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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
	<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/</link>
	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Du battement des images comme des ailes d'un papillon</title>
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		<dc:date>2020-11-24T13:59:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Giquel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Et si notre culture de l'image, frapp&#233;e de nouvelle ferveur, insatiable, se trouvait assujettie &#224; des retards et des acc&#233;l&#233;rations qui la lib&#232;rent, pulv&#233;risant son objet, ou lui rendant ses qualit&#233;s secr&#232;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'autorit&#233; de l'image se construit dans des terrains n&#233;cessairement stables, elle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;assoit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sa pr&#233;sence sans mettre en doute son statut, elle poss&#232;de, elle exerce son pouvoir h&#233;g&#233;monique. L'artiste est heureusement l&#224; pour corriger le tir, rendre friable la pr&#233;tention &#224; gouverner, et&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et si notre culture de l'image, frapp&#233;e de nouvelle ferveur, insatiable, se trouvait assujettie &#224; des retards et des acc&#233;l&#233;rations qui la lib&#232;rent, pulv&#233;risant son objet, ou lui rendant ses qualit&#233;s secr&#232;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'autorit&#233; de l'image se construit dans des terrains n&#233;cessairement stables, elle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;assoit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sa pr&#233;sence sans mettre en doute son statut, elle poss&#232;de, elle exerce son pouvoir h&#233;g&#233;monique. L'artiste est heureusement l&#224; pour corriger le tir, rendre friable la pr&#233;tention &#224; gouverner, et lorsque ce dernier va plus loin encore, sa veine fantasque et critique peut alors s'attaquer &#224; tout un pacte entretenu dans le champ de la communication. L'image alors d&#233;range, elle entre en incertitude, elle rompt les amarres qui la liaient &#224; la terre ferme. Benoit Pierre est de ceux qui ont bel et bien quitt&#233; les bords d'un territoire r&#233;tif au changement. Car le monde demande &#224; conna&#238;tre les d&#233;lices d'&#234;tre &#233;pluch&#233;, on le croyait ins&#233;cable, il nous est r&#233;v&#233;l&#233; &#233;branl&#233; dans ses fondements, on le croyait se tenir en son centre, il n'a de cesse de se d&#233;placer, de se reconstituer dans sa destruction progressive, de tisser des surfaces, dispara&#238;tre dans un souffle, et s'en amuser, presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas indiff&#233;rent de savoir qu'avant d'&#234;tre cet explorateur de l'image en perp&#233;tuel mouvements d'ailes, Benoit Pierre, qui s'appelait P&#233;rier, fait basculer son nom, lui donnant plus de fluidit&#233; que de couleur religieuse. Avant cette esquive, il fut designer graphique. Les traitements qu'il inflige aujourd'hui &#224; l'image ne s'expliquent pas exclusivement par un reniement &#224; son ancienne pratique, mais nous sommes en droit de nous interroger&#160;: rompant avec le cahier de la commande, l'artiste ouvre grands les Chemins de la libert&#233;, il r&#233;pond d&#233;sormais &#224; ses intuitions, il se nourrit &#224; d'autres pratiques artistiques comme la danse, la musique, il se confronte &#224; l'architecture. Il se pr&#233;sente comme un captateur. Il nous invite &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des univers ouverts&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Benoit Pierre aime &#224; &#233;voquer sa capacit&#233; &#224; se laisser absorber par les paysages qui l'entourent, par les populations qui traversent &#224; leur tour ces paysages, par tout ce qui peut arriver, l'inconnu qui n'est pas &#224; sa place, le centre duquel on s'&#233;loigne et auquel on donne une nouvelle qualit&#233;, des respirations qui conduisent &#224; cr&#233;er de nouvelles grammaires pour l'image et sa r&#233;ception.&lt;br class='manualbr' /&gt;Un tr&#232;s beau texte de Borg&#232;s s'intitule Les ruines circulaires. Cette nouvelle est l'histoire d'un d&#233;sencombrement. Ou comment, par une m&#233;thode infaillible, la fiction met &#224; mal toute id&#233;e d'assise. Benoit Pierre se sert d'un dispositif qu'il nomme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;circulaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Sa m&#233;thode, &#233;galement, est infaillible. Mais ici il n'est plus question de ruines, au contraire, il s'agit d'enregistrer et reconstruire un paysage qui nous &#233;chappe sans cesse, aller au-del&#224; du clignement d&#251; aux battements d'un cil, laisser s'engouffrer ce qui r&#233;siste toujours &#224; la vision, les blancs et les noirs, et les couleurs contenues dans tous ces vertiges non visibles mais v&#233;cus. Accueillir l'univers affleur&#233; de tous c&#244;t&#233;s. L&#224; o&#249; la main qui enregistre est le prolongement d'un corps qui tremble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un corps dispens&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Qu'il convoque la photographie, la vid&#233;o ou le dessin, c'est &#224; une exp&#233;rience physique que nous invite notre insens&#233; cartographe. Dispens&#233; d'affects, ou d'opinion, le corps de l'artiste est litt&#233;ralement engag&#233; dans un maelstr&#246;m, il &#233;bauche des vertiges, enregistre une circulation, un flux. Il n'a pas l'ambition de nouer le monde, il est nou&#233; plut&#244;t, dans un mouvement d'abord qu'on devine intempestif, ensuite on l'imagine orchestrer cette multiplication d'informations&#160;: en s'attachant comme avec la vid&#233;o image apr&#232;s image &#224; rendre compte et redessiner ce flux per&#231;u, en organisant des rencontres de plans divers par la superposition de prises de vue, en laissant faire les incidents de parcours comme les humeurs lorsqu'il choisit le dessin pour localiser sa pr&#233;sence. Ou d&#233;localiser, car ne serait-ce pas une immense entreprise de d&#233;localisation &#224; laquelle s'ing&#233;nie notre auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi rendre visible d'un monde qui passe par moi qui me consume et m'incite &#224; le r&#233;inventer inlassable- ment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est la question, paradoxale, qui semble un leitmotiv, et que pose le d&#233;fragmenteur du r&#233;cit. En &#233;chos ces mots d'un autre, Beckett, dans autres foirades&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;O&#249; donc l'attend-elle, la vie, par rapport &#224; son point de d&#233;part, au point plut&#244;t o&#249; il eut soudain conscience d'&#234;tre parti, en haut ou en bas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un touriste peu ordinaire...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il se dit &#224; l'image d'un touriste qui consciencieusement enregistre des vues pour un hypoth&#233;tique album de souvenir. Or ici le paysage ne renvoie pas du connu, il n'est pas le reflet d'une &#233;motion, il cr&#233;e &#224; contrario de l'inconnu, il invente. Tourisme et d&#233;sinvolture ne vont pas de pair, et c'est l&#224; encore que Benoit Pierre fait figure d'homme paradoxal. Rompant avec le r&#244;le habituel de preneur d'images, il n'est pas non plus un documentariste. Il laisse faire. En se permettant une libert&#233; totale quand il restitue les corps, les chutes, les avanc&#233;es et les retraits. Venise, le Trocad&#233;ro, une &#238;le, un train, une place... Des r&#233;cits nous entra&#238;nent vers des zones d'incertitude, brusquement un corps appara&#238;t d'une exceptionnelle pr&#233;sence, le poids d'un regard qui aurait &#233;chapp&#233; se maintient dans le trouble. Les lieux les plus visit&#233;s et les plus rep&#233;r&#233;s prennent des airs de contr&#233;es inexplor&#233;es. On entre dans le cycle des apparitions et des myst&#232;res chers au conte fantastique. Les corps deviennent des fant&#244;mes, ils peuplent des espaces parall&#232;les, ils semblent se d&#233;placer dans un r&#234;ve. Mais sont-ils si loin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ils vibrent malgr&#233; tout, ils avancent dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le temps dilat&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il y a une &#233;paisseur du temps comme existent des failles que les physiciens et les po&#232;tes n'ont eu de cesse de nous faire entrevoir. En s'int&#233;ressant aux trois cent soixante degr&#233;s d'un plan, en multipliant les points de vue, s'anime toute une mati&#232;re sensible au d&#233;sordre, au gouffre, mais aussi &#224; l'apparition, au surgissement du r&#233;el. Le temps constitue &#233;galement une mati&#232;re, une densit&#233;. En refusant sa position de domination par rapport au paysage, Benoit Pierre permet, au travers de contractions et de dilatations, des conditions nouvelles pour l'image, nous construisons &#224; notre tour ces images, nous les r&#233;organisons, nous nous les approprions en fonction de nos propres exp&#233;riences, de notre m&#233;moire, notre facult&#233; &#224; imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de toute p&#233;trification, les mondes qui se d&#233;ploient rel&#232;vent d'un certain baroquisme en m&#234;me temps qu'ils modulent une musique personnelle, jouant des d&#233;calages comme de leur enveloppe physique, rusant entre l'insistance et la fuite. Pr&#233;cis, exp&#233;rimental, le th&#233;&#226;tre n'est pas d'ombre mais de volupt&#233;. Quelque chose de fascinant et de savant &#224; la fois, de scientifique et d'aventureux.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'exp&#233;rience insulaire que vit Benoit Pierre n'est pas celle d'un enfermement. En tout cas ce qu'il en restitue est une belle avanc&#233;e vers des rencontres fracassantes. Car la violence n'est jamais absente de cette guerre hypnotique. Quand il accueille la collaboration d'un musicien, c'est comme une nouvelle absorption ou contagion&#160;: une prolif&#233;ration de sons ouvrant des perspectives inou&#239;es.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans l'avion qui l'emm&#232;ne vers une autre berge, il a pos&#233; sur ses genoux une simple feuille de papier. Il tient dans ses doigts un crayon qui touche le papier. Les tremblements de l'avion, ses sautes d'humeur dans l'atmosph&#232;re guideront le dessin jusqu'&#224; son arriv&#233;e. Une autre mani&#232;re de saisir le temps, yeux clos, pour une cartographie singuli&#232;re, condens&#233;e, nerveuse. Une fa&#231;on de voir couler le temps des images, dans l'hypoth&#232;se d'un volcan qui d&#233;borde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 2007&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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