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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Entretien</title>
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		<dc:date>2016-11-07T12:57:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Escorne</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Marie Escorne&#160;: Pour commencer, nous pourrions &#233;voquer tes travaux regroup&#233;s sous le titre Campagne urbaine, qui font partie de tes premi&#232;res interventions. Il s'agit de projections dans des lieux peu fr&#233;quent&#233;s, voire d&#233;serts. Pourquoi as-tu fais ce choix&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourquoi as-tu chang&#233; par la suite ta mani&#232;re de proc&#233;der&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Olivier Crouzel&#160;: Quand j'ai commenc&#233; ce travail, j'habitais &#224; Paris et je prenais des photos de devantures de magasins comme Chanel, les Galeries Lafayette, McDonald, un&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Escorne&#160;: &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Pour commencer, nous pourrions &#233;voquer tes travaux regroup&#233;s sous le titre Campagne urbaine, qui font partie de tes premi&#232;res interventions. Il s'agit de projections dans des lieux peu fr&#233;quent&#233;s, voire d&#233;serts. Pourquoi as-tu fais ce choix&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourquoi as-tu chang&#233; par la suite ta mani&#232;re de proc&#233;der&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Crouzel&lt;/strong&gt;&#160;: Quand j'ai commenc&#233; ce travail, j'habitais &#224; Paris et je prenais des photos de devantures de magasins comme Chanel, les Galeries Lafayette, McDonald, un bureau de change,&#8230; Ensuite, je partais en voiture &#224; la campagne, en emportant tout mon mat&#233;riel, &#224; la recherche de lieux pour projeter ces images. Un peu avant la tomb&#233;e de la nuit, je d&#233;cidais d'un site qui me semblait convenir parce qu'il me plaisait pour ses qualit&#233;s esth&#233;tiques mais aussi parce qu'il apporterait du sens &#224; mon intervention&#160;: par exemple, j'ai projet&#233; la vitrine Chanel sur une maison de douanier en ruine, et le bureau de change sur l'une des derni&#232;res sources gratuites d'eau potable. Une fois l'emplacement trouv&#233;, je posais mon appareil photo sur un tr&#233;pied et je le r&#233;glais sur un temps de pose long. Ensuite je projetais bri&#232;vement l'image d'une vitrine de magasin, car cette partie tr&#232;s lumineuse risquait de ne pas &#234;tre lisible avec la dur&#233;e d'exposition que j'avais choisie. Ce long temps de pose permettait par contre au paysage, plus sombre, d'appara&#238;tre petit &#224; petit. Pour moi, cette mani&#232;re de proc&#233;der &#233;tait li&#233;e au principe photographique lui-m&#234;me et en particulier au d&#233;veloppement et &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: avec la dur&#233;e d'exposition, pouvant parfois atteindre plusieurs minutes, le lieu se r&#233;v&#233;lait tr&#232;s progressivement et la photographie qui en r&#233;sultait avait une lumi&#232;re particuli&#232;re, tr&#232;s douce, un peu irr&#233;elle.Cependant, cette fa&#231;on de faire posait probl&#232;me pour plusieurs raisons. En effet, les spectateurs de mes photographies pensaient qu'il s'agissait de photomontages ce qui &#233;tait &#224; l'oppos&#233; de ma d&#233;marche qui consistait &#224; faire r&#233;ellement des projections et &#224; choisir des r&#233;glages sur le moment pour ne pas retoucher les images apr&#232;s coup. La photographie apparaissait par ailleurs comme un objet fini assez esth&#233;tique mais cet aspect me d&#233;rangeait finalement parce que je me rends compte aujourd'hui que l'acte photographique n'est qu'une partie du processus qui peine &#224; traduire de mani&#232;re satisfaisante l'exp&#233;rience que j'ai faite sur le lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;:&lt;i&gt; La projection demeure ton moyen d'intervention privil&#233;gi&#233;, on pourrait d'ailleurs dire que le terme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;projection&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est charg&#233; de significations, comme le mot &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; auquel tu viens de faire r&#233;f&#233;rence. Tu fais aujourd'hui des interventions sur diff&#233;rents supports qui restent toujours plus ou moins apparents sous les images que tu projettes. Pourquoi as-tu choisi de travailler avec ce type de dispositif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment choisis-tu tes supports&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Concernant la projection c'est vrai&#160;: ce que je projette c'est d'abord mon point de vue, une autre notion importante pour moi. Quand je vais sur un lieu je me balade souvent avec le vid&#233;oprojecteur allum&#233; pour trouver l'endroit qui convient le mieux en fonction des &#233;l&#233;ments plastiques (la lumi&#232;re, les couleurs, les mati&#232;res,&#8230;), du sens que je veux donner &#224; mon travail mais aussi en pensant aux spectateurs et &#224; la mani&#232;re dont ils aborderont mon intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, ma d&#233;marche consiste simplement &#224; ajouter quelque chose sur un paysage qui m'int&#233;resse, qu'il soit naturel ou urbain et il est important de regarder l'ensemble. Le support n'est jamais un simple &#233;cran&#160;: un mur blanc n'a pas d'int&#233;r&#234;t pour moi parce qu'il faut que l'espace de projection (qui ne se r&#233;duit pas n&#233;cessairement &#224; une seule surface) apporte &#233;galement quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;La ville est tr&#232;s importante dans ton travail. Dans les premi&#232;res interventions dont tu as parl&#233;, tu pr&#233;levais des images en ville que tu projetais ensuite dans la campagne, mais tu fais beaucoup de projections dans l'espace urbain et tu travailles sur des agglom&#233;rations plus ou moins grandes&#160;: Bordeaux, Soulac-sur-Mer, Cauterets. Comment expliques-tu cet int&#233;r&#234;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Y a-t-il une diff&#233;rence pour toi entre le fait d'intervenir dans une ville ou un village&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Tous les endroits ont quelque chose &#224; dire, que ce soit un village, une m&#233;galopole, une capitale. Il y a des points communs et des diff&#233;rences bien s&#251;r entre ces lieux. Pour prendre une image, c'est un peu comme si on comparait une flaque d'eau &#224; un lac&#160;: bien que le changement d'&#233;chelle implique &#233;videmment des &#233;carts, il y a aussi beaucoup de similitudes. Je suis tr&#232;s inspir&#233; par les humains, par ce qu'ils construisent et la fa&#231;on dont ils transforment l'environnement. Je regarde la mani&#232;re dont l'urbanisation se d&#233;veloppe autour de moi&#160;: tous les immeubles d'habitation, les commerces qui n'en finissent pas de s'&#233;tendre. Je m'int&#233;resse aussi aux relations entre les personnes, et la mani&#232;re dont j'entre en contact avec elles change finalement peu entre les villages et les villes plus importantes (dont on peut consid&#233;rer qu'elles sont compos&#233;es de quartiers comparables &#224; des villages)&#160;: souvent, je m'installe &#224; un caf&#233;, je rencontre un premi&#232;re personne qui me pr&#233;sente ensuite &#224; ses connaissances et me fait d&#233;couvrir le lieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, pour une intervention intitul&#233;e Place de village, j'ai rencontr&#233; des habitants de petites agglom&#233;rations en milieu rural&#160;: je les ai pris en photo juste devant chez eux et je leur ai donn&#233; rendez-vous &#224; la tomb&#233;e de la nuit, pour voir les projections de ces images sur la place du village. L'id&#233;e &#233;tait avant tout de faire revivre cet endroit et &#231;a a march&#233;, puisque les gens sont venus et ont commenc&#233; &#224; parler les uns avec les autres et &#224; se rem&#233;morer des souvenirs li&#233;s aux lieux. Le fait de projeter des images fixes ou en mouvement de mani&#232;re sauvage permet souvent de lier la conversation et ces rencontres sont importantes pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes villes, il y a une diff&#233;rence essentielle parce qu'il y a du spectacle partout et que mes projections risquent de devenir aussi un spectacle. Pour &#233;viter cet effet, je travaille souvent dans des lieux inattendus, en d&#233;pla&#231;ant les images du contexte o&#249; elles ont &#233;t&#233; prises. J'ai, par exemple, photographi&#233; des musiciens de rue et je ne les ai pas projet&#233;s dans le centre ville mais en zone p&#233;riurbaine, sur des sites o&#249; &#231;a ne semblait pas aller de soi et o&#249; ces musiciens apparaissaient diff&#233;remment&#160;: alors qu'habituellement les pi&#233;tons les entendent avant de les voir ou sans m&#234;me les regarder, les joueurs de guitare ou de violon montr&#233;s en tr&#232;s grands sur des constructions &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville deviennent avant tout visibles, ce qui permet d'imaginer leur musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Tu sembles appr&#233;cier particuli&#232;rement les espaces en friches, les lieux abandonn&#233;s un peu en marge des villes&#8230; Pourquoi ces endroits t'inspirent-ils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Oui, j'aime ces lieux qui sont en mouvement, qui se transforment. &#192; Bordeaux, j'ai travaill&#233; sur les Bassins &#224; Flot o&#249; il y avait beaucoup de hangars, de b&#226;timents abandonn&#233;s et de terrains vagues, puis les maisons anciennes ont &#233;t&#233; d&#233;molies et des immeubles se sont construits&#8230; J'appr&#233;cie aussi les friches parce que j'y trouve quelque chose d'&#233;quilibr&#233;&#160;: la nature reprend ses droits dans ces lieux que je trouve finalement paisibles. On peut se promener dans ces interstices et imaginer ce qu'il y avait avant, r&#233;cup&#233;rer des objets,&#8230; D'ailleurs mon atelier est situ&#233; dans l'ancienne caserne Niel &#224; Bordeaux, qui est aussi un espace en friche dans lequel je suis souvent all&#233; faire des rep&#233;rages avant de d&#233;cider d'en faire mon espace de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cauterets je me suis &#233;galement inspir&#233; d'un bar / restaurant abandonn&#233; appel&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La Raill&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que j'ai visit&#233; &#224; la lampe &#233;lectrique. C'&#233;tait pour moi comme une fouille arch&#233;ologique, sauf qu'il s'agit en quelque sorte d'une fouille du pr&#233;sent ou d'un pass&#233; tr&#232;s proche. Dans ce bar / restaurant, j'ai r&#233;cup&#233;r&#233; un rideau, une affiche concernant la protection des mineurs et une pancarte des tarifs de consommations sur laquelle les prix sont en franc. Ce ne sont pas des objets pr&#233;cieux mais ce sont des traces, qui t&#233;moignent de la vie qu'il y a eu dans un lieu et aussi d'une &#233;poque. Si le bar est un jour refait, tout &#231;a partira &#224; la poubelle et je trouve qu'il est important de garder et de faire voir autrement ces objets en les mettant en sc&#232;ne. J'ai donc d&#233;cid&#233; de les exposer et de projeter par dessus la vid&#233;o qui montre ma d&#233;couverte de l'int&#233;rieur de La Raill&#232;re &#224; la lampe &#233;lectrique. De cette mani&#232;re, je cr&#233;e moi-m&#234;me un support qui a du sens par rapport aux images que je projette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;:&lt;i&gt; Le Signal est un b&#226;timent &#224; Soulac-sur-Mer (en Gironde) dont il a beaucoup &#233;t&#233; question dans la presse, puisque les habitants ont d&#251; &#233;vacuer cet immeuble qui menace de s'effondrer &#224; cause de l'&#233;rosion du littoral. Tu as fait un travail autour du Signal qui s'apparente aussi &#224; une forme d' &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arch&#233;ologie du pr&#233;sent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Oui, je suis all&#233; dans le b&#226;timent apr&#232;s son &#233;vacuation et je l'ai explor&#233;. Lors de ma premi&#232;re visite du Signal, j'ai &#233;t&#233; particuli&#232;rement touch&#233; par un tag sur le mur d'un appartement, sans doute trac&#233; par un habitant avant de quitter les lieux, qui disait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ici on a &#233;t&#233; heureux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Je l'ai donc pris en photo et le soir m&#234;me j'ai projet&#233; cette image sur l'immeuble, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de changer d'&#233;chelle&#160;: la personne qui a &#233;crit sur les murs parlait de l'appartement et de l'immeuble dans lequel elle a v&#233;cu heureuse, mais une fois qu'on projette cette phrase &#224; l'ext&#233;rieur, sur la fa&#231;ade du b&#226;timent, on peut imaginer qu'elle prend une signification nouvelle qui pourrait &#234;tre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ici, sur cette terre, on a &#233;t&#233; heureux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233; au Signal de nombreuses fois par la suite. J'ai par exemple balay&#233; les entr&#233;es communes, en fixant une cam&#233;ra sur le balai. C'&#233;tait un peu pour moi comme lorsqu'on s'occupe d'un mort avant de l'enterrer, on lui rend un dernier hommage en pratiquant une toilette mortuaire. Dans le m&#234;me temps, comme &#224; Cauterets, j'ai r&#233;colt&#233; des objets&#160;: un &#233;criteau avec les horaires de m&#233;nage, une chaise,&#8230; et je projette des vid&#233;os sur ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;reliques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Tu parles du b&#226;timent comme d'une personne&#8230; Est-ce que tu dirais que tu cherches &#224; lui (re)donner de l'humanit&#233; &#224; travers ces diff&#233;rentes interventions et installations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Je me pose toujours la question. Je me rends compte que lorsque j'entre dans un b&#226;timent qui a &#233;t&#233; habit&#233;, j'ai le sentiment qu'il y a une &#226;me&#160;: des vies sont pass&#233;es l&#224;, on le ressent. On ne peut pas &#233;prouver &#231;a dans les logements neufs et, finalement, je pense que j'humanise peut-&#234;tre ces lieux parce que j'ai l'impression que c'est ce qui manque, cette bienveillance, ce lien. On parle beaucoup de lien social mais il y en a de moins en moins&#160;: les gens sont sur leur t&#233;l&#233;phone, ils ne regardent plus leur environnement, ils r&#234;vent d'acheter des objets neufs qui leur donneront l'impression d'&#234;tre quelqu'un. Et je crois que ce qui compte vraiment dispara&#238;t, mais j'esp&#232;re que je me trompe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Tu travailles beaucoup autour de la m&#233;moire. On l'a vu avec le Signal, mais on le voit dans une autre intervention pr&#233;cis&#233;ment intitul&#233;e Amn&#233;sia. En quoi consistait cette projection&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &#199;a fait longtemps que je filme les pi&#233;tons dans les rues ou au march&#233;&#160;: j'ai des heures de vid&#233;os de ce type. Pour Amn&#233;sia, j'ai film&#233; au ralenti les personnes qui montaient et descendaient les escaliers sur l'un des c&#244;t&#233;s du parvis de Beaubourg. C'&#233;tait une p&#233;riode de conflits importants au Moyen Orient et les m&#233;dias montraient de nombreuses images de villes d&#233;truites, notamment en Irak et en Syrie. Dans le m&#234;me temps je voyais &#224; Paris ces gens monter et descendre les escaliers, un peu comme s'ils marchaient sur des ruines en n'ayant pas conscience de ce qui se passait. J'ai donc con&#231;u un dispositif particulier pour exposer la vid&#233;o de ces passants&#160;: &#224; quelques centim&#232;tres d'un mur, j'ai install&#233; des parpaings glan&#233;s dans une ancienne caserne militaire qui ressemblaient, par leur mati&#232;re et leur couleur, aux escaliers de Beaubourg mais qui &#233;voquaient aussi une ville en ruine. J'ai r&#233;gl&#233; le vid&#233;oprojecteur afin que le film se projette &#224; la fois sur les parpaings et sur le mur, ce qui donne un r&#233;sultat d&#233;routant parce que &#233;l&#233;ments n'&#233;tant pas sur le m&#234;me plan cr&#233;ent des d&#233;coupes dans l'image, comme des trous noirs qui rendent visible cette id&#233;e d'amn&#233;sie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Comme on l'a vu pr&#233;c&#233;demment, tu interviens en milieu urbain et en milieu naturel mais finalement les deux ne sont pas n&#233;cessairement distincts puisque tu travailles parfois dans des parcs qui font partie des villes. Comment penses-tu cette relation entre la nature et la ville&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Lors des Nuits Blanches &#224; Paris, en octobre 2013, j'ai fait une installation qui s'intitulait Monstres pour laquelle je projetais dans le square Georges Cain (pr&#232;s du Mus&#233;e Carnavalet) des images de mains qui caressaient des troncs et des images d'un homme qui semblait manger des feuilles dans les arbres. Les gens n'avaient pas acc&#232;s au square ce qui fait qu'ils regardaient l'installation derri&#232;re les grilles. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que j'avais dispos&#233; une cam&#233;ra dans le parc et que je les filmais. C'est toute une partie de l'intervention que je garde pour plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais souvent je cr&#233;e un contraste entre la ville et la nature. La projection vid&#233;o permet de prendre des images quelque part et de les amener ailleurs, ce que je faisais avec Campagne urbaine mais je m'amuse aussi, inversement, &#224; projeter dans l'espace urbain des vid&#233;os tourn&#233;es dans la nature. Pour Flux et reflux, par exemple, j'ai montr&#233; au sol, sur les quais &#224; Bordeaux, des images de l'oc&#233;an que j'avais film&#233; par temps de temp&#234;te. J'avais &#233;labor&#233; un dispositif avec des serviettes qui apparaissaient par intermittence. L&#224; encore, j'ai r&#233;alis&#233; des vid&#233;os des spectateurs qui jouaient &#224; faire comme s'ils sautaient dans les vagues, ou comme s'ils s'allongeaient sur les serviettes. Il y avait un d&#233;calage qui m'int&#233;ressait puisque les gens semblaient s'amuser alors que l'oc&#233;an &#233;tait d&#233;cha&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un autre projet, intitul&#233; Le v&#233;ritable opium du peuple&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? (Br&#226;me urbain), j'ai enregistr&#233; le brame du cerf que l'on entend lors de la p&#233;riode o&#249; il est en rut. Cette saison correspond aussi au moment o&#249; tout le monde commence &#224; ce pr&#233;occuper des achats de No&#235;l, o&#249; les villes sont d&#233;cor&#233;es et o&#249; tous les magasins font leurs vitrines pour les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e. J'ai donc accroch&#233; une remorque &#224; mon v&#233;lo, avec des enceintes de 2000 watts et je me suis promen&#233; dans Bordeaux, dans des lieux commer&#231;ants (la rue Sainte Catherine, le March&#233; des Grands Hommes) en diffusant le son du brame du cerf, une fa&#231;on pour moi de cr&#233;er un contraste mais aussi de faire un rapprochement, pour r&#233;v&#233;ler avec humour le d&#233;sir et la fr&#233;n&#233;sie qui s'emparent des gens qui se ruent dans les magasins au moment des f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Dans ce dernier travail, tu &#233;tais &#224; v&#233;lo, et l'installation &#233;tait mobile. Tu as fait d'autres interventions pour lesquelles tu es en mouvement, dans le tram par exemple. Ces notions de mouvement, de d&#233;placement, sont-elles particuli&#232;rement importantes pour toi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Oui, la notion de trajet est en effet essentielle pour moi. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale j'aime &#234;tre en mouvement&#160;: les id&#233;es me viennent souvent quand je marche ou quand je me d&#233;place, notamment en train qui est un moyen de transport que j'affectionne particuli&#232;rement. En ce qui concerne mon intervention dans le tramway (Trajet), elle partait de l'id&#233;e de ramener du paysage naturel dans la ville, mais j'avais aussi envie de proposer aux citadins un double trajet, celui du tram qui est tout trac&#233; et invariable et un autre, plus imaginaire. Pour cela, j'ai d'abord film&#233; mes pieds nus en gros plans, en train de marcher en ligne droite dans des zones mar&#233;cageuses. Ensuite, j'ai pris le tram &#224; des horaires soit tr&#232;s tardifs soit tr&#232;s matinaux et j'ai projet&#233; sur la ville ces pieds qui apparaissaient comme des pieds de g&#233;ants. &#192; l'aide d'un potentiom&#232;tre, je r&#233;glais la vitesse de la vid&#233;o de mani&#232;re &#224; ce qu'elle s'adapte &#224; la vitesse du tram, mais l&#233;g&#232;rement plus lente. Les voyageurs me disaient qu'ils se sentaient port&#233;s, que &#231;a donnait un autre rythme au trajet. Dans cette installation, il n'y a pas forc&#233;ment de message, mais si &#231;a a permis aux gens de s'&#233;vader un peu &#231;a me suffit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Ici, comme dans beaucoup d'autres interventions, il me semble que la question du point de vue, que tu &#233;voquais pr&#233;c&#233;demment, est importante parce que la projection est lisible pour ceux qui prennent le tram mais on imagine que ceux qui sont dans les b&#226;timents sur lesquels tu projettes les images ne voient pas ou ne comprennent pas forc&#233;ment ce qui se passe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, dans mon travail il y a d'abord le principe de l'anamorphose, qui fait qu'&#224; partir du moment o&#249; je projette quelque chose sur une surface qui n'est pas forc&#233;ment plane il faut &#234;tre &#224; un endroit pr&#233;cis pour voir l'image. Aujourd'hui, il y a cette mode du mapping&#160;: dans de nombreuses villes on fait des &#233;v&#233;nements avec des projections qui occupent des fa&#231;ades enti&#232;res. C'est du spectacle et il n'y a pas besoin de trouver un point de vue particulier. Au contraire, c'est important pour moi d'inciter les personnes &#224; se d&#233;placer. D'un certain c&#244;t&#233;, &#231;a met les spectateurs dans une position moins confortable mais c'est &#233;galement moins autoritaire parce qu'ils font comme ils veulent. C'est pour &#231;a que je fais des vid&#233;os tr&#232;s courtes qui tournent ensuite en boucle&#160;: les spectateurs peuvent regarder et partir quand ils le souhaitent. Ils peuvent aussi s'approcher et passer dans le faisceau lumineux&#160;: ils sont acteurs du dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Parfois tu travailles dans le cadre d'&#233;v&#233;nements ou sur commande, mais souvent tu te prom&#232;nes, tu sembles libre. Est-ce que tu fais une diff&#233;rence entre ces fa&#231;ons d'intervenir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, j'aime choisir le moment, le lieu&#8230; Avec les commandes il faut parfois travailler avec un territoire donn&#233; mais c'est finalement l'occasion de d&#233;couvrir de nouveaux endroits et de faire des rencontres enrichissantes. Ce qui est plus contraignant concerne le moment de l'intervention que je ne peux pas toujours choisir. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale je tiens &#224; garder ma libert&#233;, je ne veux pas faire de la publicit&#233;. Aussi, quand on me demande d'intervenir quelque part, je montre ce sur quoi je travaille et les d&#233;veloppements que j'ai imagin&#233;s et les commandes me permettent de financer les projets qui n&#233;cessitaient un certain investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Au Panama, tu t'es servi de l'invitation qui t'&#233;tait faite pour travailler avec les habitants et faire entendre leur parole. Peux-tu expliquer en quoi consistait ce projet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &#202;tre artiste et intervenir dans l'espace public permet de dire un certain nombre de choses. C'est devenu vraiment essentiel, comme une sorte de devoir pour moi d'avoir cet engagement citoyen et tout simplement terrien, m&#234;me si je trouve &#231;a &#233;galement d&#233;licat. Au Panama effectivement, j'avais la possibilit&#233; d'exposer dans un cadre institutionnel, au Biomuseum (Biomuseo) construit par Frank Gehry. Quand je suis all&#233; l&#224;-bas, j'ai d'abord voulu m'int&#233;resser au p&#234;cheur&#160;: j'avais fait des sorties en mer et des vid&#233;os des p&#234;cheurs sur le Bassin d'Arcachon et je voulais voir si le m&#233;tier et les probl&#232;mes &#233;taient les m&#234;mes de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an&#8230; Je suis donc all&#233; dans un village de p&#234;cheurs au Panama, dans lequel le narcotrafic est aussi tr&#232;s d&#233;velopp&#233;. J'ai rencontr&#233; une femme connue et appr&#233;ci&#233;e, un peu comme une assistante sociale, qui avait &#233;galement une certaine autorit&#233; sur le quartier. Elle m'a fait faire le tour des lieux, les gens ont vu que je travaillais avec elle et ont commenc&#233; &#224; me faire confiance. J'ai pu sortir en mer avec des p&#234;cheurs et un point a particuli&#232;rement retenu mon attention&#160;: c'est qu'avant d'aller vendre leurs poissons, ils passaient par le village et donnaient une partie de la p&#234;che &#224; la communaut&#233;. Le probl&#232;me, c'est que les tours, les autoroutes, les magasins se construisent et empi&#232;tent petit &#224; petit sur ce village. Or, s'il n'existe plus, les p&#234;cheurs ne pourront plus rester et c'est finalement toute une culture qui disparaitra. J'ai donc d&#233;cid&#233; d'enregistrer les t&#233;moignages des habitants du village (les p&#234;cheurs, les enfants, l'assistante sociale, les femmes du quartiers, les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;anciens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;,&#8230;) dans lequel j'ai fait une premi&#232;re installation vid&#233;o, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de leur montrer le travail que nous avions r&#233;alis&#233; ensemble et de les remercier. La seconde installation, au Biomuseum (Biomuseo), mettait en parall&#232;le les images du Bassin d'Arcachon, et celles que j'avais faites au Panama. Les habitants du village sont venus au vernissage o&#249; il y avait tous les officiels. C'&#233;tait vraiment important pour moi de faire &#231;a&#160;: de m'effacer en quelque sorte pour donner vraiment la parole &#224; ces citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Il me semble qu'il y a finalement ce versant de ton travail engag&#233; et centr&#233; sur l'humain, qui consiste &#224; donner de la visibilit&#233; &#224; ceux qui n'ont pas la possibilit&#233; de se faire suffisamment entendre et, d'un autre c&#244;t&#233;, d'autres interventions o&#249; tu d&#233;nonces la perte d'humanit&#233; des constructions urbaines&#160;: je pense &#224; la s&#233;rie Ici bient&#244;t&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Oui, il s'agit d'un travail que je poursuis &#233;galement autour des panneaux publicitaires que l'on peut voir lorsqu'il y a des constructions nouvelles et que des logements seront prochainement &#224; vendre&#160;: ce sont des images de synth&#232;se qui donnent une vision id&#233;alis&#233;e de l'avenir avec des petites familles heureuses, de belles voitures, etc. mais &#231;a n'est pas la vraie vie&#8230; J'ai pris une photo de l'un de ces panneaux qui &#233;tait tomb&#233; par terre apr&#232;s une temp&#234;te et qui &#233;tait donc couvert de boue et j'ai zoom&#233; sur une partie de l'image. Ensuite, je suis all&#233; projeter la photo au dos des panneaux publicitaires de 4 x 3 m&#232;tres. Cette intervention est une r&#233;action &#224; cette mani&#232;re de construire de plus en plus d'immeubles avec des appartements qui sont bien souvent achet&#233;s pour de la d&#233;fiscalisation. C'est aussi une r&#233;action &#224; ce qu'on appelle les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;coquartiers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui n'ont d'&#233;cologique que le nom parce qu'ils ont parfois &#233;t&#233; b&#226;tis sur des terres humides fragiles et prot&#233;g&#233;es sans aucun souci pour l'environnement et sans penser non plus &#224; l'humain et au lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: &lt;i&gt;Pour finir, on pourrait &#233;voquer Pachamama, l'une de tes derni&#232;res cr&#233;ations, qui reprend ces questions &#233;cologiques mais aussi ces notions d'&#233;chelles qui traversent finalement ta pratique&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OC&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&#160;: Il s'agit d'une mappemonde que j'ai achet&#233;e dans une brocante. Cet objet m'a plu pour plusieurs raisons&#160;: c'est une mappemonde qui sert de bar (on peut y ranger des bouteilles), elle est illustr&#233;e et ne ressemble pas aux planisph&#232;res d'aujourd'hui mais plut&#244;t aux cartes anciennes et puis on voit surtout l'h&#233;misph&#232;re nord alors que le sud reste cach&#233;. J'ai enregistr&#233; les conversations avec les brocanteurs &#224; propos de cet objet, et notamment les remarques d'une brocanteuse qui expliquait que si on voulait voir l'h&#233;misph&#232;re sud, il suffisait de se baisser pour regarder l'objet par en-dessous. J'ai donc d&#233;cid&#233; d'acheter cette mappemonde et, en faisant des recherches, j'ai d&#233;couvert que la Pachamama est une divinit&#233; qui d&#233;signe la terre-m&#232;re en Am&#233;rique Latine et que, dans les rituels traditionnels, on lui offre notamment de l'alcool qui est consid&#233;r&#233; comme bienfaiteur&#8230; J'ai donc r&#233;alis&#233; une vid&#233;o de la mappemonde que je fais tourner avec les bouteilles &#224; l'int&#233;rieur que j'enl&#232;ve les unes apr&#232;s les autres jusqu'&#224; ce qu'il n'y en ait plus et que la terre s'arr&#234;te de tourner. Cette id&#233;e m'est aussi venue d'une conversation avec Jean-Guillaume Bordes, un arch&#233;ologue, qui m'expliquait que nous &#233;tions comme des bact&#233;ries dans un bac et qu'&#224; partir du moment o&#249; les bact&#233;ries sont dans un espace fini (&#224; l'image de la terre), elles se d&#233;veloppent et prolif&#232;rent jusqu'au moment o&#249; il n'y a plus rien pour se nourrir ce qui fait qu'elles finissent par mourir. Pachamama &#233;tait un v&#339;u formul&#233; pour l'avenir, une fa&#231;on de dire qu'il faut faire travailler notre imagination, qu'il faut peut-&#234;tre aller voir ce qui se passe ailleurs, de l'autre c&#244;t&#233; de la terre et qu'il ne faut pas gaspiller nos ressources pour qu'on puisse y vivre encore longtemps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Escorne est enseignante et chercheuse &#224; l'Universit&#233; Bordeaux Montaigne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est l'auteure de &lt;i&gt;L'art &#224; m&#234;me la ville,&lt;/i&gt; Bordeaux, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PUB&lt;/span&gt;, 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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