<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Documents d'Artistes Nouvelle-Aquitaine</title>
	<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/</link>
	<description>Documents d'artistes Nouvelle-AquitaineChez Fabrique Pola10 quai de Brazza33100 Bordeauxcontact@dda-nouvelle-aquitaine.org
Notre association est soutenue par le conseil r&#233;gional et la Drac Nouvelle-Aquitaine, la ville de Bordeaux et le d&#233;partement de la Gironde.Elle b&#233;n&#233;ficie du m&#233;c&#233;nat de Cambial.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/spip.php?id_auteur=1461&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Le fou prend la tour</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Le-fou-prend-la-tour</link>
		<guid isPermaLink="true">https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Le-fou-prend-la-tour</guid>
		<dc:date>2024-06-04T13:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Diacre </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Florian de la Salle fait partie des artistes qui jouent aux &#233;checs. Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tradition&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; ou plut&#244;t cet habitus moderne des artistes &#8211; a donn&#233; lieu &#224; de nombreux commentaires et de nombreuses productions artistiques. Ce n'est pas une simple anecdote&#160;: jeu de strat&#233;gie, jeu de guerre, repr&#233;sentation symbolique de la famille et des groupes humains, mais surtout mise en lumi&#232;re des protocoles, des listes, des calculs, des s&#233;ries, des indexations, des positionnements... se rassemblent comme&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-27394" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Florian de la Salle fait partie des artistes qui jouent aux &#233;checs. Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tradition&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; ou plut&#244;t cet habitus moderne des artistes &#8211; a donn&#233; lieu &#224; de nombreux commentaires et de nombreuses productions artistiques. Ce n'est pas une simple anecdote&#160;: jeu de strat&#233;gie, jeu de guerre, repr&#233;sentation symbolique de la famille et des groupes humains, mais surtout mise en lumi&#232;re des protocoles, des listes, des calculs, des s&#233;ries, des indexations, des positionnements... se rassemblent comme autant de d&#233;clinaisons possibles du rapport &#224; soi-m&#234;me et &#224; l'autre. Adorno &#233;crivait dans &lt;i&gt;Prisme&lt;/i&gt;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;toute &#339;uvre d'art est une d&#233;claration de guerre.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce jeu de guerre est une pratique qui non seulement s'inscrit parfaitement dans la culture mondiale comme l'une des plus hautes activit&#233;s de l'esprit humain, mais qui, en outre, place la figure du grand joueur, du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ma&#238;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, au niveau de l'art, du g&#233;nie et de la folie. A mi-chemin entre le r&#234;ve et la science, entre la vie et la mort (&lt;i&gt;Le septi&#232;me sceau&lt;/i&gt; (1957) de Ingmar Bergman a d&#233;finitivement ent&#233;rin&#233; ce point) et entre la rationalit&#233; et la folie, cette pratique porte en elle aujourd'hui tous les &#233;l&#233;ments fondamentaux de la critique moderne de la culture et tous les &#233;l&#233;ments propices au d&#233;ploiement d&#233;brid&#233; des techno-sciences. Il n'est pas &#233;tonnant alors que les artistes contemporains s'emparent de cet univers et proposent des d&#233;clinaisons plastiques, des m&#233;canismes, des strat&#233;gies, des m&#233;thodes... propres &#224; ce jeu. Chaque ann&#233;e depuis dix ans, Florian de la Salle commence, d&#232;s janvier, par la production d'une &#339;uvre inaugurale&#160;: un plateau d'&#233;checs est d&#233;tourn&#233; de sa fonction premi&#232;re pour la r&#233;alisation d'une table au design minimal et g&#233;om&#233;trique. Le r&#233;sultat est un espace neutre, &#224; la fois gu&#233;ridon et socle d'&#339;uvres futures&#160;: spiritisme prospectif et strat&#233;gique de l'ann&#233;e qui va venir, si l'on peut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le protocole et l'organisation structurent des &#339;uvres de Florian de la Salle, ils se combinent toujours avec une recherche de sensibilit&#233;s et d'&#233;motions. Les s&#233;ries &lt;i&gt;Cylindre&lt;/i&gt; (2019) et &lt;i&gt;Buvards&lt;/i&gt; exp&#233;rimentent la r&#233;p&#233;tition de formes et de couleurs. Qu'il s'agisse de porcelaine pour les premiers ou de papiers buvards pour les seconds, le protocole est identique &#224; chaque fois&#160;: une chromatographie de sels min&#233;raux ou d'encre noire envahit la mati&#232;re du support et propose des d&#233;grad&#233;s color&#233;s &#224; chaque fois uniques. Les chromatographies sont pr&#233;sent&#233;es toutes ensemble. La s&#233;rie devient alors collection et m&#234;me une sorte de classification. L'histoire des sciences, notamment du vivant, a montr&#233; depuis ses d&#233;buts avec les cabinets de curiosit&#233;s, que l'accumulation, le d&#233;nombrement et les singularit&#233;s pouvaient cohabiter et trouver du sens. L'infinie vari&#233;t&#233; des possibles semble &#234;tre l'un des ressorts des s&#233;ries de Florian de la Salle. Mais lorsque ces chromatographies sont r&#233;alis&#233;es sur du papier buvard, en tr&#232;s grand, une autre dimension surgit.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces papiers buvards ont une origine industrielle et une fonction tr&#232;s importante dans le monde de la connaissance et de la culture. Ce sont des papiers sp&#233;cialement fabriqu&#233;s pour prot&#233;ger les archives papiers dans le monde contre les risques d'inondations, de d&#233;g&#226;ts des eaux, etc. Alors les impr&#233;gner d'encre r&#233;v&#232;le la dynamique int&#233;rieure de ces supports. La d&#233;composition des couleurs contenues dans l'encre noire dessine les lignes, des cr&#234;tes, des ondulations chaotiques. Lorsque nous regardons ces immenses l&#233;s de papiers, comme ceux montr&#233;s au &lt;a href='https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Dans-le-pli-du-synclinal-50547' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Centre d'Art de Saint Gervais, Pile-Pont&lt;/a&gt;, nous ignorons si le processus est achev&#233;, le papier d&#233;finitivement sec. Les couleurs semblent fig&#233;es mais rien ne le prouve. Le support de protection est envahi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il joue son r&#244;le m&#233;canique et presque vivant d'absorption. Sur les grands format (30m x 2m), l'effet est d'autant plus puissant. Cet univers &#224; mi-chemin entre le m&#233;canique et le vivant appara&#238;t avec &#233;vidence parce que les motifs expriment des paysages foisonnants. La tranche basse est noire puis s'&#233;l&#232;vent des nuances de verts puis de bleus dont certains n'atteignent pas le sommet et laissent un blanc immacul&#233; dessiner presque un ciel d'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pile-Pont est un Centre d'Art de la Ville de Saint-Gervais-les-Bains &#224; 860 m&#232;tre de hauteur plac&#233; dans la cul&#233;e d'un pont inaugur&#233; en 2012. Ce vaste espace de b&#233;ton brut aux proportions imposantes propose depuis 2013 des expositions monographiques. Dans ce contexte, l'&#339;uvre de Florian de la Salle interroge certains points tr&#232;s int&#233;ressants. Tout d'abord c'est un lieu qui rassemble deux topiques importantes&#160;: le transit et l'enfermement. Cette cul&#233;e qui sert d'appui au tablier du pont est un support fondamental pour maintenir la structure qui permet la travers&#233;e des gorges du Bonnant qui s&#233;pare la ville de Saint-Gervais-les-Bains en deux dans la cha&#238;ne des Aravis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Autrement dit, cet espace vide et clos est le moyen par lequel des mouvements, des &#233;changes ou des d&#233;placements sont possibles. Avec la fixit&#233; et la solidit&#233; de cette construction imposante co&#239;ncide le mouvement le plus simple et rapide. Les grandes l&#233;s de Florian de la Salle trouvent paradoxalement toute leur intensit&#233; dans l'enfermement de cet espace. Ils proposent un autre mouvement&#160;: celui d'une suspension presque a&#233;rienne qui dessine, &#224; l'int&#233;rieur d'un espace clos, des paysages imaginaires pour un visiteur momentan&#233;ment bunkeris&#233;. Quel type de sc&#233;nographie peut-on imaginer pour l'espace clos d'un bunker&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le pari de cet &#233;t&#233; 2024 est celui de rendre l'enferment a&#233;rien, presque volatile. De la m&#234;me fa&#231;on que l'encre se diffuse lentement &#224; travers les fibres du papier, les immenses l&#233;s de Florian de la Salle introduisent des ondulations a&#233;riennes &#224; l'int&#233;rieur de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cath&#233;drale de b&#233;ton&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'une cul&#233;e est aussi une souche d'arbre. Or dans les expositions de Florian de la Salle, un arbre mort est apparu depuis 2020 et revient &#224; la fois comme le fant&#244;me d'une vie pass&#233;e et la structure fractale d'un objet en opposition compl&#232;te avec les propositions plastiques s&#233;rielles, et tranche avec les dispositifs tout en ordre et classement. L'histoire de cet arbre est celle de la recherche d'un objet mort dans l'ensemble des parcelles d'un cadastre en mosa&#239;que et la rencontre avec un agriculteur retrait&#233; pour qui la d&#233;marche affective et artistique de Florian de la Salle avait de quoi surprendre. Mais cette histoire s'&#233;crit maintenant dans l'ensemble des expositions de l'artiste avec cette pr&#233;sence tot&#233;mique, d&#233;sordonn&#233;e et violente, au centre d'une vaste partie d'&#233;checs. Une sorte de vie sauvage vient se confronter &#224; la rationalit&#233; d'un dispositif de pi&#232;ces positionn&#233;es rigoureusement. Il est aussi cette trace d'un paysage qui n'est plus, duquel il s'est soustrait en mourant puis retir&#233; par tron&#231;ons en devenant objet d'art comme contrepoint de paysages imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa derni&#232;re nouvelle, &lt;i&gt;Le joueur d'&#233;checs&lt;/i&gt;, &#233;crite au Br&#233;sil quelques mois avant son suicide, Stefan Zweig fait dire &#224; son personnage principal&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La seule chose qui m'intrigue et qui m'int&#233;resse, c'est de savoir une fois pour toutes si je jouais vraiment aux &#233;checs, dans ma cellule, ou si j'&#233;tais d&#233;j&#224; fou.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#192; la lumi&#232;re de cette interrogation, il est possible de reprendre l'ensemble des &#233;l&#233;ments d&#233;crits parmi les &#339;uvres de Florian de la Salle dans une ultime logique politique. Quel pourrait &#234;tre l'enjeu de cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;claration de guerre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que nous &#233;voquions avec Adorno et quelle est le sens de ce miroir de la folie et de la raison que constitue la fascination moderne des artistes pour le jeu d'&#233;checs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La r&#233;ponse tient peut-&#234;tre en ceci&#160;: dans l'infinie possibilit&#233; ou variation des ph&#233;nom&#232;nes vivants et morts, des enfermements et des mouvements, des impr&#233;gnations et des classements, des positions et des d&#233;placements, la seule pr&#233;sence de l'imaginaire artistique apporte le regard d'un coup de ma&#238;tre, presque &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;une fois pour toutes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; parce que rare et unique, qui rend possible une vue sur le temps, dans le silence et le calme qui lui sont indispensables. Telle peut &#234;tre d&#233;crite la proposition de Florian de la Salle&#160;: se tenir en retrait du monde, dans un imaginaire artistique, pour renouer avec des dur&#233;es et des espaces qui disent toutes les contradictions de nos existences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171;&#160;Effranger le monde&#160;&#187;</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Effranger-le-monde-50411</link>
		<guid isPermaLink="true">https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Effranger-le-monde-50411</guid>
		<dc:date>2024-05-06T14:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Diacre </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les &#339;uvres de Michel Herreria apparaissent d'abord sur ce fond noir, pas totalement opaque, mais mat et dense, parfois comme une sorte de quadrillage en nuances de gris. De l&#224;, les personnages prennent place, se distinguent par une ligne blanche, rarement claire. Les profils comme les gestes sont vibratoires, h&#233;sitants, impr&#233;cis. Les personnages eux-m&#234;mes sont troubles, doubles, triples&#8230; ils se confondent. Ils regardent autour d'eux, l&#232;vent la t&#234;te pour observer ou &#233;couter. D'autres, plus&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-24842" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#339;uvres de Michel Herreria apparaissent d'abord sur ce fond noir, pas totalement opaque, mais mat et dense, parfois comme une sorte de quadrillage en nuances de gris. De l&#224;, les personnages prennent place, se distinguent par une ligne blanche, rarement claire. Les profils comme les gestes sont vibratoires, h&#233;sitants, impr&#233;cis. Les personnages eux-m&#234;mes sont troubles, doubles, triples&#8230; ils se confondent. Ils regardent autour d'eux, l&#232;vent la t&#234;te pour observer ou &#233;couter. D'autres, plus imposants mais plus impr&#233;cis s'adressent &#224; eux en se penchant. Grosse t&#234;te qui parle &#224; de plus petites. Jeu de domination, d'informations qui circulent, d'injonctions, prescriptions, sermonts prononc&#233;s&#8230; Th&#233;&#226;tre du quotidien, ar&#232;ne de travailleurs envahis par un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;impitoyable esprit de s&#233;rieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont Theodor Adorno (&lt;i&gt;Minima moralia&lt;/i&gt;) rappelle qu'il soutient le d&#233;ploiement d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;activit&#233;s de fa&#231;ade&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Michel Herreria ne cesse de superposer des plans, plan color&#233;s qui entourent et divisent de sombres acteurs. Activit&#233;s de fa&#231;ade, de m&#233;diations, de m&#233;diations de m&#233;diations&#8230; La vie moderne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre vie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis viennent les couleurs dont on pourrait dire qu'elles appartiennent &#224; celles du Moyen- &#194;ge. Cette vivacit&#233; qui se d&#233;tache d'un fond inexorablement noir est saisissante. Elle rappelle les enluminures, miniatures de sc&#232;nes figur&#233;es, d'images ins&#233;r&#233;es, cartouches et bandeaux. Le rouge, le bleu, l'orang&#233; et le vert dominent. Respectivement oxide de plomb, l &#8216;oxyde de cobalt, le mercure, l'arsenic, le cuivre&#8230; toute une chimie dont Michel Herreria reprend les codes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peintures sur papier de Michel Herreria d&#233;roulent des espaces infinis, dont &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le centre est partout, la circonf&#233;rence nulle part&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme l'&#233;crit Pascal (&lt;i&gt;Pens&#233;e I&lt;/i&gt;). Personnages en prise avec leurs vaines pr&#233;tentions, soumis &#224; des injonctions qui rel&#232;vent de leur propres imaginaires, se d&#233;battant comme de pauvres diables dans le magma inconsistant de la r&#233;alit&#233; sociale&#8230; cette &#233;trange satire qui nous est pr&#233;sent&#233;e ici ressemble &#224; une suite de stations, stations de nos passions, de nos errances quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Effranger-le-monde-50293&#034;&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Effranger le monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/a&gt;, c'est laisser couler, ruisseler depuis les miniatures qui se dispersent comme des centres perdus dans un espace infini&#8230; jusqu'au bord du plan ou de la page. Peindre c'est &#233;crire, &#233;crire c'est aussi peindre d'une certaine fa&#231;on. C'est en tout cas ouvrir les pages d'un &#233;trange roman, roman moderne dont le h&#233;ros, face au monde infini, n'a plus que ce seul tourment &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de la cr&#233;ature condamn&#233;e &#224; &#234;tre seule et qui se consume en qu&#234;te d'une communaut&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Lukacs, &lt;i&gt;Th&#233;orie du roman&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un climat de parodie&#8230; dans une ar&#232;ne de malheureux</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Un-climat-de-parodie-dans-une-arene-de-malheureux-50304</link>
		<guid isPermaLink="true">https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Un-climat-de-parodie-dans-une-arene-de-malheureux-50304</guid>
		<dc:date>2024-04-15T13:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Diacre </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ecrire sur les &#339;uvres de Michel Herreria rel&#232;ve d'une &#233;trange situation. Cela demande de prendre en compte un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;double bind&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme le d&#233;crit Jacques Derrida&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est-&#224;-dire une double contrainte qui oblige, si l'on prend en consid&#233;ration l'un des termes, &#224; remettre cause le second. Quels en sont les termes, alors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il se trouve bien &#233;videmment les &#339;uvres elles-m&#234;mes, la singularit&#233; des dessins et des peintures, nous allons y revenir longuement. Mais il y a aussi un texte, &#233;crit par Nathalie&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-24842" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ecrire sur les &#339;uvres de Michel Herreria rel&#232;ve d'une &#233;trange situation. Cela demande de prendre en compte un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme le d&#233;crit Jacques Derrida&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est-&#224;-dire une double contrainte qui oblige, si l'on prend en consid&#233;ration l'un des termes, &#224; remettre cause le second. Quels en sont les termes, alors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il se trouve bien &#233;videmment les &#339;uvres elles-m&#234;mes, la singularit&#233; des dessins et des peintures, nous allons y revenir longuement. Mais il y a aussi un texte, &#233;crit par Nathalie Quintane sur ces m&#234;mes &#339;uvres de Michel Herreria. Or pour celui qui connait la po&#233;sie et les textes de Nathalie Quintane, notamment son incontournable &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Les po&#232;tes et le pognon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Quintane, &#171;&#160;les po&#232;tes et le pognon&#160;&#187;, 2015.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, entreprendre d'&#233;crire sur le m&#234;me objet, sur la m&#234;me mati&#232;re, c'est d'une certaine fa&#231;on h&#233;riter d'un bien pr&#233;cieux et chercher &#224; demeurer libre de toute initiative. Envie de faire, envie d'&#233;crire aussi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Envie grave&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme on dit&#8230; mais aussi forc&#233;ment admirage, respectance, all&#233;gencement. Pourtant, l'avantage de lire et d'&#233;crire sur la po&#233;sie et sur des &#339;uvres picturales nous ouvre bien souvent sur des co&#239;ncidences&#160;: les hasards heureux des &#339;uvres de l'esprit. C'est Derrida qui nous fait signe, d'un geste salvateur, pour saisir ce qui unit les deux injonctions paradoxales&#160;: dans son &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, Spectres de Marx, Editions Galil&#233;e, Paris, 1993.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, il traite pr&#233;cis&#233;ment de la puissance magique de l'argent, de la promesse et de la dette, des ombres et des fant&#244;mes &#233;pris de simulacres, et, citant &lt;i&gt;Timon d'Ath&#232;nes&lt;/i&gt; de Shakespeare, des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;putains&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;prox&#233;n&#232;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire autant de th&#233;matiques abord&#233;es par la po&#232;te, et d'images qui peuvent &#234;tre regard&#233;es dans les &#339;uvres de l'artiste.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que dit-il alors de si convainquant pour que nous puissions nous pencher s&#233;rieusement &#224; la fois sur le propos de Nathalie Quintane et les &#339;uvres de Michel Herreria&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il dit ceci&#160;:&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Cette vie s'asservit r&#233;guli&#232;rement, on peut lui faire cr&#233;dit (trust) &#224; cet &#233;gard, elle se plie infailliblement &#224; la puissance indiff&#233;rente, &#224; ce pouvoir d'indiff&#233;rence mortelle qu'est l'argent. Diabolique, radicalement mauvaise en cela, la nature est prostitution, elle s'asservit fid&#232;lement, on peut lui faire ici confiance, elle s'asservit &#224; ce qui est la trahison m&#234;me, le parjure, l'abjuration, le mensonge et le simulacre. / Qui ne sont jamais loin du spectre. C'est bien connu&#160;: l'argent, et plus pr&#233;cis&#233;ment le signe mon&#233;taire, Marx les a toujours d&#233;crits dans la figure de l'apparence et du simulacre, plus pr&#233;cis&#233;ment du fant&#244;me.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, Op. cit, p. 80.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;(Faire l'algue&#160;: se mouvoir d'avant en arri&#232;re et de gauche &#224; droite pour retarder le moment de faire ou de dire quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; possible par le corps ou par la voix, par exemple au t&#233;l&#233;phone&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mode de communication relativement courant dans les institutions, qu'elles soient publiques ou priv&#233;es, qui en font une fonction du langage &#224; part enti&#232;re)&#160;: &#8230; ce titre (mouvement d'algue)&#8230; vous &#234;tes s&#251;rs&#8230; (mouvement d'algue)&#8230; c'est que (mouvement d'algue)&#8230; &#231;a peut peut-&#234;tre (mouvement d'algue)&#8230; choquer notre public (mouvement d'algue)&#8230; non vraiment&#160;: c'est impossible.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;ou bien qu'il s'agisse chez Michel Herreria de certaines figures qui se d&#233;doublent, se triplent ou m&#234;me se quintuplent comme dans un mouvement hi&#233;ratique, ce sont bien &#224; des spectres fantomatiques, h&#233;b&#233;t&#233;s ou d&#233;s&#339;uvr&#233;s, auxquels nous avons affaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; simulacres d'individus r&#233;sultant de politiques culturelles ou &#233;conomiques pour lesquelles la communication remplace la parole singuli&#232;re, et les injonctions au bien-&#234;tre remplacent les d&#233;sirs v&#233;ritables. Regardons cette &#339;uvre &lt;i&gt;La voracit&#233; politique&lt;/i&gt; (2009-2010)&#160;: un homme l&#232;ve les bras au-dessus de sa t&#234;te et autour de l'un de ses poignets, une sorte de large matelas simule un carcan mou. Griffonn&#233;s, quelques mots surplombent la sc&#232;ne&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la convoitise du bien-&#234;tre / une marchandise des politiques culturelles / de la ville / des images&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. A c&#244;t&#233;, presque effac&#233; un autre personnage, peut-&#234;tre le m&#234;me, simulacre du premier, a le visage pris dans un complexe m&#233;canisme de roues reli&#233;es entre elles par des rubans (de M&#246;bius&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?).&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Celui-ci, quelle est son activit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? [&#8230;] Ceux-ci quelle est leur activit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? [&#8230;] Et lui, l&#224;, est-il un lui, qui a son activit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? [&#8230;] De m&#234;me, l&#224;, quelle est l'activit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? [&#8230;] Et cet individu, son activit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; interroge Nathalie Quintane devant ces &#339;uvres.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est ind&#233;niable que les figures peintes ou dessin&#233;es par Michel Herreria sont en pleine action, mais quelle est-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L&#224;, rien n'est certain. Ce sont des visages, des profils plut&#244;t, et des corps, trac&#233;s par une ligne faussement claire, qui travaillent ou agissent au service d'un but incertain. En tout cas, &#231;a coule, tout coule m&#234;me, le fond, les lignes, &#231;a d&#233;gouline&#8230; au bas du tableau qui, r&#233;currence dans chaque &#339;uvre, n'est jamais compl&#233;t&#233; laisse appara&#238;tre des coulures qui trament une frange aussi ind&#233;licate que gracieuse. Lassitude peut-&#234;tre, lassitude de mouvements r&#233;p&#233;t&#233;s sans orientation ni signification&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; moins que les phrases griffonn&#233;s autour des personnages n'indiquent quelques significations d'&#233;puisement, de connexions aussi vaines qu'insurmontables. Des Sisyphe, peut-&#234;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Plut&#244;t des machines d&#233;sirantes qui s'&#233;puisent, toussent et d&#233;rapent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#199;a fonctionne partout, tant&#244;t sans arr&#234;t, tant&#244;t discontinu. Ca respire, &#231;a chauffe, &#231;a mange. Ca chie, &#231;a baise. Quelle erreur d'avoir dit le &#231;a. Partout ce sont des machines, pas du tout m&#233;taphoriquement&#160;: des machines de machines, avec leurs couplages, leurs connexions. Une machine-organe est branch&#233;e sur une machine source&#160;: l'une &#233;met un flux, que l'autre coupe. Le sein est une machine qui produit du lait, et la bouche, une machine coupl&#233;e sur celle-l&#224;. La bouche de l'anorexique h&#233;site entre une machine &#224; manger, une machine anale, une machine &#224; parler, une machine &#224; respirer (crise d'asthme).&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze et Felix Guattari, capitalisme et schizophr&#233;nie 1 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur fond noir, les personnages se couplent avec des objets, des redoublements d'eux-m&#234;mes, des espaces, des simulacres de territoires. Ils h&#233;sitent durement. Quelque chose na&#238;t pointu &#8211; Quelque chose n'est point tu dans le silence de ces espaces anguleux &#8211; quelqu'un nez pointu. Ce sont des espaces sc&#233;niques, un peu comme chez Bacon. Les sujets se meuvent p&#233;niblement entre des plans, &#224; l'int&#233;rieur de plans et visent des objets avec lesquels ils se couplent. &lt;i&gt;Le march&#233; des assureurs politiques&lt;/i&gt; (2010-2011), il se tient devant un micro&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;i&gt;Rien ventriloque de l'Etat&lt;/i&gt; (2010-2011), il brandit deux marionnettes de lui-m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;i&gt;Le fileur de comp&#233;tences&lt;/i&gt; (2011-2012), il est connect&#233; &#224; des roues et observe un camembert de statistiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/2009-2012&#034;&gt;La politique de l'aligo&lt;/i&gt; (2011-2012)&lt;/a&gt;, il semble englu&#233; jusqu'&#224; la taille par un drap, un milieu visqueux, qu'il soul&#232;ve p&#233;niblement &#8211; bien plus difficilement que l'enfant peint par Salvador Dali (un autre Catalan) qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;soul&#232;ve avec pr&#233;caution la peau de l'eau pour observer un chien dormir &#224; l'ombre de la mer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (1950)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;i&gt;Le laboureur de besoins&lt;/i&gt; (2010-2011), il a une proth&#232;se au bras dont l'extr&#233;mit&#233; plonge dans une bonbonni&#232;re ou un bocal m&#233;dicinal&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Ces actions qui transforment la r&#233;alit&#233; des choses et du sens en m&#234;me temps qu'elles transforment celui qui les met en pratique, les con&#231;oit et les r&#233;alise en un m&#234;me temps, s'appellent praxis, et appellent &#224; une praxis. Ceci consiste &#224; porter ensemble, en un seul lieu, en un seul moment, en une seule individuation, l'espace, le temps, les personnes&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denys Zacharopoulos, &#171;&#160;De Synaxis &#224; Praxis, du domaine &#224; l'atelier&#160;&#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or d'une mani&#232;re ou d'une autre, les personnages de Michel Herreria semblent &#233;gar&#233;s dans un lieu qui ne leur est pas propice, m&#232;nent des actions que le sens para&#238;t leur &#233;chapper, se rassemblent p&#233;niblement autour de leur propre division&#8230; Nous ne pouvons que constater l'absence de toute &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;&#160;: le travail, ici, n'est pas une modalit&#233; de la libert&#233; d'expression. Et de fait, les agissements sont de courte port&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'espace est restreint et les mouvements des corps circonscrits dans des gestes simples. Mais l'attention que ces fant&#244;mes mettent en oeuvre pour accomplir des pauvres gestes est &#233;tonnante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle t&#233;moigne d'une &#233;nergie qui est l&#224;, malgr&#233; tout, malgr&#233; le sens et le non-sens, malgr&#233; l'enferment comme pour &lt;i&gt;l'Oiseleur&lt;/i&gt; (2011) qui observe pr&#233;cis&#233;ment l'ombre du fond de sa propre cage. Ainsi c'est au D&#233;peupleur de Samuel Beckett que nous pouvons penser. Enferm&#233;s dans un vaste cylindre, quelques centaines d'&#234;tres cohabitent p&#233;niblement en grimpant &#224; tour de r&#244;le sur des &#233;chelles qui m&#232;nent &#224; des niches ou des alc&#244;ves de repos.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le hal&#232;tement qui l'agite. Il s'arr&#234;te de loin en loin tel un souffle sur sa fin. Tous se figent alors. Leur s&#233;jour va peut-&#234;tre finir. Au bout de quelques secondes tout reprend. Cons&#233;quence de cette lumi&#232;re pour l'oeil qui cherche. Cons&#233;quence pour l'oeil qui ne cherche plus fixe le sol ou se l&#232;ve vers le lointain plafond o&#249; il ne peut y voir personne. Temp&#233;rature.&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Beckett, Le d&#233;peupleur, Editions de Minuit, Paris, 1970, p. 7.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les personnages de &#339;uvres de Michel Herreria ont fr&#233;quemment le regard vers le sol ou dress&#233;s vers des horizons lointains, probablement bouch&#233;s. &lt;i&gt;La pataugeoire&lt;/i&gt; (2011) place un individu en position dominante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; juch&#233; dans une petite baignoire il se penche pour regarder d'autres personnages, des t&#234;tes rouges &#224; longs et plats becs ou bien un autre encore assis dans le vide comme en train d &#8216;&#233;couter une parole qui ne vient pas. Ce rouge pourrait faire penser &#224; certaines oeuvres de Philip Guston. Mais cet univers est moins d&#233;cousu&#160;: le fond noir d&#233;limite un espace clos et pr&#233;cis. Il gagne en profondeur spatiale gr&#226;ce aux aplats gris et blancs qui contournent sans d&#233;licatesse les sujets. La tonalit&#233; est certainement plus tragique. Plut&#244;t qu'extraits de Comics, les figures et les spectres de Michel Herreria appartiennent davantage aux hallucinations et aux apparitions d'ordre litt&#233;raire, disons-le clairement &#224; mi-chemin entre d'un c&#244;t&#233; la litt&#233;rature formelle o&#249; le sujet et le personnage s'effacent et disparaissent au profit de situations et des voix, et, de l'autre, une litt&#233;rature plus hypnotique, hallucin&#233;e et parano&#239;aque. Un versant nord et froid donc avec Beckett mais aussi &lt;i&gt;Thomas l'obscur&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Aminadab&lt;/i&gt; de Blanchot et un autre plus incandescent, et hypnotique avec Malcolm Lowry ou &lt;i&gt;Interzone&lt;/i&gt; de Burroughs. Comme chez les premiers, les spectres du peintre appartiennent au subjonctif, au temps des possibles et des gestes hypoth&#233;tiques. Mais comme les seconds aussi, ils sont pris dans des &lt;i&gt;cut-up&lt;/i&gt; et des syntaxes brutalis&#233;es et passent en force et se consument.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si nous voulons nommer cet esprit, finalement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tout du long, qui ressort des &#339;uvres de Michel Herreria, ce serait par les mots de Jacques Darras, dans son &#233;tude de l'&#339;uvre de Malcolm Lowry intitul&#233;e &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la nostalgie du monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; lesquels apportent sans doute la meilleure formule&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Ecrivain prisonnier de ses romans, maquette enferm&#233;e dans sa bouteille, alcoolique noy&#233; d&#233;finitivement au fond de ses alcools, quelque soit l'image choisie, le sentiment sera toujours d'une intol&#233;rable oppression en m&#234;me temps que d'un climat de parodie. C'est l&#224; qu'intervient la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ruse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du romancier&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230; et reconnaissons-le, la vraisemblable ruse de Michel Herreria.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Nathalie Quintane, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;les po&#232;tes et le pognon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Jacques Derrida, &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Editions Galil&#233;e, Paris, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Jacques Derrida, Op. cit, p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Gilles Deleuze et Felix Guattari, &lt;i&gt;capitalisme et schizophr&#233;nie 1 L'anti-OEdipe&lt;/i&gt;, Editions de Minuit, Paris, 1972, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Denys Zacharopoulos, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;De Synaxis &#224; Praxis, du domaine &#224; l'atelier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, catalogue du Domaine de Kerguehenec, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Samuel Beckett, Le d&#233;peupleur, Editions de Minuit, Paris, 1970, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171;&#160;Comment c'est&#160;&#187;</title>
		<link>https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Comment-c-est-50302</link>
		<guid isPermaLink="true">https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Comment-c-est-50302</guid>
		<dc:date>2024-04-15T11:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Diacre </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des pl&#226;tres au plus pr&#232;s de la terre. Des personnages au plus pr&#232;s du sol. Les &#339;uvres de Michel Herreria proposent une &#233;trange exp&#233;rience&#160;: il semble que ses plaques de pl&#226;tre sont extraites de temps anciens, comme issues de fouilles arch&#233;ologiques. Les asp&#233;rit&#233;s, les morceaux manquants, les trous... racontent d'abord l'histoire d'une mati&#232;re que l'on a exhum&#233;e, d&#233;voil&#233;e, r&#233;v&#233;l&#233;e ou bien invent&#233;e comme on dit &#224; propos des tr&#233;sors. Elles sont donc d'abord des curiosit&#233;s invent&#233;es. La&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Textes-24842" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des pl&#226;tres au plus pr&#232;s de la terre. Des personnages au plus pr&#232;s du sol. Les &#339;uvres de Michel Herreria proposent une &#233;trange exp&#233;rience&#160;: il semble que ses plaques de pl&#226;tre sont extraites de temps anciens, comme issues de fouilles arch&#233;ologiques. Les asp&#233;rit&#233;s, les morceaux manquants, les trous... racontent d'abord l'histoire d'une mati&#232;re que l'on a exhum&#233;e, d&#233;voil&#233;e, r&#233;v&#233;l&#233;e ou bien invent&#233;e comme on dit &#224; propos des tr&#233;sors. Elles sont donc d'abord des curiosit&#233;s invent&#233;es. La puissante dimension insolite surprend au premier regard. Les motifs sont indiciels&#160;: effac&#233;s, incomplets, form&#233;s de collages, d'incrustations, us&#233;s, gratt&#233;s et t&#226;ch&#233;s par des macules color&#233;es. Le pl&#226;tre et la terre se m&#234;lent pour cr&#233;er une expressivit&#233; sans &#233;poque, sans origine, presque mythologique... L'effet de fresques miniatures compte pour beaucoup. Fresco-secco, la m&#233;thode du pl&#226;tre peint est tr&#232;s ancienne. Michel Herreria conna&#238;t bien cette histoire et joue avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, si l'histoire de l'art et ses techniques sont importantes, les propositions de Michel Herreria reposent sur un faisceau d'autres motifs et mobiles. Le visiteur est conduit sur les chemins subtils et complexes de l'interpr&#233;tation des signes. L'historien de l'art italien Carlo Ginzburg est peut-&#234;tre le sp&#233;cialiste contemporain du d&#233;chiffrement et de l'interpr&#233;tation. Ses ouvrages et articles ne cessent de rappeler le r&#244;le des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;traces, signes et pistes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension et l'identification d'une &#339;uvre d'art. Par cette s&#233;rie de pl&#226;tres, Michel Herreria invite le visiteur, le collectionneur, l'amateur &#224; devenir tour &#224; tour Sherlock Holmes et Sigmund Freud comme le sugg&#232;re l'historien. L'analogie va m&#234;me jusqu'&#224; la m&#233;decine&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;et, comme celle du m&#233;decin, la connaissance historique [des &#339;uvres d'art] est indirecte, indicielle et conjecturale.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class='ref_note'&gt;{&lt;span class='la_note'&gt;note&lt;/span&gt;&lt;span class='insert'&gt;&lt;/span&gt;}&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carlo Ginzburg, Signes, Traces, Pistes, Racines d'un paradigme de l'indice, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. Et nous savons que le pl&#226;tre r&#233;pare les os...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce faisceau de signes donc, le t&#233;moignage le plus important est le titre de l'exposition Comment c'est. Il s'agit du titre &#233;ponyme d'un ouvrage de Samuel Beckett publi&#233; en 1961. Toutes les didascalies de ce texte, ici, sont des citations de l'ouvrage. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Comment c'est&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; commencer &#8211; est donc d'abord un jeu de signifiants. Le r&#233;cit de Beckett est une sorte de monologue sans ponctuation. Avant Pim, personnage &#233;trangement absent qui est l'objet de tout le r&#233;cit, pendant Pim et apr&#232;s Pim. Ce sont les trois parties qui structurent texte de Beckett. Avec cette exposition, Michel Herreria affirme de nouveau que les arts visuels sont aussi en mesure de produire une interpr&#233;tation en images et en mati&#232;res de textes litt&#233;raires. Une interpr&#233;tation et non une illustration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que cela soit clair. Le texte de Samuel Beckett est sans ponctuation. Il se compose d'une suite des blocs de textes qui se succ&#232;dent et se s&#233;parent gr&#226;ce &#224; un simple espace. Tout semble indiquer que la forme est celle de versets, de fragments ou de chants. De chants ou de cris, de r&#226;les peut-&#234;tre... de murmures certainement. Les p&#226;tres apparaissent comme des stations ou des cercles. L'art de la fresque que Michel Herreria admire tant chez Giotto fait partie des signes et des indices que le regardeur est invit&#233; &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les pl&#226;tres, des personnages apparaissent. Ils sont tout aussi &#233;nigmatiques que ceux du r&#233;cit de Beckett. Ils sont en retrait &#8211; en r&#233;serve. Ces absences, comme dans le texte sans ponctuation, n&#233;cessite un certain travail de d&#233;chiffrement et de reconstitution. Ce sont des silhouettes, des profils, des membres qui surgissent des profondeurs du pl&#226;tre ou de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;boue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; beckettienne. Impr&#233;cis, ind&#233;termin&#233;s, ils gesticulent et s'adressent d'&#233;ventuelles paroles imperceptibles. Que se disent-ils&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Des r&#233;cit de r&#234;ves ou de cauchemars&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Parlent-ils de leurs enfermements dans des espaces, des sc&#232;nes, des ar&#232;nes qui d&#233;limitent leurs &#233;changes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La chose &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;est impossible &#224; dire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;a href=&#034;https://dda-nouvelle-aquitaine.org/Comment-c-est-50292?var_mode=calcul&#034;&gt;Comment c'est&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pr&#233;sente aussi une grande photographie murale de l'atelier de l'artiste. Le lieu de production des &#339;uvres fait, lui aussi, son apparition comme le hors-champ indispensable. Il est peut-&#234;tre l'ultime signe, trace ou indice pour comprendre les &#339;uvres. S'il est surdimensionn&#233;, comme pour contraster avec la fragilit&#233; des &#339;uvres, c'est aussi pour affirmer que l'atelier d&#233;finit la production des &#339;uvres d'art comme le bureau d&#233;finit l'&#233;criture. Ce hors-champ de l'atelier, habituellement secret, est d&#233;voil&#233;. Mais est-ce v&#233;ritablement le d&#233;voilement d'un secret&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On peut en douter. Il s'agit plus certainement d'introduire encore une autre dimension de signes et d'indices non moins &#233;nigmatiques. Mais dans le dialogue entre les &#339;uvres et ce th&#233;&#226;tre de l'atelier, un monde s'ouvre au regard. Ce monde est l'ensemble des fils tiss&#233;s, nou&#233;s, tendus entre les d&#233;tails de part et d'autre. Au centre de ce maillage, le visiteur construit son propre r&#233;cit... son rythme et sa langue, avec ou sans ponctuation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup class='lien_note'&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;Carlo Ginzburg, Signes, Traces, Pistes, Racines d'un paradigme de l'indice, article paru dans Le D&#233;bat, 1980, p. 13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
