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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Un sculpteur du 21e si&#232;cle</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Un-sculpteur-du-21e-siecle</link>
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		<dc:date>2023-02-01T13:58:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Huitorel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans ce que nous voyons, il y a ce qui se tient devant nous et qui nous regarde, mais aussi ce qui, nourri de notre m&#233;moire visuelle et culturelle, affective autant qu'obsessionnelle, induit et informe notre regard. une grande part de l'exp&#233;rience de l'art, du point de vue de sa contemplation et de sa compr&#233;hension, tient dans ce combat qui ne dit pas son nom, dans cet affrontement sourd dont les protagonistes ne se r&#233;v&#232;lent jamais clairement. Mais c'est &#233;galement dans la complexit&#233; plus ou&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-28618" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ce que nous voyons, il y a ce qui se tient devant nous et qui nous regarde, mais aussi ce qui, nourri de notre m&#233;moire visuelle et culturelle, affective autant qu'obsessionnelle, induit et informe notre regard. une grande part de l'exp&#233;rience de l'art, du point de vue de sa contemplation et de sa compr&#233;hension, tient dans ce combat qui ne dit pas son nom, dans cet affrontement sourd dont les protagonistes ne se r&#233;v&#232;lent jamais clairement. Mais c'est &#233;galement dans la complexit&#233; plus ou moins grande de cette concurrence que g&#238;t la qualit&#233; d'une &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me on serait parfois tent&#233; de les ranger au registre des installations, les pi&#232;ces de Pierre Labat, c'est lui-m&#234;me qui le dit, sont &#224; consid&#233;rer comme des sculptures. Formul&#233; autrement, ce sont toujours des pi&#232;ces rapport&#233;es, y compris dans les cas, et ils sont nombreux, o&#249; elles paraissent si bien articul&#233;es au lieu qui les contient, jusqu'&#224; se confondre avec lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; y compris, et cela arrive fr&#233;quemment, quand elles sont con&#231;ues et r&#233;alis&#233;es sur place, le lieu d'exposition faisant alors office d'atelier. S'il fallait ici, une fois encore, entrer dans la querelle sur la th&#233;&#226;tralit&#233; de la sculpture minimaliste, on sent bien que Pierre Labat, cinquante ans apr&#232;s, ne souhaite pas essuyer le reproche que formula Michael Fried, pour la bonne raison que la sc&#233;nographie, consciente ou inconsciente, n'est pas son propos. Si l'on veut comprendre un peu de ce qui se passe dans son travail, c'est plut&#244;t vers les questions de forme, de mat&#233;riau, d'appui et d'autonomie, de perspective, d'architecture, mais aussi d'exp&#233;rience du regardeur, de perception, qu'il faut se tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que les interrogations pleuvent. Qu'est-ce qu'une sculpture abstraite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce que l'exp&#233;rience d'une sculpture (son exp&#233;rience &#224; elle, l'exp&#233;rience de celui qui la con&#231;oit, l'exp&#233;rience de celui qui la pratique)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? De quelle teneur est le dialogue entre la sculpture et le lieu o&#249; elle se trouve et o&#249; elle agit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce que le temps s'agissant de la sculpture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que signifie r&#233;aliser des sculptures en 2012 pour un artiste de moins de 40 ans, &#224; une &#233;poque o&#249; certes ce m&#233;dium occupe &#224; nouveau le devant d'une certaine sc&#232;ne, fran&#231;aise en particulier, (mais quelle sculpture&#160;: formaliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? habile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? li&#233;e au r&#233;cit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; une &#233;poque o&#249;, cependant, c'est la performance qui retient le plus l'attention&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sachant cela, conscient des questions &#224; d&#233;faut d'&#234;tre porteur de r&#233;ponses, de quelle mani&#232;re introduire le corps dans le champ de la sculpture, et plus encore quand cette sculpture se souvient des &lt;i&gt;specific objects&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce qu'une sculpture abstraite qui s'adresse au corps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce une sculpture plut&#244;t li&#233;e &#224; la danse ou &#224; l'espace&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Serait-ce une sculpture qui se sert des formes &#233;l&#233;mentaires et de l'espace pour solliciter le corps, pour sugg&#233;rer une repr&#233;sentation de ce rapport-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte, on en revient toujours au m&#234;me d&#233;fi, qui est aussi une sorte de dilemme&#160;: comment produire des pi&#232;ces qui se souviennent et qui ne se souviennent pas de l'histoire de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui soient spontan&#233;es et qui soient conscientes de leurs effets, de leurs attendus et de leur pr&#233;suppos&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment produire une &#339;uvre de qualit&#233; sans vouloir &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;bien faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sans vouloir &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mal faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui semble &#224; l'&#339;uvre chez Pierre Labat, comme, &#224; divers titres, chez certains artistes de sa g&#233;n&#233;ration (Guillaume Leblon, Katinka Bock, M&#233;lik Ohanian, Minoru Morikawa parmi d'autres), comme chez certains de ses a&#238;n&#233;s (Jean-Luc Moul&#232;ne par exemple, ou Pedro Cabrita Reis), c'est une extr&#234;me attention au monde dans toutes ses instances&#160;: l'actualit&#233;, la science, l'art... On aura not&#233; que les artistes sus mentionn&#233;s, pour la plupart, produisent des sculptures, mais pas seulement&#160;: Jean-Luc Moul&#232;ne est connu comme photographe et Guillaume Leblon r&#233;alise des vid&#233;os. Par ailleurs, pas un d'entre eux, pas m&#234;me Pedro Cabrita Reis, ne s'est laiss&#233; pi&#233;ger par le formalisme et la seule virtuosit&#233;, a fortiori par le dogme du m&#233;dium. Si Pierre Labat, &#224; ce point de son travail, con&#231;oit exclusivement des objets tridimentionnels o&#249; forme, mati&#232;re et couleur sont envisag&#233;es en tant que telles, il les inscrit dans un espace et dans un temps qui sont ceux du monde et de ses &#233;v&#233;nements, dans un contexte o&#249; l'h&#233;ritage formaliste se voit constamment soumis &#224; l'&#233;preuve du corps, comme si la performance tenait lieu ici d'inconscient de la sculpture. On est loin, en effet, &#224; l'aube de cette deuxi&#232;me d&#233;cennie du 21&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, non seulement du modernisme (et de son id&#233;ologie du &lt;i&gt;white cube&lt;/i&gt;), mais aussi du postmodernisme (et de son &#233;clectisme tant&#244;t na&#239;f, tant&#244;t cynique). Non que tout &#231;a soit balay&#233;, ignor&#233;, mais il incombe &#224; l'&#233;poque de s'atteler &#224; la t&#226;che qui est la sienne&#160;: r&#233;introduire dans la rigueur des formes &#233;l&#233;mentaires cette dimension anthropologique, consubstantielle &#224; l'art, et que la sculpture en particulier eut provisoirement tendance &#224; laisser de c&#244;t&#233;. Pour Pierre Labat, une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;forme int&#233;ressante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est une forme qu'on &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;retrouve dans les domaines physiques, naturels, math&#233;matiques, organiques, sociaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est le fruit d'une exp&#233;rience maintes fois r&#233;it&#233;r&#233;e, v&#233;cue et per&#231;ue dans des contextes tr&#232;s diff&#233;rents, au fil de la vie et de ses micro &#233;v&#233;nements (un b&#226;ton d'esquimau (la glace) que l'on tord, un ticket de m&#233;tro que l'on plie...) autant que de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Dum-dum-48905&#034;&gt;&lt;i&gt;Dum-dum&lt;/i&gt; (2008)&lt;/a&gt; est &#224; la fois un mur et une &#339;uvre. un mur en tant que surface verticale marquant la limite de la pi&#232;ce&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; blanc de surcro&#238;t, comme sont blancs les autres murs de la pi&#232;ce. L'&#339;uvre (peinte de la m&#234;me couleur que le mur, comme dirait Claude Rutault) semble r&#233;sulter d'une pouss&#233;e de la paroi aboutissant, dans une &#233;nergie id&#233;ale autant que virtuelle, &#224; une double incise formant motif cruciforme et dont le point d'intersection se trouve en surplomb du regardeur qui, de ce fait, doit lever les yeux, se soumettant ainsi &#224; une logique architecturale plus que strictement sculpturale. Cette pouss&#233;e du mur, c'est, une fois enregistr&#233; les retournements op&#233;r&#233;s par Malevitch puis par Fontana, l'exact contraire de la sensation perspective. L'incise et la croix. une forme arch&#233;typale fond&#233;e sur un geste aussi sec que violent&#160;: une op&#233;ration. On ne pourra plus d&#233;sormais, s'agissant d'appr&#233;hender une &#339;uvre de Pierre Labat, s&#233;parer le souci de la forme d'une prise en compte tr&#232;s engag&#233;e du corps humain et de son exp&#233;rience. C'est dans ce sens qu'il convient d'aborder les deux pi&#232;ces con&#231;ues dans le cadre de l'exposition &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Armer les toboggans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en voisinage actif avec des &#339;uvres de Robert Breer et de Camila Oliveira Fairclough.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/L-index-des-patiences-48912&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Index des patiences&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; se pr&#233;sente sous la forme d'un mur en parpaings de b&#233;ton cellulaire, perc&#233; d'un trou &#224; hauteur d'yeux. Cet orifice semble obtenu du patient grattage/frottage manuel de la surface et, n'&#233;tait son aspect bien fini, il ferait penser &#224; ces surfaces us&#233;es par les mains qui les ont touch&#233;es&#160;: les pieds de Saint Pierre &#224; Rome ou les modestes statues et fontaines des chapelles bretonnes contre lesquelles, par exemple, les femmes venaient frotter leur ventre afin de s'assurer la f&#233;condit&#233;. Sur le plan de la sensation visuelle, il peut certes &#233;voquer certaines pi&#232;ces d'Anish Kapoor (&lt;i&gt;Sister Piece of When I am Pregnant&lt;/i&gt;, 2005, du mus&#233;e de Nantes par exemple), mais c'est &#224; la porte perc&#233;e du Duchamp de &lt;i&gt;&#201;tant donn&#233;...&lt;/i&gt; qu'on songe le plus naturellement. Point cependant ici de belle ouverte et offerte mais, de mani&#232;re apparemment plus d&#233;ceptive, d'un c&#244;t&#233; le mur d'en face, de l'autre, l'entr&#233;e de l'exposition et la perspective du hall d'accueil. Pour l'artiste, cela &#233;voque aussi bien une sculpture d'un certain Matvey Manizer (repr&#233;sentant un garde fronti&#232;re accompagn&#233; de son chien) dans le m&#233;tro de Moscou, que les gens caressent tous les jours, que le trackpad de son ordinateur, marqu&#233; par le frottage r&#233;current du doigt. Incongrument plac&#233; au milieu de la salle et incluant l'une des colonnes m&#233;talliques du lieu, le mur s'affirme davantage comme un signe d'architecture que comme une architecture en soi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit en fait, comme toujours chez l'artiste, d'une sculpture et, plus encore, d'un lieu d'exp&#233;rience. Tout ici, en effet, signale la pr&#233;sence et l'action du corps&#160;: le soin apport&#233; &#224; l'agencement des parpaings, le creusement de l'orifice scopique. Mais tout, aussi, invite &#224; l'usage&#160;: y passer la main, caresser la surface lisse quoique toujours un peu rugueuse (le grain de la peau, et, pour revenir &#224; Duchamp&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pri&#232;re de toucher&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;), regarder, y &#233;tablir son horizon. Le mur ici, ce n'est pas tant ce contre quoi on butte que ce dont on peut faire le tour, &#224; travers lequel on peut sinon passer (l'effet passe- muraille) au moins voir&#160;: une vision du monde somme toute optimiste...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Labat, contre une certaine tradition moderne et formaliste, intitule ses pi&#232;ces&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas anodin. Il dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pour moi un titre, c'est un deuxi&#232;me travail, presque une deuxi&#232;me histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Si l'index en r&#233;f&#232;re au doigt qui, patiemment, creuse le trou, c'est aussi le doigt qui montre&#160;: l'index c'est le doigt du regard dans son rapport au r&#233;el. C'est aussi la liste des termes utilis&#233;s et la mention de leur emplacement dans le texte, une histoire de recherche. La patience (et le pluriel en est joli tant elles sont diverses) introduit ici le facteur temps, la patience qu'il a fallu pour que l'&#339;uvre advienne et vive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le jeu de carte &#233;galement. La vertu et le jeu&#160;: la vertu du jeu, la marque du hasard (par l&#224; r&#244;de le fant&#244;me de Roger Caillois, qui fut, il y a peu, le sujet d'une proposition curatoriale de Karen Tanguy &#224; laquelle participa Pierre Labat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans &lt;i&gt;Dum-dum&lt;/i&gt;, le mur c'est l'&#339;uvre. C'est ici le moment d'&#233;voquer Fra Angelico. Pierre Labat dit souvent que, plus que de la sculpture, son travail (de sculpteur) provient de la peinture. Soit donc&#160;: le mur c'est l'&#339;uvre. Au couvent San Marco, Fra Angelico a peint deux Annonciations&#160;: l'une dans le couloir nord, en haut de l'escalier qui m&#232;ne aux cellules, la seconde, dans l'une des cellules, pr&#233;cis&#233;ment la troisi&#232;me. Le sujet est ici r&#233;duit au minimum&#160;: Gabriel, Marie et, &#224; gauche, dans la seule portion d'ext&#233;rieur, un fr&#232;re dominicain. De l'architecture du lieu, n'apparaissent que deux colonnes ainsi qu'une vigoureuse vo&#251;te en ar&#234;te. Le mur, c'est le mur, articul&#233; au sol (qui n'est pas le sol)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et le mur, c'est l'&#339;uvre. Car c'est dans le blanc du mur, articul&#233; au blanc du sol, dans cet espace d'une incroyable densit&#233; (on aime imaginer Robert Ryman s'en souvenant), entre l'Archange et la Vierge, que l'Angelico a plac&#233; l'Annonce divine, l'incroyable nouvelle qui se confond avec le blanc du mur. Rien d'impos&#233; au regardeur hormis la totale libert&#233; du livre blanc. C'est &#224; cet art du mur que, probablement, Pierre Labat se r&#233;f&#232;re, non seulement dans L'Index des patiences, mais aussi dans de nombreuses autres pi&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde &#339;uvre pr&#233;sent&#233;e au Quartier, &lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Mr-Anderson-48919&#034;&gt;&lt;i&gt;Mr&#160;Anderson&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, est une pi&#232;ce au double sens de &lt;i&gt;piece&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;room&lt;/i&gt;. Elle occupait la troisi&#232;me salle du centre d'art quimp&#233;rois et consiste en une disposition de fers &#224; b&#233;ton, coinc&#233;s entre sol et plafond, pliant d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre selon la longueur de la tige, verticale quand la dimension de celle-ci correspond &#224; la hauteur sous plafond. Ainsi dirait-on que les fins segments m&#233;talliques soutiennent le faux plafond qui n'occupe pas la totalit&#233; de la surface sup&#233;rieure de la salle. Dispos&#233;s vers les bords et touchant le sol &#224; l'aplomb de ces points hauts, les fers &#224; b&#233;ton mat&#233;rialisent (de fa&#231;on bien immat&#233;rielle) un espace central tr&#232;s p&#233;n&#233;trable et dont le volume semble obtenu de pouss&#233;es tant&#244;t centrifuges, tant&#244;t centrip&#232;tes, comme des voiles gonfl&#233;es par le vent, un vent qui soufflerait de plusieurs c&#244;t&#233;s &#224; la fois. Le visiteur peut bien entendu se d&#233;placer &#224; sa guise entre les tiges, entrant et sortant de l'espace ainsi m&#233;nag&#233;. L'ensemble montre &#224; la fois une extr&#234;me l&#233;g&#232;ret&#233; et une tension palpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme le souligne l'artiste, &lt;i&gt;L'Index des patiences&lt;/i&gt; interrogeait le mur du point de vue de la peinture, &lt;i&gt;Mr&#160;Anderson&lt;/i&gt; le fait &#224; partir du dessin. Le choix du mat&#233;riau, comme toujours chez Labat, produit du sens. Ici, le fer &#224; b&#233;ton signale l'alpha et l'om&#233;ga de l'architecture moderne et contemporaine&#160;: il n'est visible qu'au moment de la construction et ne r&#233;appara&#238;t qu'&#224; l'annonce de sa ruine. Ainsi &lt;i&gt;Mr&#160;Anderson&lt;/i&gt;, dans cette salle d'exposition temporaire, se pr&#233;sente &#224; la fois dans son principe d'&#233;laboration et dans le signe de sa fin prochaine, au terme de l'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nonobstant son allure minimale, elle n'est qu'un lointain &#233;cho du minimalisme tant son principe d'existence sous-tend de probl&#233;matiques et de significations diff&#233;rentes. Ce dont il s'agit ici, c'est de construction humaine et de confrontation &#224; la corporalit&#233;. La pouss&#233;e qu'on y per&#231;oit n'est pas seulement celle d'un pur principe architectonique, c'est aussi celle du corps qui ploie et qui force le passage, celle du souffle et de la respiration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et le visiteur qui d&#233;ambule en son sein per&#231;oit clairement cette situation &#224; cheval entre l'appr&#233;hension de la forme et l'&#233;nergie quasi animale dont elle est habit&#233;e. C'est ce que confirme le titre, &lt;i&gt;Mr&#160;Anderson&lt;/i&gt;, du nom du h&#233;ros du premier Matrix qui, dans les suivants, s'appellera N&#233;o. &#192; la fin du film, &lt;i&gt;Mr&#160;Anderson&lt;/i&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;absorbe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (en s'insinuant paradoxalement en lui) l'ennemi qui l'agressait et mime une sorte de gonflement &#224; la suite duquel on dirait que les murs deviennent &#233;lastiques, comme s'ils r&#233;pondaient &#224; l'enivrante force de son souffle. Cette tension entre la forme et l'&#233;nergie du corps autorise par ailleurs l'analogie avec le mouvement chor&#233;graphique, le corps se pliant aux injonctions plastiques du mouvement, entre chute et maintien. C'est un lien que l'on retrouve dans des pi&#232;ces comme &lt;i&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LFAV&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; (2009), &lt;i&gt;Plataforma Revolver&lt;/i&gt; (2011) ou &lt;i&gt;Right Here Right Now&lt;/i&gt; (2009) qui rappelle Muybridge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;White Cube&lt;/i&gt; de Brian O'Doherty (il fallait bien y venir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le fallait-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?), Patricia Falgui&#232;res rapporte ces mots d&#233;sormais c&#233;l&#232;bres de Roland Barthes extraits de &lt;i&gt;La Mort de l'auteur&lt;/i&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;...un texte n'est pas fait d'une ligne de mots, d&#233;gageant un sens unique, en quelque sorte th&#233;ologique (qui serait le message de l'Auteur-Dieu), mais un espace &#224; dimensions multiples, o&#249; se marient et se contestent des &#233;critures vari&#233;es, dont aucune n'est originelle&#160;: le texte est un tissu de citations issues des mille foyers de la culture, (...) qui entrent les uns avec les autres en dialogue, en parodie, en contestation&#160;: mais il y a un lieu o&#249; cette multiplicit&#233; se rassemble, et ce lieu, ce n'est pas l'auteur, comme on l'a dit jusqu'&#224; pr&#233;sent, c'est le lecteur&#160;: le lecteur est l'espace m&#234;me o&#249; s'inscrivent toutes les citations dont est faite une &#233;criture&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'unit&#233; du texte n'est pas dans son origine, mais dans sa destination (...). La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'auteur.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de gloser, une fois encore, sur la question du white cube et de la survivance de son orthodoxie, il semble plus productif de se demander ici comment un jeune artiste du d&#233;but du 21&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle se positionne, non par rapport aux standards du modernisme, mais plut&#244;t vis-&#224;-vis de l'urgence qu'il ressent &#224; produire de l'&#339;uvre dans un contexte plus large. &#192; observer les pi&#232;ces r&#233;alis&#233;es &#224; ce jour par Pierre Labat, on remarque qu'il ne s'embarrasse pas de pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques ou de citations, mais qu'au contraire il se confronte, toute th&#233;orie s&#233;diment&#233;e, &#224; des probl&#232;mes concrets dont il r&#233;active l'&#233;vidence et que nous signalions au d&#233;but de ce texte. Par exemple&#160;: comment faire coexister une forme rigoureuse, qu'on d&#233;finissait jadis comme abstraite, et une pr&#233;sence vivante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment produire des sculptures qui n'ignorent pas le sous-entendu performatif de toute occurrence actuelle de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est, pensons-nous, par la prise en compte du regardeur/spectateur/visiteur, par la libert&#233; sans limites qu'il lui reconna&#238;t, que l'artiste parvient &#224; instaurer ce lieu de dialogue et de tension qui, loin de signer la mort de l'auteur (plus que de mort de l'auteur, c'est d'&#339;uvre ouverte, pour reprendre l'expression d'Umberto Eco, qu'il s'agit ici), en fait au contraire l'un des &#233;l&#233;ments actifs du rapport intime et vital qu'il tisse avec la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte extrait de l'&#233;dition monographique &lt;i&gt;Grayscale&lt;/i&gt;, 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des paysages transport&#233;s</title>
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		<dc:date>2014-07-22T12:12:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Huitorel</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#10142; Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, Yves Chaudou&#235;t a longtemps r&#233;alis&#233; des monotypes sans le savoir, et aurait-il poursuivi dans l'ignorance que cela n'e&#251;t pas chang&#233; grand-chose tant la question des appellations techniques semble lui &#234;tre indiff&#233;rente. Peut &#234;tre m&#234;me eut-il mieux valu qu'il n'en s&#251;t jamais rien. Mais l'affaire est bien connue, d&#232;s qu'un mot a vent d'une chose le concernant, le voil&#224; qui s'en m&#234;le et d&#232;s lors toute signification se fige. Un jour donc, Yves&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#10142; Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, Yves Chaudou&#235;t a longtemps r&#233;alis&#233; des monotypes sans le savoir, et aurait-il poursuivi dans l'ignorance que cela n'e&#251;t pas chang&#233; grand-chose tant la question des appellations techniques semble lui &#234;tre indiff&#233;rente. Peut &#234;tre m&#234;me eut-il mieux valu qu'il n'en s&#251;t jamais rien. Mais l'affaire est bien connue, d&#232;s qu'un mot a vent d'une chose le concernant, le voil&#224; qui s'en m&#234;le et d&#232;s lors toute signification se fige. Un jour donc, Yves Chaudou&#235;t s'avisa que depuis l'&#226;ge de dix-sept ans, il r&#233;alisait des monotypes, comme l'illustre Degas, un si&#232;cle auparavant. C'est sur des &#233;clats de Plexiglas que l'adolescent r&#233;alise quelques peintures &#224; la gouache (ou &#224; l'huile) qu'il imprime ensuite, par simple pression, sur des feuilles o&#249; figuraient les textes d'un oncle po&#232;te. Peu apr&#232;s, il se procure une petite plaque de zinc (6 x 9cm) sur laquelle, &#224; l'encre noire cette fois, il commence &#224; peindre (si le terme convient&#8230;). De la m&#234;me mani&#232;re, par pressions pr&#233;cises et progressives, &#224; l'aide d'une petite cuiller par exemple, il imprime la surface obtenue sur une feuille de papier. Plus tard il aura recours &#224; la presse et, quand cela sera possible, dans les meilleurs ateliers de gravure. Tout est bon pour &#233;taler l'encre et dessiner les formes, &#224; condition que l'objet ne soit pas contondant. Il ne s'agit pas de basculer dans la gravure. L'int&#233;r&#234;t du terme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;monotype&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est qu'il met l'accent sur l'unicit&#233;&#160;: un &#224; la fois. Ainsi, pour passer au suivant, il convient que la plaque soit &#224; nouveau lisse et vierge. Depuis 1974, il n'en a pas chang&#233;. C'est un support technique, mais peut&#234;tre aussi un talisman, un objet magique. En quoi consiste la magie de cet objet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En sa vertu de lien et d'unit&#233;, en sa force de synth&#232;se comme on le va voir. Cette mani&#232;re d'agir par report ne manque pas d'&#233;tranget&#233;. Ainsi ce que fait directement la main, cela qui semble le coeur de l'acte, la convocation du monde, eh bien ce n'est pas l'acte lui-m&#234;me, du moins ce n'est pas ce qui reste. Il ne s'agit l&#224; que de la premi&#232;re &#233;tape, et ce n'est qu'apr&#232;s transfert que l'objet visuel existe dans toute sa r&#233;alit&#233;. Ce n'est pas sans cons&#233;quence quant &#224; la position du sujet peignant. On le fait sans le faire et cela procure une formidable libert&#233;, une libert&#233; qui rappelle celle qu'&#233;prouve celui qui &#233;crit une lettre et qui sait qu'il n'est pas oblig&#233; de la poster. Mais on peut dire &#233;galement qu'une fois la peinture (ou le dessin si on veut, ou tout autre terme &#224; la convenance de chacun) imprim&#233;e sur la feuille c'est que, outre l'unicit&#233; du passage (l'acte d'imprimer), l'objet obtenu affirme d&#233;finitivement son unicit&#233;. Cette r&#233;alit&#233; seconde (mais c'est celle qui reste) r&#233;sulte du transport d'une exp&#233;rience. Elle en est le souvenir vivace, au plus proche qu'un souvenir peut se tenir de l'exp&#233;rience dont il proc&#232;de. Ce qui pose probl&#232;me, c'est que, &#224; cause sans doute de cette appellation d&#233;finitive, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;monotype&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on r&#233;duise cette pratique &#224; une simple technique. Parce que cette fa&#231;on de faire, c'est infiniment plus qu'une technique, c'est une mani&#232;re d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, Yves Chaudou&#235;t a produit environ cinq cents images de ce type. Mais, outre le fait qu'il renonce souvent &#224; les imprimer, ce n'est pas parce qu'elles ont franchi cette &#233;tape qu'elles ont d&#233;finitivement la vie sauve. &#192; l'exception de celles qui appartiennent &#224; des collectionneurs, il les conserve en trois groupes, r&#233;partis dans trois bo&#238;tes diff&#233;rentes et hi&#233;rarchis&#233;es. Au fil du temps, certaines passent d'une bo&#238;te &#224; l'autre et g&#233;n&#233;ralement en r&#233;trogradant. Il arrive fr&#233;quemment aussi que celles de la bo&#238;te &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'en bas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; finissent &#224; la corbeille. Comme Silvia B&#228;chli le fait avec ses dessins, eux aussi r&#233;alis&#233;s sans possibilit&#233; de retouche, c'est l&#224; une mani&#232;re radicale d'user de la gomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Ces empreintes de peinture &#8211; on pourrait &#233;galement les appeler ainsi- t&#233;moignent de la figuration d'un monde aux signes et aux rep&#232;res parfaitement identifiables&#160;: personnages, objets, paysages, tout semble se r&#233;f&#233;rer l&#224; &#224; un univers qui, s'il ne nous est pas toujours directement familier, nous rappelle le n&#244;tre &#224; bien des &#233;gards. Et cependant, jamais Yves Chaudou&#235;t ne peint sur le motif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jamais ce qu'il convient pourtant de nommer une repr&#233;sentation ne provient directement d'un r&#233;f&#233;rent direct. Il s'agit le plus souvent d'images mentales, de r&#233;miniscences proches ou lointaines, de photographies int&#233;rieures qu'une m&#233;moire exceptionnelle r&#233;v&#232;le &#224; chaque instant. Mais ce qui constitue plus pr&#233;cis&#233;ment encore la singularit&#233; des monotypes d'Yves Chaudou&#235;t, c'est une tension particuli&#232;re entre les processus de m&#233;moire et la plus br&#251;lante actualit&#233;. Actualit&#233; du monde environnant d'une part (les sujets de la vie moderne pourrait-on dire), mais aussi l'actualit&#233; performative de leur r&#233;alisation (l'affirmation du ici et maintenant de l'acte). Si, comme on le verra, l'esprit du cin&#233;ma s'applique assez justement &#224; ce travail, il est un autre domaine qu'on ne peut pas ne pas &#233;voquer ici, c'est celui de la litt&#233;rature. Non pas seulement parce que certaines images sont directement inspir&#233;es de lectures (Samuel Beckett, James Joyce, Herman Melville, Arthur Machen ou encore St&#233;phane Mallarm&#233;, parmi d'autres) mais surtout parce que le processus d'apparition des sujets se rapproche &#233;trangement de celui &#224; l'oeuvre chez les &#233;crivains. Yves Chaudou&#235;t r&#233;p&#232;te sans cesse qu'il ne peut peindre une image sur sa plaque de zinc que s'il &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;y est&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vraiment, totalement. Quand il peint cet avion (noir) qui passe dans l'immensit&#233; blanche du ciel, il est v&#233;ritablement cet oeil qui, d'en bas, le regarde passer en se servant de sa main comme de visi&#232;re pare-soleil. Quand la silhouette d'un possible Van Gogh avance, pench&#233;e, comme en tirant son ombre, dans ce champ de bl&#233; dont la grise blondeur fait pendant au noir sans appel du ciel, il est, sinon Van Gogh, au moins celui qui y pense suffisamment fort pour le faire appara&#238;tre. Et ces petites silhouettes de sorci&#232;res qui font cercle autour du feu, elles sortent tout droit, non de La Pyramide de feu, le roman &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ga&#235;lique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Arthur Machen, mais de la lecture qu'en fit Chaudou&#235;t. En d'autres termes, il ne s'agit pas ici d'illustrer le livre mais de relater une exp&#233;rience de lecture. De la m&#234;me mani&#232;re, ce profil de Zodiac qui traverse l'image ne repr&#233;sente pas le jeune Chaudou&#235;t s'en allant acheter le pain du matin pour la famille qui louait alors une maison sur une petite &#238;le de la M&#233;diterran&#233;e, au large de Toulon, mais l'essence m&#234;me de son souvenir, c'est-&#224;-dire une sc&#232;ne v&#233;ritablement rejou&#233;e. Et quand une vision tend &#224; l'abstraction, f&#251;t-elle la plus s&#233;duisante, il interrompt la bascule par une intervention suppl&#233;mentaire. Ainsi, sur cette ligne d'horizon qui se dissout dans une magnifique brume de gris, il rajoute le vieux tronc d'arbre mort o&#249; perche un sinistre oiseau de proie, comme on en voit parfois, en signal de d&#233;sert, dans les planches de Lucky Lucke. Ce fonds d'images qu'il tient en lui et qu'il r&#233;incarne ainsi sur sa plaque n'est sans doute pas si &#233;loign&#233; des grandes entreprises mn&#233;moniques dont la litt&#233;rature est famili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Yves Chaudou&#235;t vit ses transcriptions plastiques comme Proust vit, une seconde fois, l'enfance &#224; Combray, mais aussi comme Melville qui, par l'intersession d'Achab, vit l'approche de la baleine blanche. C'est la justesse, l'intensit&#233; charnelle de cette exp&#233;rience qui fait la qualit&#233; de la page comme celle de la peinture, ce que Peter Handke nommait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'heure de la sensation vraie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et si les torpilles et les missiles reviennent si souvent, c'est sans doute parce que cela correspond &#224; une (triste) r&#233;alit&#233; du monde et de sa constante actualit&#233;, mais surtout parce qu'il y a cette sensation pr&#233;cise de la menace, un souffle d'air, une violente &#233;claboussure. La sensation de soi produit &#233;galement des images, des images de soi qui, malgr&#233; leur pr&#233;cision, &#233;chappent &#224; l'enlisement dans l'anecdote autobiographique. C'est le r&#233;sultat visuel seul qui compte et non le pr&#233;texte d&#233;clencheur. Ici, par exemple, voit un profil humain transparent qui fait appara&#238;tre le dessin de la colonne vert&#233;brale. C'est qu'un jour, apr&#232;s le cours de Ta&#239;chi, l'artiste eut la claire sensation physique de cet indispensable pivot et cela se traduisit par une image fortement structur&#233;e. Et ces fr&#233;quents bonnets d'&#226;ne qui coiffent de vagues autoportraits, aussi dr&#244;les qu'impitoyablement lucides&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce fonds d'images, on l'a sugg&#233;r&#233;, rel&#232;ve &#233;galement d'une sorte de lanterne magique qui projetterait r&#233;guli&#232;rement au-dehors ces visions certes int&#233;rioris&#233;es mais tellement vivantes. Et Peter Kubelka a bien raison de rappeler que, fondamentalement, le cin&#233;ma n'est pas cet art du mouvement qu'on croit, mais bien la projection scand&#233;e d'une infinit&#233; d'images fixes. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le titre du pr&#233;sent ouvrage, Film. Ce qu'il y a aussi de tr&#232;s cin&#233;matographique dans les images d'Yves Chaudou&#235;t, outre le motif r&#233;current des &#233;crans, c'est le jeu de l'ombre et de la lumi&#232;re, du noir et du blanc. Pas une d'entre elles qui, de fa&#231;on manifeste ou plus discr&#232;tement, n'&#233;voque le halo de lumi&#232;re presque horizontal qui, dans les salles obscures, va du projecteur &#224; l'&#233;cran. Et ce transport d'image, c'est aussi ce que, d'une certaine mani&#232;re, joue l'artiste de sa plaque de zinc vers la feuille imprim&#233;e. Cela me rappelle &#233;galement cette &#233;dition de photographies qu'il r&#233;alisa en 1994 et qui, de mani&#232;re programmatique, s'intitulait Je ne fais que passer. Le titre figurait, comme &#233;crit &#224; la main, sur la premi&#232;re de couverture et, invers&#233; dans son report, sur la quatri&#232;me&#160;: l'exp&#233;rience de l'empreinte ne s'accomplit ainsi que de la source au support, la source elle-m&#234;me aliment&#233;e du feu de la m&#233;moire, de la pens&#233;e parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; Si, chez Yves Chaudou&#235;t, la pratique du monotype n'a gu&#232;re connu d'interruption depuis vingt-cinq ans environ, elle n'a pas non plus enregistr&#233; d'&#233;volution notoire, hormis peut-&#234;tre un soin plus particulier apport&#233; &#224; l'impression. On se trouve ainsi en pr&#233;sence d'une constante dans l'oeuvre, une sorte de basse continue qui, comme nous l'avancions plus haut, sert de liant &#224; l'ensemble d'une production par ailleurs fort prot&#233;iforme. Outre l'exercice du monotype, Yves Chaudou&#235;t est musicien (percussions classiques), peintre, photographe, performeur, vid&#233;aste, etc. Dans les ann&#233;es quatre-vingt, on le signale dans le Sud-Ouest comme restaurateur de fresques romanes puis, un peu partout dans le monde, comme voyageur imp&#233;nitent. Au peintre, on doit de grands tableaux de paysages &#224; l'esth&#233;tique minimale tant dans l'usage des couleurs (une pour le fond, une pour le motif, c'est tout) que de ce qui se donne &#224; voir (quelques signes, &#224; la limite de l'abstraction). Ses photographies montrent avec une grande pr&#233;cision d'infimes d&#233;tails de la nature (un peu de lichen, un champignon, telle pousse de pivoine), d'autres d&#233;tails encore qui concernent par exemple des erreurs de bricolage rep&#233;r&#233;es sur un meuble &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;hand made&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Transports, une vid&#233;o r&#233;alis&#233;e en 1995, montre des v&#233;hicules (un v&#233;lo, une voiture, un car, un camion&#8230;) traversant, de nuit, le pont de Tolbiac. La bande son y est con&#231;ue de telle mani&#232;re que les bruits ne correspondent pas aux types de v&#233;hicules. Ce ph&#233;nom&#232;ne de transport, dans tous les sens du terme, c'est peut-&#234;tre le fondement m&#234;me du travail. On en trouve une application suppl&#233;mentaire dans les Sonoguid&#233;es qu'il con&#231;oit en collaboration avec Anne De Sterk. Divers enregistrements (textes &#233;crits pour l'occasion, bribes d'&#233;missions de radio, etc.) sont distribu&#233;s sur plusieurs pistes sonores qui aboutissent &#224; des casques d'&#233;coute. On demande &#224; des volontaires de l'assistance de s'appliquer ces casques et de r&#233;p&#233;ter ce qu'ils y entendent. Le r&#233;sultat est inattendu et, paradoxalement, musical (r&#233;miniscence de John Cage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?). Dans l'apparente h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de ces activit&#233;s tous azimuts, les monotypes se posent donc dans la dur&#233;e et sans doute aussi comme garants d'un certain esprit. Et le fait que l'artiste ne parvienne pas &#224; trouver une forme d&#233;finitive &#224; leur monstration prouve &#224; quel point cette pratique est chez lui de nature quasi-organique, matricielle. On peut en effet les regarder dans leur forme premi&#232;re, la petite feuille dans la main&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut &#233;galement les pr&#233;senter dans un livre comme on le voit ici&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou bien encore sous l'apparence de reports agrandis sur b&#226;che et, pourquoi pas, sous forme de projection. Quel que soit le parti adopt&#233;, c'est l'ind&#233;cidabilit&#233; m&#234;me qui reste la marque de leur nature volatile et terriblement vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#10142; &#192; propos de ses photographies de d&#233;tails de la nature, Chaudou&#235;t &#233;voque souvent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le bord du chemin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est d&#233;j&#224; ce &#224; quoi Stendhal faisait r&#233;f&#233;rence quand, cherchant &#224; d&#233;finir l'activit&#233; romanesque, il citait Saint-R&#233;al&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Un roman&#160;: c'est un miroir qu'on prom&#232;ne le long d'un chemin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cette attention port&#233;e aux infimes pr&#233;sences, aux limites du visible, et qui est au coeur de la pratique des monotypes, s'inscrit dans une perspective plus g&#233;n&#233;rale, qu'on pourrait r&#233;sumer sous le terme, certes probl&#233;matique et imparfait, mais incontournable, de paysage. Si l'on d&#233;finit le paysage comme l'instance environnante qui donne sa mesure et sa situation au corps, l'ensemble des points qui permettent le regard, alors l'oeuvre d'Yves Chaudou&#235;t est r&#233;solument d'essence paysag&#232;re. Ainsi compris, le paysage est bien plus qu'un genre, un mode de repr&#233;sentation ou une entit&#233; de g&#233;ographie physique, c'est un rapport, autant dire une attitude. Et c'est une position tendue, faite de jouissance et d'inqui&#233;tude, celle du guetteur dont se revendique Andr&#233; Breton, mais un guetteur fragile, &#224; deux doigts toujours de manquer son sujet, qui caract&#233;rise le rapport au paysage dont il est question ici. Quand l'artiste, dans la r&#233;f&#233;rence constante &#224; Poussin, parle d'immersion (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;y &#234;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;), et non seulement pour ce qui concerne le visible imm&#233;diat, mais aussi les constructions d&#233;cal&#233;es, celles de la m&#233;moire v&#233;cue ou celles d'un imaginaire toujours revisit&#233;, il affirme le continuum de son exp&#233;rience du monde et qu'importe alors le moyen d'en rendre compte. Il n'est pas, en effet, jusqu'&#224; l'activit&#233; jardini&#232;re concr&#232;te qui ne puisse tenir lieu d'approche. Un motif revient souvent dans les monotypes, c'est la figure du poisson abyssal, ces incroyables cr&#233;atures qui vivent au fin fond des mers, hors de port&#233;e des hommes, sans lumi&#232;re, dans une temp&#233;rature glaciale et sous une pression ph&#233;nom&#233;nale. Dans ces conditions qui sont l'une des extr&#234;mes de la sph&#232;re du vivant, ils d&#233;veloppent d'&#233;tonnants moyens de survie. C'est l'id&#233;e de cela, l'exp&#233;rience intime de cette id&#233;e, qui hante Chaudou&#235;t. Le poisson abyssal repr&#233;sente bien ici la figure de l'inatteignable, cette conception ternaire de la r&#233;alit&#233; comprise entre ce qui est, ce que l'on voit, et ce qui est qu'on ne voit pas mais qui r&#233;sume et l'impossibilit&#233; scopique et l' illusion d'un regard trop confiant. C'est pour cette raison que le blanc haptique qui s&#233;pare l'acte de peindre de l'acte d'imprimer est bien le lieu du suspens, ce qu'on pourrait appeler une conscience flottante. Car ce que nous voyons, nous les regardeurs, dans les monotypes d'Yves Chaudou&#235;t, ce ne sont pas les signes aplatis d'un visible conventionnel, mais bien la nature m&#234;me, concr&#232;te et mat&#233;rialis&#233;e, du regard, forc&#233;ment insatisfait, de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marc Huitorel, Postface &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Film,&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une introduction</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Huitorel</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'&#339;uvre d'Yves Chaudou&#235;t est &#224; l'image du monde dont elle proc&#232;de&#160;: diverse, complexe, lisible, ind&#233;chiffrable, sombre, jubilatoire. Par ailleurs tr&#232;s attentive &#224; ce qui la constitue, &#224; l'esprit qui l'anime. Quiconque l'aborde se trouve rapidement confront&#233; &#224; la question des entr&#233;es. On peut alors tenter un premier classement, une souple mise en ordre, et pourquoi pas soumettre cette vivifiante profusion &#224; une sorte de taxinomie formelle, fond&#233;e par exemple sur de larges cat&#233;gories de&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#339;uvre d'Yves Chaudou&#235;t est &#224; l'image du monde dont elle proc&#232;de&#160;: diverse, complexe, lisible, ind&#233;chiffrable, sombre, jubilatoire. Par ailleurs tr&#232;s attentive &#224; ce qui la constitue, &#224; l'esprit qui l'anime. Quiconque l'aborde se trouve rapidement confront&#233; &#224; la question des entr&#233;es. On peut alors tenter un premier classement, une souple mise en ordre, et pourquoi pas soumettre cette vivifiante profusion &#224; une sorte de taxinomie formelle, fond&#233;e par exemple sur de larges cat&#233;gories de m&#233;diums&#160;:&lt;br class='manualbr' /&gt;- les peintures&#160;: les portraits &#224; l'huile, les monotypes, les gravures... les photographies&#8230;).&lt;br class='manualbr' /&gt;- les installations (un terme bien commode&#8230;)&#160;: poissons des grandes profondeurs et autres cr&#233;atures marines r&#233;alis&#233;es au Centre international d'art verrier (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CIAV&lt;/span&gt;) de Meisenthal, pieds de verre destin&#233;s &#224; faire l&#233;viter les objets, sa &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;table d'h&#244;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (sur une proposition de Pierre-Olivier Arnaud et St&#233;phane Le Mercier)&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;- le th&#233;&#226;tre et les films, c'est-&#224;-dire des formes o&#249; dominent soit la performance soit le r&#233;cit, soit les deux&#160;: conf&#233;rences concertantes, visites guid&#233;es&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;- les &#233;ditions&#160;: on en d&#233;nombre plus d'une vingtaine &#224; ce jour. La passion de l'artiste pour la litt&#233;rature, la po&#233;sie en particulier, trouve &#224; se mat&#233;rialiser ici dans la forme canonique du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient cependant, si l'on veut trouver le fil et le tenir, pointer ce qui relie les &#233;l&#233;ments multiples de ce grouillant univers, de croiser cette premi&#232;re nomenclature avec d'autres grilles de lecture. Insister par exemple sur la r&#233;currence de la peinture depuis les premiers portraits &#224; peine extirp&#233;s de leur gangue ombreuse jusqu'aux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;peintures bavardes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; o&#249; s'affirme le dessin porteur de clart&#233; (une sorte de ligne claire comme on dit pour la bande dessin&#233;e) et de joyeuse impertinence, d'autres portraits &#224; nouveau, plus graves, synth&#232;se m&#251;rie de la profondeur et de l'affleurement. Rappeler aussi que depuis l'&#226;ge de dix-sept ans, et longtemps sans savoir que &#231;a s'appelait ainsi, Yves Chaudou&#235;t produit des monotypes. Il parle &#224; leur sujet de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;photographies mentales&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tous proviennent d'une identique et minuscule plaque de zinc, 6 x 9cm et t&#233;moignent d'une prodigieuse virtuosit&#233;. Il s'agit l&#224; d'une v&#233;ritable base de donn&#233;es, &#224; la fois trace et r&#233;servoir de formes et d'atmosph&#232;res, d'histoires et de r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre sur la dialectique de l'ombre et de la lumi&#232;re, de l'obscur et du clair que s'enracine la coh&#233;rence de cette &#339;uvre voyageuse. Ce sont le noir et les visions nocturnes qui dominent dans les monotypes, visions hant&#233;es, sommeils de la raison, sourde menace. C'est un regard pr&#233;cis et tr&#232;s lucide, qui garde en m&#233;moire les r&#234;ves et les cauchemars de l'histoire (la figure tut&#233;laire de Paul Celan). C'est un point de vue sur le monde, r&#233;solument politique, praxis autant que po&#239;&#233;sis, y compris dans la r&#234;verie telle que la d&#233;clenchent les poissons abyssaux. Mais c'est, dans le m&#234;me temps &#8211;sans doute l'autre versant d'une identique vis&#233;e- et avec de plus en plus d'insistance, un combat sinon pour la clart&#233; du moins pour l'&#233;claircissement, l'ombre concentr&#233;e dans la pupille des yeux de ses beaux portraits r&#233;cents o&#249; le songe gagne peu &#224; peu sur le tourment. Ce mouvement du bas vers le haut, cette informe perturbation de l'ordonnance trompeuse, toute rechute possible, traverse l'&#339;uvre d'Yves Chaudou&#235;t dans son entier, y compris dans ses occurrences sc&#233;niques, des poissons des grandes profondeurs (dans leur nuit de cristal, litt&#233;ralement et en toute conscience de l'histoire) jusqu'&#224; ces objets tout juste sur&#233;lev&#233;s par leurs pieds de verre, comme flottants, d&#233;coll&#233;s de ce ras des p&#226;querettes o&#249; gisent le dangereux et le d&#233;non&#231;able, toutes choses entrevues, arrach&#233;es, d&#233;plac&#233;es, &#233;labor&#233;es par les moyens sp&#233;cifiques de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/IMG/media/docs/Huitorel2013Chaudouet.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger le texte (pdf)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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