Octobre-décembre 2002
Avec Abraham Poincheval
40mcube, Rennes / FRAC Basse Normandie, Caen / École supérieure d’art de Lorraine, site de Metz

L’inconnu des grands horizons
Mardi 1er octobre 2002, soir
Je sors mon téléphone et j’annonce fièrement à un ami de l’assemblée que nous venons de quitter : « Nous sommes place Royale, passe l’information. » Nous venions de parcourir les trois cents premiers mètres des sept cent cinquante kilomètres qui nous séparent de notre objectif. Il est environ 19 heures et nous quittons Nantes ce soir pour rallier Metz via Caen, à pied, en ligne droite, aidés juste par une boussole. Pour l’instant, notre cap est 22° est, tout droit vers Caen.
L’aventure commence : nous avons sur le dos des équipements tout neufs, de grosses chaussures de montagne qui n’ont jamais vu un caillou et des vêtements dont les plis sont encore visibles. L’odeur que nous laissons dans notre sillage est celle des centres commerciaux et notre expérience de la marche, très théorique, se résume en trois mots : plutôt le métro.
Si j’ai une angoisse quand je suis confronté à un problème insurmontable, je me rassure souvent en pensant, quoi qu’il arrive, au soir, quand je serai dans mon lit. Mes ennuis prennent alors une importance toute relative. Mais aujourd’hui, je n’ai rien pour me réconforter puisque notre principal souci va être, à partir de maintenant, de savoir où et quand nous allons dormir. Je n’entends rien à la campagne et cela rend ce départ complètement exaltant.
Laurent Tixador, L’inconnu des grands horizons, extrait, (Paris, Michel Baverey éditeur, 2003)




