La grande symbiose 2

Du 28 mars au 12 avril 2008
La Station, Nice

 

Récit d’un amour de prison

Premier bâton

— Salut Laurent, comment ça va ? Ça fait un bail, non ?
C’était Dora. Elle venait de faire son entrée. Ça faisait presque un an qu’on ne s’était pas vu, mais je dois dire que je m’attendais un peu à sa visite.

Cette fameuse Dora ! Elle a toujours eu un vrai don pour débarquer au moment opportun. Elle avait beaucoup changé depuis l’année dernière. Maintenant, comme toutes les femmes qu’on croise en cellule, elle était nue et emplissait agréablement l’air d’une puissante odeur d’urine. Sa peau avait l’aspect laiteux et irrégulier d’un mur blanchi à la chaux tant elle avait dû demeurer dans l’obscurité mais, dans l’ensemble, elle restait attirante.

J’allais ouvrir la bouche pour lui dire que j’étais content de la revoir et que je lui trouvais bonne mine, quand j’ai vu apparaître derrière elle une ombre aussi menaçante que primitive.
— Attention, il y a un drôle de truc derrière toi !
Non seulement mon entrée en matière mielleuse était fichue, mais au lieu de lui arracher un cri et de la jeter directement dans mes bras, ce hurlement l’a fait sourire tendrement. Elle n’a même pas pris la peine de se retourner et encore moins de cacher son plaisir.
— Ne t’inquiète pas, me dit-elle rassurante, ce n’est qu’un gorille. C’est mon ami d’enfance.

Laurent Tixador, Récit d’un amour de prison, extrait