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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Un Instant</title>
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		<dc:date>2016-05-02T09:18:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mark Rappaport</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le premier plan &#8211; deux pieds manifestement vieillissants, noueux, pos&#233;s sur une descente de lit. Cela pourrait &#234;tre le sujet pour un dessin de Van Gogh. On remarque le motif de la carpette, mais on est cens&#233; le faire. Ceci est une vid&#233;o de Nina Laisn&#233;. Chaque objet, chaque accessoire, est important &#8211; non pour sa beaut&#233; ou pour ce qu'il r&#233;v&#232;le du personnage auquel il appartient, mais parce qu'il doit juste &#234;tre ainsi, tout &#233;tant exactement comme il le veut. On remarque aussi que les ongles&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le premier plan &#8211; deux pieds manifestement vieillissants, noueux, pos&#233;s sur une descente de lit. Cela pourrait &#234;tre le sujet pour un dessin de Van Gogh. On remarque le motif de la carpette, mais on est cens&#233; le faire. Ceci est une vid&#233;o de Nina Laisn&#233;. Chaque objet, chaque accessoire, est important &#8211; non pour sa beaut&#233; ou pour ce qu'il r&#233;v&#232;le du personnage auquel il appartient, mais parce qu'il doit juste &#234;tre ainsi, tout &#233;tant exactement comme il le veut. On remarque aussi que les ongles des orteils sont vernis. Mais c'est une information dont on ne peut rien tirer. Elle n'ajoute ni ne retranche rien &#224; ce que nous savons ou saurons bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme sort du lit. C'est le visage d'une femme d'un &#226;ge ind&#233;termin&#233;. Elle n'est pas &lt;i&gt;tr&#232;s&lt;/i&gt; vieille mais le sera bient&#244;t. C'est un visage fort. Si l'on croisait une femme aux traits similaires dans le m&#233;tro ou au supermarch&#233;, on se dirait qu'elle a un visage int&#233;ressant, sans d&#233;sirer particuli&#232;rement en savoir davantage &#224; son sujet. C'est un visage qui se moque que l'on remarque ses rides et ses pores. Cette femme ne dissimule rien, ni n'en a l'intention. Si elle &#233;tait une pi&#232;ce ou un &#233;l&#233;ment de mobilier, on dirait d'eux qu'ils ont l'air d'avoir &#233;t&#233; habit&#233;s. Si vous essayiez d'analyser ce visage, peut-&#234;tre diriez-vous que cette femme, d'un &#226;ge ind&#233;termin&#233;, a eu la vie dure. Mais ce genre d'analyse serait hors de propos. On ne sait rien de cette femme, on n'apprendra rien d'elle, et rien ne nous sera r&#233;v&#233;l&#233; &#224; son sujet pendant le temps qu'il faut pour regarder la vid&#233;o, &lt;i&gt;un instant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit un bref moment &#8211; &lt;i&gt;un instant&lt;/i&gt; &#8211; de sa vie tandis qu'elle sort du lit, examine sa garde-robe, essayant un v&#234;tement puis l'&#233;cartant en faveur d'un autre, se maquille, et se pr&#233;pare pour le prochain &lt;i&gt;instant&lt;/i&gt; de sa vie. Mais on ignore de quoi il sera fait. Et l'on n'est pas non plus incit&#233; &#224; s'en pr&#233;occuper ou &#224; en &#234;tre curieux. Ce n'est pas une &#339;uvre psychologique. Tout au contraire elle est post-psychologique. Et la femme n'est pas d&#233;finie par ses actes. C'est post-existentiel. Elle n'est pas une Jeanne Dielman, prisonni&#232;re d'un monde qu'elle n'a pas cr&#233;&#233; mais qui l'a cr&#233;&#233;e elle. Si l'on devait qualifier d'une quelconque fa&#231;on l'approche de Laisn&#233;, on dirait qu'elle est de nature essentialiste. Elle est pragmatique dans sa pr&#233;sentation. Lorsque la femme examine sa garde-robe, pendant peut-&#234;tre une nanoseconde elle peut vous rappeler l'ouverture du sublime &lt;i&gt;Madame de&#8230;&lt;/i&gt; de Max Ophuls. Mais si c'est le cas, vous vous apercevrez vite de votre erreur de jugement. Dans&lt;i&gt; Madame de&#8230;&lt;/i&gt; on apprend des choses sur le personnage, que l'on n'a pas encore vu, par le biais de ses possessions et de ses go&#251;ts, ce &#224; quoi elle attache de la valeur et ce qu'elle rejette. De fait, on en apprend beaucoup sur cette Madame de&#8230; elle-m&#234;me pas encore vue simplement en parcourant du regard ses placards et tiroirs. Ici, nous n'apprenons rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, dans &lt;i&gt;un instant,&lt;/i&gt; on voit la femme devant le miroir, en train de se regarder. Elle ne s'admire ni ne semble chercher &#224; d&#233;couvrir quelque chose qu'elle ne sait pas encore. Ce n'est pas un moment hollywoodien o&#249; une s&#233;duisante jeune femme en tenue l&#233;g&#232;re se donne en spectacle pour le spectateur, une femme se regardant dans le miroir mais posant en fait pour le public. Non, c'est du post-spectacle. Elle ne s'appr&#233;cie ni ne se juge &#8211; elle se regarde tout simplement dans la glace. Comme si la cam&#233;ra n'&#233;tait pas l&#224;. Elle essaie une robe, puis une autre. Ce n'est pas une activit&#233; par laquelle elle r&#233;v&#232;le sa vanit&#233; ou l'extravagance de sa garde-robe, ni un exercice de consum&#233;risme. C'est une action dans laquelle l'activit&#233; est &#224; la fois le sujet et l'objet &#8211; pas de sens particulier, pas de sous-texte, pas de m&#233;taphore, pas de symbolisme, pas de spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me on ne peut lire, ni n'est tent&#233; de le faire, les pens&#233;es de l'actrice, &#224; laquelle on ne pense m&#234;me pas comme &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;une actrice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; au contraire, elle &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, au sens o&#249; Robert Bresson qualifiait de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mod&#232;les&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les gens qui figuraient dans ses films &#8211;, qui n'agit ni ne r&#233;agit. Elle n'est en train ni de penser ni de ne pas penser. Elle est, tout simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nouveau elle se regarde dans le miroir et commence &#224; se maquiller. Mais, une fois encore, ce n'est pas le genre de moment que les films sont connus pour f&#233;tichiser. Ce n'est pas Lana Turner se maquillant pour aller au bal captiver le c&#339;ur du prince. On sait que ce maquillage ne va ni la d&#233;guiser ni la transformer. Mais on est presque choqu&#233; par la franchise avec laquelle la cam&#233;ra montre implacablement les rides de son visage. Elle est habill&#233;e. Elle est pr&#234;te &#224; sortir. La voici dans un nouvel espace, peut-&#234;tre une autre pi&#232;ce de son appartement, lequel, une fois encore, est meubl&#233; de fa&#231;on tr&#232;s particuli&#232;re, m&#234;me si les objets et le mobilier ne r&#233;v&#232;lent rien sur la nature de son occupante. Elle se pr&#233;pare manifestement &#224; une entrevue avec quelqu'un que nous ne verrons pas. S'agit-il d'un rendez-vous galant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? d'une interview&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce un ami de jadis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? un membre de sa famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des accords de musique se font entendre &#8211; premiers signes des plaisirs d'un r&#233;cit conventionnel ou d'un m&#233;lodrame sur le point de se jouer &#8211;, pour annoncer, &lt;i&gt;peut-&#234;tre,&lt;/i&gt; l'arriv&#233;e de cette personne inconnue. Enfin, quelque chose va se produire. Mais on ne saura pas quoi, car &lt;i&gt;un instant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;cet instant&lt;/i&gt; sont &#233;coul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vid&#233;o s'inscrit parfaitement dans le reste de l'&#339;uvre de Nina Laisn&#233;. Bien qu'elle soit encore une tr&#232;s jeune artiste, on peut discerner des motifs similaires entre celle-ci et ses autres travaux. Dans ses photographies, qui sont aussi mises en sc&#232;ne, le d&#233;cor est m&#233;ticuleusement choisi et arrang&#233;, tout comme le sont les occupants de chaque tableau. Mais m&#234;me si les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;accessoires&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont choisis avec grand soin, ils ne sont jamais porteurs du sens de l'&#339;uvre. De m&#234;me les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont soigneusement choisis pour ce dont ils ont, ou peut-&#234;tre &lt;i&gt;n'ont pas,&lt;/i&gt; l'air. Mais les tableaux de Laisn&#233;, m&#234;me si l'on pourrait, assez vaguement, les classer avec les &#339;uvres de photographes comme Jeff Wall et Gregory Crewdson, ne sont pas plomb&#233;s par tout le bagage que ces deux artistes, qui devraient vraiment &#234;tre qualifi&#233;s de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;metteurs en sc&#232;ne manqu&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, apportent dans leurs travaux. Ils sont toujours charg&#233;s de signification, comme si quelque chose de fondamental &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233; ou &#233;tait sur le point de se passer. Vingt pages non &#233;crites d'ant&#233;c&#233;dents accompagnent chaque image pr&#233;sent&#233;e, et il revient au spectateur de les d&#233;couvrir, de les d&#233;chiffrer ou de deviner leur sens r&#233;el. Laisn&#233; n'affecte pas un accablant fardeau &#224; ses sc&#232;nes. Elles sont, une fois encore, comme la temp&#233;rature &#233;motionnelle dans &lt;i&gt;un instant,&lt;/i&gt; pragmatiques, d&#233;pourvues de jugement, vides d'&#233;motion. Elles sont juste l&#224;. &#192; prendre ou &#224; laisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essentialiste, impassible, presque factuel &#8211; m&#234;me si l'on se demande comment un artifice aussi vigoureux peut &#234;tre presque factuel. Tout cela a l'air tr&#232;s, disons, aride, n'est-ce pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; la fin du film de Michael Haneke &lt;i&gt;Amour&lt;/i&gt;, Jean-Louis Trintignant, apr&#232;s la mort de sa femme, Emmanuelle Riva, est tir&#233; du sommeil par un bruit d'eau qui coule. Il se l&#232;ve pour voir d'o&#249; &#231;a vient. Et il trouve Riva devant l'&#233;vier, plus du tout morte, avant ses multiples attaques, se livrant &#224; ses t&#226;ches quotidiennes comme si rien d'aussi inimaginable que ce qui va lui arriver ne devait jamais se produire, comme si l'avenir n'&#233;tait pas in&#233;vitable, effectuant juste ses travaux m&#233;nagers ordinaires. Ni l'homme qui la regarde ni la femme revenue &#224; la vie ne sont en mesure de savourer chaque moment de l'existence, aussi infime soit-il, aussi insignifiant, aussi quelconque. Nous, les vivants, les spectateurs &#224; sa place, prenons conscience de la beaut&#233; de ce moment particulier, &#224; juste se tenir devant l'&#233;vier, pour laver un plat ou remplir la bouilloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pi&#232;ce am&#233;ricaine classique de Thornton Wilder &lt;i&gt;Notre petite ville&lt;/i&gt;, les morts reviennent, regrettant chaque moment, chaque &lt;i&gt;instant&lt;/i&gt;, si vous voulez, de leur vie auquel il n'a pas &#233;t&#233; accord&#233; d'attention ou qu'ils ont laiss&#233; passer inaper&#231;u. Feu Emily, revenant sur sa vie, se demande&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Existe-t-il des humains qui ont conscience de leur vie tout en la vivant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8211; &#224; chaque minute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce que Laisn&#233; tente de faire &#8211; de nous rappeler &#224; quel point ces moments sans histoire, vacants, vides, peuvent &#234;tre extraordinaires. Ils peuvent para&#238;tre d&#233;pourvus de sens, de direction ou d'intentionnalit&#233;, mais ils fourmillent de d&#233;tails, et de la possibilit&#233; d'&#233;motions amoncel&#233;es sous la surface, qui auraient une plus grande r&#233;sonance dans notre vie si nous y pr&#234;tions davantage attention &#8211; si nous pouvions percevoir, ou du moins tentions de le faire, la beaut&#233; discr&#232;te, sans appr&#234;t, qui nous entoure en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte traduit de l'am&#233;ricain par Jean-Luc Mengus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/IMG/pdf/ninalaisne_markrappaport_un-instant_2013_fr-en.pdf' class=&#034;spip_in&#034; type='application/pdf'&gt;&gt; T&#233;l&#233;charger le texte &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FR&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EN&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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