non-choix des prises de vue est finalement contrebalance&#769;e par l'e&#769;vidence esthe&#769;tique &#8211;formes et couleurs- de l'image. Apparaissent alors&#160;: une ta&#770;che de couleur vive sur un fond ombrageux, un paysage presque classique, des jambes de fillette, des compositions parfois abstraites dans leur fugitivite&#769;... des fene&#770;tres peut-e&#770;tre, la silhouette d'un marbre classique dans quelque muse&#769;e, un clair obscur presque romantique a&#768; la Caspar David Friedrich, un Rothko, une fac&#807;ade d'immeuble constructiviste... Wilde affirmait que la vie imite l'art non le contraire. Il y a dans cette se&#769;rie d'images, quelque chose de cet ordre, dans la manie&#768;re dont Emmanuelle Leblanc capte, et restitue, le surgissement fortuit de l'histoire de l'art dans la banalite&#769; du quotidien et sugge&#768;re de manie&#768;re sous-jacente comment cette re&#769;alite&#769; en est une nourriture perpe&#769;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le me&#770;me temps, a&#768; dessein, les lieux, les temps, les espaces sont sans de&#769;finition, notre perception tire&#769;e hors des lieux, des temps, des espaces, aspire&#769;s dans une bre&#768;che que l'artiste aura ouvert. Hors de l'histoire aussi. Cet ensemble de peintures modulaire, constituant une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;phrase picturale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a&#768; la construction a&#768; la fois intuitive et formellement harmonique, ne raconte pas une histoire mais des possibles. Elle peut e&#770;tre interpre&#769;te&#769;e comme une se&#769;rie d'expe&#769;rimentations, de tentatives, d'essais, une sorte de laboratoire d images jetables que l'artiste dans son geste aura tente&#769; de sauvegarder, d'arracher a&#768; l'oubli ne&#769;cessaire du flux temporel et me&#769;diatique, dans un souci de les e&#769;riger en &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mode&#768;les picturaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mettant, explique-t-elle, sur le me&#770;me plan d'e&#769;galite&#769; toutes les typologies et les genres picturaux &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;paysages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;natures mortes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;figures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt; autant que &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;des motifs plus abstraits ou de quasi monochromes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car ces petites peintures, dans leur e&#769;gal format, leur se&#769;rialite&#769;, n'e&#769;noncent en effet rien de fictionnel, ni de narratif. Le regardeur pourra bien vouloir y introduire une logique fictionnelle, cre&#769;ant des liens, des histoires possibles... Mais c'est encore une histoire de sujet, et de subjectivite&#769;. Dans le myste&#768;re pre&#769;serve&#769; de l'alte&#769;rite&#769;, comme pourrait le dire Merleau-Ponty, c'est du fond de sa subjectivite&#769; que chacun projette son monde et que rien n'est jamais ve&#769;cu de me&#770;me pour soi et pour l'autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Consciente sans doute de cette impossibilite&#769; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;projet commun&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et d'autant moins autour de la perception de l'image, Emmanuelle Leblanc n'e&#769;difie aucune vision ne&#769;cessaire, n'e&#769;dicte rien qu'il faille voir. Ce sont des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;il y a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, des &lt;i&gt;e&#769;tants&lt;/i&gt; si on veut, l'e&#769;cume fugitive des phe&#769;nome&#768;nes du monde, des morceaux de re&#769;alite&#769; arrache&#769;es a&#768; la re&#769;alite&#769;, montre&#769;s dans l'ambigui&#776;te&#769; de leur brutale neutralite&#769; et en me&#770;me temps choisis, dans leur champ-hors champ, de&#769;compose&#769;s, recompose&#769;s, repeints jusque dans leur me&#769;diocrite&#769; (pixellisation, flous et tremblements). De ces petits formats e&#769;mergent parfois de plus grands formats, des images qui contiennent une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;unite&#769; narrative&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; plus grande ou plus pre&#769;gnante, dont l'artiste conside&#768;re qu'elles manifestent davantage d'autonomie... Formes floues, chromatismes parfois violents, on identifiera, ou non, sans trancher si cela importe, le plisse&#769; statufie&#769; d'une vierge ou l'interpre&#769;tation personnelle d'un St Georges, autant de sujets communs de l'histoire de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses portraits, comme dans les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Peintures sur table&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on retrouve cette question de l'atemporalite&#769; en me&#770;me temps que la superposition historique des proce&#769;de&#769;s et des manie&#768;res. Atemporalite&#769;&#160;: Malgre&#769; quelqu'indice-une aura de lumie&#768;re bleute&#769;e qui pourrait e&#770;tre celle d'un ordinateur et renvoyer alors a&#768; notre modernite&#769;-, le personnage, re&#769;alise&#769; a&#768; l'e&#769;chelle humaine, pourrait tout aussi bien sortir d'une peinture hollandaise, ou d'un tableau de Hopper, depuis le rendu en clair obscur jusqu'a&#768; son attitude me&#769;ditative, donnant a&#768; l'&#339;uvre une e&#769;trange impression de silence.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le de&#769;pouillement des fonds, aplats de couleurs sourdes, renforce cette sensation de mise entre parenthe&#768;se du monde objectif, d'une sorte de suspension du rapport du sujet a&#768; toute re&#769;alite&#769; ordinaire, une sorte d'&lt;i&gt;e&#769;poche&#768;&lt;/i&gt;, donc, hors du temps calcule&#769;, dans le temps inde&#769;cis de la me&#769;ditation, du retrait, du repli sur soi... La mise en e&#769;chelle 1 du portrait s'en fait paradoxale, car tout en se donnant naturellement en tentation de miroir, elle nous pose face a&#768; un e&#770;tre qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;esquive le regard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour reprendre les mots de l'artiste, impe&#769;ne&#769;trable, inaccessible, en retraite. Le de&#769;ploiement de certaines &#339;uvres en diptyque ou triptyque de&#769;multiplie les vues possibles, les relations entre les images, en complexifiant l'abord.&lt;br class='manualbr' /&gt;Superposition des proce&#769;de&#769;s&#160;: le sujet, au premier plan, se de&#769;tache sur un fond minimal, de&#769;contextualise&#769; par l'arrie&#768;re-champ colore&#769;, sert en premier lieu un souci d'e&#769;pure de la repre&#769;sentation.&lt;br class='manualbr' /&gt;A la rigueur des aplats monochromes ou en subtile polychromie, sugge&#769;rant l'art abstrait ou conceptuel, re&#769;pond le traitement apparemment classique des personnages, e&#769;voquant l'art classique du portrait, le the&#768;me de la figure. Pour l'artiste, il s'agit de concilier deux moments de l'histoire de l'art dans le me&#770;me tableau. Bien plus encore, l'utilisation d'un logiciel de retouche et de traitement de l'image, permettant la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;recomposition&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du mode&#768;le, puis le processus de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pictorialisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'une image arre&#770;te&#769;e issue de captation vide&#769;o par la peinture offrent, outre un trouble hyperre&#769;aliste, la rencontre (pluto&#770;t que la confrontation) entre des techniques des plus contemporaines et la peinture a&#768; l'huile, dans un passage a&#768; rebours. Manie&#768;re d'affirmer que la peinture est susceptible de laisser e&#769;merger une e&#769;motion que la photographie ignore. Manie&#768;re aussi de se re&#769;approprier plastiquement et physiquement l'objet de cre&#769;ation. Ce lien au temps, qui nous semble si essentiel dans la peinture de Emmanuelle Leblanc, se manifeste aussi dans la dure&#769;e du faire, de la confrontation a&#768; la matie&#768;re, matie&#768;re picturale et mate&#769;riau. Si elle oeuvre a&#768; partir de photographies, ou de vide&#769;os, son travail n'est pas pour autant de&#769;mate&#769;rialise&#769;. Pre&#769;parer les surfaces, peindre a&#768; l'huile, recomposer les images ouvre un rapport au temps autant qu'a&#768; l'histoire de l'art, en terme de repre&#769;sentation mais aussi de savoir-faire. Comment dire autrement les limites de la virtualite&#769;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu du dehors ou en prise avec son inte&#769;riorite&#769;, l'oeuvre d'Emmanuelle Leblanc est un univers suspendu entre deux rives, qui ne conforte aucune vision du monde ni ne le nie, mais cherche a&#768; se saisir subjectivement de son caracte&#768;re fugitif, e&#769;vanescent et mouvant, pour ensuite s'en dessaisir, comme deux moments d'une me&#770;me que&#770;te irre&#769;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Deparis-Yafil &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;janvier 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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