Poudrerie

2021
Recherche photographique
Bourse FRAC Nouvelle-Aquitaine MECA 2020-2022

 

Photographies ?

 

1939, Sainte-Livrade, Lot-et-Garonne. Dans les premiers jours du mois d’octobre, soixante-dix familles de paysans reçoivent un ordre d’expropriation. Elles doivent quitter les lieux dans les semaines qui suivent. Début novembre, la construction d’une poudrerie nationale est entreprise. Sur un site d’environ cinq cents hectares, les bâtiments de ferme, les cultures maraichères, les vignes, les haies et les arbres sont abattus, la terre est nivelée.
Dans les mois qui suivent, près de cinq mille ouvriers, majoritairement des réfugiés espagnols, construisent les fondations et les murs de l’usine, le bâtiment administratif, une centaine de blockhaus dédiés au stockage des explosifs, ainsi que des camps de logement à proximité du chantier sur les communes voisines de Bias et de Villeneuve-sur-Lot. Mais à l’été 1940, la France capitule face à l’Allemagne, le chantier est stoppé, il demeure inachevé.
Pendant la guerre, les baraquements construits deviennent des camps « d’hébergement » pour des populations déportées ou déplacées, des juifs, des militaires. Au moment de la décolonisation, en 1956, mille-cent-soixante français rapatriés d’Indochine furent cantonnés au camp de Sainte-Livrade, en 1962, ce sont des familles algériennes qui furent placées à Bias. Aujourd’hui, il ne reste que quelques murs de l’usine, une partie des camps subsistent, certains blockhaus sont devenus des maisons ou des bâtiments agricoles dont ces photographies témoignent.

Cette histoire nous autorise à interroger la violence des politiques publiques à l’heure des restrictions de libertés imposées en raison de la COVID 19. Elle nous invite à considérer plus profondément celles auxquelles furent soumis les paysans expropriés, leurs terres, la main-d’œuvre du chantier de la poudrerie et les communautés qui ont vécu par la suite dans les camps : « logements » rudimen- taires, interdiction de sortie sans autorisation administrative, etc. Le présent résonne avec l’histoire, nos mémoires doivent nous accompagner pour nourrir une conscience et une pensée critique de notre mode contemporain.
Ce travail de documentation par l’image est en cours.

Céline Domengie

 

Vue de l'exposition collective Faire un geste, Château Kirwan, Cantenac, 2021 Commissariat : BAM projects
Vue de l’exposition collective Faire un geste, Château Kirwan, Cantenac, 2021
Commissariat : BAM projects