On peut être artiste et honorer le serment d’Hippocrate. On peut même être un « happycrate » pour qui l’art et la thérapie sont deux substances solubles dans le « happening ». C’est à ce petit jeu que s’adonne Jules Bernagaud d’une performance à l’autre. Sous ses dehors faussement potaches, oscillant subtilement entre gravité et légèreté, cet « happyculteur » laisse une grande place à son auditoire. Il joue avec son degré d’attention, provoque rire ou gène, mais prodigue sans relâche ses soins. « The cure / le remède » est d’ailleurs le titre générique de plusieurs de ses performances qui, sous couvert d’humour et pratiquant les associations libres, sont une référence directe à la médecine ou à la psychanalyse. Freud, Lacan ou même Susan Sontag y apparaissent en filigramme. L’une d’entre elles rend hommage à Steward Wolf, un chercheur en médecine psychosomatique qui révéla entre autres les pouvoirs du placebo. Dans une autre, produite dans le contexte d’une librairie, l’artiste passe crescendo de la blague enfantine aux questions existentielles. Intéressé par les silences et ses effets sur l’auditoire, il va même jusqu’à présenter ses performances sur prescription médicale : à Sainte-Anne, en psychiatrie. John Giorno, Vito Acconci, Bas Jan Ader ou encore le Tchèque Jiri Kovanda ne sont jamais loin de ces micro-spectacles où les mots sont plus qu’un remède aux maux, une véritable cure de jouvence.
Texte publié dans le catalogue Finale. Diplômés 2018 des Beaux-Arts de Paris, sous la direction de Olivia Sanchez, éditions Ministère de la Culture, 2018 (ISBN 978-2-84056-690-8)