
Mathilde, 2024
Série de 2 dessins
Encre sur papier Canson®, 42 x 60 cm
J’écris un jeu de rôle, une grand épopée à plusieurs joueurses qui se déplacent dans un parc où chaque figure, quartier, pavillon, bosquet, contient la représentation des doubles fictionnels des personnages de ma famille. Le scénario principal reprend le conte fondateur de ma société secrète.
C’est un condensé opératique et mental de mes recherches, un endroit que je reprends depuis trois ans pour l’augmenter, le modifier, en faire le fil rouge de me
réflexions quand j’ai le temps d’y revenir. Je consacre des périodes à dessiner certains détails ou ensembles d’un endroit choisi dans le plan.
En 2024, lors de ma résidence de dessin aux Ateliers des Arques, j’ai pu me plonger totalement dans l’édification minutieuse de plusieurs morceaux dont ces deux portails.

Opéra Conque I, 2024
Série de 3 dessins
Encre sur papier Canson®, 21 x 29,7 cm
Mes recherches sur les fontaines évoluent avec Opéra Conque I.
La ville de Bordeaux devient un terrain de réflexion, et j’identifie plusieurs lieux susceptibles d’accueillir des expérimentations sculpturales. Je convoite un espace en particulier, un vide de béton, espace liminal, diorama, ancien bassin grillagé qui faisait partie d’une architecture brutaliste en plein cœur de bordeaux. Il est entouré d’une église romane aux façades hyper ouvragées, de l’école des beaux arts installée dans l’ancien couvent et d’une fontaine abandonnée du XVIIe siècle.
Je compulse les détails des édifices, les structures, les lignes. En jouant avec, comme des objets de constructions graphiques. J’intègre dans mes réflexions dessinées des morceaux de sculptures que je suis en train de faire pour un autre projet, des vieilles références traversées durant mes recherches et je mêle le sanglier-garou fondateur de ma société secrète à la figure mystique du roman de William Golding, Sa majesté des mouches, que je suis encore en train de relire...
Opéra Conque II, 2024
Série de 5 dessins
Encre sur papier Canson®, 21 x 29,7 cm
... Avec Opéra Conque II, je dispose dans mes réflexions dessinées des morceaux de sculptures qui intègrent le pourrissement et l’action théâtrale et performative.
Textures, 2024
Série de 4 dessins
Encre sur papier Canson®, 29,7 x 21 cm
Mes dessins en noir et blanc constituent le matériau plastique et sensoriel premier d’un jeu vidéo que j’aimerais développer à partir du jeu de rôle. Destinées à en définir l’atmosphère visuelle globale et réalisées en parallèle de mon travail et mes recherches plastiques, ces planches forment un répertoire cohérent de textures, pavages, ornements grotesques, niches architecturales, colonnades baroques, motifs floraux et bestiaires, qui seront intégrés comme textures d’environnement dans l’espace 3D. _Cette dimension graphique entre en résonance directe avec l’esthétique des bois gravés de l’Hypnerotomachia Poliphili, où l’image n’illustre pas le texte mais le redouble, le contredit ou l’excède, où l’ornement est lui-même un mode de pensée. Au-delà de leur fonction d’ambiance, ces dessins contiennent des indices narratifs dissimulés dans les détails : des figures, des symboles, des formes qui fonctionnent comme des signes à déchiffrer pour qui joue attentivement. J’aimerais pouvoir les animer de manière presque imperceptible pour faire évoluer l’atmosphère et les indices. Le dessin n’est pas séparé du jeu, il en est la matière même, visible partout dans l’espace, à la fois décor et langage.
Bornes et Portails, 2023
Série de 3 dessins
Encre sur papier Canson®, 29,7 x 42 cm
J’ai des envies de jardin de béton, de vieilles jardinières décrépites sculptées par un anonyme de bord de route à la retraite. L’esthétique pavillonnaire mêlée à cette histoire des artisanes rocailleurses qui se rapprochent des obnubilations art brut du Facteur Cheval ou du rêve éveillé d’Edward James qui conçut Las Pozas dans la forêt amazonienne. J’ai réalisé une formation en rocaille. J’ai compris le jeu de la main et du matériau. J’ai côtoyé d’autres artistes et artisanes avec qui j’ai partagé ce sentiment de chercher ses formes et la personnalité de sa création dans les couches de grillages et la poussière de béton. Je décline mes figures, mes jardinières, mes gazebos organiques. Je parcours les allées fouillies de mon jardin intérieur en parsemant ci et là ces édifices instables conçus pour être eux-même rapidement envahis de plantes et nidifiéspar les animaux dont ils sont les totems.
Les Parques (paysage), 2022
Série de 3 dessins
Encre et aquarelle sur papier Canson®, 29,7 x 42 cm
Les Parques est une série de dessins qui cherchent à formuler l’expression d’une fontaine qui serait le décor d’une réunion entre trois sœurs.
Depuis plusieurs années, je tisse un récit parallèle fictionnel à mon histoire familiale et la figure mythologique des moires qui contrôlent le fil de la vie et revient au travers de deux générations. Par deux fois, le modèle des trois sœurs est présent et est devenu une figure dans mon propre travail : la représentation du décor qui les réunit. Parfois, elles s’entrecoupent la tête comme dans Sécu-Surface (Arthur ses cousines et ses tantes) (2016), parfois c’est l’évocation de leur parole de sorcières -qu’elles scandent dans Macbeth – qui deviennent le titre d’une exposition : « Redoublons de travail et de soin/Le mystère nous environne/ Nous n’avons que l’enfer pour témoin/Feu brûle et chaudière bouillonne ».
Cela fait quatre ans que je creuse un travail de recherche spécifique à la théâtralisation de la nature et aux formes architecturales liées à la conception des parcs et jardins à travers l’histoire des modèles paysagers. La fausse grotte est une forme qui m’intéresse particulièrement et qui est ici le décor des retrouvailles. Les trois sœurs sontdevenues mères, accueillent en leur giron leur progéniture mais, aussi toute la matrice de la création biomorphique inhérente aux strates, aux concrétions et à la puissancedu suintement et des phénomènes aqueux et hydrauliques. Entre les mamelles pissantes et les bouillonnements de chaudrons se dessinent trois cavités, trois abris, troisambiances dont l’une peut être la gueule ouverte d’un monstre marin.
Le monstre c’est Mathilde, la petite grotte refermée sur elle-même, que l’on ne peut atteindre qu’enpassant entre les deux poteaux. La douche discrète de seins gouttants, c’est Alice, et la grande à deux étages avec corniche, c’est Salomé=Lou-Andréa.
Une lune flotte dans le bassin principale, astre féminin tombée dans la soupe primordiale comme un vulgaire ballon abandonné. Elle ironise son pouvoir et joue la déception mystique et la domesticité magique.


Les Parques (modules), 2022
Série de 2 dessins
Encre et aquarelle sur papier Canson®, 29,7 x 42 cm
La série Les Parques (modules) est une déclinaison en modules des figures élaborées dans la série Les Parques (paysage). Ces dessins représentent des fontaines individuelles qui seraient pensées comme des potentialité d’occupation du centre de places urbaines. D’après la conception des villes italiennes qui situe un point d’eau en mouvement à chacune des places de la cité pour rafraîchir la touffeur minéral, ces trois six ?? pièces sont présentées comme des propositions pour trois places d’un quartier. Elles sont des élucubrations techniques absolument fictionnelles car elles supposent que l’eau et la mousse humide contenue dans la cavité rafraîchiraient, tell un climatiseur naturel, l’air qui viendrait s’y engouffrer. Lela piétonne pourrait venir s’y refroidir, se tenir au dessus d’un chaudron bouillonnant comme l’acteurice d’une cérémonie secrète entre la pierre, l’eau et la végétation, en connexion avec un morceau miniature de la quintessence de la formation d’un paysage dont il deviendrait le sorcier. Une lune pourrait s’activer comme un décor, rejouant le cycle de l’astre et la temporalité de l’univers sur un mode ludique ou flotter comme une baudruche piégée dans le remous d’un courant.
Clémentine, 2022
Série de 3 dessins
Encre et aquarelle sur papier Canson®, 29,7 x 21 cm
J’ai grandi dans les gorges de l’Aveyron, entre deux villages, Caylus et Saint-Antonin-Noble-Val. Depuis 2012, je déploie les attributs d’une société secrète implantée dans le paysage socio-géographique de Caylus et j’ai régulièrement des idées et des réalisations liées à ce pays natal. Lors d’un séjour familial, j’apprends qu’il y a un appel d’offre pour une fontaine sur la place des Moines de Saint-Antonin. Celle-ci est en travaux depuis quelques années, le chantier commence à s’éterniser et donne à ce lieu emblématique des airs de terrain vague. La fontaine des années 70 est remplie de végétation sauvage et une des faces de son dôme de plastique en pyramide est brisée.
C’est un lieu de souvenir, de bataille d’eau, de bonhomme de neige, de trape-trape et de cache-cache. Une zone de jeu accolée à la salle des fêtes, dominée par l’immense masse du Roc d’Anglar où grimpe toute ma famille. J’imagine déjà leur fierté si j’arrivais à y inscrire un édifice pérenne, qui deviendrait le point de ralliement de nouvelles tribus d’enfants. Alors je tente le coup, fidèle à mes méthode de travail, je vais consulter les archives, je demande à mes sœurs, qui habitent sur place de me prendre des photos, d’aller me chercher des détails d’architectures qui me sont indiqués dans certains documents. Je comprends peu à peu les strates historiques d’un village que je connais par cœur en tant que décor. Je scrute les représentations médiévales sur le beffroi et au-dessus des portes de maisons cachées dans les rues sinueuses. Je compulse les ornementations art déco de l’ancienne station thermale des années 30 qui entoure encore la place. Je cherche des représentations d’une fontaine de pierre, à plusieurs têtes crachantes, que j’aperçois uniquement sur une vieille carte postale en noir et blanc…
Je dessine et combine, et imagine un espace de jeu et de jets qui répond aux médaillons taillés de la façade du cinéma et aux grilles de la grotte du Prince Noir. Il réhabilite le carrelage de l’ancienne fontaine moderne qui avait tout l’aspect incongrue propre aux aménagements urbains d’une époque du pratique et des nouveaux matériaux de béton et de plexiglas, que j’affectionne tout autant que les chimères taillées du Moyen-âge.
Je dessine mes planches et mes élucubrations, je prépare mon argumentaire pour cette candidature spontanée pour laquelle je prend rendez-vous avec le maire… Je sens que je les amuse, que mes recherches les intéressent. Je prends le temps de détailler mes archives, les documents que j’ai trouvés… L’appel d’offre était destiné à un prestataire en plomberie de fontainerie… Une fontaine monolithe intégrée a un nouveau muret avait déjà été validée avec les architectes de la place… Les planches restent témoins.
Crédits photographiques : Lou-Andréa Lassalle-Villaroya (sauf mention contraire)
© Adagp, Paris

























