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	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
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	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
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		<title>L'incidence des interruptions&#160;: &#171;&#160;oranges d'espagne, plus proches donc plus fra&#238;ches&#160;&#187;</title>
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		<dc:date>2017-11-10T17:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Sally Bonn</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sous les grandes continuit&#233;s de la pens&#233;e, sous les manifestations massives et homog&#232;nes d'un esprit ou d'une mentalit&#233; collective, sous le devenir t&#234;tu d'une science s'acharnant &#224; exister et &#224; s'achever d&#232;s son commencement, sous la persistance d'un genre, d'une forme, d'une discipline, d'une activit&#233; th&#233;orique, on cherche maintenant &#224; d&#233;tecter l'incidence des interruptions.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Dans une premi&#232;re vitrine, un manuel de g&#233;ographie de classe de 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, La France, aux &#233;ditions Bordas, datant de&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-critiques-27805" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sous les grandes continuit&#233;s de la pens&#233;e, sous les manifestations massives et homog&#232;nes d'un esprit ou d'une mentalit&#233; collective, sous le devenir t&#234;tu d'une science s'acharnant &#224; exister et &#224; s'achever d&#232;s son commencement, sous la persistance d'un genre, d'une forme, d'une discipline, d'une activit&#233; th&#233;orique, on cherche maintenant &#224; d&#233;tecter l'incidence des interruptions &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, L'arch&#233;ologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, tel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re vitrine, un manuel de g&#233;ographie de classe de 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, La France, aux &#233;ditions Bordas, datant de 1972, destin&#233; aux enseignants pour validation du programme de l'ann&#233;e suivante, sur la couverture duquel une image du Concorde en vol, vu d'en bas, triangle effil&#233; dans le ciel bleu &#224; peine voil&#233; de quelques nuages &#233;pars. Un exemplaire ferm&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; c&#244;t&#233;, un autre ouvert sur une double page pr&#233;sentant les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;caract&#232;res g&#233;n&#233;raux de l'&#233;conomie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; travers deux images superpos&#233;es, l'une d'un paysan b&#234;chant la terre &#224; l'aide d'une charrue tir&#233;e par un b&#339;uf, l'autre d'un train gris m&#233;tallis&#233; glissant sur coussin d'air dans le ciel bleu d'une campagne, l'a&#233;rotrain destin&#233; &#224; relier Orl&#233;ans &#224; Paris en moins de 30 minutes.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'origine de ce travail de Benoit Pierre intitul&#233; Geostory est ici inscrite en pr&#233;ambule, dans le contraste entre deux visions du monde contemporain et surtout dans leur opposition didactique qui manifeste une croyance absolue dans le progr&#232;s. &#192; l'heure o&#249; les philosophes fran&#231;ais commen&#231;aient &#224; penser la fin des grands r&#233;cits de la modernit&#233;, les discours officiels de l'historicit&#233; se maintenaient dans l'illusion d'un progr&#232;s dont l'artiste s'empare ici pour le d&#233;jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres vitrines, des doubles pages de ce m&#234;me manuel, mais d&#233;tach&#233;es de leur origine livresque, feuilles suspendues ou sur&#233;lev&#233;es et trou&#233;es dont les vides laissent voir des traces de crayon bleu, contours de formes pr&#233;cises mais invisibles, traces d'une absence d'image. Les d&#233;coupes dans la feuille produisent des zones d'ombres, introduisant une couche suppl&#233;mentaire dans cette juxtaposition&#160;: des dessins ou morceaux de papier, traces de ce que l'image contient. Sur une double-page, par exemple, la partie gauche sur le commerce ext&#233;rieur montre une publicit&#233; pour les oranges&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Oranges d'Espagne, plus proches donc plus fra&#238;ches&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des cargos dans un port. Sur la page de droite, consacr&#233;e &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'aide au tiers-monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, la main d'un homme blanc d&#233;signe d'un doigt une zone g&#233;ographique au milieu de la mer autour de laquelle sont pos&#233;es des mains d'enfants noirs. L'image a &#233;t&#233; incis&#233;e, et ce que d&#233;signe cette main est d&#233;sormais vide, travers&#233; de traits bleus, contours d'infrastructures, fant&#244;mes d'une histoire r&#233;volue. Sur une autre double-page, consacr&#233;e &#224; l'immigration, on trouve une &#233;difiante carte de France qui fl&#232;che les pays d'origine des &#233;trangers qui vivent en France&#160;: Espagnols, Italiens, Portugais, Belges, Polonais, seuls les pays europ&#233;ens sont repr&#233;sent&#233;s avec une exception pour l'Afrique du Nord. Une image sans r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en jeu ce sont les images elles-m&#234;mes, ce que d&#233;clare la photographie comme vision de l'histoire relevant d'un certain discours, celui du savoir, scolaire en l'occurrence, qui dit, d'un seul point de vue, les migrations, les colonisations, les dominations, la modernisation. Ce discours univoque est remis en jeu par le geste de Benoit Pierre dans une entreprise de r&#233;v&#233;lation, au sens de lever le voile, des in-vus et non-dits de l'histoire. Ce geste est celui de la d&#233;coupe, de la fouille, du travail d'arch&#233;ologue minutieux de l'image, qui fait appara&#238;tre des anachronismes, des agencements signifiants, des associations d'images singuli&#232;res. Qui raconte, dans un esprit foucaldien, l'histoire des &#224;-c&#244;t&#233;s, des marges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incidence de ces interruptions que Michel Foucault cherche &#224; d&#233;tecter et qui ouvrent L'arch&#233;ologie du savoir dans sa lutte contre 'histoire totalisante d&#233;signe un attachement &#224; l'histoire fait d'anachronisme, de ruptures et de discontinuit&#233;s. Ce rapport complexe de Foucault &#224; l'histoire trouve un &#233;cho dans les pr&#233;occupations de nombreux artistes et on le retrouve ici, dans cette volont&#233; de rendre manifestes les discontinuit&#233;s du temps. Une mani&#232;re de redistribuer les cartes des discours de pouvoir pour en faire une autre lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux vitrines, install&#233;e sur le grand mur, une s&#233;rie de dossiers ouverts en papier kraft sur lesquels des &#233;l&#233;ments sortis des livres mais reprenant le principe de la superposition d'images, donnant une &#233;paisseur au temps et &#224; la lecture, sont al&#233;atoirement dispos&#233;s. Les dossiers en kraft, solaris&#233;s, us&#233;s par le temps, sont autant de dossiers &#224; charge qui contiennent les fant&#244;mes de toute histoire l&#233;gitim&#233;s par les photographies. Ce sont diff&#233;rentes configurations, diff&#233;rents d&#233;ploiements sur le mur. Le d&#233;placement dans l'espace le long du mur importe ici. Le r&#233;cit se construit dans le mouvement du corps, jouant d'un d&#233;placement lat&#233;ral dans l'espace comme dans le temps et trouvant une profondeur dans les couches superpos&#233;es de la m&#233;moire collective et individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images sources provenant du manuel sont r&#233;utilis&#233;es, agrandies, d&#233;coup&#233;es, agenc&#233;es &#224; d'autres images, suivant l'ordre du manuel, accompagnant donc sa logique historique, mais travaillant &#224; l'&#233;branler par ce travail de fouille. Une s&#233;dimentation cartographique qui s'apparente &#224; des stratigraphies. Le travail de d&#233;coupe a pour vocation de faire appara&#238;tre une v&#233;rit&#233; contenue (mais invisible) dans l'image elle-m&#234;me.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le geste de creuser, de vider (mati&#232;re ou papier) r&#233;sout un myst&#232;re, s'efforce d'atteindre cette v&#233;rit&#233;, en allant au-del&#224; de la surface des choses. Les couches s'accumulent, les strates. Ce que nous voyons forme des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;s&#233;dimentations d'images sans image&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; selon la formule employ&#233;e par Theodor Adorno pour d&#233;signer les oeuvres d'art et il s'agit d'en faire l'exp&#233;rience.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vivre et enregistrer ces exp&#233;riences, &#233;crit-il, est la voie subjective vers le contenu de v&#233;rit&#233; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor Adorno, Paralipomena, in Th&#233;orie esth&#233;tique, traduction par Marc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est aussi la seule forme de r&#233;alisme possible.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces exp&#233;riences permettent d'acc&#233;der &#224; des constellations historiques derri&#232;re la fa&#231;ade de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paysage de campagne lumineux aux herbes brillantes de soleil trace les contours d'un char ou d'un v&#233;hicule qu'on peut supposer militaire qui n'appara&#238;t qu'en creux et qui laisse voir une place publique envahie de monde. Il y a ce qui appara&#238;t dans les juxtapositions, mais il y a aussi ce qui dispara&#238;t dans ce travail de creusement, d'excavation, ce qui manque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ainsi &#224; la r&#233;v&#233;lation s'ajoute et se superpose la disparition. Des mots se d&#233;tachent ici ou l&#224;, des indices, mais aucune d&#233;claration. Le sens se fait de la lecture d&#233;ploy&#233;e dans l'espace du travail dans une forme d'&#233;clatement. Les vides, les manques, les interstices, dans ce qu'ils manifestent, brisent la continuit&#233; et dynamitent le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dynamiter le cours de l'histoire, pour reprendre une m&#233;taphore explosive utilis&#233;e par Walter Benjamin, pour affirmer le pr&#233;sent, &#224; travers l'incidence.&lt;br class='manualbr' /&gt;En renon&#231;ant &#224; l'&#233;l&#233;ment &#233;pique de l'histoire, le mat&#233;rialisme historique, dit Benjamin, la dynamite, c'est-&#224;-dire qu'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;il l'arrache &#224; la &#8220;continuit&#233;&#8221; r&#233;ifi&#233;e &#8220;de l'histoire&#8221;. Mais il fait &#233;galement exploser l'homog&#233;n&#233;it&#233; de l'&#233;poque. Il la truffe d'&#233;crasite, c'est-&#224;-dire de pr&#233;sent &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe si&#232;cle. Le Livre des passages, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;crasite (un acide explosif ) est alors un autre nom de l'&#339;uvre d'art.&lt;br class='manualbr' /&gt;Rompre la lin&#233;arit&#233; du temps historique &#8211; &#233;mergences distinctes, montages anachroniques &#8211; devient le reflet de l'&#233;mergence des multiplicit&#233;s et de l'av&#232;nement du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un arch&#233;ologue des images, Benoit Pierre &#233;vide, gratte la surface des illustrations qui ne sont qu'une autre forme du discours dominant qui fait l'histoire. Il met ainsi au jour les &#233;tapes d'un processus, en fixe un moment en ouvrant un espace interstitiel dans la lin&#233;arit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans cette imagerie de la modernit&#233; qui va de l'avant comme le Concorde ou l'A&#233;rotrain, les surfaces ainsi creus&#233;es par Benoit Pierre perturbent la droite ligne de l'histoire et introduisent des temporalit&#233;s suppl&#233;mentaires, du temps complexe, de la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sally Bonn&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_mention'&gt;
&lt;p&gt;Novembre 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;L'arch&#233;ologie du savoir&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1969, tel Gallimard, 2008, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Theodor Adorno, &lt;i&gt;Paralipomena, in Th&#233;orie esth&#233;tique&lt;/i&gt;, traduction par Marc Jimenez et Eliane Kaufholz, Paris, Klincksiek, 1989, p. 359.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Paris, capitale du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Le Livre des passages&lt;/i&gt;, traduction Jean Lacoste d'apr&#232;s l'&#233;dition originale &#233;tablie par Rolf Tiedemann
(1982), Paris, &#201;ditions du Cerf, 1989, p. 492.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La saisie et le suspens</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/La-saisie-et-le-suspens</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sally Bonn</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comme on vide ses poches sur la table en rentrant de promenade, la peinture de Maya Andersson d&#233;pose &#224; la surface du tableau les signes et sensations r&#233;colt&#233;s dans l'espace, les &#233;l&#233;ments saisis du monde par un regard attentif et sensible. Une forme de pudeur devant le monde qui se contredit par la pr&#233;gnance corporelle du regard et du geste du peintre. Les pages des carnets de Maya Andersson et ses premiers travaux &#233;voquent cela m&#234;me&#160;: la volont&#233; de constitution d'un territoire sensitif et&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-25063" rel="directory"&gt;Textes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme on vide ses poches sur la table en rentrant de promenade, la peinture de Maya Andersson d&#233;pose &#224; la surface du tableau les signes et sensations r&#233;colt&#233;s dans l'espace, les &#233;l&#233;ments saisis du monde par un regard attentif et sensible. Une forme de pudeur devant le monde qui se contredit par la pr&#233;gnance corporelle du regard et du geste du peintre. Les pages des carnets de Maya Andersson et ses premiers travaux &#233;voquent cela m&#234;me&#160;: la volont&#233; de constitution d'un territoire sensitif et corporel, ou plus justement, d'un territoire sensitif &#224; partir du corps, qui sert de support &#224; la peinture. C'est parce que le peintre apporte son corps, comme le dit Val&#233;ry, qu'il transforme le monde en peinture. Et ce corps, la peintre le met en sc&#232;ne ou en &#339;uvre, pour &lt;i&gt;faire,&lt;/i&gt; faire la peinture et le geste. Les exp&#233;rimentations artistiques des ann&#233;es 70 le montrent&#160;: empreintes de corps et de boue sur une surface contenue, traces de gestes qui font et d&#233;font. L'intentionnalit&#233; corporelle de l'artiste r&#233;unit le sentir et le faire en vue de redessiner un paysage sensible et personnel &#224; partir de l'agencement de fragments&#160;: de couleur, de formes, de gestes corporels, de morceaux de c&#233;ramiques, motte d'herbes reconfigur&#233;es en un triangle suggestif (pubis d'herbes sortis des pages du carnet), fen&#234;tre pubienne, ligne trac&#233;e dans l'herbe, s&#233;rie d'&#238;les (dont une pubienne, une &#224; s'arracher les poils...). Les exp&#233;rimentations &#224; l'ext&#233;rieur s'int&#233;riorisent, puis s'effectuent dans l'atelier, la pr&#233;sence et la pr&#233;gnance du dehors se concentrent alors dans l'espace de la toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture semble avoir, d&#232;s lors, pour Maya Andersson, valeur d'&#233;vocation plut&#244;t que valeur de repr&#233;sentation ou de figuration, m&#234;me si celle-ci est op&#233;rante. Aucune pr&#233;cision dans les &#233;l&#233;ments repr&#233;sent&#233;s, nul besoin de r&#233;alisme, plut&#244;t une superposition d'&#233;l&#233;ments en couches successives qui engendre la spatialisation d'un r&#233;cit, d'un imaginaire, d'une sensation&#160;: un fruit d&#233;mesur&#233; surplombe une table d&#233;tour&#233;e pr&#233;sent&#233;e comme un signe, sans perspective et sans profondeur. Ce sont des mani&#232;res d'occuper la surface&#160;: tourner autour et dedans, se frotter aux bords ou s'inscrire en son centre. Les &#233;l&#233;ments figur&#233;s dansent en surface dans un espace qui ne les contient que difficilement mais qui permet des coexistences&#160;: chaise, feuille et mormyre, ou encore laitue et tessons, signes fossiles et animaux venus du fond de l'histoire, t&#234;tes de chien, mains et bras, v&#233;g&#233;taux, fleurs. La peinture a la facult&#233; de capter ces associations de formes comme d'id&#233;es, sortes de cadavres exquis imag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une succession de motifs qui s'encha&#238;nent et s'entrelacent dans l'histoire du travail semble r&#233;pondre d'une m&#234;me n&#233;cessit&#233; de faire correspondre les temps et les espaces dans une ind&#233;cision ou un suspens. La surface picturale est une zone de cohabitation temporelle, historique et spatiale. La peinture de Maya Andersson dialogue avec la peinture m&#234;me&#160;: animaux peints sur les parois, figures &#233;gyptiennes, paysages et objets... Voyage dans le temps et l'espace&#160;: de Lascaux, de l'Egypte et de la Gr&#232;ce aux paysages de montagne suisse ou de campagne fran&#231;aise, la peinture peut se r&#233;v&#233;ler dans cette confusion des temps que l'&#339;uvre nous fait traverser. L'Egypte a en outre une forte valeur d'&#233;vocation en tant que remont&#233;e de la forme &#224; la surface, en plan vertical, ramen&#233; au devant, sans perspective et sans illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Co&#239;ncidence de plusieurs sensations dont la peinture rend compte dans la cohabitation des figures qu'elles laissent voir, il est question de demeure, de ce qui demeure du temps de l'histoire, ce qui demeure au c&#339;ur du sensible, ce qui demeure immobile&#160;: tables, chaises et paysages g&#233;ographiquement indistincts (ils pourraient &#234;tre partout, ils ne donnent pas &#224; voir un &#233;l&#233;ment significatif du paysage, de tel lieu, ils &#233;voquent la sensation de l'ici et du maintenant, transposable en tous points de l'espace). Pas de lieu, donc. Des espaces sensibles, mixtes de d&#233;sirs et de souvenirs (dit l'artiste), des paysages d'une nature d&#233;peupl&#233;e et d&#233;surbanis&#233;e, des paysages fen&#234;tres, qui emp&#234;chent la dispersion du visible. Ils se pr&#233;sentent comme des masses color&#233;es, blocs de couleur qui figent l'espace naturel, l'aplatissent, le d&#233;collent de la perspective. Pas d'illusion, ni de soup&#231;on de v&#233;rit&#233;, on est bien devant l'image, devant une surface mais dont les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes se cognent telles des plaques g&#233;ologiques et s'ajustent &#224; leurs bords. Et la peinture, celle de Maya Andersson, co&#239;ncide avec l'existence m&#234;me d'un regard qui s&#233;dimente le r&#233;el visible en suspendant le temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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