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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>Agora, de Nicolas Milh&#233; (2011-2017), et autres lieux du politique</title>
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		<dc:date>2019-03-14T10:19:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Christin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des affiches et des statues faussement classiques, des gradins devant un miroir, des pyramides de bois ou de b&#233;ton, des enseignes lumineuses qui nous interpellent en latin, les drapeaux de pays &#233;ph&#233;m&#232;res ou jamais reconnus&#160;: depuis quelques ann&#233;es, les r&#233;alisations de Nicolas Milh&#233; semblent investir et subvertir syst&#233;matiquement les langages figuratifs et les lieux de la politique. Il n'est &#233;videmment pas le seul &#224; le faire et l'on pourrait &#233;voquer ici d'autres &#339;uvres, d'autres artistes,&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-25636" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des affiches et des statues faussement classiques, des gradins devant un miroir, des pyramides de bois ou de b&#233;ton, des enseignes lumineuses qui nous interpellent en latin, les drapeaux de pays &#233;ph&#233;m&#232;res ou jamais reconnus&#160;: depuis quelques ann&#233;es, les r&#233;alisations de Nicolas Milh&#233; semblent investir et subvertir syst&#233;matiquement les langages figuratifs et les lieux de la politique. Il n'est &#233;videmment pas le seul &#224; le faire et l'on pourrait &#233;voquer ici d'autres &#339;uvres, d'autres artistes, d'autres sc&#233;nographies qui poursuivent, &#224; premi&#232;re vue, les m&#234;mes ambitions. Mais son travail produit un effet particulier de familiarit&#233; et de d&#233;paysement dont ses cartes invers&#233;es (le Sud prenant la place du Nord, l'Est celle de l'Ouest, les oc&#233;ans celle des terres &#233;merg&#233;es) sont comme la m&#233;taphore et dont il faut rendre compte si l'on veut en comprendre la force d'&#233;vocation. Tout est l&#224;, presque reconnaissable et presque rassurant &#8211; les drapeaux, les assembl&#233;es, les pr&#233;sidents et les slogans &#8211; et pourtant rien n'est tout &#224; fait &#224; sa place&#160;: les drapeaux n'existent plus ou n'ont jamais vu le jour, les pr&#233;sidents semblent appartenir &#224; des sectes aux rites &#233;tranges, les slogans se disent dans une langue que nul ne parle plus. C'est avec ces anomalies, introduites &#224; dessein dans les &#233;l&#233;ments de langage aseptis&#233; de la politique moderne, que Nicolas Milh&#233; arrive &#224; rendre v&#233;ritablement visible ce qu'est l'activit&#233; politique ou l'activit&#233; de ceux qui s'y adonnent en professionnels, ce que sont les grandes id&#233;ologies et aspi-rations politiques du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ou les lieux physiques ou symboliques de la soci&#233;t&#233; politique. Il rend &#233;trange ce qui nous para&#238;t aller de soi alors m&#234;me que nous devrions nous en &#233;tonner tous les jours&#160;: pourquoi des drapeaux et des armoiries aujourd'hui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? pourquoi des h&#233;micycles et des gradins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? pourquoi toujours des hommes blancs, d'&#226;ge m&#251;r, en costume cravate sur fond de ciel bleu et de slogans lisses comme pr&#233;sidents&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cette fabrication de l'&#233;tranget&#233;, il faut donc revenir sur ce qu'ont &#233;t&#233; historiquement les mani&#232;res de faire voir la politique et les lieux de la politique et les options qui &#233;taient &#224; port&#233;e de main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir d&#233;sincarn&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cat&#233;gories de la pens&#233;e politique forg&#233;es par Aristote, et apr&#232;s lui par une tr&#232;s longue tradition philosophique, distinguaient le pouvoir d'un seul (la monarchie), le pouvoir de quelques-uns (l'aristocratie) et le pouvoir du plus grand nombre (la d&#233;mocratie). Long-temps confort&#233;es par une interpr&#233;ta-tion chr&#233;tienne qui voulait aussi ne voir qu'un seul monarque dans les Cieux, elles ont impos&#233; l'id&#233;e que le pouvoir royal ou princier avait pour lui l'&#233;vidence de la nature et la force d'une incarnation. Le Prince, le Roi ou le Tyran, &#233;taient la forme visible du pouvoir. Celle-ci pouvait alors se pr&#234;ter facilement &#224; d'infinies strat&#233;gies de repr&#233;-sentation et de c&#233;l&#233;bration dont l'histoire et l'histoire de l'art se sont empar&#233;es tr&#232;s t&#244;t, donnant naissance &#224; des &#233;tudes qui ont parfois &#233;t&#233; des jalons marquants de ces disciplines tels &lt;i&gt;Le Portrait du Roi &lt;/i&gt;(1981) de Louis Marin ou &lt;i&gt;The Fabrication of Louis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIV&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; (1992) de Peter Burke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Prince, le pouvoir d'un seul, la souve-raine-t&#233; du monarque, pouvaient ainsi &#234;tre repr&#233;sent&#233;s ou sugg&#233;r&#233;s &#224; travers des portraits (en pied, en buste, &#224; cheval, en gloire aux c&#244;t&#233;s de Dieu, de profil ou de face), des all&#233;gories (le prince en Jupiter, en Hercule, en Atlas portant le globe ou sur ses &#233;paules, en soleil de justice &#233;clairant le monde), des embl&#232;mes, des symboles, et des devises dans l'h&#233;raldique, les monnaies, les c&#233;r&#233;monies, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; un r&#233;pertoire immense &#8211; souvent complexe puisque propice aux combinaisons entre genres, styles, registres sacr&#233;s et profanes &#8211; mais qui fonctionnait en bonne part sur l'id&#233;e que la souverainet&#233; s'incarnait dans un corps physique et politique &#224; la fois et qu'elle &#233;tait donc figurable, pr&#233;sentable et repr&#233;sentable. C'est de ce r&#233;pertoire que sortirent les innombrables portraits au vif des souverains mais aussi ces images de corps politiques abstraits, sans r&#233;f&#233;rence &#224; une personne physique pr&#233;cise et dont la gravure de Abraham Bosse pour le frontispice du &lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt; de Thomas Hobbes &#233;tudi&#233;e par Horst Bredkamp reste le mod&#232;le. Le souverain est le corps ou la t&#234;te (&lt;i&gt;caput&lt;/i&gt;) de l'&#201;tat, qui peut donc &#234;tre repr&#233;sent&#233;, anim&#233;, mis en sc&#232;ne. Certaines images entrela&#231;aient ces deux corps, pour louer &#224; la fois le souverain concret, pr&#233;sent, mortel, unique, et la souverainet&#233; du roi, immortelle, comme dans les effigies de cire des c&#233;r&#233;monies fun&#233;raires des monarchies anglaises et fran&#231;aises et des ducs de Lorraine ou certains monuments fun&#233;raires&#160;: le Roi pouvait alors &#234;tre enterr&#233; et ne jamais mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle forme visible et signifiante donner dans ces conditions non au pouvoir d'un seul, mais au pouvoir du plus grand nombre, c'est-&#224;-dire aux d&#233;mocraties&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment donner &#224; voir ce qu'est la R&#233;publique, c'est-&#224;-dire un r&#233;gime caract&#233;ris&#233; par le libre choix de la forme du gouvernement mais aussi des gouvernants, dont la souverainet&#233; est souvent partag&#233;e, contr&#244;l&#233;e, provisoire et dont l'autorit&#233; ne vaut que pour autant qu'elle rencontre l'assentiment de ceux sur qui elle s'exerce par la loi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment signifier en m&#234;me temps la concurrence des gouvernants et leur participation solidaire au m&#234;me r&#233;gime, la lutte des int&#233;r&#234;ts et la poursuite de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, l'exaltation de la libert&#233; et la soumission volontaire de chacun &#224; la loi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux artistes ont relev&#233; ce d&#233;fi et propos&#233; des r&#233;ponses, parfois sublimes mais toujours imparfaites, conf&#233;rant du m&#234;me coup au enjeux esth&#233;tiques une place politique centrale, comme si la figuration de l'abstraction r&#233;publicaine, impossible &#224; enfermer dans un corps physique ou ima-ginaire, devait jouer un r&#244;le dans l'exp&#233;rience m&#234;me de la R&#233;publique et rendre celle-ci plus tangible, plus visible et donc plus pensable et plus d&#233;sirable. L'image de la R&#233;publique se cherche ainsi tout au long de l'histoire europ&#233;enne. On en peut en prendre pour exemple, l'essor des R&#233;publiques m&#233;di&#233;vales, qui s'est accompagn&#233; d&#232;s le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;&#160;&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle d'&#339;uvres majeures qui devaient dire et pr&#233;dire la R&#233;publique et ses accomplissements, marquer la ville et son territoire, mais aussi l&#233;gitimer le gouvernement du plus grand nombre face aux puissants du monde puisque longtemps ce r&#233;gime l&#224; n'allait pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ambrogio Lorenzetti dans les salles du Palazzo Pubblico de Sienne au milieu du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;&#160;&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Ghirlandaio au Palazzo Vecchio de Florence au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;&#160;&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la veille de disparition de la R&#233;publique avec le retour des Medicis, Donatello et Michel-Ange dans leurs David et bien d'autres encore, &#224; Venise, dans des villes allemandes ou suisses, ont ainsi fait de l'exp&#233;rimentation artistique une mani&#232;re de faire voir et de faire vivre la R&#233;publique, une invitation constante &#224; y penser et &#224; la penser, en un mot une philosophie politique en actes. Cette philosophie muette exaltait, on le sait, la paix, la prosp&#233;rit&#233; et la s&#233;curit&#233; rendues possibles par le &lt;i&gt;Bon Gouvernement&lt;/i&gt; (Lorenzetti), la vertu des citoyens sans laquelle le meilleur des r&#233;gimes se corrompt in&#233;luctablement (Ghirlandaio dans la sala dei Gigli), la libert&#233; de petites Cit&#233;s-&#201;tats face aux monarchies et aux Empires (les &lt;i&gt;David&lt;/i&gt; de Donatello et de Michel-Ange), la solidarit&#233; des citoyens au nom du Bien Commun, la noblesse, la justice et le d&#233;vouement de ceux qui pr&#233;f&#232;rent renoncer &#224; leur int&#233;r&#234;t personnel pour servir le bien de tous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;alisations, souvent destin&#233;es aux espaces publics (H&#244;tels de Ville, places publiques, salles de tribunaux, loggias&#8230;), &#233;taient visibles de tous et rappelaient aux citoyens de ces &#201;tats libres ce qu'&#233;tait le r&#233;gime qui prot&#233;geait leur libert&#233;. Chacun pouvait les contempler et mesurer ce que la libert&#233; exigeait de tous, d'autant plus facilement qu'elles s'adressaient aussi &#224; ceux qui ne pouvaient les entrevoir dans l'espace de la Cit&#233; en &#233;tant d&#233;multipli&#233;es au moyen de gravures, de frontispices de livre, de m&#233;dailles, de monnaies et de recueil d'embl&#232;mes dont le recensement et l'&#233;tude restent &#224; faire malgr&#233; les grandes enqu&#234;tes d&#233;j&#224; disponibles. Ces &#339;uvres, pourtant, fonctionnaient avant tout comme des pr&#233;dications silencieuses et &#233;loquentes &#224; la fois &#224; l'&#233;gard de ceux qui occupaient, pour un temps, les charges publiques, les admonestant sans cesse de se montrer &#224; la hauteur de la t&#226;che et des honneurs qui &#233;taient les leurs&#160;: les statues de la Justice, si fr&#233;quentes dans les Cit&#233;s-&#201;tats allemandes et suisses, faisaient ainsi face &#224; l'H&#244;tel de Ville&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles regardaient les juges et leur rappelaient qu'eux aussi ils &#233;taient sujets de la loi et donc tout autant jug&#233;s que juges. Servir librement un &#201;tat libre et faire de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral une r&#232;gle de conduite dans l'exercice des charges n'&#233;tait pas un mince engagement. Les signes de la libert&#233; s'ins&#233;raient en cela dans un contexte r&#233;publicain bien particulier, en bonne part d&#233;crit par John Pocock, Quentin Skinner ou Martin Van Gelderen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'artiste en r&#233;publicain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ruptures politiques du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;&#160;&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'essor d'un r&#233;publicanisme des droits, son exportation hors d'Europe vers l'Am&#233;rique et la naissance du r&#233;gime repr&#233;sentatif ne vont pas frapper d'obsolescence ce long travail d'exhumation, d'interpr&#233;tation et d'invention d'une esth&#233;tique sp&#233;cifique des r&#233;publiques et des r&#233;publicanismes. On pourrait en multiplier les exemples&#160;: la pr&#233;sence massive des exemples de d&#233;vou&#233;s romains dans les manuels scolaires et les images pour enfants tard dans le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle fran&#231;ais, le triomphe des all&#233;gories f&#233;minines de la R&#233;publique h&#233;rit&#233;es des mod&#232;les de la Charit&#233; en France, en Suisse, en Am&#233;rique Latine mais celui aussi des repr&#233;sentations de la R&#233;publique comme un corps composite fait du corps et des visages des citoyens et de leurs &#233;lus* ou encore la d&#233;monstration de la p&#233;rennit&#233; de la souverainet&#233; dans la succession m&#234;me des visages des pr&#233;sidents, des chanceliers ou des premiers ministres (comme dans ces galeries de portraits officiels que l'installation de Nicolas Milh&#233;&lt;i&gt; &#201;norme changement de derni&#232;re minute &lt;/i&gt;reprend et d&#233;tourne en 2013) montrent que la figuration du gouvernement r&#233;publicain continue bien de constituer un enjeu essentiel et un v&#233;ritable combat des r&#233;publicanismes modernes, qu'il est illusoire de vouloir r&#233;duire &#224; de la simple propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les termes et les fins en sont boule-vers&#233;s, comme le disent &#224; leur mani&#232;re le futur communard F&#233;lix Pyat en 1834 (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'Art est presque un culte, une religion nouvelle, qui arrive bien a propos, quand les Dieux s'en vont, et les rois aussi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) ou trente ans plus tard l'auteur, anonyme, d'un article sur les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Beaux-Arts comme &#233;ducateurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; paru dans &lt;i&gt;The Knickerbocker Or, New-York Monthly Magazine &lt;/i&gt;(&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nous trouvons le temps de nous consacrer au d&#233;veloppement local et &#224; la culture esth&#233;tique cette force, cette confiance nourrie par le r&#233;publicanisme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;). Au-del&#224; des questions et des pr&#233;occupations qui &#233;taient celles des Cit&#233;s-&#201;tats, des R&#233;publiques urbaines et des patriciats inspir&#233;s par les vertus antiques, mais en choisissant parfois d'en conserver certaines ressources symboliques, les nouveaux &#201;tats r&#233;publicains font l'exp&#233;rience de formes politiques in&#233;dites, souvent fragiles ou contest&#233;es, difficiles &#224; exprimer dans les mots et les images h&#233;rit&#233;s du pass&#233;, qui conf&#232;rent d'embl&#233;e au visuel une importance consid&#233;rable tout en dressant de lui des obstacles sans nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; l'instar de ce qui a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par Jann Pasler &#224; propos de la musique sous la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique et un r&#233;cent colloque sur les Marseillaises dans le monde, les arts figuratifs sont d&#233;sormais investis de la mission de d&#233;signer ou de rendre visibles au loin les ambitions que s'assignent les nouveaux pouvoirs, par exemple dans la figuration pr&#233;coce des devises qu'ils choi-sissent de se donner pour les exprimer sous une forme ramass&#233;e et programmatique&#160;: &lt;i&gt;La Libert&#233; ou la Mort&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233; &lt;/i&gt;en France&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;i&gt;Libert&#233; et ordre (Libertad y Orden) &lt;/i&gt;en Colombie &#224; partir de 1834 (sauf durant le r&#233;gime de Jo&#233; Maria Melo), &lt;i&gt;Libert&#233; &lt;/i&gt;au Venezuela &#224; partir de 1811 puis &lt;i&gt;Libert&#233;-Ind&#233;pendance &lt;/i&gt;surmontant &lt;i&gt;Dieu et F&#233;d&#233;ration&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut l&#233;gitimement tenir ici pour fondateur le moment historique du milieu du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, autour des r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1848, de l'&#233;mancipation politique de l'Am&#233;rique Ib&#233;rique et de la R&#233;forme au Mexique, au cours duquel des acteurs nombreux sont soudainement en mesure de mettre en pratique leurs id&#233;es et leurs id&#233;aux au sujet des enjeux esth&#233;tique du r&#233;publicanisme. En 1834, par exemple, la &lt;i&gt;Revue r&#233;publicaine &lt;/i&gt;publi&#233;e par Andr&#233; Marchais assurait que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tout artiste qui ne veut pas seulement vivre un jour, doit se rallier franchement au drapeau r&#233;publicain. C'est le seul drapeau po&#233;tique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La R&#233;volution repr&#233;sente ainsi &#224; la fois une occasion et une &#233;preuve. Pour comprendre ce qui s'y joue il faut donc revenir sur l'articulation de processus intimement li&#233;s&#160;: la d&#233;sincorparation du pouvoir des nations d&#233;mocratiques pour reprendre l'expression de Claude Lefort, qui parle d'une soci&#233;t&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;sormais vou&#233;e &#224; accueillir l'irrepr&#233;sentable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le basculement progressif et jamais total d'un r&#233;publi-canisme de la vertu &#224; un r&#233;publicanisme des droits qui conf&#232;re une place in&#233;dite aux constitutions &#233;crites et aux libert&#233;s individuelles, mais aussi la formation d'une nouvelle grammaire visuelle destin&#233;e &#224; faire aper-cevoir &#224; la fois un corps politique invisible et les droits des citoyens. En France, en Suisse ou au Mexique, notamment, les arts figuratifs jouent donc un r&#244;le d&#233;termi-nant dans des contextes &#224; la fois dissemblables et proches, marqu&#233;s par le retour ou -l'inauguration de r&#233;gimes r&#233;publicains et par les exp&#233;riences d&#233;mocratiques du suffrage universel, des mouvements de lib&#233;ration, de la r&#233;daction et de l'adoption de constitutions &#233;crites ambitieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arts figuratifs doivent tout d'abord l&#233;gitimer les nouveaux pouvoirs, justifier leurs dirigeants, esquisser le futur politique et ses promesses incertaines ou impossibles, puisque la R&#233;volution ou la R&#233;publique sont &#224; la fois attaqu&#233;es de toutes parts et sans cesse d&#233;pass&#233;es par les attentes qu'elles suscitent elles-m&#234;mes et somm&#233;es de r&#233;pondre &#224; des demandes de justice, d'&#233;galit&#233;, de reconnaissance que seule la libert&#233; peut engendrer. Pour r&#233;pondre &#224; l'hostilit&#233; des uns et &#224; l'impatience des autres, certaines &#339;uvres majeures se pr&#233;sentent ainsi comme des proph&#233;ties ou des th&#233;odic&#233;es, qui annoncent l'avenir, ou comme des galeries de portraits offrant au regard de tous les traits des dirigeants et invitant chacun &#224; p&#233;n&#233;trer dans les coulisses d'un pouvoir qui ne se cache plus et n'a plus rien de secret puisqu'il est exerc&#233; au nom du peuple, ou encore comme des mises en image de la sup&#233;riorit&#233; et de l'universalit&#233; de la loi, monumentalis&#233;e et &#233;ternis&#233;e sur le mod&#232;le du D&#233;calogue pour manifester la rupture avec l'arbitraire monarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exprimer et rendre visibles &#224; tous les principes et les ambitions qui fondent le r&#233;gime r&#233;publicain et le distinguent des gouvernements arbitraires qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ou combattu n'est pas le seul d&#233;fi que l'art et les artistes doivent alors relever. Ils sont &#233;galement invit&#233;s &#224; faire exister l'espace nouveau de la confrontation politique d&#233;mocratique qui voit alors le jour, c'est-&#224;-dire un espace public qui n'est plus celui de l'acclamation du pouvoir et des anciennes places royales, et &#224; organiser celui-ci. Ils font &#224; leur fa&#231;on advenir cet espace public qui n'est ni un monopole, ni une propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais un espace commun des citoyens, o&#249; chacun jouit th&#233;oriquement d'un droit &#233;quivalent &#224; prendre la parole et o&#249; nul n'ignore la loi. Avec lui, ils doivent imaginer de nouvelles architectures morales pour abriter la repr&#233;sentation nationale, en rupture compl&#232;te avec les assembl&#233;es et les conseils d'Ancien R&#233;gime, et concevoir des lieux capables d'abriter des parlements conforme aux ambitions d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gouvernement du peuple par le peuple&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour reprendre les termes d'Abraham Lincoln. Au fond, ils doivent faire voir ce qu'est la souverainet&#233; du peuple dans des configurations bien diff&#233;rentes de celles des exemples historiques de d&#233;mocratie directe longtemps &#233;rig&#233;s en mod&#232;les et donner forme politique &#224; un corps politique immense et qui ne peut, sauf exception notamment en Suisse, jamais &#234;tre r&#233;uni physiquement en un lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les artistes sont amen&#233;s &#224; inventer ou &#224; favoriser des formes d'adh&#233;sion et de mobilisation des peuples quitte &#224; essentialiser ceux-ci&#160;: certains c&#233;l&#232;brent ainsi un peuple id&#233;al, unanime et vertueux, soucieux de jouer le r&#244;le qui lui revient d&#233;sormais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autres illustrent et imaginent des formes sp&#233;cifiques de culte pour reprendre l'expression de F&#233;lix Pyat, d&#233;tournant les codes de l'image religieuse vers d'autres destinataires de la ferveur pour illustrer f&#234;tes, cort&#232;ges et autres c&#233;r&#233;monies du consensus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autres encore &#233;difient des lieux de m&#233;moire nouveaux, qui doivent conserver le souvenir des luttes et des h&#233;ros de la libert&#233; et obliger les citoyens du futur &#224; en imiter les vertus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, les textes et les images abondent, qui relient explicitement &#233;v&#232;nements politiques et innovations artistiques. En 1848, une vibrante invitation est lanc&#233;e aux artistes pour qu'ils soient candidats aux &#233;lections en vue de la Constituante de 1848 car &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les arts ont une importance capitale dans un &#201;tat. Leur puissance d'initiation est immense. Tous les artistes sont des po&#232;tes, et po&#232;te veut dire proph&#232;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cet appel ne reste pas sans cons&#233;quences, puisqu'un concours des figures de la R&#233;publique est rapidement, qui rencontre un grand succ&#232;s. Un an apr&#232;s, l'&lt;i&gt;Avant-Garde&lt;/i&gt; s'inscrit encore dans la veine proph&#233;tique pour distinguer deux principes ou deux faces de l'art&#160;: l'une qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;porte l'empreinte de l'individualisme&#160;: c'est l'&#233;tat actuel des choses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la seconde l'empreinte de la fraternit&#233;, c'est l'avenir (&#8230;) c'est l'art en vue d'un enseignement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Fonder un art d'avenir, r&#233;publicain et formateur, soucieux de solidarit&#233;, suppose donc ici de renoncer &#224; l'art pour l'art, autrement dit &#224; la lutte sp&#233;cifique des artistes pour leur propre libert&#233;. Pr&#232;s d'une g&#233;n&#233;ration plus tard, en 1863, dans le contexte du Second Empire et de ses proc&#232;s contre les artistes et les litt&#233;rateurs (proc&#232;s de Baudelaire et de Flaubert en 1857), le &lt;i&gt;Dictionnaire g&#233;n&#233;ral de la politique &lt;/i&gt;de Maurice Block propose une longue citation de Louis Blanc pour qualifier les Girondins&#160;: ce sont des artistes, c'est-&#224;-dire au fond de r&#234;veurs g&#233;n&#233;reux et d'id&#233;alistes. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ce furent des artistes &#233;gar&#233;s en politique (&#8230;). Artistes, ils durent aimer la libert&#233;, sous les traits d'une femme jeune, belle et forte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; artistes, ils durent fonder la r&#233;publique, telle qu'elle se dressait devant eux, &#224; Rome et dans Ath&#232;nes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#192; sa mani&#232;re, Blanc souligne ainsi l'influence des arts sur la mani&#232;re de concevoir et d'&#233;difier la R&#233;publique, le r&#244;le des all&#233;gories, le poids des mod&#232;les antiques, mais aussi les effets de la division sociale du travail, qui permet finalement d'affirmer que l'artiste s'&#233;gare en politique. On comprend alors pourquoi, apr&#232;s le moment cl&#233; des R&#233;volutions de 1830 et de 1848 en France, ces c&#233;l&#233;brations et ces aspirations n'aboutissent jamais totalement, comme si l'autonomie de l'art et le travail de consolidation r&#233;publicaine rendaient impossible ou &#233;ph&#233;m&#232;re la construction artistique de la R&#233;publique et de l'id&#233;al r&#233;publicain et, sauf exception, in&#233;vitable la m&#233;fiance r&#233;ciproque des avant-gardes politiques et artistiques&#160;: les deux univers sont trop &#233;loign&#233;s, malgr&#233; les espoirs d'&#233;mancipation mutuelle, et finalement la R&#233;publique ne fait entrer aucun artiste au Panth&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le cas fran&#231;ais, d&#233;sormais bien connu, ne peut &#234;tre universalis&#233; qu'au prix de l'oubli de ce qui historiquement a &#233;t&#233; entrepris pour justement le constituer en mod&#232;le, qu'il s'agisse de la R&#233;publique, des droits de l'Homme, ou de l'autonomisation de la condition artiste. Nous savons aujourd'hui que cette singularit&#233; est trompeuse et qu'elle imprime un double biais &#224; la compr&#233;hension des th&#233;ories r&#233;publicaines et des choix artistiques qu'elles inspirent, qui nous fait minimiser par exemple les formes particuli&#232;res de l'esth&#233;tique r&#233;publicaine sud-am&#233;ricaine, qui ne poursuit pas n&#233;cessairement un travail de rupture avec le catholicisme, ou les enjeux du f&#233;d&#233;ralisme suisse dans la mani&#232;re de repr&#233;senter le corps politique ou encore les conditions historiques de circulation et de r&#233;interpr&#233;tation des r&#233;ponses visuelles au d&#233;fi de la figuration du gouvernement du plus grand nombre. M&#234;me si la singularit&#233; de l'exp&#233;rience fran&#231;aise et de l'h&#233;ritage r&#233;vol-utionnaire ne fait aucun doute, l'histoire des formes r&#233;publicaines ne se r&#233;duit nulle-ment &#224; cette matrice. Elle conjugue, au contraire, des traditions tr&#232;s diff&#233;rentes, qui entretiennent entre elles des relations qu'il faut explorer en d&#233;tail pour en comprendre les enjeux contemporains. Tout indique en effet qu'il n'est plus aujourd'hui possible de proposer un narratif unique qui d&#233;crirait l'histoire rectiligne d'une seule R&#233;publique, aux principes universellement connus, dont il suffirait de montrer le lent accouchement th&#233;orique et historique&#160;: les R&#233;publicanismes et les R&#233;publiques sont objets de discussions, de confrontations, de conflits entre des aspirations et des traditions diff&#233;rentes qui dialoguent et souvent s'opposent sur ce que doit &#234;tre, justement, la R&#233;publique. Il en va de m&#234;me pour la circulation des choix artistiques que seul un regard superficiel peut r&#233;duire &#224; la copie effr&#233;n&#233;e par les p&#233;riph&#233;ries culturelles de mod&#232;les venus du centre parisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Milh&#233; et le d&#233;paysement critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ayant &#224; l'esprit cette histoire si longue et si diversifi&#233;e de la construction artistique de la Res Publica que l'on peut prendre, en partie, la mesure de la port&#233;e des images et des installations de Nicolas Milh&#233;. Car on pourrait ici reprendre syst&#233;matiquement quelques-unes des questions que soul&#232;vent ses interventions &#224; propos de notre mani&#232;re de penser la politique et d'agir dans l'espace publique, qu'elle semblent &#224; la fois porter au jour, d&#233;tourner, subvertir et convertir en v&#233;ritable outil de reconqu&#234;te citoyenne, pour montrer qu'elles r&#233;investissent les lieux communs essentiels de la pens&#233;e r&#233;publicaine et d&#233;mocratique d&#233;battus depuis les cit&#233;s antiques et m&#233;di&#233;vales. L'artiste n'a pas besoin de philosopher dans les livres pour &#234;tre un philosophe politique comme le disait Skinner &#224; propos de Lorenzetti&#160;: il lui suffit ici de faire de ses interventions l'occasion de se demander ce qu'est, justement, une intervention publique, une &#339;uvre d'art dans cet espace que nous qualifions sans y penser vraiment d'espace publique, ou encore un public qui n'est pas seulement un agr&#233;gat anonyme de consommateurs. Et les questions ne manquent pas. Qu'est-ce que la continuit&#233; de l'&#201;tat et de la loi lorsque ceux qui les incarnent se succ&#232;dent r&#233;guli&#232;rement, changent de discours et de perspectives et se pr&#233;sentent parfois comme les h&#233;rauts de bouleversements profonds (S&#233;rie de portraits de pr&#233;sidents en 2013)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quel est le v&#233;ritable visage du peuple souverain et du l&#233;gislateur et que nous dit-il des bornes de la citoyennet&#233; (&lt;i&gt;Montaigne,&lt;/i&gt; statue pour le Palais de Justice de Bordeaux, 2014)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que repr&#233;sente encore l'id&#233;al r&#233;publicain dans une soci&#233;t&#233; que sapent les in&#233;galit&#233;s croissantes, la s&#233;cession des puissants, le triomphe des march&#233;s qui s'affranchissent des gouvernements souverains et que signifie son invocation constante alors m&#234;me que nous observons les progr&#232;s d'un d&#233;senchantement d&#233;mocratique funeste qui se manifeste ici dans l'abstention, l&#224; dans la progression des nationalismes (&lt;i&gt;Respublica,&lt;/i&gt; 2009)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce qu'une assembl&#233;e poli-tique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce que l'architecture particuli&#232;re des lieux o&#249; elle se r&#233;unit nous dit de sa composition et de son fonctionnement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que voit-on vraiment dans l'h&#233;micycle, cette invention r&#233;cente qui emprunte au th&#233;&#226;tre une mani&#232;re de faire asseoir des d&#233;l&#233;gu&#233;s, de les rendre parfaitement &#233;gaux au regard de la construction de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, de les mettre en spectacle, et comment en corriger les effets d&#233;sormais bien connus d'&#233;loignement entre &#233;lus et &#233;lecteurs, en professionnels de la politique et citoyens (&lt;i&gt;Agora,&lt;/i&gt; 2011)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons cette Agora et prenons-y notre place un instant. De quoi s'agit-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des gradins et d'un immense miroir de m&#234;me dimension, dispos&#233;s en vis-&#224;-vis, sans perchoir, sans pupitre, sans point vers lequel devraient converger tous les regards. Avec ce projet d'installation, en partie r&#233;alis&#233; en 2017 dans la cour d'honneur de l'Universit&#233; de Lyon, Nicolas Milh&#233; s'empare encore de la question du politique, pour en reprendre et subvertir le langage, les codes, les usages symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas sa premi&#232;re intervention en la mati&#232;re mais avec cette &lt;i&gt;Agora,&lt;/i&gt; que ne fr&#233;quente pour l'instant qu'un chien isol&#233; qui sugg&#232;re &#224; la fois la mesure de l'&#339;uvre et le vide d'un espace qui devrait &#234;tre celui o&#249; se regroupent des dizaines de personnes, Nicolas Milh&#233; soul&#232;ve en effet une question centrale des syst&#232;mes d&#233;mocratiques &#8211; celle de la repr&#233;sentation &#8211; que le discours et la pratique politiques courantes occultent ou ensevelissent sous les routines et les abus de langage. Il nous invite par ce dispositif en ab&#238;me &#224; nous interroger sur ce que nous ne pensons plus en citoyens, captiv&#233;s comme nous le sommes par de fausses &#233;vidences qui nous font tenir pour allant de soi des r&#232;gles, des principes, des organisations contingentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa nouvelle installation est en effet une architecture morale&#160;: un dispositif qui doit rendre visibles les formes et les fins particuli&#232;res assign&#233;es &#224; la vie politique et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la repr&#233;sentation nationale. Mais elle est si diff&#233;rente des architectures politiques auxquelles nous sommes habitu&#233;s et notamment de l'h&#233;micycle qui s'est largement impos&#233; depuis la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;&#160;&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle comme la disposition la plus commune des Parlements propres aux r&#233;gimes repr&#233;sentatifs, qu'elle nous surprend. Car il n'est pas question ici de disposer en &#233;ventail ceux qui prennent place sur les gradins sous le regard d'un observateur unique &#8211; le l&#233;gislateur &#8211; qui assigne &#224; chacun une &#224; la fois position spatiale et un positionnement politique&#160;: &#224; gauche, au centre, &#224; droite, comme c'est le cas depuis la R&#233;volution fran&#231;aise. Ceux qui sont assis sur les gradins d'Agora le sont sous leurs propres regards&#160;: ils se voient eux-m&#234;mes, s'observent et se regardent en train de s'observer, faisant ainsi l'exp&#233;rience d'un &#233;change &#233;galitaire et collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif nous entra&#238;ne alors dans une r&#233;flexion critique essentielle pour l'avenir des pratiques d&#233;mocratiques. Car il vient rappeler qu'une Agora n'est pas une vague place publique ou un espace de rencontre dans un centre commercial, mais &#224; la fois le lieu et l'institution de la naissance de la d&#233;mocratie. Nous en faisons tous partie et nous devrions inlassablement nous demander ce qu'est cet espace du politique et le r&#244;le de ceux qui l'occupent avec nous ou pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; en miroir nous invite ainsi &#224; nous demander ce qui constitue v&#233;ritablement une repr&#233;sentation politique juste ou d&#233;mocratique, si elle doit forc&#233;ment nous ressembler et &#234;tre &#224; l'image des mille visages de notre soci&#233;t&#233;, un miroir de celle-ci en somme, ou si elle peut reposer sur des professionnels qui nous repr&#233;sentent autrement, si&#232;gent pour nous et d&#233;cident en notre nom. Elle est mise en question de ce que le fonctionnement des r&#233;gimes repr&#233;sentatifs et la d&#233;l&#233;gation par le peuple souverain de la fabrication de la loi &#224; des repr&#233;sentants de plus en plus professionnalis&#233;s et diff&#233;rents sociologiquement de ceux qui les d&#233;signent ont peu &#224; peu produit&#160;: une repr&#233;sentation politique qui n'est pas repr&#233;sentative. &lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; soul&#232;ve par l&#224; quelques-unes des questions essentielles au c&#339;ur des th&#233;ories d&#233;mocratiques les plus suggestives du moment&#160;: la critique contemporaine des &#233;lections, la d&#233;nonciation des impasses du r&#233;gime repr&#233;sentatif classique qui favorise la production et la reproduction d'une &#233;lite conform&#233;ment &#224; ce qu'Aristote ou Montesquieu avaient soulign&#233;, et surtout la r&#233;&#233;valuation croissante de la pertinence du tirage au sort des citoyens pour &#234;tre d&#233;put&#233;s, s&#233;nateurs, conseillers municipaux pour remplacer -l'aristocratie des &#233;lus. L'installation de Nicolas Milh&#233; nous fait ainsi retrouver la forme politique de la d&#233;mocratie directe &#8211; les citoyens prennent directement part dans l'Agora aux d&#233;cisions qui les concernent &#8211; et consid&#233;rer &#224; nouveau notre pr&#233;sence dans la Cit&#233; comme l'une de nos obligations principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'assoir sur les gradins de l'&lt;i&gt;Agora&lt;/i&gt; moderne de Nicolas Milh&#233; et nous voir si&#233;ger nous m&#234;mes dans ce lieu du d&#233;bat public et politique pour comprendre l'urgence d&#233;mocratique qu'il r&#233;v&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* http://&lt;a href=&#034;http://www.bbc.com/future/story/20171018-this-is-the-face-of-the-average-american-politician&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.bbc.com/future/story/20171018-this-is-the-face-of-the-average-american-politician&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.dda-nouvelle-aquitaine.org/IMG/media/docs/Nicolas-Milhe_Gracias-por-todo_estetica-y-republica_2018-2019.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&gt; Consulter le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDF&lt;/span&gt; du catalogue &lt;i&gt;Gracias por todo - est&#233;tica y respublica,&lt;/i&gt; 2018-2019.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Gracias-por-todo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&gt; Documentation de l'exposition &lt;strong&gt; Gracias por todo &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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