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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Les portraits d'Yves Chaudou&#235;t</title>
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		<dc:date>2017-07-21T09:15:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Lafon</dc:creator>



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&lt;p&gt;La jeune fille &#233;tait bien triste, son amant devait s'&#233;loigner d'elle pendant un si long moment. Elle ramassa un morceau de bois charbonneux, disent certains. D'autres racontent qu'elle utilisa un colombin parce que son p&#232;re &#233;tait potier et s'appelait Dibutades. La jeune fille tra&#231;a alors le contour de l'ombre de son amoureux. Elle en fixait le dessin sur le mur pour longtemps. On disait encore hier que la jeune fille avait invent&#233; ainsi le dessin ou bien, selon les commentaires, d&#233;couvert la&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La jeune fille &#233;tait bien triste, son amant devait s'&#233;loigner d'elle pendant un si long moment. Elle ramassa un morceau de bois charbonneux, disent certains. D'autres racontent qu'elle utilisa un colombin parce que son p&#232;re &#233;tait potier et s'appelait Dibutades. La jeune fille tra&#231;a alors le contour de l'ombre de son amoureux. Elle en fixait le dessin sur le mur pour longtemps. On disait encore hier que la jeune fille avait invent&#233; ainsi le dessin ou bien, selon les commentaires, d&#233;couvert la peinture. Alberti et d'autres aussi notaient beaucoup plus tard cette absence qui motive de mani&#232;re fondamentale la peinture&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Elle a en elle une force tout &#224; fait divine qui lui permet non seulement de rendre pr&#233;sent, comme on le dit de l'amiti&#233;, ceux qui sont absents &#8230;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Peindre serait donc rendre pr&#233;sent une absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves Chaudou&#235;t ne peint pourtant pas cette absence. Il y a bien l&#224; derri&#232;re le tableau non pas un roi et une reine dont un reflet nous incitait &#224; en croire l'existence, mais une personne vraiment pr&#233;sente, une enfant, un ami artiste, un homme barbu ou une jeune femme au pr&#233;nom d'archange. Tous, toutes &#233;taient l&#224; devant le peintre, plusieurs fois m&#234;me, longtemps et non pas dans l'instant d'un seul coup d'oeil. Ici et alors devant le peintre qui les regardait plus intens&#233;ment que moi, peut-&#234;tre. &#192; moins qu'il ne voyait seulement sa toile, son pinceau, la couleur qu'il d&#233;posait ou en d&#233;finitive, comme l'avait sugg&#233;r&#233; Derrida, qu'il fut aveugle &#224; tous cela. Mais pour moi quand je regarde un de ces portraits, l'enfant, l'artiste, le barbu ou la jeune femme sont ailleurs. Pourtant ils m'apparaissent, ils me touchent avec une pleine conscience de leur manque. Aucun portrait n'est l'illusion de son motif, aucun ne fixe de mani&#232;re capiteuse la pr&#233;sence de la personne qui s'en est all&#233;e &#224; la fin de la pose. Chacun que je vois est comme un objet autonome s'immis&#231;ant dans le r&#233;el auquel il n'appartient pas, comme une br&#251;lure sur l'horizon. Et jamais l'immanence de l'objet ne s'estompe, l'image et la peinture manifestent leur pr&#233;sence simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant, l'artiste, le barbu ou la jeune femme ne sont pas l&#224;, c'est certain. Mais ont-ils &#233;t&#233; l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En fait, non. Puisque sous l'influence de La chambre claire nous employons un artifice de la langue parl&#233;e pour d&#233;signer l'absence par un temps compos&#233;. &#199;a a &#233;t&#233; l&#224; indique un fait achev&#233; et implique le mod&#232;le. Dans notre cas, au contraire, la pose du mod&#232;le avait dur&#233; et &#233;t&#233; renouvel&#233;e sans que le peintre eut l'intention d'en finir. La pr&#233;sence du mod&#232;le devant le peintre &#233;tait constante bien qu'imparfaite. C'&#233;tait une suite d'occurrences et de rencontres pleines d'al&#233;a. Elle peut l'&#234;tre encore. Chaque occurrence r&#233;alis&#233;e renvoie &#224; deux types&#160;: l'id&#233;alit&#233; du mod&#232;le dont le peintre scrutait l'&#233;piphanie, l'id&#233;alit&#233; de la peinture dont le peintre organisait la rencontre avec celle du mod&#232;le. Et quand je m'immisce &#224; la place du peintre pour voir le tableau, je regarde cette rencontre, la simplicit&#233; de cette rencontre peu spectaculaire, son aristocratique trivialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les portraits ont un m&#234;me format. Le peintre a pos&#233; tous les mod&#232;les dans une attitude &#224; peu pr&#232;s identique. Peut-&#234;tre celle qui est venue spontan&#233;ment au premier mod&#232;le ou parce que la lumi&#232;re de l'atelier &#233;tait ainsi plus favorable. Aucune affectation, aucun effet. Quelque chose comme l'indiff&#233;rence des mod&#232;les de Manet au monde, pourtant impliqu&#233;s. Cependant, tr&#232;s peu regardent le spectateur. De la pose &#233;mane une grande qui&#233;tude, une forme d'abandon sans crainte au temps qui passait, une sorte de sagesse passag&#232;re, une forme de saintet&#233; la&#239;que &#233;voquant les figures peintes par Piero della Francesca. &#192; mon souvenir, le fond serait uniforme et sombre mais en v&#233;rit&#233;, la couleur se r&#233;partit dans une sorte de neutralit&#233; avec de l&#233;g&#232;res variations de la profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ color&#233; varie d'un tableau &#224; l'autre. Il circulerait autour de la figure et derri&#232;re elle, si des d&#233;fauts qui ne sont pas des repentirs mais les traces d'autres &#233;tats du portrait n'apparaissaient ici ou l&#224;. On devine que le peintre a repris sans cesse sa peinture. Entre chaque s&#233;ance, il en a poli soigneusement les asp&#233;rit&#233;s que le pinceau, les poussi&#232;res, les coulures avaient form&#233;es. Il a syst&#233;matiquement travaill&#233; lors de la s&#233;ance suivante sans donner une valeur particuli&#232;re aux dessous, c'est-&#224;-dire la figure-palimpseste ou les d&#233;fauts de l'ex&#233;cution. Pour le coup, l'effet d'espace est contredit. La perception de l'image, la sensation d'une figure et d'un fond sans mati&#232;re se dissolvent et la peinture rappelle sa plane substance aux yeux qui la regardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'incr&#233;dulit&#233; est br&#232;ve tant le d&#233;sir de retrouver l'&#233;piphane est forte&#160;: la conscience recule d'un pas avec le dessein de le surprendre. Elle se tapit derri&#232;re les sensations, s'assoupit en l'&#233;piant, &#233;choue &#224; l'attendre o&#249; il devrait appara&#238;tre. Et sans pr&#233;venir, voil&#224; que le dieu ou la d&#233;esse reviennent l&#224; o&#249; la conscience ne les attendait pas&#160;: la figure rena&#238;t depuis la sensation de l'effacement poli de l'image, dans le souvenir de sa fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre cette apparition parce que ces portraits-l&#224; sont muets, il ne vous racontent pas d'histoire. C'est vrai, nous inclinons &#224; inventer celle de la personne figur&#233;e. Nous recherchons alors des indices, des brides all&#233;goriques qui permettraient de l'imaginer. Voil&#224; que nous n'en trouvons pas. Aussi, il n'y a personne pour nous indiquer, ce qu'il faut voir. Pas m&#234;me une touche ou un effet ne reprennent la figure conseill&#233;e par Alberti , ce quelqu'un qui avertit de ce qui se passe par un geste de la main ou un regard. Aucun &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;il &#233;tait une fois&#8230;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, aucune rumeur phatique parce qu'il n'y aura aucun r&#233;cit. D&#233;finitivement silencieux les portraits peints par Yves Chaudou&#235;t seraient-ils de pures visions ontologiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourtant l'&#234;tre que chacun d'entre eux porte n'est pas celui du mod&#232;le qui posait &#8212; aucune image ne d&#233;tache l'&#234;tre d'une chose &#8212; mais celui de la peinture qui le repr&#233;sente. Pour perdurer, une chose se r&#233;p&#232;te inlassablement. Le m&#234;me ne diff&#232;re pas de lui-m&#234;me. Nous pourrions penser alors que le temps &#233;tendu de la pose, la r&#233;p&#233;tition incessante de celle-ci seraient une mani&#232;re d'arracher le m&#234;me du mod&#232;le. Mais le peintre reprend dans sa peinture ce qui change&#160;: l'attitude l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente, les v&#234;tements, la coiffure&#8230; Je pr&#233;f&#232;re une autre hypoth&#232;se. Dans la qui&#233;tude de la pose reprise apparaissent, se manifestent des moments particuliers et pourtant insignifiants, probablement des petits riens, des brides de r&#233;els qui luisent singuli&#232;rement et s'intercalent entre le mod&#232;le et le peintre. Lui, il diff&#232;re le moment de leur perte. Il ne les repr&#233;sente pas mais il recherche sur sa palette les mati&#232;res sans importance avec lesquelles il va peindre et r&#233;alise cet objet autonome qui offre &#224; l'acte de peindre son id&#233;alit&#233; et qui vibrera peut-&#234;tre et pour certains de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Portraits&#034;&gt;Consulter la documentation visuelle des portraits.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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