
Pour son exposition à la Maison Salvan, Muriel Rodolosse a souhaité placer au centre de sa recherche le roman mélusine reloaded de Laure Gauthier {note}1. Cette œuvre littéraire et poétique, à la fois fable féministe et dystopie écologique, fait renaître la figure de la fée Mélusine. Cette renaissance intervient dans un monde qui ressemble au nôtre, mais dont les travers sont exacerbés : post-démocratie, contrôle social, sur-pollution, assèchement du sensible, épuisement de la langue. Mélusine réapparaît, effectivement, et l’être hybride qu’elle est – abolissant les frontières entre le vivant humain et non humain, entre l’ultra-crudité du réel et le lieu de la fable, entre le dicible et le mystère – devient la source d’alternatives et de réparation... Ici, c’est à partir de sa marge que l’humain soigne son cœur.
Lorsque Muriel Rodolosse a fait part de son intérêt pour mélusine reloaded et de son désir de faire se rencontrer son imaginaire pictural et celui, poétique, de Laure Gauthier, il est apparu évident que la Maison Salvan était le lieu idoine pour accueillir une telle proposition. Par son caractère composite, les temporalités plurielles qu’elle suggère et les matériaux qui la façonnent, elle semblait particulièrement hospitalière pour cette Mélusine-là : un être fait d’humanité et d’animalité, un être légendaire du moyen-âge venant interagir avec le présent.
L’artiste avait déjà exploré le domaine du chimérique, le croisement des espèces et la figure de la fée au travers de la représentation d’une femme-louve {note}2. Le travail pictural de Muriel Rodolosse apparait d’ailleurs comme très singulier, paradoxal, fondé sur un renversement des présupposés : ce que le spectateur voit au premier plan des peintures sous verre acrylique {note}3, elle le peint d’abord avant de le recouvrir. Ainsi, Mélusine, Muriel Rodolosse et la Maison Salvan partagent des secrets, des natures plurielles, des formes d’indépendance et de particulières manières de préserver leur quant-à-soi.
Le projet que propose, in fine, Muriel Rodolosse fait dialoguer la poésie, la musique et, bien entendu, les arts visuels. L’artiste donnera à voir un travail de peinture inédit, des dessins de différents formats, dont un de très grande dimension épousant l’architecture même du lieu, ainsi que des céramiques. Cependant, un projet de disque vinyle – dont chaque couverture reçoit un dessin original de l’artiste – constitue le creuset de l’exposition. Il contient une lecture musicale – conduite par Laure Gauthier et Olivier Mellano. Ce projet fait écho à l’une des lignes de force de la programmation de la Maison Salvan qui, depuis vingt ans, regarde régulièrement du côté des compositeurs de mots et de sons.
L’exposition agira sur le lieu, se déploiera de telle sorte à favoriser une expérience immersive et invitera à mesurer ce que peut nous enseigner Mélusine : en toute chose, il existe un « samedi », un mystère, un secret, une intimité ; en tout cas, certainement bien davantage que ce que notre raison croit savoir, au risque de déterminer l’avenir.
Texte extrait du dossier de présentation de l’exposition
Vernissage le samedi 17 octobre 2026 à 17h
1Paru chez Corti, celui-ci reçu le prix du Premier Roman en 2024 ainsi que de nombreuses critiques élogieuses.
2Par les yeux de la louve, la traversée de la grotte, Artothèque de Caen, 2023
3L’artiste agit « au revers du support de Plexiglas transparent, pour peindre de l’avant vers l’arrière, premier plan (détails, figures, objets, formes plus ou moins concrètes) d’abord, second plan (paysages, architectures) ensuite, puis fond. (Elle) se place physiquement derrière la peinture, et donc face au spectateur que l’on imagine regardant l’œuvre. » (Magali Lesauvage, Documents d’Artistes Nouvelle-Aquitaine, 2012)
