Nouvel ordre architectural

 

{Nouvel ordre architectural}, 2018
Nouvel ordre architectural, 2018
Gravats de béton de chantier, fer à béton, bois, gaine PVC, gants en plastique, polystyrène, plâtre, étais de construction, 20 x 20 x 210 cm (x 12 colonnes)
Exposition éponyme, Blockhaus DY10, Nantes, 2018
Invitation de Mojito Bay

 

Avec la complicité de -HAUS, Mojito Bay invite Estelle Deschamp à investir le Blockhaus DY10 pour sa première exposition monographique à Nantes.

Nouvel ordre architectural est le fruit de la résidence de recherche et de production d’Estelle Deschamp au Blockhaus DY10, pendant laquelle l’artiste a exploré les bords physiques et immatériels de ce singulier abri : paysages altérés et matériaux déclassés côtoient imaginaires et fantasmes. L’artiste présente une œuvre in situ, dont l’espace même de l’exposition incarne la clé de lecture. Les matériaux n’ont pas été choisis au hasard, à tel point que l’on pourrait les croire tout droit sortis de l’épaisseur des murs, d’ailleurs l’installation mime les compressions et les forces qui s’y exercent. L’artiste met à nu l’architecture, dépose en quelque sorte ses entrailles et en extrait le substrat. En 2017, le pléonasme était à son comble, l’artiste réalisait Ce que nous habitons nous habite, exposant ce qui se loge dans les cloisons, et rendant visible ce qu’habituellement la construction cherche à occulter. Estelle Deschamp sonde la portée esthétique de ce qui souvent n’attire pas l’attention du regard, parait de mauvaise qualité, et d’un jeu de main ou de pelleteuse est envoyé à la « jaille ». L’installation Nouvel ordre architectural invite à une relecture de l’architecture classique. Ici, la colonne révèle plus qu’elle ne soutient, sa fonction est plus ornementale que structurelle - malgré cela, elle remplit encore un rôle de résistance et de maintien. La présence de ce « nouvel ordre », ni dorique, ni ionique, ni corinthien, paradoxalement, renvoie davantage à la fragilité du monument qu’à sa robustesse. L’artiste, qui aime brouiller les pistes de lecture et dresser des contradictions, crée les conditions d’un environnement anachronique qui oscille entre un passé lointain, l’interprétation empirique de ses traces, et un futur forcément fictionnel qui néanmoins se souvient des codes architecturaux et signalétiques actuels. L’artiste puise dans un vocabulaire de formes et d’icônes populaires telles que les représentations de la ruine, de l’antiquité, l’avant-garde ou les grandes architectures symétriques. Plus précisément, c’est la métaphore du temple antique qui est aujourd’hui convoquée. Le « geste muséographique » de l’artiste invite entre autres à questionner les rapports qu’entretient l’être humain avec l’art et le sacré, la naissance des mythes ou le culte du chaos. L’installation nous invite à une immersion dans un récit retro-futuriste à inventer collectivement, entre ruine et anticipation, pas complètement inquiétant mais pas hyper serein non plus… Souhaitons que les dieux ne nous tombent pas sur la tête.

Edwige Fontaine, texte de l’exposition, 2018

 

 

 

 

 

 

Crédits photographiques : Estelle Deschamp
© Adagp, Paris