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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Laurie-Anne Estaque</title>
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		<dc:date>2018-05-30T15:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cadiot</dc:creator>



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&lt;p&gt;On peut entrer dans l'&#339;uvre de Laurie-Anne Estaque par une carte postale, un fragment de tissu brod&#233;, une grande carte ou une caravane de parpaings. Ce n'est pas le m&#234;me voyage. Si l'on commence par le petit bout de la lorgnette, on observera dans une sorte de vitrine &#8212; m&#234;me si c'est &#224; l'air libre&#160;&#8212;, des collections de logos abandonn&#233;s. On s'attendrit presque devant ces orphelins arrach&#233;s &#224; leur contexte. Une entreprise, c'est une vraie famille. Petits f&#233;tiches comiques, crocodiles&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut entrer dans l'&#339;uvre de Laurie-Anne Estaque par une carte postale, un fragment de tissu brod&#233;, une grande carte ou une caravane de parpaings. Ce n'est pas le m&#234;me voyage. Si l'on commence par le petit bout de la lorgnette, on observera dans une sorte de vitrine &#8212; m&#234;me si c'est &#224; l'air libre&#160;&#8212;, des collections de logos abandonn&#233;s. On s'attendrit presque devant ces orphelins arrach&#233;s &#224; leur contexte. Une entreprise, c'est une vraie famille. Petits f&#233;tiches comiques, crocodiles rabougris, blasons absurdes, enseignes tristes, devises d&#233;mod&#233;es, voil&#224; ce qu'il reste de nos totems. C'est comme si l'artiste nous d&#233;voilait du m&#234;me coup la vieillesse et l'enfance des marques. C'est un &lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt; de maintenant&#8230; pour plus tard. Un tr&#233;sor sorti pos&#233;ment d'une d&#233;charge &#8212; on devrait envoyer cette collection dans l'espace, scell&#233;e dans une bo&#238;te herm&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les grandes marques redeviennent des b&#233;b&#233;s d&#233;munis, &lt;i&gt;nuls si d&#233;couverts&lt;/i&gt; &#8212; comme l'annonce le titre d'une s&#233;rie de broderies reproduisant des jeux &lt;i&gt;&#224; gratter&lt;/i&gt;. On comprend son envie de les d&#233;couper, de les d&#233;tourer, de les broder, de les border. Une bonne mani&#232;re pour faire r&#233;gresser en douceur le capitalisme. Ce n'est pas une id&#233;e seulement conceptuelle&#160;: ces objets pauvres (ex-riches) ne sont pas extraits ici s&#232;chement et expos&#233;s en majest&#233;. Il y a un moment o&#249; l'artiste se consacre &#224; eux avec une &#233;trange tendresse. On finit par s'attacher, gr&#226;ce &#224; elle, &#224; tous ces r&#233;clames, ces claims, ces devises, ces cris de guerre de nos chevaliers d'industrie. On retapissera un fauteuil avec t&#233;nacit&#233; et, au lieu d'un Renoir de bo&#238;te de chocolat, on tissera un logo de &lt;i&gt;Mars&lt;/i&gt; &#8212; qui, par chance, est le dieu de la guerre. On aimerait &#234;tre engag&#233; avec elle dans son atelier de contrefa&#231;on &#224; usage unique. On inverse les f&#233;tiches, on les pousse &#224; bout, on les d&#233;franchise, on d&#233;reproductiblise, on remonte le temps &#224; l'envers, on replace de force la vieille marque &#233;puis&#233;e au moment de sa naissance. On fait l'arch&#233;ologie de son lancement. &#199;a donne de petits monstres et des cravates importables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si l'on part dans l'autre sens et que l'on d&#233;couvre l'&#339;uvre de Laurie-Anne Estaque avec une pi&#232;ce comme &lt;i&gt;Europeana&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Francis &amp; Togo&lt;/i&gt; on aper&#231;oit d'innombrables signes, avec leur air de &lt;i&gt;d&#233;j&#224; vu&lt;/i&gt; (m&#234;me si on les reproduit &#224; l'envers) qui prennent place dans un paperboard d'entreprise, un planisph&#232;re d&#233;tremp&#233;, un grand dessin, une fresque p&#233;dagogique aquarell&#233;e &#8212; tout &#231;a &#224; la fois. Les sponsors ont d&#233;vor&#233; enti&#232;rement l'affiche. On d&#233;chiffrera par exemple, l'affaire Bettencourt, dans la pi&#232;ce de 2011, &lt;i&gt;Les Fran&#231;ais sont vicelards,&lt;/i&gt; avec son &#238;le au tr&#233;sor gouach&#233;e, au centre, entour&#233;e de signes, d'&#234;tres, d'&#233;v&#233;nements, de dates, et de marques clignotantes. On mettra &#224; nu froidement les liens entre tous ces &#234;tres-marques &#8212; nuls, si enfin d&#233;couverts. Et l'on refera l'histoire en tendant des fils, en allumant successivement ces logos qui concentrent des vies. Ces tableaux sont au bord de parler. Chaque objet pos&#233; &#224; plat sur cette carte fonctionne comme un m&#233;mo, un dossier, une bo&#238;te contenant &#224; chaque fois une partie du discours, il suffit d'encha&#238;ner pour raconter les l'(les) H(h)istoire(s). On passera de d&#233;tails &#224; d&#233;tails, on en profitera comme avec les esquisses d'un tableau en construction permanente. On les reverra plus tard, s&#233;par&#233;s, &#224; l'occasion d'un nouveau projet de l'artiste &#8212; comme autant d'esquisses de mains, de pieds et de t&#234;tes&#160;: travaux pr&#233;paratifs &#224; une sorte de fresque politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On pourra aussi changer une nouvelle fois de point de vue, et, apr&#232;s avoir d&#233;chiffr&#233; les noms, les marques, les protagonistes de cette com&#233;die humaine embrouill&#233;e, on apercevra de grands aplats de couleur. &#199;a fera un bien fou de revoir les continents monochromes apr&#232;s avoir d&#233;couvert le pot au rose dans un flacon de shampoing. On admirera de grands planisph&#232;res, comme dans les deux s&#233;ries &lt;i&gt;Cartogrammes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Anamorphoses&lt;/i&gt; &#8212; tr&#232;s beau, si recouverts. Sauf, qu'&#224; appliquer cette m&#233;thode, les id&#233;es noires r&#233;apparaissent. La s&#233;rie &lt;i&gt;Erase the lanscape&lt;/i&gt; est litt&#233;ralement impressionnante. Des cartes postales inversent le paysage. On dirait des faire-part de deuil &#8212; il nous annoncent l'extinction du paysage et la survivance de quelque vieille pierre&#160;: un village en deuil de lui-m&#234;me, une tour d&#233;tour&#233;e au milieu du noir d&#233;finitif. Un paysage romantique radical ou l'illustration d'une mauvaise nouvelle &#8212; comme &lt;i&gt;30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'oiseaux ont disparu en quinze ans&lt;/i&gt;. C'est de nouveau le moment de se d&#233;tacher et d'aller voir ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces diff&#233;rents chemins, c'est un peu le journal de l'artiste, un voyage permanent dans un gigantesque &lt;i&gt;mall&lt;/i&gt; rempli de signes clignotants. Un monde r&#233;duit &#224; ce qu'il annonce en grand. De croquis en croquis, on finira par diriger la lorgnette sur Lune, et sur sa face cach&#233;e &#8212; tr&#232;s belle, si d&#233;couverte. On y retrouvera nos logos tachet&#233;s en version camouflage &#8212; pas si diff&#233;rents de nos globes oculaires remplis de phosph&#232;nes, nos petites enseignes lumineuses int&#233;rieures priv&#233;es. C'est encore une histoire de marques. On d&#233;couvrira la chose par &#233;tapes chromatiques dans le livre &lt;i&gt;The South Side of the Moon&lt;/i&gt;. Un astronaute en a d&#233;crit la vue&#160;: &lt;i&gt;L'autre face ressemble &#224; un tas de sable avec lequel mes enfants ont jou&#233; autrefois. Tout est comme d&#233;truit, il n'y a pas de mots pour la d&#233;crire, juste beaucoup de bosses et de trous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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