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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Lire, c'est manipuler le livre&#160;: My Truck Is a Boat</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Lire-c-est-manipuler-le-livre-My-Truck-Is-a-Boat</link>
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		<dc:date>2014-07-23T10:54:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leszek Brogowski</dc:creator>



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&lt;p&gt;Apr&#232;s les enjeux esth&#233;tiques du pli, on peut &#233;galement interroger ses enjeux politiques, m&#234;me si une telle formulation peut para&#238;tre d&#233;risoire dans un premier temps. En effet, tout le d&#233;veloppement du chapitre pr&#233;c&#233;dent repose sur une condition admise tacitement, &#224; savoir que le lecteur peut librement consulter les livres de Bernard Villers, qu'il soit autoris&#233; &#224; les prendre en main, &#224; en tourner les pages, &#224; les d&#233;plier et replier, voire &#8211; dans le cas de Mallarm&#233; 1897, qu'il lui soit&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-25802" rel="directory"&gt;Textes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s les enjeux esth&#233;tiques du pli, on peut &#233;galement interroger ses enjeux politiques, m&#234;me si une telle formulation peut para&#238;tre d&#233;risoire dans un premier temps. En effet, tout le d&#233;veloppement du chapitre pr&#233;c&#233;dent repose sur une condition admise tacitement, &#224; savoir que le lecteur peut librement consulter les livres de Bernard Villers, qu'il soit autoris&#233; &#224; les prendre en main, &#224; en tourner les pages, &#224; les d&#233;plier et replier, voire &#8211; dans le cas de &lt;i&gt;Mallarm&#233;&lt;/i&gt; 1897, qu'il lui soit possible de d&#233;monter l'agrafe pour d&#233;plier le livre. En r&#233;alit&#233; cependant, il n'est pas facile de pouvoir consulter les livres d'artistes dans ces conditions. O&#249; en effet peut-on le faire, en dehors du Cabinet du livre d'artiste &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sans niveau ni m&#232;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; Rennes (dont il a &#233;t&#233; question au d&#233;but du livre), qui poss&#232;de huit livres de Bernard Villers, mais aussi des centaines d'autres livres d'artistes, &lt;i&gt;tous en libre consultation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'il n'est pas facile d'assurer ces conditions, pourtant habituelles pour la grande majorit&#233; d'autres livres (tr&#232;s rares sont les biblioth&#232;ques qui poss&#232;dent un fonds de livres d'artistes m&#233;thodiquement construit, alors que dans les centres d'art qui en disposent, ils sont stock&#233;s dans des r&#233;serves non accessibles au public), c'est parce que la conception de l'&#339;uvre d'art qui domine dans nos soci&#233;t&#233;s repose sur des cat&#233;gories difficilement compatibles avec les usages r&#233;serv&#233;s aux livres, notamment en biblioth&#232;que. Raret&#233;, luxe, fragilit&#233;, prix souvent outranciers, voici les caract&#233;ristiques des &#339;uvres qui sont comme des objets f&#233;tiches (sacr&#233;s, intouchables, inestimables)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; valeurs mal plac&#233;es au demeurant dans la mesure o&#249; elles sont syst&#233;matiquement rapport&#233;es &#224; l'&#234;tre mat&#233;riel de l'&#339;uvre-objet. Un foss&#233; abyssal s'est creus&#233; entre l'original et la copie, impossible &#224; justifier autrement que par le caract&#232;re f&#233;tiche de l'&#339;uvre. D&#232;s que le livre prend une telle forme, il suscite un trouble, car la surprotection qu'elle r&#233;clame emp&#234;che l'accomplissement des missions premi&#232;res de la biblioth&#232;que. On a vu comment Eug&#232;ne Morel critiquait ces livres trop pr&#233;cieux et trop chers pour la biblioth&#232;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enferm&#233;s dans les placards ou expos&#233;s sous vitrine, ils ne montrent qu'une page qui n'est jamais tourn&#233;e. De m&#234;me que les hommes priv&#233;s de libert&#233; se trouvent rabaiss&#233;s au statut de b&#234;tes, les livres emprisonn&#233;s ne sont plus des livres. Et le probl&#232;me devient politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anecdote illustre bien ces comportements face aux &#339;uvres. En 2008, Aur&#233;lie Noury pr&#233;parait l'exposition &lt;i&gt;Cartons&lt;/i&gt; pour le Cabinet du livre d'artiste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'id&#233;e consistait &#224; attirer l'attention sur l'&lt;i&gt;utopie&lt;/i&gt; d&#233;mocratique de l'art &lt;i&gt;r&#233;alis&#233;e&lt;/i&gt; &#224; travers les cartons d'invitation, ceux notamment qui, faits par l'artiste, peuvent pr&#233;tendre &#224; un statut d'&#339;uvre d'art &#224; part enti&#232;re, envoy&#233;es gratuitement, parfois &#224; des milliers d'exemplaires, &#224; des spectateurs potentiels. Une partie des cartons nous fut pr&#234;t&#233;e par des centres d'art. Dans un cas, la commissaire d'exposition les avait rep&#233;r&#233;s dans les archives accessibles au public, o&#249;, comme &#224; la biblioth&#232;que, sont regroup&#233;s des livres, des catalogues et des bo&#238;tes comportant d'autres documents imprim&#233;s, par exemples articles et dossiers de presse, donc &#233;galement les cartons d'invitation. Sortis de l&#224; pour l'exposition, ces cartons de choix n'y sont pas revenus&#160;: leur statut d'&#339;uvre ayant &#233;t&#233; reconnu par l'int&#233;r&#234;t qu'ils ont suscit&#233; aupr&#232;s de la commissaire d'exposition et par le fait qu'ils ont &#233;t&#233; expos&#233;s, les responsables du centre d'art en question ont jug&#233; pertinent de les archiver d&#233;sormais dans la r&#233;serve d'&#339;uvres, l&#224; o&#249; le public n'acc&#232;de pas &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171;&#160;C'est exactement ce qui s'est pass&#233; &#224; la Documentation du mus&#233;e (future (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. Certes, le carton n'est pas un livre, mais tous les deux appartiennent &#224; la m&#234;me cat&#233;gorie d'imprim&#233; qui nous int&#233;resse ici.Plusieurs livres d'artistes d'Yves Chaudou&#235;t accordent une fonction et une importance particuli&#232;res &#224; cette op&#233;ration qui consiste &#224; tourner les pages ou &#224; les feuilleter, qui est le versant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;manuel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'acte de lire. Dans &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rennes, &#201;ditions Incertain Sens, 2000.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; par exemple, c'est avec des photos qu'il raconte un &#233;pisode du voyage qu'un bateau-amphibie effectue tous les jours dans la Manche. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le bateau qui fait la navette entre Saint Vaast la Hougue et l'&#238;le de Tatihou doit &#234;tre amphibie &#224; cause de la rapidit&#233; de la mar&#233;e dans cette rade, &#233;crit l'artiste. Le d&#233;placement &#8211; possible ou emp&#234;ch&#233; &#8211; et les moyens de transport sont deux de mes sujets de pr&#233;dilection, ce qui explique ma sympathie toute particuli&#232;re pour ce bateau-camion, bloqu&#233; quelques heures sur le fond de la mer. J'&#233;tais &#224; son bord le jour o&#249;, pour la premi&#232;re fois de sa carri&#232;re, un de ses pneus a crev&#233; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre non dat&#233;e &#224; l'auteur.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Un bateau qui a crev&#233;&#160;: un vrai Witz comme fondement po&#233;tique de ce livre d'artiste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La po&#233;tique de celui-ci est enti&#232;rement form&#233;e par les oppositions, &#224; commencer par le titre qui compare la modestie un peu gauche de ce bateau au superbe du truck am&#233;ricain, l&#233;gende des &#201;tats-Unis. C'est l&#224; que le mot a pris son sens, devenu d&#233;sormais mythique. Mack Trucks, Indiana Truck Corporation, Freightliner Trucks, Peterbilt Truck Company... toutes ces belles machines aux carrosseries rouges et bleues, criardes, en &#233;mail luisant, avec les jantes et les r&#233;troviseurs chrom&#233;s, et plein d'autres joyaux &#233;blouissants, contrastent singuli&#232;rement avec ce bateau-amphibie, gris&#226;tre et lourdaud, comme un dinosaure. Un clin d'&#339;il &#224; ces mustangs de l'Am&#233;rique moderne, sillonnant majestueusement ses espaces illimit&#233;s, alors que dans la Manche, l'espace n'est pas &#233;norme&#160;: c'est la mer qui va vite. C'est donc une po&#233;tique de maladresse et de tendresse qu'Yves Chaudou&#235;t am&#232;ne &#224; travers un reportage photographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compos&#233; d'images et seulement d'images &#8211; la photographie est ici une po&#233;sie parlante &#8211; c'est sans mots que &lt;i&gt;My Truck&lt;/i&gt;&#8230; narre un &#233;pisode, si ce n'est le titre qui insiste paradoxalement sur la forme-camion de ce v&#233;hicule original, comme s'il &#233;tait plus &#233;trange comme camion que comme bateau. C'est en effet &lt;i&gt;my truck&lt;/i&gt; qui est un bateau, pas l'inverse. La forme du d&#233;pliant conf&#232;re au livre une structure narrative propre, suffisamment complexe, pr&#233;cis&#233;ment, pour qu'elle soit parlante. La fa&#231;on dont le livre se plie et d&#233;plie organise l'apparition et la disparition des images, leur succession et leurs correspondances dans le temps. Le lecteur a toujours la possibilit&#233; de retourner le livre ou de retourner en arri&#232;re dans la lecture. Il est un lecteur-op&#233;rateur. Ainsi d&#233;couvre-t-il une distribution rus&#233;e des gros plans et des plans larges, des sym&#233;tries et des antisym&#233;tries du dispositif, des rythmes d'images. Le d&#233;ploiement des plis en aval et l'implication des plis en amont expliquent ce qui s'est pass&#233;, racontent l'&#233;v&#233;nement, tout en permettant de l'approcher dans diverses perspectives. En effet, c'est l'articulation spatiale du livre qui d&#233;termine la temporalit&#233; narrative des images&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les analyses d'Henri Bergson sur la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;contamination&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la temporalit&#233; par les cat&#233;gories spatiales &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Bergson, Essai sur les donn&#233;es imm&#233;diates de la conscience, 1888, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. pourraient peut-&#234;tre ouvrir une piste int&#233;ressante pour &#233;tudier la figuration du temps dans les arts plastiques, et en particulier la structure narrative d'un r&#233;cit visuel &#224; partir de la manipulation spatiale d'un dispositif particulier du livre. Mais &#224; la diff&#233;rence des conclusions de Bergson, l'exp&#233;rience du temps ne souffre pas ici d'un d&#233;ficit. Tout au contraire, le livre de Chaudou&#235;t ouvre un champ d'exp&#233;rimentation autour de la temporalit&#233; du r&#233;cit, exp&#233;rimentation &#224; laquelle proc&#232;de dans une plus ou moins grande mesure chaque lecteur de &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt;. Dans ses plis, le temps se redouble et se recroise, on le vit et revit, en y entrant selon plusieurs angles. Suspendu le temps d'une lecture, il livre le sens de ses multiples parcours&#160;: celui de la simultan&#233;it&#233;, celui de la circularit&#233;, celui de la non co&#239;ncidence, celui d'un hoquet, d'un passage en zigzag, d'un mouvement r&#233;trograde, etc., mais aussi le mouvement d'aller et retour de ce qui est une navette.En effet, si on regarde de pr&#232;s, on s'aper&#231;oit par exemple que la premi&#232;re et la derni&#232;re photo sont identiques, et pourtant la circularit&#233; de la lecture se transforme en spirale (le pliage lui-m&#234;me forme une esp&#232;ce de spirale aplatie), car de l'une &#224; l'autre, une l&#233;g&#232;re diff&#233;rence d'&#233;chelle perturbe la perception&#160;: on retrouve donc le point d'entr&#233;e, mais il n'est plus le m&#234;me. Plusieurs lectures de ces pages peuvent d'ailleurs &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme simultan&#233;es, mais il y a une limite &#224; cette simultan&#233;it&#233;, car certaines photos du livre, celles qui sont imprim&#233;es au recto et au verso d'une m&#234;me page, ne peuvent pas &#234;tre regard&#233;es en m&#234;me temps, sans qu'on fasse violence au livre. Malgr&#233; la simplicit&#233; du dispositif du livre &#8211; un simple d&#233;pliant qui s'articule autour du premier pli &#8211; la structure visuelle de &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; est complexe et s'interpr&#232;te &#224; plusieurs niveaux. On a l'impression qu'il met en place une logique de lecture, puis qu'il vient la perturber par une exception &#224; la r&#232;gle ou un l&#233;ger d&#233;calage visuel. Les gros plans du verso du livre sont par exemple des agrandissements des plans larges, pr&#233;sent&#233;s au recto. Mais il y a deux photos qui ne s'organisent pas de cette mani&#232;re. Une telle construction du livre invite &#224; reprendre la lecture, &#224; circuler &#224; l'int&#233;rieur de l'&#233;pisode du pneu crev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or toute cette lecture de &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; repose sur la m&#234;me condition, &#224; savoir la possibilit&#233; de manipuler le livre en le tenant entre les mains. Pas grand chose, pourrait-on dire. Et pourtant, cette lecture n'est possible que lorsqu'on a ce livre chez soi ou lorsqu'on le consulte &#224; la biblioth&#232;que&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;j&#224; en librairie ce n'est plus la m&#234;me chose, car les exemplaires de &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; sont prot&#233;g&#233;s par un film transparent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut donc un exemplaire de consultation et toutes les librairies ne le font pas. L'acc&#232;s au contenu du livre n'est donc plus possible d&#232;s lors qu'il devient un objet de collection en tant qu'&#339;uvre d'art. Il y va de l'&#234;tre m&#234;me du livre d'artiste, et au-del&#224; de lui, de la vie de l'art dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines. Non sans raisons, au mod&#232;le institutionnel de l'art, dominant dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, au sortir de la seconde guerre mondiale les artistes ont oppos&#233; l'id&#233;e de l'art vivant. Dans une telle d&#233;marche anthropologique, r&#233;inscrivant l'art dans la vie des individus, les collections apparaissent comme des cimeti&#232;res de l'art&#160;: des &#238;les bienheureuses, o&#249; les &#339;uvres, pourrait-on penser, doivent terminer leurs vies, apr&#232;s avoir longtemps &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;servi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la soci&#233;t&#233;. Certes, sans les cimeti&#232;res, lieu de m&#233;moire collective, pas de culture humaine du tout, et la critique des collections d'&#339;uvres d'art doit &#234;tre nuanc&#233;e, car m&#234;me sous forme de cimeti&#232;res, elles gardent une efficacit&#233; ind&#233;niable dans la diffusion des id&#233;es artistiques, serait-elle indirecte. Mais en r&#233;alit&#233;, les soci&#233;t&#233;s contemporaines se d&#233;barrassent de l'art en raccourcissant le chemin entre l'atelier d'artiste et la collection d'art, et privent de plus en plus les artistes d'autres modalit&#233;s d'exister &#224; travers l'art. Si cependant entre la naissance d'une &#339;uvre et son entr&#233;e dans une collection, rien ne se passe, l'art pourra &#234;tre dit mort-n&#233;. Il n'est pas &#233;tonnant que le premier des historiens de l'art &#224; avoir insist&#233; sur sa n&#233;cessaire ouverture &#224; l'anthropologie, ait d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sinc&#232;rement d&#233;go&#251;t&#233; par l'histoire de l'art esth&#233;tisante &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aby Warburg, note du 14&#160;mars 1923, cit&#233;e d'apr&#232;s Philippe-Alain Michaud, Aby (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les livres d'artistes, eux aussi, se retrouvent dans les archives et les collections publiques. Mais autant on ne peut que souhaiter l'existence de nombreuses collections de livres d'artistes, autant il faut souhaiter que ces livres vivent de nombreux autres parcours et exp&#233;riences, car tel est le projet inh&#233;rent au livre d'artiste&#160;: partager une longue vie de livres. Les archives en gardent la m&#233;moire et parfois suscitent ses publications, elles popularisent le livre d'artiste et stimulent le travail critique autour de lui. Mais le projet du livre d'artiste vise &#224; rouvrir &#224; l'art l'espace de la vie qui tend &#224; s'&#233;clipser sous la pression de la conception institutionnelle et marchande de l'art. Le livre d'artiste n'est d'ailleurs pas &#224; l'abri de ces pressions. Dans l'&lt;i&gt;Histoire sociale de l'art et de la litt&#233;rature,&lt;/i&gt; Arnold Hauser remarque que lorsqu'&#224; la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle l'&#233;dition et la souscription ont remplac&#233; le m&#233;c&#233;nat priv&#233; et politique, les po&#232;tes et &#233;crivains ont acquis une libert&#233; dont ils ne jouissaient pas auparavant, notamment gr&#226;ce &#224; l'anonymat que ce genre de m&#233;c&#233;nat populaire impliquait &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnold Hauser, Histoire sociale de l'art et de la litt&#233;rature, chapitre III (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. Mais alors qu'il est tentant de promouvoir le livre d'artiste comme susceptible de porter une alternative au mode dominant d'existence sociale de l'art, il ne faut pas perdre de vue les difficult&#233;s que l'&#233;dition en g&#233;n&#233;ral affronte &#224; notre &#233;poque, celle de la mondialisation et de la grande distribution, celle de la rentabilit&#233; &#224; d'&#233;normes tirages et de l'investissement &#224; tr&#232;s court terme, celle des mass media et de la concurrence de l'industrie de loisir, celle de la surench&#232;re commerciale et de l'efficacit&#233; publicitaire, etc. Il serait contradictoire de penser que le livre d'artiste puisse trouver son existence paisible et rassurante au sein de cette &#233;conomie. Il fonde plut&#244;t une autre &#233;conomie, celle dont le livre tout court, lui aussi, aurait besoin pour pouvoir jouer son r&#244;le d'instrument principal de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'emp&#234;che bien s&#251;r de faire d'un livre d'artiste un objet de collection&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il continue &#224; &#234;tre livre d'artiste, malgr&#233; son entr&#233;e dans la collection, pour tous ceux qui auront toujours le droit de le prendre en main et de le consulter. Mais lorsque le livre d'artiste est expos&#233; dans une vitrine comme objet de collection, et &#224; ce titre objet pr&#233;cieux et intangible, ce n'est que sa carcasse qui est alors expos&#233;e, qui a laiss&#233; sa vie dehors. Comme l'a remarqu&#233; Roger Chartier, un livre n'existe pas sans lecteur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un livre qui ne peut plus avoir de lecteurs cesse d'&#234;tre un livre. Non point certes pour des raisons m&#233;taphysiques. L'exemple du livre d'Yves Chaudou&#235;t l'a bien d&#233;montr&#233;&#160;: expos&#233;, ouvert ou ferm&#233;, peu importe, mais immobilis&#233; sous verre, &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; se ram&#232;nerait au mieux &#224; une s&#233;rie de photos, &#224; une exposition&#160;: rien &#224; voir avec la possibilit&#233; de la lecture, avec sa part &#034;manuelle&#034;. Ins&#233;parablement op&#233;ration intellectuelle et action physique sur le dispositif du livre, la lecture permet non seulement un acc&#232;s intime &#224; l'&#339;uvre, on l'a vu, mais encore un &lt;i&gt;jeu&lt;/i&gt; au sens o&#249; Schiller l'a introduit dans l'esth&#233;tique, jeu qui &#034;donnera &#224; l'homme la libert&#233;, physiquement autant que moralement &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Schiller, Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme, 1794, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
&#034;. Selon Schiller, en effet, &#034;le concept d'humanit&#233; ne peut se parfaire que par l'unit&#233; de la r&#233;alit&#233; et de la forme, du hasard et de la n&#233;cessit&#233;, de la passivit&#233; et de la libert&#233; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, &#171;&#160;Quinzi&#232;me lettre&#160;&#187;, p. 215.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&#034;. Tous ces termes trouvent dans la lecture du livre d'artiste une actualit&#233; nouvelle et surprenante. Tel est bien le paradoxe politique du livre d'artiste&#160;: il se sent mal dans la collection, car sa place est dans la biblioth&#232;que, publique ou priv&#233;e, o&#249; il peut &#234;tre touch&#233; afin de pouvoir &#234;tre compris, car en refusant au lecteur de l'art la libert&#233; physique par rapport &#224; l'&#339;uvre, on lui interdit par l&#224; m&#234;me l'acc&#232;s intellectuel &#224; elle. La r&#233;ussite du livre d'artiste ne peut donc &#234;tre pens&#233;e dans les m&#234;mes termes qu'une &#034;r&#233;ussite artistique&#034; dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines, car une dialectique n&#233;gative en r&#233;sulterait o&#249; le succ&#232;s (l'entr&#233;e dans la collection d'art) signifierait l'arr&#234;t de mort de l'&#339;uvre (un livre que l'on ne peut lire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les conclusions auxquelles a men&#233; ici l'interpr&#233;tation de &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; pourraient convenir &#224; tout livre d'artiste. C'est peut-&#234;tre l&#224; sa vraie force&#160;: sa capacit&#233; &#224; r&#233;sister par sa simple existence &#224; l'uniformisation de la culture artistique. En effet, le livre d'artiste n'impose ni un formalisme (inertie artistique) ni une id&#233;ologie (inertie politique), mais il fait r&#233;f&#233;rence &#224; la culture du livre dont l'histoire a &#233;tabli les pratiques et d&#233;montr&#233; les valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture d'autres livres d'Yves Chaudou&#235;t montre justement que cette r&#233;sistance ne peut &#234;tre appr&#233;ci&#233;e sur le plan des contenus &#233;troitement consid&#233;r&#233;s comme politiques, mais sur celui de la diversit&#233; des formes que peut prendre l'expression de l'attitude artistique, et ce malgr&#233; le go&#251;t immod&#233;r&#233; de l'artiste pour les introductions et les postfaces &#233;crites notamment par les critiques d'art, habitude que la culture du livre se dispute avec la pratique des catalogues d'exposition. &lt;i&gt;Poisson abyssal&lt;/i&gt; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Chaudou&#235;t, Poisson abyssal / Tiefseefisch / Deep See Fish, Paris, Memo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;par exemple propose la transformation d'une affiche format 100 x 68 cm en un livre, et par cons&#233;quent sa lecture progressive, page par page, qui sont autant de rectangles de 12,5 x 17 cm r&#233;sultant du pliage de l'affiche. Pli&#233;e d'abord horizontalement en quatre, puis en accord&#233;on en huit, l'affiche devient le cahier du livre, les deux plis ext&#233;rieurs &#233;tant gliss&#233;s sous les rabats de la couverture. Imprim&#233;e sur fond noir, la forme transparente de ce monstrueux poisson imaginaire des mers profondes n'occupe que 5 rectangles sur 32, et seulement sur 3 pages de ce livre-affiche (effet des plis qui cachent les deux autres rectangles), comme si le livre en r&#233;sumait l'essence imaginaire et lui donnait en m&#234;me temps une existence visuelle. Le poisson abyssal est un motif po&#233;tique r&#233;current chez Yves Chaudou&#235;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; s'il le fascine autant, c'est parce qu'il symbolise le monstre qui habite au fond de chacun d'entre-nous. Dans &lt;i&gt;Inali&#233;nable&lt;/i&gt; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Chaudou&#235;t, Inali&#233;nable, texte-relais Yves Chaudou&#235;t et Yann (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, il est le leitmotiv du r&#233;cit qui m&#233;lange fiction et r&#233;alit&#233;. On raconte &#224; son propos des histoires de plongeurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; parmi les photos &#224; l'int&#233;rieur du livre on trouve une autre forme du poisson abyssal&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le livre est introduit par une citation d'Ylipe, pseudonyme de Philippe Lacoue-Labarthe, mise en exergue&#160;: &#034;Les poissons des grandes profondeurs ont pied &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 5.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&#034;. Et ainsi de suite. Divers &#233;l&#233;ments du paratexte permettent d'&#233;claircir la d&#233;marche d'Yves Chaudou&#235;t. Dissimul&#233;e dans les notices biographiques, une phrase &#233;nonce le principe d'&#233;criture d'Inali&#233;nable&#160;: &#034;Pour &#233;voquer l'&#233;laboration du fond abyssal d'Yves Chaudou&#235;t au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CIAV&lt;/span&gt; [Centre international d'art verrier, co&#233;diteur du livre], ils [Yves Chaudou&#235;t et Yann Grienenberger, directeur du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CIAV&lt;/span&gt;] ont choisi d'&#233;crire, chacun &#224; son tour, une partie de ce texte dont ils n'ont d&#233;couvert l'int&#233;gralit&#233; qu'&#224; la fin du jeu.&#034; Mais dans la notice de l'artiste il est fait mention d'&#034;installations comme celle &#233;voqu&#233;e dans ce livre &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 79&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.&#034;. D&#232;s lors il est possible de comprendre que le double r&#233;cit du livre fait raisonner une exp&#233;rience que l'artiste a faite &#224; la verrerie de Meisenthal (&#034;Au bout d'une semaine, un petit troupeau de prototypes de poissons de toutes plumes tr&#244;naient sur une des tables &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 36.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&#034;) et que l'affiche du &lt;i&gt;Poisson abyssal,&lt;/i&gt; ainsi que l'image du poisson dans Inali&#233;nable, sont des photos d'un m&#234;me poisson des profondeurs fabriqu&#233; en verre, un poisson transparent. La photo sur la couverture cr&#233;e d'ailleurs l'ambiance d'un fond marin o&#249; brillent trois &#233;toiles de mer, faite apparemment de la m&#234;me &#233;toffe que le poisson&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en trouve des &#233;chos visuels &#224; l'int&#233;rieur du livre. Bref, la compr&#233;hension du livre r&#233;sulte d'un mouvement complexe &#224; l'int&#233;rieur du livre&#160;: entre texte et paratexte, entre images et r&#233;cits, entre la couverture et l'int&#233;rieur du livre, entre un auteur et l'autre, etc. Pourrait-on mieux illustrer les enjeux politiques de la pratique du livre d'artiste que par ce livre po&#233;tique o&#249; on ne parle pas du tout de politique, mais o&#249; il est question de l'acc&#232;s intime &#224; l'art, de la place du spectateur et de l'artiste (&#233;criture &#224; quatre main)&#160;: &#034;Bref, [par] une &#339;uvre qui &#8216;rend les autres cr&#233;atifs', comme disait Cage &#224; propos de Marcel Duchamp &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Postface de Fran&#231;ois Piron, in John Cage, O&#249; allons-nous&#160;? et que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore le poisson des profondeurs, cette fois, imprim&#233; en monotype, que l'on trouve sur la couverture d'un autre livre d'Yves Chaudou&#235;t, &lt;i&gt;Film&lt;/i&gt; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Chaudou&#235;t, Film, Arles, Actes Sud, 2003, postface de Jean-Marc Huitorel.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. En exergue du livre, l'artiste a mis une citation de Peter Kubelka, cin&#233;aste autrichien&#160;: &#034;Cinema is not movement. / Cinema is a rapid and regular projection of still images. / Movement in cinema is imagined&#034;. Le livre est compos&#233; d'images que depuis des ann&#233;es l'artiste produit quotidiennement avec la technique de monotype. Toujours de m&#234;me format 6 x 9 cm, ces empreintes sont peut-&#234;tre l'expression la plus personnelle de l'artiste, pouvant &#224; ce titre &#234;tre symbolis&#233;e par ce poisson monstrueux des eaux profondes. En s'opposant implicitement &#224; l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;flip book,&lt;/i&gt; petit livre qui produit l'illusion du mouvement au premier degr&#233;, Yves Chaudou&#235;t, au contraire, recherche une narration plastique qui, volontairement ind&#233;finie, permet de transformer le mouvement des pages en cheminement imaginaire. Mais imagin&#233; ou r&#233;el, le mouvement du &lt;i&gt;Film&lt;/i&gt; est coextensif du mouvement des pages tourn&#233;es. Le titre y insiste&#160;: faire d'un livre un film, cela implique non pas une exposition, mais une succession d'images, que seul le livre, mis &#224; part le cin&#233;ma, peut produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfermer le film, quitte &#224; le mettre dans la collection la plus prestigieuse, c'est en fin de compte emp&#234;cher sa projection. Telle est l'ambigu&#239;t&#233; de la conception que notre soci&#233;t&#233; se fait de l'art et de ses &#339;uvres&#160;: les honneurs qu'on leur r&#233;serve sont en m&#234;me temps une fa&#231;on de les rendre inoffensifs, d'en emp&#234;cher l'action critique et subversive. On en a vu un exemple instructif lorsqu'il s'est agi du prix d'acquisition d'une &#339;uvre de Hans Haacke, artiste politique militant, par le Mus&#233;e national d'art moderne de Paris&#160;: il est interdit de le communiquer. Et lorsque les masques tombent, on comprend que les lois qui &#034;prot&#232;gent&#034; les productions de l'art sur Internet visent non pas une censure des contenus, mais l'&#233;touffement de la reproductibilit&#233; des &#339;uvres, c'est-&#224;-dire du seul m&#233;canisme susceptible de sauver l'art de l'ambigu&#239;t&#233; dans laquelle la soci&#233;t&#233; marchande l'a install&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte &#233;crit pour la parution en 2000 du livre &lt;i&gt;My Truck Is a Boat&lt;/i&gt; d'Yves Chaudou&#235;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/My-Truck-is-a-Boat' class=&#034;spip_in&#034;&gt;My Truck Is a Boat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est exactement ce qui s'est pass&#233; &#224; la Documentation du mus&#233;e (future Biblioth&#232;que Kandinsky) au Centre Pompidou en 1985, m'&#233;crit Anne M&#339;glin-Delcroix, apr&#232;s mon exposition des livres d'artiste &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BPI&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; [Biblioth&#232;que Publique d'Information]. Ils sont pass&#233;s &#224; la R&#233;serve. Je dois dire que je n'y avais rien trouv&#233; &#224; redire, au contraire, car cela signifiait aussi que leur caract&#232;re d'&#339;uvre &#233;tait enfin reconnu, ce qui alors n'&#233;tait pas du tout &#233;vident.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; E-mail &#224; l'auteur du 17&#160;mai 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Rennes, &#201;ditions Incertain Sens, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Lettre non dat&#233;e &#224; l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Henri Bergson, Essai sur les donn&#233;es imm&#233;diates de la conscience, 1888, Paris, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.U.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;F., coll. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Biblioth&#232;que de philosophie contemporaine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 1976, chapitre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;De la multiplicit&#233; des &#233;tats de conscience. L'id&#233;e de dur&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, p. 56-104&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Aby Warburg, note du 14&#160;mars 1923, cit&#233;e d'apr&#232;s Philippe-Alain Michaud, Aby Warburg et l'image en mouvement, Paris, Macula, coll.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;Vues&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;, 1998, p. 174&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Arnold Hauser, Histoire sociale de l'art et de la litt&#233;rature, chapitre &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&#160;: &#034;L'&#233;poque moderne&#034;, Paris, Le Sycomore, coll. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Arguments critiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 1982, p. 43-44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Friedrich Schiller, Lettres sur l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme, 1794, trad. Robert Leroux, Paris, Aubier, coll. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Domaine allemand bilingue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 1992, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Quatorzi&#232;me lettre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, p. 209.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Ibidem, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Quinzi&#232;me lettre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, p. 215.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Yves Chaudou&#235;t, Poisson abyssal / Tiefseefisch / Deep See Fish, Paris, Memo, 2003, texte d'Anne Bertrand en fran&#231;ais et en anglais sur les rabats de la couverture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Yves Chaudou&#235;t, Inali&#233;nable, texte-relais Yves Chaudou&#235;t et Yann Grienenberger, photographies Fr&#233;d&#233;ric Goetz, Arles, Actes Sud /Meisenthal, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CIAV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Ibidem, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Ibidem, p. 79&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Ibidem, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Postface de Fran&#231;ois Piron, in John Cage, O&#249; allons-nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et que faisons-nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?, conf&#233;rence-partition pr&#233;sent&#233;e et traduite par Yves Chaudou&#235;t, Arles, Actes Sud / Reims, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FRAC&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; Champagne-Ardenne, 2003.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Yves Chaudou&#235;t, Film, Arles, Actes Sud, 2003, postface de Jean-Marc Huitorel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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