
Le bocage est un espace particulier, une entité paysagère, ancestrale. Son existence raconte une relation entre les humaines et les non humains, entre le sauvage et le domestique : le féral.
Entre l’ager, le sylva et le domus, il y a les haies bocagères. Il est donc un espace riche de multiples interactions, en cela c’est presque un espace de résistance.
Et c’est aussi pour cela que le bocage m’intéresse.
Le remembrement a déplacé les parcelles, agrandit les cultures, comblé les mares et arraché les haies.
Après avoir longtemps participé à la vie des paysannes, du peuple, des renards, des bourdons et des merles, le bocage a presque disparu.
Une entité comme le bocage ressemble à ce que notre imaginaire a besoin pour penser le vivre et faire ensemble ainsi que pour imaginer des futurs désirables. Le bocage correspond à ce que Timothy Morton appelle le monde perforé : « je peux partager mon monde avec un tigre, et le tigre peut partager le sien avec moi. Nos mondes peuvent se chevaucher. »
Le bocage n’a l’air de rien, et ça pourrait n’être qu’un alignement chaotique de haies plus ou moins emmêlées, d’arbres trognés, mais c’est plus que ça : c’est plusieurs fois le tour de la Terre en longueur de plantations, ça a été et ça l’est parfois encore le bois de chauffage de milliers de personnes, c’est la vannerie, la pharmacie, l’alcool de prunes, le nid des oiseaux, des terriers à n’en plus finir, des écureuils, des noisetiers, des cachettes pour les chouettes et les enfants de toutes les espèces : en somme c’est un espace-maillage où le vivant a décidé de vivre en relation très étroite.
À mes yeux, c’est une façon de faire société, une façon de nous lier et de fabriquer du commun.
Calypso Debrot