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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Je ne peux pas situer pr&#233;cis&#233;ment la naissance...</title>
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		<dc:creator>Ir&#232;ne Miroir</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je ne peux pas situer pr&#233;cis&#233;ment la naissance de Benoit Pierre. &#192; Madagascar, parmi les enfants qui viennent s'installer autour de lui comme un rempart humain pour composer, par va-et-vient, un paysage de bras et de jambes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; Venise, &#224; Paris peut-&#234;tre plus encore, o&#249; la cam&#233;ra est oubli&#233;e parmi les cent autres silhouettes photographes, et les pigeons qui circulent, indiff&#233;rents. Alors le temps se dilate. Alors il y a place pour que l'&#233;paisseur du monde engloutisse le r&#234;veur et laisse les&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-critiques-27805" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne peux pas situer pr&#233;cis&#233;ment la naissance de Benoit Pierre. &#192; Madagascar, parmi les enfants qui viennent s'installer autour de lui comme un rempart humain pour composer, par va-et-vient, un paysage de bras et de jambes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; Venise, &#224; Paris peut-&#234;tre plus encore, o&#249; la cam&#233;ra est oubli&#233;e parmi les cent autres silhouettes photographes, et les pigeons qui circulent, indiff&#233;rents. &lt;br class='manualbr' /&gt;Alors le temps se dilate.&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors il y a place pour que l'&#233;paisseur du monde engloutisse le r&#234;veur et laisse les impressions s'accumuler. _ Dr&#244;le de temps du r&#233;el, o&#249; Benoit Pierre plante son dispositif, s'y installe, s'oublie dans une m&#233;canique qui ouvre l'&#339;il et qui capte, presque froide, ce qui vient &#224; elle, le temps d'une r&#233;volution. Derviche tourneur. Il n'est plus tout &#224; fait pr&#233;sent &#224; l'autre mais tout &#224; fait disponible &#224; ce monde imm&#233;diat qui imprime sa cam&#233;ra. Il laisse tout venir. Confiant. Advienne qui voudra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis c'est dans les montages qu'il a poursuivi sa route, surtout, montages qui vont surgir, par nappes successives, plus tard. Le capteur est devenu chercheur de p&#233;pites et mille histoires s'esquissent soudain, mille trajectoires inaper&#231;ues, dans le mouvement universel et circulaire. Alors peut-&#234;tre Benoit Pierre affirme l&#224; son &#233;criture, taille sa pierre. Le regard va aller aux images, les scrutant une par une, dans un mouvement centrip&#232;te, qui recompose. Le chercheur d'or est aussi un orf&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je vois l&#224;, moi, des choses jamais vues.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je vois le temps qui passe.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je vois le flux se fabriquer et se d&#233;composer pour faire surgir d'autres rythmes, d'autres encha&#238;nements, d'autres possibles. O&#249; le temps de la prise de vue devient sujet, o&#249; l'empreinte devient autonome et refabrique d'autres traces de mondes parall&#232;les. Je vois des mouvements secrets et des figures discr&#232;tes faire des signes, comme des messages cod&#233;s qui gardent leur myst&#232;re. J'aper&#231;ois la densit&#233; du monde qui danse et qui tr&#233;buche, fugitivement, dans un vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a le temps de la projection, rencontre o&#249; les images se t&#233;lescopent, esquissent entre elles de nouveaux r&#233;seaux secrets qui brouillent, &#233;clairent autrement et puis &#233;purent, et puis r&#233;&#233;paississent ce que l'on avait cru d&#233;crypter, et o&#249; le son monte, de nulle part, comme un souvenir ind&#233;finissable du brouhaha du monde qui se serait cach&#233;, et qu'on lib&#232;rerait par vague, comme un parfum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Pierre n'&#233;puise pas ses images ni ne les domestique. Fixes ou anim&#233;es, elles ne livrent jamais totalement leurs secrets. La ma&#238;trise apparente du dispositif et sa technicit&#233; rigoureuse dissimulent un &#233;tonnement constant qu'il nous fait partager, et tous nos sens en alerte cherchent un parcours possible, se laissent bercer, r&#233;sistent, puis recommencent &#224; errer. La mati&#232;re de l'image num&#233;rique est g&#233;n&#233;reuse&#160;: elle se dilate, devient transparente, s'efface, s'affirme, se superpose, diaphane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fant&#244;mes d'un monde trop intense, les vid&#233;os et les montages photographiques de Benoit Pierre ne r&#233;organisent pas le r&#233;el&#160;: ils en d&#233;signent, comme des &#233;clipses issues d'une m&#233;moire lib&#233;r&#233;e, la densit&#233; et la gr&#226;ce.&lt;br class='manualbr' /&gt;Des mirages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ir&#232;ne Miroir &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Juin 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien</title>
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		<dc:creator>Ir&#232;ne Miroir</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ir&#232;ne Miroir&#160;: Il y a plus de quatre ans, nous faisions ensemble une sorte de point d'&#233;tape de ton travail, au croisement de la vid&#233;o, de la photographie et du dessin. Tes derni&#232;res expositions font &#233;clater la photographie comme un medium vraiment central aujourd'hui. Qu'en est-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Benoit Pierre&#160;: Mon approche s'est d&#233;plac&#233;e de mani&#232;re assez importante en quatre ans. J'ai chang&#233; de vie et de contexte g&#233;ographique en venant vivre dans une grande ville du continent europ&#233;en, &#224; Belgrade.&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ir&#232;ne Miroir&#160;: Il y a plus de quatre ans, nous faisions ensemble une sorte de point d'&#233;tape de ton travail, au croisement de la vid&#233;o, de la photographie et du dessin. Tes derni&#232;res expositions font &#233;clater la photographie comme un medium vraiment central aujourd'hui. Qu'en est-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Benoit Pierre&#160;: Mon approche s'est d&#233;plac&#233;e de mani&#232;re assez importante en quatre ans. J'ai chang&#233; de vie et de contexte g&#233;ographique en venant vivre dans une grande ville du continent europ&#233;en, &#224; Belgrade. Quatre ans apr&#232;s, je ne parle toujours pas le serbo-croate, mais je me suis familiaris&#233; tr&#232;s en profondeur avec la rue et sa vie. Je m'y suis install&#233;. Je crois que j'ai eu besoin de prendre mon temps, et la captation circulaire photographique s'est impos&#233;e comme une &#233;criture qui r&#233;pondait &#224; ce besoin de d&#233;crypter mon environnement. C'est une exp&#233;rience tr&#232;s particuli&#232;re de ne &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RIEN&lt;/span&gt; comprendre aux &#233;changes verbaux. Il m'&#233;tait n&#233;cessaire de d&#233;coder autrement. Le temps de l'image fixe me le permettait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I.M.&#160;: Pour autant, tu n'es plus dans le monumental touristique dont tu jouais &#224; te d&#233;caler pour regarder &#224; c&#244;t&#233;. Tu photographies autre chose. Tu travailles sur quoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Je me suis int&#233;ress&#233; d'abord au flux humain. Belgrade n'est pas une ville touristique, et mon appareil dress&#233; sur son pied en pleine rue, presque chaque jour pendant certaines p&#233;riodes, ne pouvait pas passer inaper&#231;u comme il l'&#233;tait au Trocad&#233;ro. Mais la r&#233;gularit&#233; de ma pr&#233;sence l'a rendu, peut-&#234;tre, familier, dans une certaine mesure en tout cas. Ce ne sont jamais les passants qui sont venus &#224; moi pour&lt;br class='manualbr' /&gt;interrompre mon travail. &#199;a a pu &#234;tre la police, quelquefois, parce que c'est un territoire tr&#232;s surveill&#233;, pour des raisons assez peu compr&#233;hensibles pour moi, et il est arriv&#233; que l'on me demande d'interrompre mes prises de vue.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais par ailleurs dans cette ville, les gens vaquent &#224; leurs occupations de mani&#232;re assez individualistes. J'ai m&#234;me des pi&#232;ces assez &#233;tonnantes o&#249; cohabitent un quasi &#233;tat de si&#232;ge avec une sur-pr&#233;sence polici&#232;re vraiment tr&#232;s spectaculaire et des passants ou des lecteurs dans un parc qui ne les voient m&#234;me pas. C'est une autre dimension de cette ville&#160;: elle n'est pas touristique, mais ils s'y passent des &#233;v&#233;nements politiques qui cr&#233;ent des situations humaines tr&#232;s particuli&#232;res. Ce n'est pas cela cependant ce sur quoi j'ai le plus travaill&#233;. Je ne cherche pas la mise en sc&#232;ne, mais il arrive que j'entre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dedans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour m'attarder sur l'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Et en m&#234;me temps le contexte est important.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Oui, bien s&#251;r, il l'a toujours &#233;t&#233;. Je me suis un peu &#233;loign&#233; de ce travail tr&#232;s plastique qui m'a captiv&#233; quand j'ai d&#233;marr&#233; les montages photographiques de Venise ou de Paris o&#249; la ville et les &#234;tres tendaient &#224; se muer en fant&#244;mes. Il y avait une mati&#232;re fascinante qui surgissait dans la manipulation des images, qui estompait les silhouettes, mais r&#233;affirmait l'immuabilit&#233; du b&#226;ti et des objets. A Belgrade, j'ai eu besoin de donner &#224; voir les corps, parce que le Walker posait une question existentielle sur notre place au monde, notre singularit&#233; de bip&#232;de en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Pourtant ta photographie, si elle est peut-&#234;tre un peu moins esth&#233;tisante, reste tr&#232;s plastique, tr&#232;s travaill&#233;e dans les montages. Dans le fond, plus que jamais, le travail commence au montage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Il y a vraiment deux temps. Le temps de la prise de vue est le temps de la collecte. Je fais confiance &#224; l'immersion et &#224; la captation. Je m'implante, mais je ne choisis pas encore mon sujet. Peut-&#234;tre m&#234;me que c'est le sujet qui me choisit. J'ai un cadre, mais je ne le fixe pas, je ne m'y arr&#234;te pas, je le d&#233;ploie en autant de prises circulaires. Je choisis le temps de ma prise, mais je le dilate en &#233;tendant mon temps de captation aussi longtemps que le demande mon dispositif. De ce point de vue l&#224;, je suis sans doute un dr&#244;le de photographe. Ensuite, j'ai cette impression de faire de la photographie comme je peindrais, par couches successives que je place, que je d&#233;place, que j'interchange. Je &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;bouche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'&#233;claire, je choisis un sujet dans la masse, je le d&#233;tache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Je pense beaucoup &#224; la question du temps dans tes photographies. Il semble que l'instant soit capt&#233;, que le temps soit immobilis&#233;, mais &#224; y voir de plus pr&#232;s, on voit bien que le temps passe &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'image. Ce n'est possible qu'en photographie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: J'ai cette impression, oui. J'ai m&#234;me l'audace de penser que s'y joue &#224; la fois le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur. Que le spectateur de l'image va pouvoir projeter l'apr&#232;s. Ce qui n'est pas possible avec l'image anim&#233;e. Pas de la m&#234;me mani&#232;re du moins. J'aime la photographie qui donne du temps, qui suspend l'urgence. Le temps passe, l'&#339;il s'y attarde, le regard s'y installe, ou passe, ou s'arr&#234;te. La photographie&lt;br class='manualbr' /&gt;me donne ce choix. C'est aussi toute la question du regard que tu me poses. J'ai go&#251;t&#233; avec ma premi&#232;re exposition &#224; la joie de d&#233;couvrir le r&#244;le des spectateurs face &#224; mes photos, aux questions qu'ils se posaient et qu'ils m'adressaient quand j'&#233;tais parmi eux. Avec Walker Series, et cette aventure incroyable d'un &#234;tre qui s'est invit&#233; dans mes photos au point de devenir pour moi une v&#233;ritable obsession et un myst&#232;re fascinant, j'ai eu envie de partager mon exp&#233;rience. La photographie le permet de mani&#232;re gracieuse et subtile parce qu'elle laisse libre. Je ne veux pas d&#233;signer mon sujet. J'invite le regard &#224; partir &#224; la d&#233;couverte. Ce n'est pas non plus un jeu de piste. Apr&#232;s tout, les dyptiques des Walker Series racontent aussi bien d'autres histoires de passants, et je connais des spectateurs qui ont fondu pour certaines photos &#224; cause de parapluies color&#233;s qui illuminaient soudainement l'hiver en noir et blanc et cr&#233;aient des sortes de spectres tr&#232;s esth&#233;tiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais il y a aussi la possibilit&#233; de vivre un peu de ce que j'ai travers&#233; pendant des mois. Apercevoir sa silhouette, voir ses parcours se r&#233;p&#233;ter. A sa mani&#232;re, il donne l'heure, son heure, sa petite &#233;ternit&#233;, il assure la permanence &#224; travers les saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Et tu as choisi de traiter ton Walker en diaporama. &#199;a pourrait &#234;tre du cin&#233;ma, c'est aussi tout autre chose. Tu as utilis&#233; la vid&#233;o avec lui ou jamais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: J'ai d&#233;couvert l'existence du Walker dans mes rushs de vid&#233;o. C'est en retournant vers lui, pour r&#233;pondre &#224; cette invitation muette d&#233;tect&#233;e dans mes vid&#233;os, que j'ai choisi la photographie. J'ai eu la sensation que la vid&#233;o l'enfermerait, le capturerait. Il me fallait &#234;tre subtil et non le traquer. Je n'avais aucune envie de le harceler. La photographie, avec sa l&#233;g&#232;ret&#233; et sa discontinuit&#233;, permettait de me faire discret, d'attraper des plans &#224; la sauvette, ponctuellement un jour o&#249; je le croisais entre deux activit&#233;s, ou plus syst&#233;matiquement parce que je me retrouvais derri&#232;re lui pour un moment. Dans un premier temps, j'accumulais ce mat&#233;riau photographique de mani&#232;re presque compulsive. Cette situation de pseudo rendez-vous me passionnait. Et puis j'ai pris le temps de r&#233;fl&#233;chir au traitement de toutes ces images. Qu'est ce que &#231;a raconte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que me raconte-t-il du monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment m'interroger avec le spectateur, laisser le myst&#232;re entier, ne pas expliquer. &#202;tre &#224; la hauteur du myst&#232;re. Walker me pose la question de ma propre folie d'artiste isol&#233;, &#224; l'&#233;cart du monde &#224; cause de mon isolement linguistique. Le diaporama m'a sembl&#233; &#234;tre une r&#233;ponse d&#233;licate qui laisse au spectateur le soin, non sans dr&#244;lerie, de reconstituer le temps, de remplir les interstices. Le personnage n'est pas dans une boucle ferm&#233;e comme pourrait le g&#233;n&#233;rer une vid&#233;o. Le diaporama ouvre le prisme et dilate le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Tu en as fini avec le Walker&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: J'ai achev&#233; une aventure mais peut-&#234;tre pas toute l'aventure. L'homme qui marche &#224; l'infini, je l'ai d&#233;couvert apr&#232;s-coup, est une histoire qui me hante. J'ai cr&#233;&#233; une pi&#232;ce vid&#233;o en 2011, &#224; dieu et souviens-toi, qui est une boucle d'un marcheur qui fait face &#224; la cam&#233;ra et que j'avais install&#233; dans le chemin de ronde du ch&#226;teau de Pierrefonds. C'est assez dr&#244;le d'en prendre conscience apr&#232;s ma rencontre avec Walker&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais dix ans apr&#232;s, l'exp&#233;rience photographique du Walker m'a ouvert une nouvelle conscience sur ces interstices du r&#233;el qui rec&#232;lent une richesse exceptionnelle. Il aura &#233;t&#233; l'initiateur de ceux que j'ai appel&#233; les saxiphrages, qui surgissent d&#232;s lors que l'on est disponible &#224; leur pr&#233;sence. Et la photographie retrouve alors un champ d'investigation infini. Le chapitre belgradois se referme. Je ne peux vraiment pas pr&#233;dire ce qui va m'arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Belgrade (Serbie), 29&#160;mai 2011&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Entretien-46650</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ir&#232;ne Miroir</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ir&#232;ne Miroir&#160;: Alors, je n'ai pas encore compris ce qui t'avait motiv&#233;, mais tu vas m'en parler, je pose mes questions &#224; Benoit Pierre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Benoit Pierre&#160;: Oui, Benoit Pierre&#8230; c'est un anagramme de P&#233;rier, et je ne saurais tout &#224; fait l'expliquer, mais ce petit d&#233;placement dans mon nom me donne une grande libert&#233;. Je me redistribue, je casse le cadre, je m'ouvre. Changer de nom, c'est changer de vie. Cela me met &#224; distance de mani&#232;re ludique et v&#233;ritablement lib&#233;ratoire de moi m&#234;me, d'une forme&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-critiques-27805" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ir&#232;ne Miroir&#160;: Alors, je n'ai pas encore compris ce qui t'avait motiv&#233;, mais tu vas m'en parler, je pose mes questions &#224; Benoit Pierre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Benoit Pierre&#160;: Oui, Benoit Pierre&#8230; c'est un anagramme de P&#233;rier, et je ne saurais tout &#224; fait l'expliquer, mais ce petit d&#233;placement dans mon nom me donne une grande libert&#233;. Je me redistribue, je casse le cadre, je m'ouvre. Changer de nom, c'est changer de vie. Cela me met &#224; distance de mani&#232;re ludique et v&#233;ritablement lib&#233;ratoire de moi m&#234;me, d'une forme de rigueur stricte, voire une rigidit&#233;, avec laquelle j'ai notamment longtemps pratiqu&#233; mon travail de graphiste. Je m'autorise en quelque sorte un changement de cadre. C'est un petit d&#233;placement, juste une lettre ou deux, je reste quelqu'un de tr&#232;s attach&#233; aux m&#233;thodes et aux syst&#232;mes sous contrainte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais enfin, il y a eu un d&#233;but de mobilit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il faut dire que l'exp&#233;rience de l'insularit&#233; pour un continental comme moi, c'est une vraie r&#233;volution. Il y a eu la danse contact aussi. Ces exp&#233;riences ont transform&#233; ma capacit&#233; de perception, ma sensibilit&#233; et mes repr&#233;sentations du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I.M.&#160;: Tu es Pierre et sur cette pierre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Oui, oui, l'homonymie avec le mot pierre me parle mais je me prends pour le disciple de personne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Simplement, elle me renvoie &#224; la question du regard que je pose autour de moi, &#224; partir d'un centrage int&#233;rieur, d'une observation circulaire &#224; partir d'une position statique. Je me pause, je regarde, et qu'est-ce que je vois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Finalement, il y a eu cette question aussi d'arr&#234;ter de courir, de sortir de la mobilit&#233; permanente, pour commencer &#224; regarder autour de moi. Ce qu'il y a de passionnant dans cette exp&#233;rience de prise de vue circulaire, c'est qu'&#224; partir d'un principe immobile qui &#233;tablit juste une rotation, on se rend compte que l'on est en face d'une infinit&#233; d'&#233;v&#233;nements, mat&#233;riels, c&#233;lestes, humains, visuels. C'est particuli&#232;rement parlant dans les lieux tr&#232;s touristiques parce que j'y interroge de surcro&#238;t l'&#224;-c&#244;t&#233; du monument en d&#233;calant simplement mon objectif et en observant l'alentour. Concernant la circularit&#233;, j'avais commenc&#233; avec les Po&#233;sitions &#224; mon arriv&#233;e &#224; la R&#233;union il y a cinq ans. Ce sont des petits films que je r&#233;alisais &#224; partir de ma webcam. J'&#233;tais li&#233; &#224; cette cam&#233;ra comme une source de captation qui me reliait potentiellement au monde, mais qui tournait autour de mon ordinateur de mani&#232;re circulaire d&#233;j&#224;. Il y avait intuitivement cette id&#233;e d'un territoire insulaire qui entra&#238;ne une perception du monde tr&#232;s particuli&#232;re&#160;: il n'y a plus une direction unique du regard et on peut tout regarder. Mon probl&#232;me aujourd'hui, c'est qu'on ne peut voir que l'horizontalit&#233; des choses. C'est la mer &#224; l'horizon, &#224; perte de vue. On ne per&#231;oit plus la complexit&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Thierry Fontaine et son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chaque homme est une &#238;le&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; semble parler d'un continent &#224; soi, imprenable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Justement je me situe compl&#232;tement &#224; l'oppos&#233; de cela&#160;: pour moi l'homme est un point, un centre, d'o&#249; irradie une &#233;nergie universelle qui vient en retour se concentrer sur lui. C'est un mouvement de va-et-vient, un &#233;change d'informations ininterrompu. L'homme est le contraire de l'isolement, et puis il n'est pas immobile. Le centre n'a pas de localisation pr&#233;cise. C'est cela qui rend mon dispositif in&#233;puisable en ce moment pour moi&#160;: tous les endroits sont possibles et m&#234;me la place Saint Marc, m&#234;me le Trocad&#233;ro, deviennent des endroits que l'on peut encore photographier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;C'est vrai que l'on en oublie presque le contexte tant il est d&#233;sint&#233;gr&#233; ou d&#233;compos&#233; dans le mouvement. C'est le cas dans la vid&#233;o, mais aussi dans tes photos. Je voudrais que tu me parles de ce que tu cherches, dans cette photographie du mouvement. On pense un peu &#224; ce courant de la chronophotographie de la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tr&#232;s centr&#233;e sur l'&#233;tude du sujet et de son mouvement. Est-ce que je me trompe en y faisant r&#233;f&#233;rence &#224; propos de tes montages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Ce sont des photographies qui m'ont toujours beaucoup int&#233;ress&#233; et que je continue d'examiner. Les photos de Marey, de Muybridge, d'Ansch&#252;tz mais aussi de Bragaglia m'ont probablement influenc&#233; bien s&#251;r. Je ressens aussi l'h&#233;ritage cubiste. Mais je crois que je suis ailleurs. Je ne suis pas centr&#233; sur le mouvement de mon sujet ni sur une reconstruction du r&#233;el. Je crois que je suis fascin&#233; par le sujet dans son contexte, justement. Je reste tr&#232;s attach&#233; &#224; la pr&#233;sence du paysage, des architectures et &#224; ses interactions sur les personnages. Ce n'est pas tant comment les gens se d&#233;placent qui m'intrigue, mais pourquoi et vers quoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Du coup, la question du cadre me pr&#233;occupe aussi et j'ai envie de tenter des exp&#233;riences de franchissement de cette limite du cadre. En vid&#233;o, je d&#233;borde de l'&#233;cran et dans le montage des photos, j'essaie de casser le rectangle du tableau. J'en arrive lors du montage et plus encore lors de la projection au surgissement d'un univers assez labyrinthique, une sorte de palais des glaces. Les images, dans leur rythme et leur t&#233;lescopage, interrogent le spectateur sur ce qu'il est en train de voir&#160;: r&#233;el ou virtuel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Visible ou invisible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que voit-on vraiment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment regarder et que regarder &#224; c&#244;t&#233; du sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; est le sujet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Cette question du cadre et le jeu des photomontages renvoient &#224; Hockney&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Oui, et non. Hockney n'exploite pas la pr&#233;sence du temps. Il respatialise. J'ai envie de parler pour ce qui le concerne de photocollage. Ce qui me pr&#233;occupe, c'est aussi une repr&#233;sentation du temps, et il me semble qu'elle se met &#224; appara&#238;tre l&#224; o&#249; Hockney n'est pas, c'est-&#224;-dire dans les zones de superposition. Il s'y passe des tas de choses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est presque l&#224; que se joue le myst&#232;re et l'&#233;tranget&#233; d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fantomatique, qui b&#233;gaie, qui h&#233;site, qui se r&#233;p&#232;te. C'est comme une r&#233;v&#233;lation parfois. Ce que la pupille a vu mais dont la m&#233;moire vive ne se souvient pas se met &#224; appara&#238;tre. C'est d'une richesse plastique &#233;tonnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Tu travailles en vid&#233;o, en photo et en dessins&#160;: comment fais-tu le lien entre ces m&#233;dium (m&#233;dia&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?)&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Je crois que dans les trois cas, je suis en qu&#234;te d'une captation en direct et d'un mode de repr&#233;sentation du r&#233;el qui me permette d'explorer simultan&#233;ment l'espace, le temps et le mouvement. Peut-&#234;tre que j'essaie aussi de d&#233;placer les modes d'utilisation de nos sens. Dans les vid&#233;os par exemple, j'ai conscience que je demande au spectateur une forme d'attention tr&#232;s particuli&#232;re, qui est de faire un effort pour ne pas trop regarder et se laisser bercer par le mouvement. Pour que d'autres impressions surgissent, d'autres mani&#232;res de voir. C'est un peu difficile au d&#233;part pour certains, un peu brutalisant. Mes dessins sont d'autres formes de trace. Je dois dire pour commencer qu'ils sont pour moi comme un contre-point &#224; la d&#233;bauche technique du travail de photo et de vid&#233;o et que de ce point de vue ils me redonnent une libert&#233; de travailler avec juste un crayon et un stylo. C'est tr&#232;s jouissif cette relation toute simple au&lt;br class='manualbr' /&gt;dessin. Ma captation sismographique proc&#232;de donc du principe que je laisse mon bras et ma main dessiner ce qui les meut et les traverse quand je suis assis dans un v&#233;hicule en mouvement. Les trac&#233;s rendent compte d'une r&#233;alit&#233; g&#233;ologique, le dessin des routes, leur rugosit&#233;, le contour de la montagne. Mais ils parlent aussi de l'humeur du conducteur, de ses brusqueries, du chien que l'on &#233;vite, du soleil qui &#233;blouie et qui fait faire un &#233;cart, du trafic routier et de ses al&#233;as&#8230; &#231;a parle aussi bien s&#251;r de mon humeur du jour, de ma capacit&#233; plus ou moins souple &#224; laisser aller le crayon. Ensuite, je prends soin de noter les dates et les parcours r&#233;alis&#233;s, toujours, comme un signe du r&#233;el dans cet enchev&#234;trement de lignes. Sur une &#238;le, on fait souvent les m&#234;mes parcours. Alors je peux rapprocher des traces de parcours sur les m&#234;mes routes et m'amuser &#224; y lire des humeurs compl&#232;tement diff&#233;rentes. C'est une forme paradoxale qui allie une apparente rigueur du dispositif de captation, et une subjectvit&#233; compl&#232;te dans la trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Une sorte de travail synesth&#233;sique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: Oui, il y a des glissements sensoriels. Je n'ai pas encore une grande distance par rapport &#224; cette production. Je sens qu'elle aussi me parle du mouvement, du d&#233;placement, d'une nouvelle mani&#232;re de mettre mes sens &#224; contribution d'un enregistrement du monde. Ce n'est pas si &#233;loign&#233; de mon travail en photo et en vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;I.M.&#160;: &lt;/strong&gt;Et aujourd'hui, o&#249; en es-tu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;B.P.&#160;: J'ai l'impression d'&#234;tre au d&#233;but d'une aventure et d'une exploration. Mon dispositif de captation est assez op&#233;rationnel, mais je souhaite l'approfondir et le faire varier. La captation est un temps tr&#232;s lent, tr&#232;s long, qui demande une tr&#232;s grande pr&#233;cision. Je souhaite &#233;galement diversifier mon m&#233;dium. J'ai le projet de travailler avec de la pellicule notamment - en 35 mm peut-&#234;tre, et en prise de vue, et en diffusion. Sur le plan du mat&#233;riau, j'ai besoin d'aller exp&#233;rimenter d'autres sites, d'aller m'immerger dans d'autres r&#233;els pour constituer ainsi une base d'univers. Je ne les consid&#232;re d'ailleurs pas comme de la simple mati&#232;re premi&#232;re qu'ensuite je p&#233;trirais &#224; ma guise. Je cherche des correspondances. Je crois que je suis tr&#232;s sensible &#224; ces questions de glissements entre des univers, comme j'ai pu l'exp&#233;rimenter au cours de mes performances en superposant Venise et Paris. Sur le plan du montage, le champ d'exploration est immense. Le travail image par image me demande un temps colossal et je voudrais pouvoir programmer avec un ing&#233;nieur de sorte que j'&#233;tende mes capacit&#233;s et mes choix de s&#233;lection d'images tout en gagnant du temps. J'ai des projets que seul je ne peux pas mettre en &#339;uvre pour des raisons techniques. Enfin sur la question de la diffusion, la seule r&#233;sidence de d&#233;cembre 2006 avec Yannick Franck et la performance pr&#233;sent&#233;e au public de la sc&#232;ne conventionn&#233;e des Bambous &#224; Saint-Beno&#238;t m'ont ouvert un territoire illimit&#233; et passionnant. L&#224; encore, il faut du temps et de l'espace pour tester. Il y a une dimension artisanale tr&#232;s importante &#224; tous les stades de ce travail, et la projection en fait partie. Entre le(s) flux lumineux que je manipule entre eux, entre ces flux et l'&#233;cran, avec le cadre de l'&#233;cran, je peux transformer la mati&#232;re lumineuse, je peux la red&#233;couper. Ce travail de fa&#231;onnage est passionnant parce qu'il me permet d'approfondir encore cette richesse des images, leur capacit&#233; &#224; se r&#233;pondre et &#224; susciter dans leur relation entre elles et dans le temps de la projection comme des significations cach&#233;es qui ne sont jamais les m&#234;mes d'une performance &#224; une autre. Comme si un secret ne se r&#233;p&#233;tait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Denis (La R&#233;union), 20&#160;janvier 2007&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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