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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Le produit infini de Gregory Cuquel</title>
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		<dc:date>2017-02-07T08:35:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hugo Pernet</dc:creator>



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&lt;p&gt;Au moment o&#249; j'ai re&#231;u cette invitation &#224; &#233;crire sur le travail de Gregory, je ne savais pas encore que j'allais me s&#233;parer de celle que je consid&#233;rais alors comme la femme de ma vie. Il n'y a pas de bonne mani&#232;re de commencer un texte qui parle d'art, comme il n'y a pas de bonne mani&#232;re de commencer &#224; travailler sur une &#339;uvre d'art. &#201;videmment, ma vie personnelle m'a emp&#234;ch&#233; de penser s&#233;rieusement &#224; ce que j'allais &#233;crire sur ses &#339;uvres, mais je me suis rappel&#233; qu'il avait intitul&#233; une de&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au moment o&#249; j'ai re&#231;u cette invitation &#224; &#233;crire sur le travail de Gregory, je ne savais pas encore que j'allais me s&#233;parer de celle que je consid&#233;rais alors comme la femme de ma vie. Il n'y a pas de bonne mani&#232;re de commencer un texte qui parle d'art, comme il n'y a pas de bonne mani&#232;re de commencer &#224; travailler sur une &#339;uvre d'art. &#201;videmment, ma vie personnelle m'a emp&#234;ch&#233; de penser s&#233;rieusement &#224; ce que j'allais &#233;crire sur ses &#339;uvres, mais je me suis rappel&#233; qu'il avait intitul&#233; une de ses installations &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Pavillon-du-divorce' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Pavillon du divorce&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. De quel divorce pouvait-il &#234;tre question, et est-il r&#233;ellement souhaitable d'interpr&#233;ter les titres des &#339;uvres d'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Peu importe, il me fallait bien une porte d'entr&#233;e, et je l'ai trouv&#233;e &lt;i&gt;comme par hasard&lt;/i&gt; dans le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres composites de Gregory Cuquel ne sont pas tr&#232;s sociables, au premier abord. Malgr&#233; leur taille &#224; peu pr&#232;s humaine, on n'aurait pas envie de taper dans le dos d'une de ses sculptures, pleines d'&#233;l&#233;ments d&#233;fensifs et de charges contraires. Difficile en effet de comprendre ce que viennent faire ces mat&#233;riaux si diff&#233;rents au m&#234;me endroit (c'est peut-&#234;tre de ce &lt;i&gt;divorce&lt;/i&gt; l&#224; qu'il s'agit). En employant le mot &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;endroit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; je me rends compte que ses expositions &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fabriquent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des lieux (comme les castors fabriquent des paysages &#224; grands coups de barrages), des espaces qu'on pourrait comparer &#224; des parcs, des jardins ou des places (donc des espaces publics), mais dans lesquels auraient &#233;t&#233; import&#233;s des &#233;l&#233;ments de la vie domestique (bain moussant, yaourt &#224; la fraise, yop). Au final, le spectateur se trouve devant des hybridations d'espaces priv&#233;s et publics, de fontaine et de sculpture moderne, de laboratoire et de d&#233;ch&#232;terie &#8211; &#224; l'int&#233;rieur desquelles luttent (comme des + et des - dans un dessin expliquant la formation d'un orage) des notions contraires&#160;: l'us&#233; et le neuf, le fragile et le solide, le d&#233;sagr&#233;able et l'agr&#233;able etc. Si on pousse le bouchon un peu loin, les installations de Cuquel s'apparentent &#224; des&lt;i&gt; sites de rencontre,&lt;/i&gt; comme il existait autrefois des entremetteuses &#8211; rencontres ici organis&#233;es entre des mat&#233;riaux sans affinit&#233;s &#233;videntes (prolongeant ainsi de mani&#232;re ironique la figure de l'artiste thaumaturge initi&#233;e par Beuys).La vie d'artiste implique de nombreux d&#233;m&#233;nagements, du genre de ceux qu'on subit quand on se s&#233;pare, mais avec des cons&#233;quences plus difficiles &#224; identifier. La d&#233;ch&#232;terie est un lieu que l'artiste a, malgr&#233; lui, beaucoup fr&#233;quent&#233; &#8211; au point de la consid&#233;rer (en exag&#233;rant un peu) comme une extension involontaire de son atelier. J'ai en m&#233;moire quelques &#339;uvres de Gregory dont il ne reste aujourd'hui pas d'autres traces, j'imagine, que quelques photos cach&#233;es dans un vieux dossier de son ordinateur (jusqu'&#224; ce que celui-ci plante et se retrouve &#233;galement &#224; la d&#233;ch&#232;terie, ce que je ne lui souhaite pas &#233;videmment). Les premi&#232;res fois que j'ai vu son travail, &#224; Lyon, il y a environ 10 ans, je pensais qu'il avait int&#233;gr&#233; cette dimension &#233;ph&#233;m&#232;re et qu'une &#339;uvre de Greg n'avait ni d&#233;but ni fin. A l'&#233;poque, je trouvais &#231;a tr&#232;s courageux. Je me rappelle qu'au moment de quitter les locaux de l'avenue Lacassagne, il avait empil&#233; toutes ses productions au milieu de son atelier et les avait emball&#233;es ensemble avec un film transparent industriel, inventant ainsi une sculpture synth&#233;tique &#233;ph&#233;m&#232;re &#8211; comme pr&#234;te &#224; &#234;tre charg&#233;e par un poids lourd et &#224; partir &#224; l'autre bout de l'Europe. Mais en r&#233;alit&#233;, je crois que tout &#233;tait parti &#224; la d&#233;ch&#232;terie (et cet &#233;pisode s'est r&#233;p&#233;t&#233; quelques fois depuis). Je me rappelle aussi qu'il ne prenait pas soin de prot&#233;ger ses pi&#232;ces pour les transports, ce qui aurait d&#251; me mettre la puce &#224; l'oreille. Avec un peu de recul, je me rends compte qu'il n'y avait aucune fatalit&#233; &#224; ce que ces &#339;uvres finissent &#224; la benne, quand bien m&#234;me elles avaient &#233;t&#233; con&#231;ues &#224; partir d'&#233;l&#233;ments eux m&#234;mes destin&#233;s &#224; la poubelle (&#233;tendoirs &#224; linge trouv&#233;s dans la rue, vieux t-shirts, sacs plastiques, fruits pourris).Le travail de Gregory Cuquel n'est donc pas insensible &#224; la notion de fatalit&#233;, ch&#232;re aux po&#232;tes baroques et aux peintres de vanit&#233;s. Le titre de son exposition la plus r&#233;cente &#224; Bordeaux (&lt;i&gt;malgr&#233; l'&#233;vidence des corps qui vont &#224; leur ruine&lt;/i&gt;) me fait immanquablement penser &#224; ces th&#233;matiques. Ce qui nous m&#232;ne &#224; une autre inspiration, certes discr&#232;te, mais pr&#233;gnante, de ses &#339;uvres&#160;: la culture musicale, et plus particuli&#232;rement celle du &lt;i&gt;death metal,&lt;/i&gt; de la musique drone et contemplative. Comme je n'y connais pas grand chose, je ne me permettrai pas de faire comme si c'&#233;tait le cas, et d'ailleurs je ne pense pas qu'il soit int&#233;ressant de relever toutes les r&#233;f&#233;rences &#224; cette sc&#232;ne pour appr&#233;cier le travail de Cuquel, qui a pris soin de maintenir une distance avec ce genre d'interpr&#233;tations limitatives (sans pour autant s'interdire d'affirmer ses go&#251;ts personnels). Mais on trouve dans son vocabulaire formel des stickers, des t-shirts, et plein d'autres d&#233;tails qui se manifestent comme des &#233;l&#233;ments &#224; part enti&#232;re de sa r&#233;flexion artistique. Dans l'exposition &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Je-n-ai-plus-peur-de-perdre-mes-dents' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Je n'ai plus peur de perdre mes dents&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#224; Lyon en 2012, il avait effac&#233; &#224; l'ac&#233;tone quelques lettres d'un sac plastique &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DECATHLON&lt;/span&gt; pour former le mot &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DEATH&lt;/span&gt;. Cette manifestation &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;antisportive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;anti bien-&#234;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (on trouvait &#233;galement dans l'exposition des cigarettes menthol&#233;es, du genre de celles qu'on vend aux gens qui veulent fumer tout en pr&#233;tendant ne pas fumer) se voulait alors un &lt;i&gt;memento-mori&lt;/i&gt;.Cet aspect &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;moral&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou disons philosophique de son travail s'est un peu estomp&#233; dans ses grands dessins r&#233;alis&#233;s &#224; la mine graphite. Le choix de cet outil et de son rendu brumeux et/ou poussi&#233;reux permet &#224; Cuquel de d&#233;cliner son vocabulaire sculptural sous forme de traces, de fant&#244;mes en deux dimensions&#160;: on a presque le sentiment qu'il aurait d&#233;tour&#233;, un soir, l'ombre port&#233;e des sculptures en formation dans son atelier. On trouve sur le m&#234;me plan des motifs form&#233;s par le papier bulle, des formes trou&#233;es rappelant celles des sculptures, et d'autres pochoirs difficiles &#224; identifier, dans des clairs-obscurs vaporeux qui &#233;voquent un peu les dessins au crayon Cont&#233; de Georges Seurat. Pour inverser une citation c&#233;l&#232;bre d'Ad Reinhardt (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sculpture is the thing you back into when you look at a painting&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;), on pourrait dire que dans les expositions de Gregory Cuquel, les dessins sont les trucs sur lesquels on salit son manteau quand on recule pour regarder les sculptures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, Gregory Cuquel produit un corpus d'&#339;uvres extr&#234;mement coh&#233;rent et mature qui s'appuie sur des th&#233;matiques r&#233;currentes et des r&#233;alisations dont il a parfois lui-m&#234;me effac&#233; les traces. D'une mani&#232;re ou d'une autre, les sculptures, dessins, collages ou les installations qu'il cr&#233;e sont mal adapt&#233;es au march&#233; de l'art, car elles ne se pr&#233;sentent jamais comme des objets &#224; part enti&#232;re&#160;: des produits finis et bien d&#233;finis. Au contraire, elles prennent la forme d'un produit infini, d'un corps biologique&#160;: d'une &#338;uvre, tout simplement. Et c'est ce qui est le plus difficile &#224; reconna&#238;tre&#160;: une &#338;uvre n'est pas une somme d'objets cr&#233;&#233;s les uns apr&#232;s les autres, les uns &#224; cot&#233;s des autres, plac&#233;s sur une ligne chronologique comme on les poserait sur une table. C'est un espace-temps sans d&#233;but ni fin, un Tout dont chacune des parties appara&#238;t simultan&#233;ment&#160;: &lt;i&gt;l'&#233;ternit&#233; en un clin d'&#339;il&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.dda-nouvelle-aquitaine.org/IMG/media/docs/Gregory-Cuquel-vu-par-Hugo-Pernet_DDAA_2017.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&gt; T&#233;l&#233;charger le texte en pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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