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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
	<language>fr</language>
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<item xml:lang="fr">
		<title>Laurent Kropf - Interview</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Laurent-Kropf-Interview</link>
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		<dc:date>2013-11-05T14:48:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aline Guberan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le travail de Laurent Kropf se pr&#234;te &#224; de multiples lectures dans lequel chacun puise des r&#233;f&#233;rences qui lui sont propres. Laurent, comment envisagez-vous la part de subjectivit&#233; du spectateur dans votre travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je n'adh&#232;re pas enti&#232;rement &#224; cette affirmation de base. Enfin... il me semble que le syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence est souvent r&#233;v&#233;l&#233; au spectateur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par un titre, un texte. J'essaye souvent de prendre la m&#233;diation &#224; mon compte, ce qui me fait peur parfois, car je ne veux pas &#234;tre&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-critiques-25559" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le travail de Laurent Kropf se pr&#234;te &#224; de multiples lectures dans lequel chacun puise des r&#233;f&#233;rences qui lui sont propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurent, comment envisagez-vous la part de subjectivit&#233; du spectateur dans votre travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'adh&#232;re pas enti&#232;rement &#224; cette affirmation de base. Enfin... il me semble que le syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence est souvent r&#233;v&#233;l&#233; au spectateur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par un titre, un texte. J'essaye souvent de prendre la m&#233;diation &#224; mon compte, ce qui me fait peur parfois, car je ne veux pas &#234;tre ma&#238;tresse d'&#233;cole. Mais c'est aussi un bon exercice, d'&#234;tre le spectateur de ses propres pi&#232;ces, et d'&#233;crire &#224; leur sujet. Bien s&#251;r, on ne donne pas toutes les cartes en main au spectateur pour qu'il comprenne le travail comme l'artiste l'a imagin&#233;. La partie r&#233;serv&#233;e &#224; la subjectivit&#233; du spectateur est sans doute la definition m&#234;me de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; cela s'ajoute une volont&#233; de communication. Et pour communiquer, il faut s&#233;duire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a donc une forme, une approche esth&#233;tique de l'&#339;uvre qui vient &#224; la fin du processus de r&#233;flexion de l'artiste, mais qui est la premi&#232;re chose qui frappe le spectateur, donc qui ne laisse pas forc&#233;ment de place &#224; sa subjectivit&#233;. Elle joue un peu le r&#244;le de polies salutations &#224; l'amorce d'un dialogue. Ensuite, soit on se contente de parler du beau temps et des carottes qui n'ont plus de go&#251;t, soit on s'investit dans la discussion en entamant une r&#233;flexion avec son interlocuteur. Mais c'est l'artiste qui m&#232;ne la r&#233;flexion, car c'est lui qui pose les questions. Et les questions ne sont pas tr&#232;s claires, parce qu'elles n'utilisent que rarement le langage, ou alors de mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e. Parler &#224; la subjectivit&#233; du spectateur, c'est alors &#233;viter l'&#233;cueil de l'idiotie. C'est &#233;viter le genre de choses qui font directement pol&#233;mique, comme cette pi&#232;ce de Hirschorn qui repr&#233;sentait un conseiller f&#233;d&#233;ral en position inconfortable avec un &#226;ne&#160;: cette &#339;uvre n'a fait r&#233;fl&#233;chir quiconque. Le populisme de la d&#233;marche a discr&#233;dit&#233; pour un temps tout le syst&#232;me de subvention de la culture par l'&#201;tat, ce qui est un moindre mal. De l'autre c&#244;t&#233;, je n'ai pas l'impression qu'il ait discr&#233;dit&#233; l'artiste, bien au contraire. C'est troublant... et idiot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre extr&#234;me serait de dire, comme on l'entend souvent, que chacun peut voir ce qu'il veut dans une &#339;uvre d'art. Et c'est un constat que beaucoup de gens font sur tout&#160;: les chiffres, les d&#233;p&#234;ches de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AFP&lt;/span&gt;, les textes sacr&#233;s, etc... C'est le signe d'une soci&#233;t&#233; qui a arr&#234;t&#233; de r&#233;fl&#233;chir, renonc&#233; &#224; comprendre, voire &#224; apprendre. C'est terriblement d&#233;sabus&#233;... et idiot.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour conclure, il y a une chanson des &lt;i&gt;Kills,&lt;/i&gt; reprise de Gainsbourg, qui dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Call it hate, call it love, I call it art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Je crois, en quelque sorte, que &#231;a pourrait r&#233;sumer ma r&#233;ponse. J'ai commenc&#233; par la finalit&#233;, la r&#233;ception de l'&#339;uvre &#224; la place de questionner l'origine de votre d&#233;marche et son cheminement. Par analogie, pourrait-on dire que la part d'histoire - r&#233;elle ou fictive - contenue dans votre travail fonctionne sur le m&#234;me mode, une red&#233;couverte dirig&#233;e (ou non)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part d'histoire, dans mon travail, sert d'abord de pr&#233;texte &#224; la mise en place d'une narration. En fran&#231;ais, on dit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;raconter une histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour endormir les enfants, le fait de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;raconter l'Histoire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (avec sa grande hache, comme dit P&#233;rec) ayant plut&#244;t tendance &#224; emp&#234;cher le sommeil, celle-ci n'ayant pas de chute. Lorsque l'Histoire a une chute, il faut s'en m&#233;fier, car &#224; ce moment-l&#224;, on bascule dans le mythe. Il y a alors les mythes largement accept&#233;s comme all&#233;gories universelles, et ceux, plus modernes, qui ont une port&#233;e historique, c'est-&#224;-dire charg&#233;s au niveau id&#233;ologique. C'est le cas par exemple des mythes fondateurs d'une nation. La Suisse, pour prendre l'exemple que je connais&#160;: vous conviendrez que la naissance de ce pays est un peu plus complexe que les historiettes que nous avons apprises &#224; l'&#233;cole, sur trois Waldstaetten se r&#233;unissant sur une prairie, levant trois doigts (chacun) et fondant par ce geste une nation ind&#233;pendante et neutre. C'est dans ce d&#233;calage qu'il y a mati&#232;re &#224; investigation, car il se trouve encore des gens pour se r&#233;unir un 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;ao&#251;t sur la prairie du Gr&#252;tli pour comm&#233;morer cela&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi bien des conseillers f&#233;d&#233;raux - on y revient - que des &lt;i&gt;skinheads&lt;/i&gt;. Je trouve cela aussi path&#233;tique que g&#233;nial&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et y trouve donc mati&#232;re &#224; cr&#233;er. Mais je ne crois pas qu'il y ait red&#233;couverte, ni m&#234;me d&#233;couverte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit plus d'un jeu avec les traces historiques ou culturelles, qui parfois &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;remet l'&#233;glise au milieu du village&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et d'autres fois la rel&#232;gue en banlieue o&#249; elle sera peut-&#234;tre tour &#224; tour incendi&#233;e, tagu&#233;e, ou symbole d'int&#233;gration... En fait, ce qui me d&#233;sole le plus, c'est quand l'Histoire est utilis&#233;e pour d&#233;finir une identit&#233; nationale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;, on est en pr&#233;sence d'une red&#233;couverte dirig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre prochaine publication &#224; para&#238;tre, &#034;Le Vieux P&#232;re&#034;, porte pourtant les &#034;stigmates&#034; d'une red&#233;couverte dirig&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ne serait-ce qu'une exp&#233;rimentation purement formelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vieux P&#232;re est un ouvrage qui regroupe une partie de ma collection de photographies de groupes. Sur chacune, une forme blanche a &#233;t&#233; ajout&#233;e apr&#232;s l'impression pour isoler la figure portant les attributs d'une certaine domination ou autorit&#233; sur les autres personnes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit parfois d'une simple question d'&#226;ge ou de position. Celui que j'ai appel&#233; le vieux p&#232;re &#8211; il y a peu de femmes, mais il ne s'agit pas l&#224; d'un choix &#8211; se retrouve seul, entoure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? d'une nu&#233;e blanche structur&#233;e par la forme du groupe et par quelques &#233;l&#233;ments architecturaux ou naturels ayant servi de d&#233;cor &#224; la mise en sc&#232;ne de ce court instant. Ces personnages sont de petites gens, anonymes, des vies minuscules faisant autorit&#233; sur un groupe restreint&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a un c&#244;t&#233; local dans ces images qui me fascine - famille, soci&#233;t&#233;s sportives, choeurs, paroisses, etc... La pr&#233;sence du photographe indique l'importance du moment, et les sels d'argent font le reste pour fixer ces personnes dans le temps. La figure g&#233;om&#233;trique, si elle masque, rel&#232;ve de la r&#233;v&#233;lation d'une structure plus que d'une censure. Elle met un cadre autour de ce patriarche, le s&#233;pare de son groupe d'influence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est donc le regard qui est, en effet, dirig&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le spectateur sait ce qui lui est enlev&#233;. Le regard est concentr&#233;, le groupe continuant &#224; exister en tant que structure organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A l'image de vos photographies de groupes, nous retrouvons aussi un important travail de recueil dans votre s&#233;rie &lt;i&gt;The Words&lt;/i&gt;. Si la dimension sociale et humaine - toujours sous-jacente dans ce corpus d'oeuvres - est un prolongement direct de vos sources, quel(s) rapport(s) entretenez-vous avec l'acte de collectionner et comment se retranscrit-il dans votre travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acte de collectionner est sur bien des points analogue &#224; l'acte de cr&#233;er. Les deux sont dilat&#233;s dans le temps et ont un but assez flou au commencement. Si je prends l'exemple de &lt;i&gt;Pr&#233;sentation d'une collection,&lt;/i&gt; cette accumulation d'images de bandes- annonces de films a commenc&#233; lorsque j'&#233;tais encore &#224; l'&#233;cole. Je projetais alors d'en tirer des peintures, puis suis pass&#233; par toutes sortes de projets. J'&#233;tais alors r&#233;ticent &#224; l'id&#233;e de les utiliser pour ce qu'elles &#233;taient, de simple captures d'&#233;cran. Durant 8 ans j'ai archiv&#233; toutes ces bandes-annonces sans savoir le moins du monde ce qu'elles deviendraient&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'&#233;tais persuad&#233; que quelque-chose pouvait en &#234;tre tir&#233;. La s&#233;rie en cours &lt;i&gt;The Words &lt;/i&gt; d&#233;coule de la m&#234;me source d'images. Ce sont des &#233;valuations de films concoct&#233;es par la &lt;i&gt;Motion Pictures Association of America &lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces ratings sont en fait des transcriptions en mots d'images &#224; &#034;contenus explicites&#034;. Y apparaissent parfois des choses joliment dites. En peinture, elles servent en g&#233;n&#233;ral de sous-titres &#224; d'autres pi&#232;ces&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Gen&#232;ve, j'en ai fait une devanture pour l'espace Piano Nobile. Elle dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;For momentary language&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de collectionner implique aussi que le travail sera long, parce qu'il faut du temps pour r&#233;unir un nombre satisfaisant d'objets. La diff&#233;rence avec les autres travaux est peut-&#234;tre que l'acte d'achat vient avant la finalisation mentale du travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et qu'il faut faire avec des &#233;l&#233;ments qui sont pr&#233;sents d&#232;s le d&#233;part. Alors que normalement, on fait plut&#244;t &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;quelque-chose &#224; partir de rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, pour reprendre le titre d'un article de John Miller qui m'a interpell&#233; durant mes &#233;tudes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;crivait au sujet d'une intervention de Xavier Veilhan, qui avait mont&#233; un tour de potier m&#251; par un scooter. Et il faisait lui-m&#234;me des poteries compl&#232;tement rat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je rebondis sur votre remarque, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;faire quelque chose &#224; partir de rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. S'il y a dans ce constat une r&#233;f&#233;rence &#224; la puissance de cr&#233;ation, y a-t-il lieu d'en parler ici dans ses r&#233;sonances bibliques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je pense notamment &#224; votre derni&#232;re installation &#224; l'Espace Curtat et au retable qui abrite &#034;Pr&#233;sentation d'une collection&#034;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ressortait surtout de cette phrase, c'est une dimension ironique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le point de rencontre entre la cr&#233;ation et la production. L'artisan cr&#233;ant avec des outils de grande consommation (le scooter, l'essence) un produit artisanal dont l'imperfection est la valeur ajout&#233;e au simple bloc de terre de d&#233;part. Laquelle (la valeur ajout&#233;e) prend d'autant plus d'ampleur si l'artisan se dit artiste et que ses produits se vendent sur un autre march&#233; que le march&#233; du samedi matin. A moins d'&#234;tre vraiment &#224; c&#244;t&#233; de la plaque, le &#034;rien&#034; n'a pas d'existence dans la cr&#233;ation. Il y a toujours un pr&#233;texte &#224; cr&#233;er (produire). Que ce soit la Bible ou la une d'un journal. Pour parler de la Bible plut&#244;t que du dissident chinois Nobel de la paix, un certain nombre de travaux s'y rattachent, de pr&#232;s ou de loin, parce qu'elle reste la source principale de notre culture. Je suis fascin&#233; aussi par les objets cultuels, parce qu'ils sont pour certains de vraies reliques alors que pour beaucoup d'autres, ils repr&#233;sentent des sortes d'objets arch&#233;ologiques &#224; la signification pas tr&#232;s bien d&#233;finie. L'histoire de la religion reste, je pense, un angle d'attaque particuli&#232;rement int&#233;ressant. Int&#233;ressants &#224; quoi, je ne sais pas exactement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; comprendren&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; analyser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'y a-t-il rien &#224; dire &#224; ce propos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler de cela, je ferais r&#233;f&#233;rence &#224; la peinture &#034;&lt;i&gt;Madam, in Eden I'm Adam&#034;,&lt;/i&gt; qui est un tryptique qui se d&#233;veloppe verticalement. La peinture du bas montre un panorama de montagnes, avec ses pics, ses neiges &#233;ternelles, ses rochers. La peinture du haut repr&#233;sente un autre panorama, la t&#234;te &#224; l'envers. Il est en fait l'exact oppos&#233; du paysage du bas, c'est &#224; dire que les pics de l'un sont les vall&#233;e de l'autre, et vice-versa. Les deux paysages sont donc n&#233;s d'un d&#233;pliage, d'une ouverture comme on ouvre un livre. La peinture centrale mentionne, en argent&#233; sur argent&#233;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;New Hypothesis on the crea...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce tryptique pose la question de la r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'est- ce qui fait sens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La th&#233;orie du big bang ou la Gen&#232;se&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pour moi, les deux th&#233;ories sont passionnantes au point de vue de l'&#233;tude. Et celle qui est vraie n'est sans doute pas celle qui a le plus de poids dans notre culture. Si l'on revient &#224; la Bible, elle est un r&#233;pertoire auquel il ne s'agit pas de croire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est son usage dans la formation de notre culture sur plus de deux mill&#233;naires qui fait d'elle la base d'une certaine r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je m'interroge sur les mots et les images. Sur le langage en particulier qui, comme vous nous l'avez dit, officie parfois comme sous-titres &#224; d'autres pi&#232;ces. De cette rh&#233;torique visuelle o&#249; les mots sont des emprunts de l'industrie du cin&#233;ma, quel est plus g&#233;n&#233;ralement votre rapport au langage et &#224; l'&#233;criture (que vous pratiquez &#233;galement)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'envisage pas vraiment d'image sans mot. Les deux sont intrins&#232;quement li&#233;s. Peut-&#234;tre le sens na&#238;t-il de l'interpr&#233;tation de ce lien. La s&#233;rie de peintures &lt;i&gt;The Words&lt;/i&gt; joue de cette ambivalence entre l'image et le langage. Ces peintures reprennent des phrases &#233;nonc&#233;es par un organe am&#233;ricain de contr&#244;le &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de la Motion Pictures Association of America, Inc. (ndlr.)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; au sujet du contenu jug&#233; sensible d'un film. Ici, le langage sert &#224; avertir du contenu d'une image qui pourrait susciter des r&#233;actions n&#233;gatives chez certains spectateurs. Le lien qui s'&#233;tablit entre le mot et l'image est tr&#232;s g&#233;n&#233;rique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un champ lexical fait de tr&#232;s peu de mots, et qui suffit &#224; pointer du doigt tous les &#233;l&#233;ments jug&#233;s immoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage a un poids que l'image n'a pas forc&#233;ment. Barthes dit que le langage est fasciste, parce qu'il oblige &#224; dire. Et j'ai trouv&#233; chez des auteurs tels Faulkner, Beckett ou Pierre Michon des &#233;critures qui s'affranchissent de ce poids de la langue. Je cherche dans ma biblioth&#232;que L'invention du quotidien de Michel de Certeau, et le quatri&#232;me de couverture r&#233;sume &#224; lui seul cette posture&#160;: la pratique de l'&#233;cart dans l'usage des produits impos&#233;s, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;dans une libert&#233; buissonni&#232;re par laquelle chacun t&#226;che de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; La libert&#233; n'engage donc pas notre affranchissement &#224; l'ordre, mais plut&#244;t son d&#233;tournement. En face il y a le principe d'Autorit&#233;, qui lui, doit laisser une place &#224; l'&#233;cart. Tout cela est strat&#233;gique. La libert&#233; est une notion de strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute cette recherche de strat&#233;gie qui fait &#233;voluer mon travail dans les arts visuels. Ma pratique de l'&#233;criture est pour l'instant plut&#244;t de l'ordre du fantasme&#160;: manque encore une bonne compr&#233;hension de ses outils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que la strat&#233;gie peut &#234;tre assimil&#233;e &#224; quelque chose de l'ordre du d&#233;tournement, comme vous le citiez plus haut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En somme, qu'entendez-vous par &#034;strat&#233;gie&#034; dans l'&#233;volution de votre travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme de strat&#233;gie n'&#233;tait pas bien choisi, car il me semble tr&#232;s connot&#233;, n&#233;gativement. Je ne veux pas parler de strat&#233;gie qui viserait &#224; remporter une victoire quelconque, au d&#233;pend des autres. Mais de strat&#233;gies qui m&#232;nent &#224; des mani&#232;res de faire d&#233;tourn&#233;es, &#224; des usages d&#233;tourn&#233;s de &#034;produits&#034; qui ont une fonction arr&#234;t&#233;e a priori. Et dans cet usage d&#233;tourn&#233; doit appara&#238;tre, je pense, l'&#233;l&#233;ment a priori&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sinon, &#231;a frise l'entourloupe. Non connot&#233;e, l'expression mani&#232;re de faire, ou, effectivement, celle de d&#233;tournement, est ici pr&#233;f&#233;rable.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les usages d&#233;tourn&#233;s ou mani&#232;res de faire sont, je pense, les seules strat&#233;gies viables si l'on d&#233;sire ne pas faire recours &#224; la violence. Prendre ce que l'on nous impose et les am&#233;nager&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est loin d'&#234;tre une attitude passive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est effectivement, sans doute, une d&#233;marche individuelle et responsable. L'art lui-m&#234;me joue de ces mani&#232;res de faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'important pour moi &#233;tant de le faire sans cynisme. Je trouve bien plus d'attaches au r&#233;el dans l'art, et c'est l&#224; que je peux trouver aussi mes mani&#232;res de faire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Regardez Malevitch qui, m&#234;me s'il v&#233;cut dans un pays nettement moins d&#233;mocratique (et qu'il fut incarc&#233;r&#233;), est exemplaire de ce point de vue. Il place ses figures abstraites au milieu de peintures figuratives, et antidate ses toiles abstraites pour les faire croire ant&#233;rieures. D&#233;tournement, strat&#233;gie. Pour pouvoir, tout simplement, continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute connotation mise &#224; part, je faisais bien r&#233;f&#233;rence &#224; votre pratique... dans le &#034;r&#233;el&#034; comme vous le sugg&#233;riez. Quelle est donc cette &#034;strat&#233;gie&#034; (mani&#232;re de faire, si vous pr&#233;f&#233;rez) qui vous fait avancer dans votre travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayer de sentir les choses, et de les rendre r&#233;elles en les investissant non pas de mots, mais d'images. Cl&#233;ment Rosset, dans son ouvrage Le r&#233;el, trait&#233; de l'idiotie, tente dans un passage l'hypoth&#232;se simple de proposer que ce qui est r&#233;el, c'est ce qui est nomm&#233;. Par la citation &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est pas sale, c'est de la caca&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tir&#233;e de je ne sais quel ouvrage, il tente le paris que ce qui est nomm&#233; est connu, donc &#034;propre&#034;. Peut- &#234;tre est-ce une image valable pour tenter de d&#233;finir la strat&#233;gie de mon travail&#160;: conna&#238;tre les choses, et les rendre propres. Quant &#224; les comprendre, c'est un travail qui ne m'est sans doute pas imparti. C'est une recherche sans fin, sans doute. J'aime aussi citer Cosmos de Gombrowicz, qui est une sorte d'enqu&#234;te polici&#232;re o&#249; tout signe devient un indice propre &#224; la faire avancer. J'essaye de cr&#233;er, dans mes expositions, des liens &#224; la mani&#232;re de ce passage o&#249; le narrateur va suivre une fissure dans le plafond, qui va le mener &#224; y voir l'indication d'une direction&#160;: suivant la piste, il d&#233;couvrira une autre piste, etc... allez ensuite recouper tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mon exposition personnelle du mois de novembre &#224; Gen&#232;ve, par exemple, j'ai utilis&#233; pour la communication un slogan publicitaire d'un symposium dans une &#233;cole internationale de commerce, publicit&#233; trouv&#233;e dans Le Temps. Ce slogan disait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Turbulent times make great leaders. Who is your leader 2010&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Par le simple fait de le traduire en Allemand, ce slogan devenait charg&#233; historiquement, et fortement conno&#233;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Turbulent zeiten schaffen grosse F&#252;hrer. Wer ist Ihr F&#252;hrer f&#252;r 2010&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et il me semblait que cette phrase prenait, au moment o&#249; les retomb&#233;es de la crise se faisaient le plus sentir,&#224; l'&#233;poque o&#249;, aussi, les pays europ&#233;ens tombaient aux mains de la droite extr&#234;me, o&#249; les Roms, ces gens dont on nous a parl&#233; tout l'&#233;t&#233; dans le m&#234;me journal sans expliquer vraiment qui ils &#233;taient (mais &#224; la mani&#232;re de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;c'est pas sale, c'est de la caca&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) &#233;taient expuls&#233;s, il m'a sembl&#233; donc que cette phrase prenait, en Allemand, tout son sens, sa r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que la r&#233;alit&#233; &#233;tait, une fois n'est pas coutume, dans la publicit&#233;. Et la v&#233;rit&#233; dans la langue. L&#224; est parfois, tout simplement, la strat&#233;gique mani&#232;re de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Version fran&#231;aise de l'interview publi&#233;e en anglais dans le magazine Novembre, Spring 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Il s'agit de la Motion Pictures Association of America, Inc. (ndlr.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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