Ciné-tracts

À plusieurs reprises, il m’a semblé nécessaire d’avoir une parole plus engagée, plus politique, notamment en réaction aux actualités politiques. La potentielle dissolution des Soulévements de la Terre, mais surtout le génocide du peuple palestinien m’ont profondément heurtée.
Ces deux ciné-tracts sont des réponses filmiques à ces injustices radicales. Ils tiennent plus du tract que de l’œuvre, une parole criée, d’une banderole plutôt que d’un film. Ces objets filmiques, comme de nombreux textes écrits dans le même élan, ont souvent été publiés dans différents médias.

Calypso Debrot

 

Cheval-liberté, 2025
Film DV, 1’55"

 

Il y avait un cheval et il s’appelait Liberté
Il y avait des oiseaux, mais je crois qu’ils sont tous crevés
Il y avait des enfants,
Il y avait des enfants
Les enfants sont sous les maisons, les maisons sont sous les explosions, les explosions…
Ce que ça fait une explosion,
Ça vous blanchit le visage et ça vous enlève des bras
Ça vous arrache la vie
Ici il y avait la mer, ici les champs, ici les rues et ici les enfants, et qu’est ce que j’en sais moi, de ce qu’il pouvait y avoir là-bas, dans ces terres que je ne connais même pas, ce que j’en sais c’est qu’il y a, là-bas, à Gaza à Rafah, une humanité plus dense, et que la tuer ne suffira pour la tuer.
Cela, au moins je le sais.
Il y avait un cheval, à Jenin, c’était un amas de morceaux d’ambulances.
Tu connais des chevaux qu’on appelle liberté et qui sont fait de morceaux d’ambulances, d’ambulances qu’on a fait exploser, des chevaux de liberté en métal, là-bas on parle encore de liberté .
Et on sait, là-bas, en négatif la forme qu’elle a, la liberté, et elle n’a pas la forme d’une bande que la mer et l’amer et les murs enserre.

Calypso Debrot

Poème « Cheval Liberté », texte du ciné-tract

 

Manifeste no diss, 2023
Film DV, 1’07"
Réalisé en collaboration avec Maya Paules, à partir des vidéos faites lors des manifestations

 

Nous sommes danse
Nous sommes mouvement
Nous sommes des milliers
Nous sommes partout
Nous sommes tout le temps
Ça va être dur de nous dissoudre
Nous sommes comme des photons
De loin nous formons un rayon
Nous donnons l’air de pouvoir être contenus, contrôlables
attrapables, arretables
Mais de près, vois comme nous sommes
Virevoltant.e.s, insoumis.e.s
Terriblement révolté.e.s
Et épris.es de liberté.
Comment penses-tu nous attraper ?
Ce n’est pas un mouvement humain
Que tu souhaites dissoudre Darmanin
C’est un mouvement de vie
Il est fait de montagnes
D’eau, d’outardes, de tritons
D’océans brulants, d’humain.e.s et de vent,
Il est fait de sources, de nuages, de jeunes pousses, de méduses
De chênes tauzin et de champignons.
Il est fait de poésie, de hargne,
De volonté, de risque, d’espoir
De joie, d’amour et d’humilité.
Ça, ça ne dissout pas
C’est le langage du vivant
Qu’on a décidé de porter haut.
Ecoute les premiers mots de nos enfants sont toujours pour le ciel et l’humus.
Quand bien même, de ce soulèvement,
Vous parviendriez à immobiliser dans les geôles glaciales de la honte de l’état français,
Quelqu’unes de nos forces vives,
Partout dans tout nos corps,
Chantera toujours la voix du vivant
Et ça, ça ne se dissout pas.
Ça ne s’éteint pas
Ça ne s’attrape pas
C’est plus fort que toi.

Calypso Debrot

Poème « Manifeste no diss », texte du ciné-tract

 

© Adagp, Paris